‹ Traité des maladies nerveuses, ou vapeursChapitre 14 sur 37 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Autopsie cadavérique.

Pour bien connaître les altérations organiques que produit l'hystérie, il faut consul ter les anciens auteurs qui peut-être ont été plus à même de l'observer exempte de complication , et se terminant par la mort. De nos jours, cette affection , lors-

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qu'elle est simple , n'est presque jamais mortelle (1) ; mais l'hystérie peut conduire à d'autres maladies qui sont funestes , et dont les traces mises en évidence par l'autopsie cadavérique sont le plus ordinairement étrangères à l'affection hystérique , et souvent même aux organes qui en sont le siège principal; on ne pourrait donc en tirer presque aucune induction relative à l'hystérie, ou applicable aux modifications qu'elle apporte dans l'organisation. Riolan , Binninger , Blancardus , Vèsale , Diemer~ broeck, Morgagni, ont tous vu les ovaires plus ou moins altérés, remplis, ainsi que les trompes, d'un liquide de différentes couleurs, de densité variée, et plus ou moins augmentés en volume. Ainsi Riolan dit, in Anthropographiâ , avoir reconnu chez les jeunes filles hystériques les ovaires remplis par une liqueur spermatique, et surpassant la grosseur du poing : de plus, la trompe était agrandie et très-dilatée. Rappelons aussi que Vèsale (lib. V, de hum. corp. Fabricâ, cap. i5) affirme avoir observé, dans des occasions analogues, les ovaires de la grosseur d'une balle à jouer, et remplies d'une humeur fétide,

(i) L'observation que nous avons rapportée page 70, est là seule qui nous ait offert une terminaison aussi funeste ? terminaison qu'on aurait sans doute prévenue , si on avait secouru la malade.

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<le couleur variable; et suivant Binninger (cent. II, obs. 90), les ovaires, les vaisseaux spermatiqnes et les trompes étaient gonflés, et remplis dune matière en partie sléatomateuse. Nous dirons encore que Blancardus a consigne, dans son d nato mie pratique , obs. 55 , l'ouverture d'une femme qui avait été sujette aux passions hystériques, et dont le mésentère était parsemé do glandes squirrheuses , de volume et de forme différens. Un liquide, ressemblant à du lait coagulé, distendait l'utérus, les ovaires, ainsi que les trompes. Si Diemerbroeck annonce qu'il a rarement rencontré quelques altérations dans l'utérus, il convient cependant avoir vu cet organe et les ovaires gonflés par une liqueur spermatique épaissie.

Enfin Morgagni rapporte quatre observations d'ouverture de femmes mortes hystériques : deux de ces observations lui sont particulières.

I. Une femme, qui menait une vie débauchée, mourut dans un accès d hystérie : on trouva, i°. un petit globe attaché par un court pédicule à la face postérieure du fond de l'utérus; il était de la couleur , de la grandeur et de la forme d'une petite cerise avant sa maturité ; 20. un pareil globe , dans l'épaisseur des parois de l'utérus; 3°. le col de cet organe enflammé superficiellement; 4°. une mucosité blanchâtre, renfermée dans les trompes; 5°. les çejlules de cha-

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que ovaire distendues et pleines de sérosité' ; une seule de ces cellules contenait un pus blanc.

II. Une autre observation est celle d'une femme très-libertine , et qui, depuis quatre mois que ses menstrues étaient supprimées , était sujette à des accès d'hystérie ; elle devint maniaque, et mourut ensuite dans des convulsions universelles. On reconnut que les ovaires étaient durs, blancs, squirrheux, d'une grandeur inégale, appliqués comme par leur poids à l'utérus ; le fond de la cavité de cet organe était enduit d'une mucosité sanguinolente, et à la surface, il s'élevait de petits tubercules, semblables à des verrues.

III. Une fille fut ouverte en 1667 î e^e dYâl^ suc" combé à la suite d'accès hystériques; on ne trouva d'autre cause de mort que du sang coagulé dans les ventricules du cœur.

IV. Chez une dame tourmentée depuis plusieurs mois par des vapeurs violentes, et morte dans une syncope, on découvrit dans le ventricule gauche un polype de la longueur d'un doigt, et épais de trois lignes.

Parmi ces divers désordres que nous a montrés l'autopsie , plusieurs peuvent appartenir aux complications : qui sait d'ailleurs s'ils étaient effet ou cause de la maladie? Dans lune et l'autre hypothèse , ces observations ne sont ni assez complètes, ni assez exemptes de complications pour nous permettre d'en tirer aucune consé-

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tjuence positive. Dans les affections nerveuses des viscères abdominaux, des poumons, du cœur et des organes génitaux, l'autopsie cadavérique se tait , et ne répand le plus souvent aucune lumière. Le flambeau qui conduit l'anatomiste ou le médecin dans le labyrinthe de l'organisation humaine ne leur est fréquemment d'aucune utilité, lors des recherches qu'ils font pour connaître la cause Immédiate de ces névroses ; tandis que dans les altérations organiques de ces viscères , dans leurs engorgemens ou inflammations, l'autopsie jette au contraire le plus grand jour, et rend raison de presque tous les phénomènes morbifiques , soit réguliers , soie anomaux, que Ton observait pendant le cours de la maladie. Or, comme il arrive fréquemment, qu'on n'aperçoit dans ces mêmes parties, chez les femmes hystériques, aucune disposition différente de l'état ordinaire, on doit considérer les altérations que l'on a observées quelquefois comme des phénomènes qui peuvent avoir été produits par l'hystérie , ou en être tout-à-fait indépendans, et qui, dans un trèspetit nombre de circonstances, ont pu donner naissance à cette névrose. Cette explication est également applicable aux cas de complication , puisque alors les altérations , dans le tissu des organes, sont indépendantes des accidens hystériques , et existeraient lors même qu'il n'y aurait

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pas complication d'hystérie, mais ne se rencontreraient pas dans les cas d'hystérie simple. De tous ces faits on peut conclure :

i°. Que l'hystérie, le plus souvent , existe sans aucun changement perceptible par nos sens, dans les organes génitaux de la femme;

2?. Qu'elle peut même se manifester pendant très- long-temps chez une personne, sans apporter aucune altération dans les organes intérieurs de la génération; et c'est ce qui arrive le plus ordinairement;

3°. Que cette névrose peut déterminer, on très-promptement , comme dans le fait rapporté page 70, ou lentement ( voyez les pages i4i et suiv.), des lésions organiques, et que parmi ces désordres on doit placer au premier rang les altérations du tissu de l'utérus ou de ses annexes, et surtout celles des ovaires.

4°. Que ces lésions organiques peuvent exister primitivement, et l'hystérie venir s'y joindre ou en être le résultat; ce qui n'est pas très-fréquent. L'hystérie serait alors consécutive.

5°. Enfin que ces deux maladies, l'hystérie et une altération organique de l'utérus , peuvent toutefois exister simultanément; ce qui constitue une complication.

MYSTÏiRIK. l/jp

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