CHAPITRE XL
Traitement général de V Hystérie.
Pour bien réussir dans le traitement dune affection quelconque , il faut en avoir approfondi l'histoire entière, les causes, les degrés et les terminaisons, enfin ses variétés et ses complications ; il faut avoir observé la maladie tantôt abandonnée à elle-même, tantôt combattue par les moyens que l'artrecommande de lui opposer: aux résultats d'une observation exacte et judicieuse il faut joindre un jugement sain et un esprit exempt de prévention et dégagé de toute idée systématique. Fort de ces avantages, le médecin marche d'un pas plus assuré dans la carrière ; heureux quand l'affection qu'il doit combattre est accessible aux secours de la médecine , et ne le réduit pas aux moyens palliatifs, au rôle de consolateur, à calmer les souffrances physiques et les peines morales , sans espoir d'en détruire la cause ou d'en arrêter les effets. L'hysté: rie , par bonheur, n'est pas du nombre de ces dernières affections ; il est même peu de maladies dont le traitement fasse plus d'honneur à la science que celui de cette névrose ; presque toujours le médecin en découvre la cause qui était cachée ou ignorée, dissipe les inquiétudes des parens et justifie leur confiance par une prompte guérison.
l5o MALADIES NERVEUSES.
Le traitement de l'hystérie se divise en préservatif, en curatif et en consécutif (ou prophylactique des rechutes ). On distingue en outre le traitement des accès et celui de la maladie.
Examinons d'abord les moyens préservatifs de 3a maladie et des accès.
PREMIÈRE SECTION
Traitement préservatif de la maladie.
Le traitement préservatif de l'hystérie est en quelque sorte une introduction aux moyens de curation de la maladie elle-même : il est entièrement du ressort de l'hygiène, et consiste essentiellement à écarter les dispositions et les causes déterminantes de cette affection. La médecine prophylactique n'existe point à la rigueur, car on ne peut combattre une maladie non encore formée; mais elle existe réellement, quand on la considère comme l'art d'éloigner les causes qui dérangent notre économie, de prévenir un desordre qui n'est qu'imminent, ou des altérations d'un degré à peine perceptible.
Ces préceptes prophylactiques sont d'une telle importance , qu'on ne saurait trop se persuader de leur utilité, ni assez les recommander.
Le premier conseil que le médecin doit donner, est de veiller avec intérêt au développement physique et moral des jeunes personnes , de fortifier
nYSTihtJE. i5i
leur oonstitution lorsqu'elle est débile ; de leur prescrire l'exercice et d«s promenades fréquentes, ou un séjour prolongé à la campagne.
On leur permettra les plaisirs de la danse, pourvu qu'elle ne soit ni lascive ni portée jusqu'à la fatigue; on insistera, en outre, sur l'exercice à cheval ou sur un âne, quand les circonstances le permettront.
Le travail de la menstruation revendique aussi notre sollicitude ; il faut en favoriser l'apparition , puis en régulariser le cours avec tout le soin possible : c'est surtout aux approches de la puberté qu'il importe d'observer les jeunes personnes : si la constitution physique annonce une force suffisante, si déjà les formes se prononcent, il faut opposer aux premiers accidens qui signalent le travail de la menstruation les moyens que prescrit la saine pratique : tels sont la vie active, les pédiluves tièdes, les bains de fauteuil rendus irritans et pris le soir; l'application de serviettes chaudes sur Fhypogastre; les frictions sèches sur les lombes et les membres abdominaux; les infusions d'armoise, etc. Si les symptômes produits par la pléthore sanguine persistent avec intensité , on a recours aux sangsues , que l'on fait appliquer à la vulve , aux jambes ou aux cuisses, quelquefois à une saignée de la veine saphène. Souvent ce désordre revient périodiquement chaque mois; il est alors couve-
3^2 MALADIES WERVEttSES.
nable de choisir pour cette opération l'époque indiquée par les efforts de la nature.
Quand les règles sont arrêtées par la présence d'une membrane contrenature, il faut l'inciser, pour donner issue au flux menstruel.
Lorsqu'il existe une suppression , une déviation, ou même une diminution des règles, on les rappelle par les moyens usités en pareil cas.
L'abus de la bonne chère , les caprices de l'appétit, la vie sédentaire, peuvent retarder ou déranger cet écoulement, et doivent être remplacés par un bon régime et un exercice journalier.
A la pléthore sanguine générale , ou à une congestion, un afflux du sang vers l'utérus, on oppose les rafraîchissans et la saignée du bras quand les menstrues ont cessé de couler, ou s'il existe une ménorrhagie. Au contraire , lorsque les règles manquent, et quand l'aménorrhée tient à la faiblesse de la constitution qui n'est point en rapport avec l'âge de la jeune personne , il convient d'avoir recours aux fortifians, à l'eau ferrée, aux eaux minérales ferrugineuses, à une nourriture succulente, aux vins d'absinthe et de quinquina. aux infusions de safran, d'armoise, aux differens emménagogues , aux bols d'extrait de quinquina, de gentiane, de cannelle, de limaille de fer. Chez les jeunes personnes d'un tempéra-
ment lymphatique, ou disposées à la chlorose , on seconde ces moyens par les frictions sèches on irritantes pratiquées sur les lombes, le bassin et les extrémités inférieures. Plus tard, on met en usage les bains sulfureux et les commotions électriques à la circonférence du bassin.
Existe-t-il une pâleur et une débilité presque incompatibles avec une nourriture saine et fortifiante, et avec l'intégrité des organes, il faut craindre alors l'influence sourde et pernicieuse des habitudes que le mauvais exemple ou de perfides conseils font trop souvent contracter. On éveille en même temps, mais avec ménagement, la sollicitude des parens, qui, par une vigilance active et les avis du médecin, arrêtent les funestes effets de l'onanisme. Cette fatale habitude est malheureusement très-répandue, et surtout dans les réunions de jeunes personnes. Lorsque le médecin veut insinuer qu'il serait possible que les accidens dépendissent de cette cause, on rejette presque toujours cet avertissement; il doit alors demander aux parens qu'ils veillent avec soin et qu'ils s'assurent que ses craintes ne sont pas fondées. C'est encore une précaution utile que de faire connaître aux jeunes personnes les cir- ' constances qui dérangent si fréquemment leur santé en troublant le cours naturel de la menstruation.
Comme la conduite et la moralité de la jeu-
l54 MALADIES NERVEUSE».
liesse dépendent presque toujours des premières impressions qui lui sont communiquées , les païens ou les instituteurs doivent être convaincus qu'ils ne sauraient trop surveiller les compagnes ou les suivantes qu'ils placent près de leurs enfans , ni apporter assez de soin pour empêcher les mauvais exemples, les conversations dangereuses, les expressions trop libres; en un mot , tout ce qui exalte l'imagination ; qu'ils cherchent surtout à gagner leur confiance, et à leur inspirer par la douceur et la raison ces principes de morale qui sont les germes de la vertu, et d'où dépend souvent le bonheur de toute la vie. Sans la religion, on peut voir naître ces heureuses dispositions, mais alors elles sont plus rares et plus étonnantes. Aussi les parens ont-ils constamment lieu de se féliciter lorsqu'ils fortifient l'esprit de leurs enfans de toute la puissance que donne la morale religieuse , si douce et si entraînante, quand elle est conforme aux principes de l'Évangile.
Lorsqu'une jeune personne douée d'une grande susceptibilité éprouve un vif chagrin, il faut écouter ses doléances et la plaindre : en paraissant ♦partager sa peine on lui procure déjà une sorte de consolation. Est-on chargé de lui apprendre un événement malheureux, on évite une précipitation dangereuse, et on ne l'en instruit que par degrés et avec discrétion ; il serait même
HYSTERIE. l55
prudent , avant de lui faire une pareille confidence , de s'assurer qu'elle n'est pas à l'époque de ses règles.
Outre une société choisie, des mœurs douces, lhabitude de modérer les élans d'une sensibilité trop vive, d'une imagination trop ardente, on doit conseiller aux jeunes demoiselles un exercice raisonné de leurs facultés intellectuelles ; des lectures bien dirigées, et une application non continue aux arts ou aux sciences.
Lorsque leur constitution est développée, que le flux menstruel s'est manifesté, qu'il est régulier, il faut prendre en considération les besoins de leur âge, et s'ils se font sentir impérieusement, le mariage sera le préservatif le plus assuré des affections hystériques.
DEUXIÈME SECTION
Traitement préservatif des Accès.
Pour empêcher le retour des accès chez les personnes sujettes à cette névrose, il faut éloigner d'elles les causes qui ont coutume de provoquer ces paroxysmes; de plus, on leur conseillera un bon régime, une vie active et régulière , des vêtemens chauds et une température douce ; on les engagera encore à éviter les refroidissemens et les dérangemens de la transpiration ou des autres sécrétions.
l56 MALADIES NERVEUSES.
L'expérience indique souvent aux personnes hystériques les moyens de s'opposer à l'invasion d'une attaque; chez l'une l'inspiration de l'éther amène cet heureux résultat ; pour une seconde, c'est un autre agent. On écarte de ces malades les objets qui produisent sur les organes des sens des impressions très -vives ou antipathiques. On pourrait à la longue, et par une habitude progressive ou une ferme volonté, vaincre ces antipathies ; mais tant qu'elles peuvent donner lieu à des accidens, il faut préserver les femmes de leur influence, afin d'en faire éviter les résultats.
Les efforts du médecin doivent aussi avoir pour but de prévenir les causes morales d'où proviennent ordinairement les accès : on sait combien la sensibilité des femmes nerveuses est facile à irriter, et avec quelle promptitude une sensation trop brusque peut occasionner de nouveaux troubles. Il convient donc d'apporter le plus grand soin à leur épargner toute surprise brusque et inattendue, soit terreur, crainte, ou même plaisir, et spécialement les peines qui résultent des obstacles qu'on oppose à leur inclination , à leurs passions amoureuses. Quand les désirs de la jeune personne ne peuvent être accomplis, il faut employer les ressources les mieux éprouvées d'une diversion agréable , la société de quelques personnes d'un caractère
gai, pour qui elle ait de l'amitié, des recréalions, des jeux, des promenades variées, etc. Un s'efforcera , du reste , de donner aux affections de l'âme et aux facultés intellectuelles une direction conforme aux principes que nous établirons plus loin. Mais passons au traitement spécial de l'hystérie, qui présente deux indications générales : i°. l'on doit combattre les accès, 20. s'efforcer de guérir la maladie elle-même en prévenant ses retours.
TROISIÈME SECTION
Traitement des Accès.
En général, les accès du premier et du second degré sont rarement dangereux , et on peut alors surveiller seulement les malades; maison serait blâmable de négliger les moyens propres à dissiper les paroxysmes , quand surtout ils sont parvenus à une très-grande intensité.
L'étude et l'application de ces moyens constitue la première indication générale; mais convenons aussi que le traitement des accès offre des points de contact si intimes et si multipliés avec celui de la maladie elle-même, qu'ils semblent tiès-souvent se confondre.
Le médecin appelé auprès d'une femme en proie à une atteinte d'hystérie doit faire enlever tous les objets qui pourraient devenir causes de
l58 MALADIES NERVEUSES.
contusion ou de blessure. Il s'assure ensuite qu'il n'existe aucune ligature , aucune compression autour de la poitrine , de l'abdomen ou des extrémités.
C'est une sorte d'inspiration qui porte ordinairement les personnes qui approchent, ces malades à leur ôter tous les vêtemens trop serrés, ou à les mettre en liberté dans leur habillement. L'air qui les environne doit être pue et frais : c'est pourquoi, loin de Les renfermer ou de les environner d'un grand nombre de spectateurs, il faut au contraire les exposer à l'air extérieur, pourvu que la température ne soit extrême ni en chaud ni en froid ; éloigner les personnes inutiles, et procurer, autant que possible, du calme à l'esprit : on place la malade sur un lit ou sur des matelas étendus par terre; on a soin de lui tenir la tète élevée ; on cherche à maîtriser ses mouvenaens sans avoir recours à la violence. Si cependant la durée ou l'intensité de l'accès rendait ces précautions insuffisantes, il serait indispensable d'employer un vêtement contentif , une sorte de gilet de force ou de longue chemise dont les manches et l'extrémité inférieure seraient attachées aux parties correspondantes du lit.
On essaie de diminuer l'intensité de l'accès en comprimant d'une main la région épigastrique, et de l'autre, en soutenant le dos : M. Cliambon prétend avoir réussi dans quelques cas par ce
lïYSTlhWE. l5l)
procède. L'inspiration des substances aromatiques ou volatiles, des eaux de Cologne, de mélisse, de léther, et même (le 1 ammoniaque % pourra être essayée , mais avec ménagement , puisqu'elle agit, chez beaucoup de ces malades, dune manière défavorable : quelquefois on a employé, dans la même intention, la vapeur de plumes ou de cuir brûlés ; on frictionne les tempes avec des eaux spiritueuses ; on applique sur le front des compresses trempées dans l'oxycrat , etc. etc. L'usage indique de recourir en même temps aux potions calmantes, dans lesquelles on fait entrer l'extrait gommeux d'opium, le sirop diacode ou le laudanum, le musc, la teinture de succin et de castoréum, ou même Tassafbetida, et surtout le sirop d'éther.
Pourrait-on employer les sternutatoires, fondé sur ce que l'éternuement fait cesser parfois l'accès? Sternutatio si superveniat , cito paroxysmutn claudit. Mais en attribuant la cessation du désordre à l'éternuement, n'a-t-on pas pris l'effet pour la cause ? Comme cette pratique est exempte d'inconvéniens, on pourrait toujours en faire l'essai , d'autant que Horstius rapporte une observation qui paraît en confirmer les avantages,' Ce médecin fit souffler dans le nez d'une femme en proie aux accidens hystériques du castoréum et du poivre : elle éternua ; l'accès fut terminé au même instant, et dès-lors elle n'eut plusdat-
ïC>0 MALADIES NERVEUSES.
taque. Les li ni mens narcotiques peuvent amener un résultat favorable ; on s'en sert pour frictionner la partie antérieure du cou, la colonne vertébrale, l'épigastre, le bas-ventre, et particulièrement la région hypogastrique. On les compose diversement. Celui ci-joint nous a paru, chez quelques malades, agir avec efficacité :
Huile d'amandes douces. . . ^ j
Camphre 3 j
Gouttes de Rousseau ^ (5
Élher sulfurique 3 ij.
Forestus a fait cesser un paroxysme en faisant frictionner la vulve avec un liniment composé d'huile de lis , de musc et de safran ; mais pour dissiper la maladie, ou prévenir le retour des accidens, il donna le conseil aux parens de marier la jeune personne, qui était jeune, jolie, et très-disposée aux plaisirs. Le fait suivant semble déposer fortement en faveur de la teinture de castoréum : une jeune fille, âgée de treize ans , éprouvait à chaque quart d'heure des convulsions dans l'oeil droit , la bouche et les extrémités inférieures; les paroxysmes se renouvelaient jusqu'à quarante fois par jour, etc. Cette terrible épilepsie hystérique (ou mieux hystérie èpileptiforme) fut dissipée d'une manière surprenante par l'usage de la teinture de castoréum. (Ephém* déc.ji, ann. u , observ. i5o.)
hystérie. iGr
Los rmhrocations aromatiques et calmantes faites sur l'hypogastre, sur le creux de l'estomac et le cou , ont amené un soulagement qui appartient, suivant quelques auteurs, autant aux frictions faites avec la main qu'à la nature des médicamens dont se composaient les embrocations.
Un lavement d'oxyerat , au rapport de Rivière , a terminé sur-le-champ une attaque violente. Un égal succès suivit l'application sur l'épigastre dune compresse trempée dans le même liquide, et prescrite par ce praticien. C'est ainsi que Diemerbroeck a vu réussir les odeurs fétides inspirées par le nez, et les emplâtres préparés avec les gommes de la même nature et mis sur l'abdomen.
Albert. Bottonus accordait une grande confiance à la vapeur d'une poudre composée avec les excroissances verruqueuses qui viennent aux: pieds des chevaux , et qu'on fait dessécher au four. On trouve dans Chambon (chap. 54) l'indication de plusieurs remèdes qui ont reçu de beaux éloges, mais contre lesquels l'expérience et le raisonnement doivent tenir en défiance. Les injections de laudanum dans le vagin ont réussi à notre célèbre Bichat; et les lavemens avec un gros d'assa-fœtida ont été recommandés par les docteurs Pinel et Duvernoy , qui en ont retiré quelques avantages.
Mais a-t-on suffisamment multiplié les obser-
î62 MALADIES TJËRVËUSÉS.
"vations pour s'assurer de l'efficacité de ces différens procédés ou agens? et n'a-t-on pas pris pour leur effet salutaire la fin naturelle et spontanée de l'accès qui coïncidait avec leur administration? Il faut attendre, pour prononcer sur leur degré d'utilité, des applications plus nombreuses , faites sans prévention et dans des cas d'hystérie bien constatés.
Lorsque les paroxysmes sont portés à une trèsgrande violence, que la vie des malades semble menacée, que les premiers efforts de l'art ont été infructueux, il faut alors recourir, en outre des moyens précités, aux aspersions et applications de vinaigre, d'eau froide ou de glace sur la tète, aux lavemens purgatifs, aux topiques irritans, tels que les linimens avec l'ammoniaque, aux vésicatoires , aux ventouses scarifiées , ou bien au moxa appliqué de préférence à la nuque ou sur les lombes.
Mais concurremment avec les agens physiques, on emploie les moyens moraux , qui souvent pourraient revendiquer à eux seuls tout l'honneur du succès. Il importe de soustraire ces malades à tout ce qui peut provoquer chez elles les affections pénibles de l'âme ou exalter leur sensibilité morale; car non-seulement les contrariétés, les chagrins sont à redouter, mais souvent même les impressions agréables trop brusques ajoutent à la susceptibilité, et doivent être ecar-
HYSTÉRIE. l6j
tées avec le plus grand soin. On interdira ('gaiement ces sensations mixtes qui se composent d'un mélange de douleur et de plaisir : telles sont, par exemple , toutes les circonstances qui sont propres à retracer des souvenirs douloureux, mais dont l'âme aime à se repaître, et dont le résultat constant est de rendre plus exquise notre susceptibilité.
Parmi les causes morales qui peuvent rappeler un accès d'hystérie, il en est qui sont amovibles, ou au moins susceptibles d'être affaiblies; et c'est contre celles-là que le médecin peut agir avec espoir de succès, soit en les dissipant, soit en atténuant l'impression qu'elles ont produite.
Si la présence d'un jeune homme détermine ou entretient chez une de ces malades un paroxysme hystérique , on doit engager un des deux individus à quitter momentanément la société où ils se trouvent réunis. Il arrive ainsi fréquemment qu'une attaque très-intense, et qui aurait pu se prolonger long-temps , diminue de suite, et se dissipe bientôt entièrement. Souvent alors la prudence conseille aux jeunes personnes de s'éloigner promptement avant que l'orage éclate : tantôt toute retraite leur est impossible; d'autres fois un sentiment impérieux et presque irrésistible les retient, en quelque sorte malgré leur volonté.
Quelques femmes très-nerveuses ont parfois
l64 MALADIES NERVEUSES.
excite les accidens en s'attachant à contempler, soit des monumens de tendresse et d'amitié, soit des gages d'amour : nul doute que le meilleur remède ne consiste à leur dérober la vue de ces objets. Chez d'autres personnes , les pratiques religieuses, celles consacrées aux pompes funéraires, ont ramené les paroxysmes hystériques. Dans ce cas, on recommandera aux malades de ne pas assister à ces cérémonies , qui excitent presque toujours des émotions trop vives.
De mauvais procédés ou des propos injurieux ont parfois renouvelé un accès que l'absence ou l'éloignement de l'agresseur et les consolations de l'amitié pourront terminer. Si on appréhende , à la suite d'un mouvement de colère, un semblable désordre, il faut, pour le prévenir, détruire les effets de l'emportement, paraître applaudir au juste ressentiment de la personne offensée, lui accorder que ceux qui l'ont contrariée ont eu réellement les plus grands torts, mais qu'ils en seront punis, ou qu'ils s'en repentiront spontanément, lorsque la réflexion viendra les éclairer sur leur conduite. Par cette précaution, on modère, on amortit les premiers élans d'une âme irritée : il suffit souvent de parer le premier mouvement de la colère pour la voir ensuite se dissiper spontanément (i).
(i) Tel fut le mobile de Philocrate , contre lequel les Athé-
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Si la présence d'une autre femme excite un sentiment de jalousie propre à ramener de nouveau l'orage, c'est à ceux qui peuvent le prévoir à le conjurer en invitant cette personne à se retirer, quand toutefois le conseil est praticable.
Les moyens de diversion , ceux surtout qui résultent d'une conversation ou d'une promenade agréable et variée, sont toujours applicables dans les intervalles que laissent entre eux les différens paroxysmes d'une même attaque,
QUATRIÈME SECTION
Traitement de V Hystérie.
Le traitement spécial de la maladie doit embrasser trois objets principaux, savoir : les moyens moraux, le régime physique, qui comprend les lois de l'hygiène ; enfin la partie des médicamens. Cette division n'est que théorique , et le plus souvent on fait simultanément concourir au même but ces trois bases principales de la thérapeutique.
Avant de considérer isolément chacune de ces
jiiens étaient fort irrités. On lui demanda pourquoi il ne se présentait pas pour se justifier : « Il n'est pas encore temps, dit-il. — Et quand pensez-vous qu'il en sera temps ?-— Quand j'aurai vu, répliqua Philocratc, faire le procès à quelque autre citoyen.
l66 MALADIES NERVEUSES.
trois grandes divisions de la méthode curative, nous allons indiquer d'abord quelques principes généraux.
Le mode de curation doit varier suivant une foule de circonstances qu'il importe au médecin de prendre en considération.
L'âge , le tempérament , la constitution , l'idiosyncrasie, l'époque de la puberté, l'état de virginité, de nubilité , le lien conjugal ou une union illégitime; les phénomènes propres à l'apparition des règles, leurs anomalies, leur suppression., leur cessation naturelle ou accidentelle, précoce ou tardive , l'état des forces vitales et des affections morales , l'empire de l'habitude, le degré ou l'ancienneté de la maladie, enfin la nature de la cause qui l'a produite ; toutes ces circonstances apportent de nombreuses modifications dans l'emploi des moyens de curation.
C'est la promptitude à déduire de ces nuances diverses les conséquences les plus justes qui signale le praticien supérieur.
Le médecin s'empressera de rechercher la cause des accidens : si elle n'est pas évidente, il se tiendra sur ses gardes, et se rappellera qu'elle peut être ignorée ou même dissimulée par la malade et les personnes qui l'entourent. Souvent la réflexion et les renseignemens qu'il a soin de recueillir mettent au jour la vérité; s'il existe un mystère dont l'amour-propre soit le mobile,
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il cherche adroitement à le pénétrer, en provoquant la confiance, et en promettant une diserttion absolue ; mais il doit respecter le secret dune famille, s'il en est le dépositaire, ou ne point solliciter un aveu qu'il serait pénible d'accorder.
La connaissance de la cause est fréquemment le point capital, ou le premier p*>s à faire dans le traitement des maladies, et surtout des névroses.
Souvent la découverte dune cause dissimulée a mis en évidence la sagacité du médecin, et lui a assuré une réputation distinguée. La pénétration dErasistrate près d'Antiochus, celle de Galien, dans une circonstance analogue, ont contribué à rendre leur nom immortel.
Si cette névrose provient d'une hémorrhagie supprimée, le raisonnement et l'expérience indiquent au praticien quels moyens il devra prescrire. Peut-on soupçonner la suppression dune leucorrhée habituelle, on cherche à rappeler cet écoulement par les injections stimulantes , et même un peu irritantes, ou par le tamponnement, etc. Mais cette dernière circonstance se rencontre rarement ; c'est une des causes de l'hystérie les moins fréquentes.
Toutes les fois qu'on ne pourra découvrir ua dérangement de l'organisation qui ait donné naissance à la maladie, il faut en accuser quelque
< ( ï68 MALADIES NERVEUSES.
inclination secrète ou contrarie'e, ou la prédominance du tempérament utérin , quand surtout la malade est une jeune personne.
Aussi une des considérations les plus importantes est celle de l'âge , quand surtout, on y rattache celle de la puberté, qui est l'époque de la plus grande fréquence des affections hystériques. Souvent alors les accidens sont occasionnés par un amour malheureux, ou par l'empire des organes reproducteurs ; d'autres fois l'imagination et l'organisation physique sont très-développées ; mais la matrice lest beaucoup moins : le sang destiné à fournir l'écoulement sexuel irrite cet organe et provoque le désordre nerveux. On peut en acquérir la preuve, si la constitution de la jeune malade est fort avancée, si les seins sont formés, si elle éprouve des maux de tête , des étourdissemens, des saignemens de nez, de la somnolence, des palpitations, des engourdissemens , des coliques, des douleurs aux lombes, de la pesanteur dans les membres abdominaux : il est alors convenable d'employer tous les moyens propres à favoriser l'apparition des menstrues.
Si rien n'annonce ce travail, et spécialement quand le développement de l'organisation physique n'est pas très -précoce, qu'il existe atonie et irritabilité, on oppose dans ce cas les caïmans unis aux toniques, les ressources de la distrac-
tion, une vie active et occupée; enfin une nourriture restaurante.
L'âge intermédiaire entre la puberté et l'époque critique n'apporte aucune modification bien notable. A peine l'état de grossesse présente-t-il quelques particularités dignes de remarque : on sait que la sensibilité des femmes se trouve exaltée pendant la durée de ce phénomène; qu'à l'époque des couches et de l'allaitement , les sécrétions sont plus actives. Il importe donc, surtout alors, de ménager leur susceptibilité morale, et de favoriser toutes les fonctions dont le dérangement pourrait donner lieu aux accidens hystériques ou les aggraver.
L'état des règles apporte diverses modifications dans le traitement de l'hystérie; ainsi il faut tenir compte de la quantité de sang que les mois fournissent habituellement ; car des menstrues très -abondantes ou une véritable ménorrhagie demandent un mode de curât ion différent de celui qu'on opposerait à un état de chlorose et d'aménorrhée, ou à une menstruation peu abondante. Rappelons ici que non -seulement toutes les femmes ne sont pas également réglées , et qu'une quantité de sa ^g qui constituerait une perte chez une personne dont les menstrues sont habituellement peu abondantes n'est pour une autre qu'une circonstance ordinaire; mais encore qu'il existe des femmes , surtout lors-
qu'elles partagent les travaux les plus pénibles de l'homme , qui ne sont que peu ou point sujettes à ce tribut périodique. Or, dans un cas semblable , bien que l'application des sangsues pût diminuer les accidens, il serait inutile de sopiniatrer à établir un écoulement dont 1 absence n'aurait nullement altéré la santé.
Appelé près d'une malade , le médecin doit toujours s'informer de l'époque où les mois reviennent périodiquement , et si leur cours s'opère régulièrement. Toutes les fois que l'ensemble des symptômes n'offrira point un danger imminent, et que la médecine expectante ne pourra aggraver les accidens, on suspendra , aux approches de la menstruation, et surtout pendant la durée de cet écoulement , les moyens actifs ou perturbateurs, lors même qu'ils sont indiqués très-positivement par les phénomènes de la maladie.
On sait que lémétique, donné pendant le cours des menstrues, peut les arrêter, et produire lhystérie, ou même de plus grands désordres. Je l'ai vu administrer dans cette circonstance à une femme affectée d'un simple embarras gastrique, qui aurait également cédé aux déiayans ou à l'émétique pris quelques jours plus tard. Dans l'action même du vomitif, les règles s'arrêtèrent ; deux jours après une hémoptysie survint. La malade négligea de réclamer des soins;
ÏÏYSTÉRÏE. 171
le sang continua d'affluer vers la poitrine, et détermina une phthisie mortelle.
L'émétique, administré à l'époque des règles, les a quelquefois provoquées ou fait reparaître ; mais ce résultat n'est rien moins que constant, et la prudence doit engager à ne conseiller cet agent, surtout dans l'intention de les rappeler, qu'à des femmes douées d'une bonne constitution, et lorsque les moyens plus généralement avoués auront échoué.
Si l'on doit éviter l'époque des règles pour l'emploi d'un médicament capable d'en arrêter le cours, il faut au contraire saisir les approches de cet écoulement pour l'administration des moyens propres à le favoriser ou régulariser. C'est ainsi que les sangsues, par exemple, quand leur application est convenable , doivent être mises peu de jours avant l'apparition des menstrues, ou mieux, immédiatement après leur terminaison. Dans le premier cas, elles les rendent souvent plus abondantes; dans le deuxième, elles suppléent à la quantité de sang qui n'est pas sortie, ou les font reparaître de nouveau. Toutefois je pense que le moment le plus opportun pour ces sortes d'opérations est indiqué par la cessation du flux menstruel, quand celui-ci n'a pas été suffisant.
L'étude des tempéramens mérite également une attention spéciale. En général, c'est le tem-
pérament nerveux qui prédomine chez les per~* sonnes affectées d'hystérie : tantôt il est joint à une constitution molle et lymphatique , qui semble devoir exclure une sensibilité physique très-vive; tantôt on l'observe uni à une organisation très-sèche. On voit de ces femmes nerveuses qui sont dans un état d'irritation continuelle : le grand air, le froid, la chaleur, le vent, la pluie, tout ce qui excite en elles une impression, une sensation même opposée, leur est incommode, leur cause une excitation vive, importune. Le moral participe de cette disposition physique ; presque toujours il reçoit l'impression, plus rarement il la communique. Ces anomalies de la sensibilité nerveuse influent sur le traitement et sur le résultat des moyens curatifs. En général , les bains tièdes , les délayans , l'usage du lait , un régime doux , les potions calmantes et huileuses , ainsi qu'une température égale et modérée , réussissent aux personnes pourvues d'une organisation sèche et irritable ; tandis que les femmes dont la constitution est molle et lymphatique respirent communément avec avantage un air vif et agité, et se trouvent bien d'un sol aride, couvert de plantes aromatiques, d'une nourriture succulente, du vin pur, et d'un mélange raisonné de médicamens toniques et caïmans.
Il est rare de rencontrer la prédominance du
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tempérament musculaire chez les femmes hystériques, sinon parmi celles qui vivent habituellement à la campagne. Quant au système sanguin, il s'annonce, chez plusieurs de ces individus, par le coloris du visage, un pouls fort et des règles abondantes; il réclame une nourriture légère et végétale, les boissons délayantes, parfois le régime antiphlogistique, les saignées, etc. Un de mes confrères a soigné une dame douée d'un tempérament sanguin, pour une hystérie violente, dont les accès se reproduisaient tous les jours périodiquement à la même heure. 11 fit précéder, pendant trois jours consécutifs, l'époque de l'invasion par une saignée du bras : dès-lors les accidens n'eurent plus lieu , et la malade fut entièrement guérie.
L'état des forces vitales doit encore influer sur le choix des mesures thérapeutiques ; mais les conséquences qu'on peut en déduire sont faciles à saisir , d'après les réflexions que nous a fournies l'examen des divers tempéramens.
Il faut quelquefois, lorsque la constitution est très-affaiblie , s'occuper avant tout de rétablir l'énergie vitale. L'observation suivante nous en fournit la preuve. Une jeune personne, contrariée dans ses affections, devient hystérique; de fréquens accès se manifestent à des époques variées : ils sont caractérisés par une syncope incomplète, par des convulsions, une sorte de
trismus , des douleurs locales ou clous hystériques, le sentiment de strangulation, le mouvement oscillatoire ou la boule mobile, une sorte de frémissement dans la région hypogastrique, et fréquemment terminés par l'issue d'une sérosité qui lubrifiait les parties génitales, et l'émission d'une grande quantité d'urine claire et limpide. Divers médicamens , choisis parmi les antispasmodiques, sont mis en usage; et malgré leur emploi et un bon régime , la débilité fait des progrès, les règles se suppriment, la poitrine commence à s'affecter : il existait un péril imminent.
Les parens consentent enfin à l'hymen, objet des vœux de cette demoiselle ; mais avant de le faire contracter, on s'occupa de dissiper le désordre, que la satisfaction morale diminua bientôt ; on lui prescrivit de bons toniques , un régime restaurant, l'air de la campagne et un exercice modéré. Lorsque les forces furent rétablies, on sollicita le retour des règles, et l'hymen consolida bientôt la santé de la jeune malade.
Mais lorsque l'hystérie (ce qui n'arrive presque jamais) se prolonge même après l'accomplissement de l'union qui était désirée, il faut examiner si cette affection n'a pas été produite par une cause qui n'existe plus, mais dont les effets subsistent encore, ou si elle n'est pas en-
tretenne par le fait seul de son ancienneté ou par l'empire de l'habitude.
Pour qu'une maladie se perpétue par suite de cette influence, il faut quelle présente des internassions ou une continuité de symptômes indépendans de la cause qui a produit le désordre. On sait que l'habitude, à notre insu, et souvent même contre notre volonté, nous entraîne à des actes qui ont eu lieu précédemment , par le fait seul de leur réitération antécédente. Dans d'autres cas, elle est favorisée par des circonstances particulières qui établissent une propension presque irrésistible vers ces mêmes actions.
Pour rompre le pouvoir de l'habitude, il convient d'écarter toutes les causes propres à en seconder l'action : ces causes sont, en général, les affections pénibles de l'âme, et tout ce qui les rappelle, le trouble des sécrétions, etc.
On doit, en outre, donner une autre direction aux facultés intellectuelles et aux mouvemens physiques 5 changer le régime, les rapports habituels ; conseiller un voyage qui provoque de nouvelles sensations, etc.
Mais ces considérations ne sont pas les seules qui influent sur le traitement ; le degré ou le caractère de la maladie le modifie souvent aussi : c'est ceque nousmentionnerons plus particulièrement en examinant Jes avantages qu'on peut espérer
Ïj6 MALADIES NERVEUSES.
des ressources de l'hygiène, et de l'application des médicamens à la curation de l'hystérie.
CINQUIÈME SECTION
Hygiène.
En exposant l'histoire des causes, nous avons annoncé quelles étaient les circonstances qui favorisaient ou pouvaient déterminer cette névrose; nous avons ainsi fait pressentir l'utilité d'un bon régime, d'un sage emploi de nos forces, et d'une juste mesure dans nos rapports avec les objets extérieurs, en un mot, d'une vie régulière. INous pourrions, en outre, indiquer ici quelques règles de conduite, comme nous l'avons fait en traçant le traitement prophylactique; mais devant développer ces considérations en traitant de la cure des affections hypocondriaques, et ces considérations étant susceptibles d'une double application, nous nous bornerons, en ce moment, à quelques principes généraux.
On recommandera aux jeunes personnes et aux femmes hystériques l'écart des causes qui aggraveraient leur état; on leur conseillera des vêtemens chauds, afin d'éviter les dérangement de la transpiration, etc.; une habitation salubre; dans la belle saison , l'air de la campagne ; une nourriture saine, légère, restaurante, plutôt qu'excitante; des boissons appropriées aux accidens , la bière , Feau rougie; dans quelques cas^
HYSTÉRIE, trjtj
le vin rouge ; rarement les vins spiritueux de Lunel, de Malaga , de Madère, ou seulement à dose très-modérée.
3Ne permettez pas que ces malades s'abandonnent à un repos trop absolu ou à l'oisiveté : exigez au contraire que leurs journées soient remplies par des occupations simples et variées, par des récréations convenables, par des promenades dans lesquelles on cherchera toujours à se proposer un but ; c'est le moyen d'affaiblir ou de dissiper la passion dominante.
Otia si tollas , periére Cupidinis arcus, Ovide.
SIXIÈME SECTION
Médicamens,
Nous sortirions des limites que nous nous sommes imposées, si nous considérions ici avec détail l'application des principaux médicamens au traitement d'une maladie qui ne réclame en général qu'un petit nombre d'agens pharmaceutiques, et seulement dans un petit nombre de cas. Aussi n'examinerons-nous en ce moment que ceux des médicamens qui ont une application plus directe à la curation de cette névrose.
C'est surtout contre les accès du premier et du second degré qu'on dirige parfois avec un succès marqué les moyens intérieurs, et particulièrement les antispasmodiques et les caïmans ou narcotiques.
Tous les médicamens revêtus du titre pompeux (X antispasmodiques ) ont été mis à contribution pour calmer les accidens hystériques; mais leur action tend plutôt à faire cesser le paroxysme qu'à en prévenir le retour. Ils ont en outre si rarement obtenu cet avantage , qu'ils ne méritent qu'une confiance limitée; la liqueur minérale d 'Hoffmann, l'éther, le musc (de dix à douze grains), le camphre, l'assa -foetida, et surtout les teintures de succin et de castoréum , sont les plus accrédités, et ne produisent fréquemment d'amélioration sensible qu'alors qu'on les donne au moment où l'accès finit spontanément. La valériane a été également recommandée , bien qu'elle soit plus applicable au traitement de l'épilepsie.
Les caïmans ou narcotiques, par petites fractions , sont préférables , quand leur usage est bien dirigé. La potion suivante, ou toute autre analogue, réussit assez souvent, sinon à dissiper, du moins à modérer les accidens :
5/: Eau distillée g iij
Extrait gommeux d'opium. ... g j
Sirop d'érysimum g j[Ç
Eau de fleur d'orange 3 fl
Sirop d'éther S ij.
Nous rappellerons en même temps celle con-> signée dans plusieurs formulaires sous le nom de potion anti/ystérique :
nYSTERIE. I79
Of Infusion de fleur de tilleul £ v
Sirop de capillaire 5 ij
Kau de fleur d'orange 3 iij
Étber sulfurique dulcifié ) ^
Vin d'opium composé j to •*
Alcool de succin et de castoréum. a a g1™ xv. L'on peut opter entre l'extrait gommeux d'opium, le laudanum, le sirop diacode ou de karahé, et les gouttes dites de l'abbé Rousseau, qui ne sont qu'un laudanum renforcé, et qui calment quelquefois, lorsque toutes les autres préparations narcotiques sont impuissantes. La thériaque et le diascordium conviennent surtout dans les cas d'atonie. En proposant les opiacés dans le traitement de cette vésanie, nous ne faisons que déférer au précepte donné par Hippocrate , qui conseille le suc du pavot somnifère, in sujfocatione uterinâ (lib. II, de Morbis mulierum, sect. 5, p. 237).
Nous citerons encore la composition suivante, qui a été employée, non sans fruit, par Rivière (obs. X) :
*ïf. Assae-fœtidœ. S i j
Castorei ) „.
Feculae bryoniae | •*
Sem. rutae 9j
Croci 3 fi
Laudan. Paracel g viij
Un gros pour dose.
Les boissons délayantes, prises en trop grande quantité, pourraient déranger les fonctions di-
*l8o MALADIES NERVEUSES.
gestives ; en général , il convient d'ordonner une tisane légèrement amère. C'est pourquoi, afin de parer cet inconvénient , on prescrit une infusion de fleur de tilleul et de feuilles d'oranger , édul corée avec un sirop acidulé, ou avec du sucre et de l'eau de fleur d'orange; on lui donnera plus d'efficacité , surtout s'il existe de l'irritation , en ajoutant deux ou trois gros de sirop diacode par pinte de boisson, et la teinture de castoréum , de vingt à vingt-cinq gouttes. Un thé ordinaire, ou fait avec les feuilles de mélisse, de menthe, dhysope, ou les fleurs de coquelicot, obtiendrait les mêmes résultats.
On a proposé, et souvent employé des lavemens préparés avec une dissolution d'assa-foetida, un gros sur une livre d'eau. Ce moyen doit être considéré comme révulsif et stupéfiant, et peut coopérer à une guérison radicale. L'odeur de cette gomme justifie si bien son nom, qu'on ne peut guère l'employer que de cette manière, ou sous la forme de bols. Nous avons essayé avec quelque succès des demi-lavemens faits avec une forte décoction de graine de lin , et un ou deux grains d'extrait gommeux d'opium. On donnait auparavant un lavement entier, composé avec une décoction tiède de graine de lin, de racine de guimauve ou de têtes de pavot.
L'émétique et les purgatifs ne sont ici que des moyens accessoires 3 et qui ne sont communément
IIYSTÉRIE. ï8r
Applicables que dans les cas de complications, et surtout d'embarras gastrique. Leur action contre les affections hystériques est trop secondaire ou indirecte pour mériter un examen spécial. Nous annoncerons seulement qu'on a conseillé depuis peu, contre cette névrose, le traitement modifié de la colique de plomb; mais cette méthode peu rationnelle nous paraît offrir moins d'avantages que l'usage des moyens généralement avoués par le raisonnement et l'expérience, et quelques succès éphémères ne suffisent pas pour faire adopter une innovation qui compte déjà beaucoup de tentatives inutiles, ou même indiscrètes.
Rappelons ici qu'on a proposé l'emploi à l'intérieur des eaux minérales; les plus convenables sont celles de Vichy, de Spa, de Seltz, de Bourbonne , de Plombières , de Barège , de .Bagnoles, etc. On ne peut y avoir recours qu'en été , si on veut les prendre à la source. Elles sont indiquées spécialement comme moyens préservatifs, tant à cause du déplacement qu'elles nécessitent, qu'en raison des diverses impressions morales auxquelles le voyage donne naissance.
Jos, Lanzonius rapporte avoir guéri par l'usage du lait d'ânesse deux malades affectées de passion hystérique, contre laquelle tous les médicamens antihystériques avaient échoué. Chez la première de ces malades, âgée de vingt ans, il
l82 MALADIES NERVEUSES.
prescrivit d'abord un purgatif, et fit continuer le lait dânesse, pris le matin à jeun, pendant vingt-quatre jours , à la dose de Jvj avec un peu de sucre blanc. Ce moyen est au moins exempt d'inconvéniens.
Passons maintenant à l'examen des agens extérieurs.
Les fumigations , les linimens , les fomentations aromatiques excitent l'action de la peau, et tendent à généraliser les forces vitales, lorsqu'on les applique sur une grande surface ; et sous ce rapport, ils peuvent contribuer à la guérison de l'hystérie. Les mêmes topiques , rendus narcotiques, ont une application plus directe et plus efficace dans le traitement de cette maladie , comme nous l'avons déjà annoncé.
C'est ainsi que nous avons exposé la marche à suivre pour dissiper l'hystérie qui provenait de la suppression des règles , et toute répétition à cet égard serait inutile. Lorsqu'on soupçonne que le dérangement d'une autre hémorrhagie a donné lieu aux accidens, on s'efforce de les faire cesser en rappelant l'écoulement ; si c'est un épistaxis, on en sollicite le retour par les sternutatoires et les fumigations dirigées vers les fosses nasales, ou on le remplace par la phlébotomie du bras. Le même procédé serait indiqué contre l'hystérie qui proviendrait de la négligence d'une saignée habituelle; et Ton tenterait de ramener
lin flux hémorrhoïdal supprimé , par l'application des sangsues au fondement.
Un état de pléthore sanguine , agissant comme cause ou comme accident , serait combattu de la même manière , ou par l'usage des boissons acidulés et un régime adoucissant. On ne doit pas , en général, pratiquer de saignées aux femmes par la lancette, ni par les sangsues, pendant la durée, ni même aux approches de l'écoulement sexuel ; il convient, nous le répétons , d'y avoir recours dans la quinzaine qui succède à ce travail de la nature , plutôt que dans la semaine qui le précède , afin de ne point troubler les efforts de la nature, qui souvent prépare d'assez loin la révolution menstruelle.
Toutes les fois que la phlébotomie est jugée convenable , et surtout lorsqu'il existe un état de pléthore sanguine ou une ménorrhagie, etc. 7 il faut recommander à la personne chargée de cette opération de faire le mouvement d'élévation très -étendu, et d'employer de préférence les lancettes dites à grain d'orge. Faute de cette attention , il arrive souvent que l'ouverture de la veine est très- petite, que la quantité du sang sorti est insuffisante, ou peut-être composée de la partie la plus liquide. Dans les cas d'inflammation, il est préférable, suivant quelques auteurs, d'obtenir par la phlébotomie un sang homogène (proportion égale) , plutôt que la partie la
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plus fluide d'un sang qui ne sort qu'avec peiné par une petite incision pratiquée à la veine, Toujours est-il vrai qu'une saignée faite par une large ouverture qui permet à ce liquide de s'échapper librement et abondamment réussit beaucoup mieux que celle dont la petite ouverture ne laisse pas le sang sortir avec facilité. Dans le dernier cas , la saignée semble agir plus lentement, et d'une manière analogue au mode d'action des sangsues.
Le nombre et la quantité des saignées doivent toujours être subordonnés à l'état de la santé générale, de la constitution, à la fréquence et à la force des hémorrhagies habituelles aux malades.
Quand la femme hystérique est d'un âge à faire présumer la cessation prochaine du tribut périodique, quand déjà cet écoulement est irrégulier, ou lorsqu'il existe de fréquentes ménorrhagies, on se gardera bien de faire appliquer des sangsues à la vulve, ou même au fondement; dans ce cas , et surtout lorsque l'on peut craindre un commencement d'irritation vers l'utérus, la saignée du bras est, sinon la seule praticable, au moins bien préférable. Il faut alors détourner le sang de ce viscère, si Ion veut en prévenir les lésions organiques : nul doute que les saignées du bras et la continence ne constituent le meilleur préservatif de ces terribles désorganisations.
HYSTÉRTE. î85
Mais lorsque la femme a franchi cette époque, que les règles sont finies, et quand la matrice est clans un état de calme absolu, si la malade éprouve les symptômes de la pléthore sanguine, on peut alors, après avoir pratiqué une saignée du bras, appliquer des sangsues au siège. Nous avons cru pouvoir exposer ces détails sur l'emploi de la saignée et des sangsues, parce qu'ils ne sont peut-être pas assez généralement connus.
Les bains ont été conseillés dans le traitement de cette névrose , et conviennent spécialement dans l'intervalle des accès : les bains tièdes relâchent et débilitent lorsqu'on y séjourne pendant un temps trop long, ou quand on y a recours à des époques très-rapprochées; mais si leur usage est convenablement dirigé, si on les prend à quelques jours de distance , ils réussissent en général très-bien. On les prescrira de préférence aux femmes nerveuses, sèches ou irritables. Le docteur Nacquartma cité l'exemple d'une dame sèche, ardente, qu'on tient pendant trois heures, chaque jour, dans un bain tiède : ce traitement dure depuis deux ans , et la malade s'en trouve fort bien ; mais il est rare que ces personnes retirent avantage de bains aussi longs et aussi rapprochés. Non -seulement leur température doit être relative à la sensibilité individuelle, depuis 22 jusqu'à 28 et 3o degrés, mais leur usage demande en outre quelques précautions; les ma-
l86 MALADIES NEftVEUSES.
lades , avant de se mettre au bain , doivent être dans un état de ealme physique et moral, et s'assurer de la chaleur de l'eau , qu'il ne faut jamais porter, même en hiver, à plus de 3o degrés. A l'issue du bain, elles feront enlever l'humidité qui recouvre le corps, par des frictions pratiquées avec un morceau de flanelle ou avec des serviettes chaudes ; de plus, elles auront soin de se vêtir très-chaudement, ou se remettront ensuite au lit le plus tôt possible, afin de favoriser cette douce transpiration que les bains provoquent presque toujours.
Les bains froids très-peu prolongés, ou les immersions réitérées dans l'eau courante, et surtout dans la mer, ont une grande propriété stimulante; mais ils ne sont admissibles que dans les pays chauds, ou lorsque la température atmosphérique est au moins à 20 degrés : ils conviennent surtout aux constitutions lymphatiques.
Mais on peut employer encore d'autres bains, tels que les bains d'eaux minérales naturelles ou artificielles : ceux de Barège, de Bagnères, de Loech en Suisse, d'Aix-la-Chapelle, d'Aix en Savoie, qui sont sulfureux, conviennent comme moyens excitans; ils ont souvent l'avantage de provoquer les règles ou de les rendre plus abondantes. Les eaux de Plombières, deBourbonne, de Vichy , de Balaruc , jouissent aussi d'une propriété stimulante, mais à un degré moindre. Les
premières ont, en outre, une application directe aux cas d'hystérie compliquée d'affection cutanée. Lorsque cette névrose est occasionnée par l'irritation ou la répercussion d'une maladie de la peau , on pourrait obtenir beaucoup de succès des bains naturels ou artificiels de Barège, ou des bains sulfureux secondés par l'usage du lait, le régime végétal , et les autres médicamens appropriés au traitement antidartreux.
On trouve dans l'ouvrage du docteur Cham* bon l'exemple d'une femme de soixante-dix ans chez qui une affection , dont le siège avait souvent varié , occasionnait divers accidens, et des accès d'hystérie , quand elle était fixée vers la matrice. Un large vésicatoire et un traitement approprié la délivrèrent de cette maladie.
Mais ces différens médicamens intérieurs ou extérieurs ne sont susceptibles que d'un certain nombre d'applications particulières, et ne peuvent en général revendiquer qu'une action indirecte ou secondaire : le moyen qui offre le plus d'avantages, et dont l'influence est la plus directe et la plus générale , ce sont les plaisirs de l'hymen.
Hippocrate conseille le mariage aux jeunes filles atteintes de vapeurs hystériques ; Forestus, Hoffmann, Deïn , Reid, Boërhaave , et tous les bons observateurs anciens et modernes, ont adopté ce précepte, que l'expérience la plus con-
l8# MALADIES NERVEUSES.
stante et la plus authentique confirme tous les jours. On ne peut opposer à de telles autorités qu'une prévention aveugle. Pomme soutient, contradietoirement à l'observation la plus journalière, que la virginité, c'est-à-dire, l'état de continence, ne contribue nullement aux affections vaporeuses, et que l'acte conjugal est toujours contraire au tempérament vaporeux. Il est impossible d'émettre une opinion plus paradoxale : ex uno disce omnes. Il faut l'avouer , le système de Pomme est en général très-dangereux ? quoique susceptible d'un petit nombre d'applications utiles; puisqu'il est évident, d après l'étiologie déduite de la connaissance des faits et l'expérience la mieux constatée , que , dans le plus grand nombre des cas, les rapports sexuels sont le remède assuré de cette affection. L'hystérie que l'on observe parfois , quoique rarement , dans les campagnes, ne réclame pas un autre traitement, quand elle dépend de la prédominance du système utérin. Il convient de s'en tenir à la médecine palliative lorsque la maladie existe chez une femme veuve ou éloignée de son mari , jusqu'au moment où les circonstances fixeront un terme au veuvage ou à l'absence ; mais si l'affection hystérique, loin de reconnaître pour cause une continence absolue, dépend au contraire de l'abus des plaisirs, de la fatigue, de l'épuisement des organes génitaux, ou même de
HYSTÉRIE. l8g
l'onanisme, il faut exiger des malades la plus grande réserve, et leur faire sentir que nonseulement elles compromettent leur saute, mais qu'elles exposent même leurs jours par une conduite aussi honteuse; cette variété d'hystérie ne se rencontre que très-rarement. Telles sont les principales modifications qu'offre ordinairement l'application des agens physiques au traitement de cette névrose; mais quand la maladie est parvenue au troisième degré , lorsqu'il existe un danger imminent, et que tout fait appréhender une congestion cérébrale, il faut alors, extrema extremis, appliquer, et de préférence aux jambes, ou mieux aux cuisses, les irritans les plus actifs, Jeslinimens, les sinapismes, les vésicatoires , les ventouses , quelquefois même le moxa , qu'on peut établir à la nuque, quand tout espoir semble perdu. Dans de telles circonstances les saignées dites dérwatives sont souvent | nécessaires ; on prescrit ensuite l'application des sangsues ; l'on ordonne en outre les antispasmodiques, les boissons laxalives et les lavemens purgatifs; mais on se gardera d'employer les opiacés qui favoriseraient le raptus vers le cerveau.
SEPTIÈME SECTION
Traitement moral.
Nous nous étendrons peu sur l'application des moyens moraux au traitement de l'hystérie, les
k^O MALADIES NERVEUSES.
cons'dérations relatives à la médecine morale devant recevoir un pins grand développement lorsque nous exposerons l'histoire des névroses qui ont leur siège dans le système de la digestion; toutefois nous examinerons d'une manière spéciale , i°. la concordance qui existe entre l'époque des passions produites par l'amour et les révolutions de la vie sexuelle; 20. les ressources qu'on peut , dans ces cas, retirer d'une bonne direction imprimée aux affections de l'âme et aux facultés intellectuelles.
Avec la puberté naît en nous le premier désir, le premier sentiment de l'amour : tout est vague, incertain avant ce moment , et ne doit être considéré jusqu'alors que comme le fruit d'une imagination déréglée, ou le penchant précoce d'un être dénaturé vers un libertinage hideux; mais quand cet élan est le résultat du développement naturel de nos facultés physiques, et lorsqu'il est bien dirigé, il concourt également au bonheur individuel et à l'avantage de l'ordre social. Plus vif, plus impérieux chez la femme, par suite d'une sensibilité en général plus exquise et d'une organisation particulière , ce sentiment est d'autant plus développé chez elle, que son éducation et ses habitudes lui auront plus tôt présenté ce but vers lequel tendent tous les êtres animés, et que les convenances sociales la force-;, •ront davantage à le taire.
nYSTLRIIÎ. ïgj
Pour amortir l'influence de cette disposition , on peut alors conseiller la fréquentation des bals, <îes concerts , des spectacles , et de quelques autres moyens de diversion. Ces agens ont parfois une très-grande influence; mais il faut étudier les dispositions morales des individus, car ils peuvent être dangereux pour les uns, et trèsutiles pour les autres. Il est aisé de sentir que leur effet sera tout différent chez une demoiselle d'un tempérament peu ardent, mais sensible, à qui l'on veut faire oublier un amour malheureux , qu'elle n'eût pas ressenti , s'il n'avait été provoqué par diverses circonstances, ou chez une autre personne qui n'a point encore formé d'attachement, mais dont l'imagination ardente et un tempérament lascif s'enflammeraient à la vue habituelle d'un homme doué d'un physique avantageux, au récit des passions les plus exaltées, au tableau séduisant de l'amour couronné: dans ce dernier cas, l'habitude des spectacles sera défavorable : l'on devra placer alors la plus grande confiance dans un autre mode de distractions, tel qu'un voyage, de fréquentes promenades, ou un séjour plus ou moins prolongé à la campagne au milieu d'une société choisie; il faut surtout opposer aux résultats d'un amour contrarié le doux charme de l'amitié , et les consolations qu'offre toujours l'union des familles. Mais si la vue de tous les objets qui parlent
*f)2 MALADIES NERVEUSES.
aux sens, si la fréquentation des sociétés nombreuses, des réunions où les yeux sont fascinés, où l'imagination reçoit tant d'impressions erotiques et lascives, favorisent le développement des névroses utérines , qui ne conçoit qu'une vie active, mais douce et tranquille, que le séjour au milieu des champs, qui n'excitent que des émotions paisibles, ne soient susceptibles de calmer les sens , et de rendre la jeune personne à la paix du cœur ?
Souvent il ne suffira pas de mettre sous les yeux de ces malades le tableau des avantages que doivent leur assurer une conduite pure et sans tache, et la pratique des vertus sociales; il faut de plus faire naître , entretenir ou développer dans leur âme les principes de la religion. Dirigez leur esprit vers les idées religieuses; faites -y germer les maximes de la plus saine morale , et vous apaiserez l'exaltation des sens , le délire erotique , ou même les acci-dens de l'affection nerveuse.
Si la malade est une jeune personne, on s'occupe ensuite de son établissement ; les parens doivent sans doute repousser une inclination qu'ils n'ont point permise, lorsque des raisons puissantes s'y opposent ; mais aussi combien n'a-t-on pas vu de ces liens qui semblaient mal assortis sous les rapports d âge , de caractère , de xang ou de fortune, opérer le bonheur de ceux.
qui les ont formes ; et ne sait-on pas que l'hymen qui, s'annonça nt sous les auspices les plus favorables, semble réunir tous les avantages, ne produit souvent que de fâcheux résultats. Loin de nous l'idée de conseiller aux parens une déférence aveugle aux désirs parfois téméraires d'une jeunesse irréfléchie; mais qu'ils ne se préviennent pas légèrement , qu'ils soient indulgens , lorsque la raison et leur propre intérêt le leur commandent, et qu'ils se persuadent bien qu'une trop grande sévérité , loin de prévenir les fautes et les malheurs , les entraîne ou les rend en quelque sorte excusables. Combien de jeunes personnes trompées dans leurs espérances, offensées dans leur amour-propre, se sont précipitées dans tous les excès , ou ont péri victimes d'un désespoir horrible , et que la tendresse de leurs parens ou les consolations de l'amitié auraient rendues à la santé, ou rattachées à la vie! L'art d'attiédir une passion inconsidérée a ses règles, ses nuances, ses finesses; loin de leur présenter la séparation comme irrévocable , il faut d'abord ne pas leur ôter tout espoir; on élève avec adresse quelques doutes sur la réussite de leurs désirs ; on les habitue à considérer ceux-ci comme le résultat dune imagination exaltée , et à ne pas voir exclusivement le bonheur dans la possession de l'objet aimé. On leur fait entrevoir de plus grands avantages dans une autre union ; on doit les ménager ;
et, quand il le faut, les tromper, à quelque prix que ce soit , afin de ne pas irriter leur sensibilité , et de ne pas porter dans leur âme un découragement trop cruel ; souvent l'espérance seule diminue la fréquence et l'intensité des accidens, qui, presque toujours, se dissipent spontanément aussitôt que l'hymen désiré par la jeune malade a couronné ses vœux.
Quand l'hystérie est le résultat d'une inclination ignorée des parens ou dissimulée par ceux-ci et la jeune malade, il faut avec prudence en solliciter l'aveu ou chercher à la découvrir.
« Le médecin doit s'introduire dans le cœur » humain pour y voir les désirs, les passions, » les besoins, les sollicitudes, les chagrins, les » attachemens , pour y agir sur les sensations et » les idées, pour examiner enfin ce que peuvent » sur l'économie animale tous les genres de sen- » timent et de pensée ». (Nouv. Elém. de Thé» rapeutique , Alibekt. )
Tous les développemens de ce principe sont applicables au traitement des femmes hystériques, et sont susceptibles d'une foule de résultats utiles. En se transportant dans l'intérieur des familles, en provoquant la confiance , le médecin parvient à connaître les causes morales qui sont presque toujours secrètes, et obtient les succès les plus brillans , par la seule direction donnée aux facultés mentales»
IIYSTÉRÏE. If)5
Les mêmes motifs nous rapprochent ordinairement dans le monde; les liens du sang et les rapports de l'amitié nous appellent dans la société qui se compose de nos parens , de nos amis et d'un certain nombre d'étrangers. La conformité des habitudes et des convenances amène la confiance entre les individus du même âge et de sexe différent : celle-ci s'établit d'autant plus facilement, que les goûts, les opinions, les plaisirs sont les mêmes, l'intimité succède, et les passions prennent alors naissance. Rarement une jeune personne , quels que soient les rapports sympathiques, éprouve -t-elle subitement une passion violente ; l'impression peut avoir été vive, mais elle n'est pas profondément gravée; cette demoiselle n'est pas encore familiarisée , identifiée avec l'idée de cette passion ; il est facile aux parens d'en arrêter les effets , quand surtout ils ont habitué leurs enfans à trouver en eux leurs meilleurs amis, et quand de bonne heure ils ont su leur inspirer cette confiance absolue qui ne peut naître que dans un cœur parfaitement libre , ou du moins exempt de craintes.
Ce n'est point une vaine curiosité, mais l'amour de son devoir et le désir d'être utile , qui engage le médecin à connaître l'état moral des personnes qui réclament ses soins; ces renseignemens sont nécessaires ? et influent sur le choix des moyens
curatifs , qui doivent varier selon les circonstances.
Tantôt une jeune personne, affectée d'accès hystériques plus ou moins rapprochés , jouit d'une parfaite tranquillité d'âme , tandis qu'une autre éprouve cette disposition mélancolique, ce vide du cœur qui naît alors presque toujours du besoin de s'attacher; tantôt leur amour est partagé par celui qui en est l'objet , approuvé par les parens; mais le moment de leur union n'est pas encore arrivé , et cette attente seule, détermine les accidens , qui, dans ce cas, sont rarement très-intenses.
Trop souvent une inclination contrariée amène un désordre d'autant plus grave, que la sensibilité est plus prononcée, et l'affection morale plus intense. Le médecin doit alors faire connaître aux parens la cause du désordre, les dangers qui peuvent en résulter, et les avantages certains qu'obtiendrait leur condescendance aux désirs de la jeune malade. Si cette union leur paraît inconvenante, il les engage à n'avoir recours qu'aux voies de persuasion ou de douceur.
Lorsqu'une femme mariée éprouve de semblables paroxysmes, on doit craindre des chagrins dissimulés, ou que l'homme avec lequel elle est unie ne soit pas celui qu'elle aime; car, pour dissiper cette maladie , il ne suffit pas toujours, nous le répétons, que le but de la nature
HYSTETWi:. Ir)7
soît rempli , il faut en outre que le vœu du cœur soit exaucé. Combien alors devient difficile la position du médecin , qui sent le besoin de solliciter un aveu qu'on ne peut faire qu'en rougissant ! 11 s'efforcera d'opposer le langage de la raison au délire de la passion , recommandera une vie active, un voyage, ou un autre moyen propre à opérer une diversion puissante.
La direction donnée aux facultés intellectuelles peut également participer à la guérison de cette névrose. Lorsqu'une jeune femme sera sujette à des accès hystériques déterminés par une affection morale dont on voudra la distraire , une application modérée et journalière à l'étude du dessin ou de la musique , des lectures agréables ou utiles pourront amener des distractions favorables, diminuer l'intensité des accidens, et en éloigner la fréquence. Appeler , dans ce cas , la raison à son secours, prendre la ferme résolution de surmonter une inclination funeste , c'est; prouver un bon jugement, c'est faire coopérer cette fonction intellectuelle à la solution d'une maladie qu'une direction mentale toute autre eût été susceptible d'aggraver.
En offrant à la mémoire et à l'imagination des jeunes personnes des souvenirs ou des objets variés, doux, agréables, mais dont la nature est propre à calmer l'effervescence des sens , en leur créant des rapports nouveaux , en occupant leur
ICjS MALADIES NERVEUSES,'
esprit de soins domestiques, de travaux scienti-' fiques légers, de jeux honnêtes, on prépare, on accélère , ou on décide leur guérison.
Le même mode de curation sera opposé aux différens effets de la douleur morale; et en adoptant ces mêmes principes, en étudiant tout le parti qu'on peut en retirer, on combattra presque toujours, avec plus ou moins de succès, les résultats des affections de l'âme les plus pénibles.
HUITIÈME SECTION
Traitement des Symptômes .
Mais les considérations que j'ai présentées jusqu'ici sur le traitement de l'hystérie , soit dans son cours en général, soit dans chacun de ses accès en particulier , seraient incomplètes , si je ne spécifiais les modifications qui peuvent être commandées dans le traitement par quelques symptômes insolites ou prédominaus. Dans cet examen rapide, je noterai ces symptômes ou accidens d'après les organes qui en sont le siège , ou d'après leur fréquence et leur importance.
Si, à la suite d'une attaque violente, il restait une forte douleur vers l'utérus ou tout autre viscère, on y opposerait des émolliens, des caïmans, tels que des bains tièdes, des fomentations, des lavemens et demi-lavemens, qu'on peut rendre plus efficaces en y ajoutant l'extrait gommeux d'opium ou le laudanum. Dans d'autres
cas, on peut appliquer sur l'organe malade, ou dans son voisinage, des sangsues, et plus tard un vësicatoire volant.
Existe-t-il une syncope opiniâtre, on a recours aux excitans usités en pareil cas, tels que l'inspiration de l'éther, de l'alcali , d'un air frais , aux applications d'oxycrat ou d'eau froide , aux frictions irritantes. On donne quelques gouttes d'éther , d'alcali volatil étendu d'eau de Cologne; plus tard , on prescrit un peu de bon via ou de bouillon.
Quand la respiration devient pénible et laborieuse, quand tout annonce une congestion sanguine vers la tête ou les poumons, on emploie la saignée, que l'on répète suivant l'état du pouls et des forces vitales, et l'on y joint les dérivatifs les plus puissans. Dans ce cas , le traitement doit beaucoup se rapprocher de celui qu'on dirige contre les affections comateuses. Si les symptômes résultent d'une irritation aux organes respiratoires, une boisson délayante, telle que l'infusion de fleurs de tilleul, de violette ou de coquelicot, ou une potion calmante avec le sirop d'éther et de diacode, suffisent ordinairement pour rétablir l'ordre ; mais si la respiration est plus fortement compromise, et même après l'accès, il faut agir plus efficacement, et établir des irritations proportionnelles sur les extrémités.
Lorsque ces malades sont tourmentées par des
insomnies très -pénibles, on y remédie par les narcotiques légers. Si, au contraire, l'absence du sommeil tenait à une affection de lame, il faudrait recourir aux consolations morales, et produire, par l'exercice, une lassitude qui rendît le besoin du sommeil plus impérieux.
Quand le système musculaire , fatigué des secousses et des contractions tumultueuses que l'accès a provoquées, est le siège dune douleur obtuse , d'un malaise général , d'une courbature, on doit recommander l'usage des bains tièdes et le repos.
Quelquefois il survient de l'inappétence et du dégoût; la bouche est pâteuse. Cet état ne diffère de l'embarras gastrique , proprement dit , que par son peu d'intensité et sa durée éphémère ; on y remédie par la diète et les délayans. La répétition des accès amène-t-elle un trouble plus prononcé dans les fonction^ digestives, si c'est un véritable embarras gastrique , on prescrit l'émétique, les boissons délayantes, et une ou deux potions purgatives. Au bout de quelques jours, on passe à l'usage des toniques, proportionnés à la faiblesse de l'individu. Quand au contraire le système digestif est plutôt embarrassé qu'affaibli ou surchargé, on s'occupe de suite des moyens propres à lui rendre son énergie. S'il survient du dérangement dans le flux menstruel jusqu'alors régulier, on se hâte de prévenir
nYSTÉRIE: 201
des désordres ultérieurs; car il deviendra par la suite de plus en plus difficile de rappeler cet écoulement à sa régularité première.
NEUVIÈME SECTION
Traitement des Complications.
En parlant du traitement des complications, nous n'indiquerons que dune manière générale les moyens curatifs qui peuvent convenir aux inaladies dont la complication offre un rapport direct avec l'affection hystérique; telles sont la phthisie pulmonaire, les lésions organiques de l'utérus et l'aménorrhée, quand elle est effet , et non pas cause: l'aphonie, lorsqu'elle constitue moins un symptôme qu'une complication , 1 hypocondrie , la chlorose , la mélancolie , i'épilepsie, etc.
Si une phthisie confirmée est jointe à une affection hystérique , cette circonstance n'offre presque aucune ressource , et ne réclame qu'une médecine palliative; mais quand iln'existe qu'une disposition à la phthisie ou un premier degré de cette maladie, on s'empresse d'arrêter les progrès ultérieurs du mal ; on fait sentir à la malade le besoin des passions douces et du calme de l'âme ; on en expose l'importance à ceux qui l'entourent ; de plus, on lui conseille un régime doux, toutes les pâtes, fécules, farines, les légumes herbacés de préférence, les poissons légers, l'usage du
lait, les boissons sucrées et gommeuses, les narcotiques à très-petites doses et à des intervalles rapproches , et parfois les vésicatoires volans ou les exutoires à demeure. Deux moxas dans le dos ont sauve une jeune personne hystérique qui offrait tout l'appareil d'une phthisie commençante. Enfin l'air de la campagne doit être présenté comme l'agent par excellence.
A la complication épileptico- hystérique ou opposerait les antispasmodiques les plus actifs , le musc, le camphre, l'assa-fœtida , l'opium, et surtout l'extrait de valériane , la pivoine , les oxides de bismuth, de zinc, l'huile animale de Djppel, de huit à dix gouttes, l'huile de térébenthine, un demi-gros par jour; le quinquina, le fer, dans les cas d'épilepsie atonique , ou suite de la masturbation , etc. Contre un pareil désordre , avec symptômes de pléthore sanguine , ou suite dhémorrhagie supprimée , on dirige les saignées copieuses , et même celles de la jugulaire , quand la malade est jeune et robuste ; les sangsues, les ventouses autour de la tête, les irritans, comme les pédiluves animés, les frictions avec le Uniment volatil sur les extrémités inférieures; et on s'efforce de rappeler lhémorrhagie. On rétablit également un exutoire , un ulcère trop tôt fermés. Quand l'une et l'autre affection éludent ces premiers efforts de l'art, on doit redouter les lésions organiques du cerveau,
imminentes ou existantes. Dans ce cas, on a recours aux vésicatoires, au séton, que le docteur Esquirol a employé avec succès, au moxa ou à la cautérisation, qui a également réussi chez quelques malades privilégiés. (V. Henricus ab Iieers > Pouteau y Valentin.^) J'ai vu prodiguer les exutoires contre une hystérie compliquée d'épilepsie, qui résista à tous les moyens mis en usage. On cherchera donc à guérir d'abord Tépilepsie, comme l'affection la plus grave ; et si la malade était une jeune personne, après la guérison de cette affection spasmodique, on indiquerait les rapports sexuels comme le complément des conseils thérapeutiques qui conviennent en pareille occasion.
Si la jeune hystérique est dans un état de chlorose ou d'aménorrhée , on associe aux antispasmodiques, et même aux narcotiques, les médicamens et le régime fortifians. Dans cette complication, les martiaux et les toniques en général sont recommandés, et par la faiblesse générale, la langueur des digestions , et par l'absence ou le retard des règles; on prescrit donc alors l'eau ferrée , les bols avec la cannelle , le quinquina , la limaille de fer, le safran de mars, et l'extrait gommeux d'opium, à dose convenable. Les vins amers , ceux de Bordeaux , de Roussillon , de Malaga ou de Madère , qui ont l'avantage d'être pris avec plaisir, et les frictions pratiquées sur
la surface du corps , secondent fort bien les moyens précités.
Pour obtenir des frictions tout l'avantage qu'on peut en espérer , il faut les pratiquer soir et matin , avec une brosse dite anglaise , le long de la colonne vertébrale, et sur les côtés, sur les bras , et spécialement sur les lombes , le bassin , et sur toute l'étendue des membres abdominaux. On emploie quelquefois, dans le même but, les teintures aromatiques , de cannelle , de quinquina , l'essence de girofle , de muscade , de citron, etc.
L'utérus a une grande influence sur le larynx , comme le démontrent leschangemensqu'éprouve la voix à l'époque de la puberté, l'impossibilité où sont certaines femmes hystériques de proférer aucune parole pendant leurs accès , enfin l'aphonie , qui résulte souvent de la suppression menstruelle, et qui complique parfois les névroses utérines. Tant que cette dernière maladie persiste, le traitement de l'aphonie est le même que celui que réclame l'hystérie. Mais il faut prescrire en outre le silence le plus absolu ; car dans les cas d'aphonie incomplète , ou même quand celle-ci est complète, les malades veulent presque toujours parler, ou du moins cherchent à se faire entendre; ce qui aggrave du plus au moins leur état. Lorsque, après la guérison de la névrose utérine, l'aphonie subsiste encore, il faut
en détruire la cause, s'il est possible, employer les fumigations aromatiques sur le larynx, proportionner l'activité des moyens à l'intensité et à la persévérance du mal , et recourir, si le cas l'exige , aux linimens, aux vésicatoires , et même au séton, ou au moxa, qui a réussi dans un cas pareil au célèbre praticien Dubois. Je me rappelle un cas d'aphonie produite par la suppression des règles, et qui fut guérie par l'application des sangsues, auxquelles on revenait chaque fois que le flux menstruel n'avait pas lieu.
Quand l'hypocondrie complique l'hystérie, on combine le traitement de l'une et l'autre maladie ; mais comme en général ces deux affections réclament souvent des moyens analogues, on peut établir en principe qu'il faut faire concourir au même but les conseils moraux, un. choix raisonné de médicamens simples, et insister singulièrement sur les ressources puissantes que nous offre l'hygiène. Si l'une des deux maladies offre une intensité plus grande, elle revendique dès-lors l'attention spéciale du médecin.
Le traitement de l'hystérie mélancolique sera dirigé d'après les mêmes préceptes, et l'on s'attachera en outre spécialement à combattre l'erreur partielle et exclusive; en un mot, la passion dominante de la malade.
Quand on redoute la complication d'une lé-
2o6 MALADIES NERVEUSES.
sion organique de l'utérus, on recommande la continence la plus absolue; à l'intérieur les adoucissans , les émolliens , les narcotiques à petites doses, mais rapprochées, les fondans, les lavemens et demi-lavemens avec six, huit gouttes de Bousseau, etc.; à l'extérieur, les bains, demibains et bains de siège tièdes, les saignées du bras, suivant les circonstances, rarement les saignées locales au moyen des sangsues ; enfin un régime doux et végétal, un exercice très-modéré, et l'écart de tout excès, de toute fatigue. Dans certaines circonstances , on se trouvera bien d'établir des irritations sur les extrémités ou dans le voisinage du bassin; ces désorganisations sont souvent le résultat de maladies méconnues ou négligées , d'irritations dartreuses ou rhumatismales, etc., qui s'établissent vers l'utérus , dont on pourrait peut-être prévenir l'altération par divers exutoires, par les bains sulfureux et un traitement approprié ; il nous semble du moins qu'on devrait tenter, dans l'origine, de pareils procédés, d'autant qu'ils sont sans inconvéniens majeurs et d'accord avec les principes de la saine physiologie. Mais autant ces ulcérations sont fréquentes, autant cette corn» plication est rare; elle n'est même observée ordinairement que depuis trente-cinq jusqu'à cinquante-cinq ans.
Nous terminerons l'histoire de l'hystérie en
exposant quelques considérations générales , relatives au traitement consécutif ou prophylactique des rechutes.
DIXIÈME SECTION
Traitement consécutif ou préservatif des Récidives.
L'attention du médecin doit veiller sur les malades au delà même du terme des accidens, c'est-à-dire pendant leur convalescence; en effet, la convalescence n'est que la maladie atténuée, connue la disposition à la maladie en était un degré moindre, un état moins prononcé.
Plus, en général, on fortifie la constitution des jeunes personnes , plus on affaiblit leur sensibilité nerveuse, et on les rend moins accessibles aux atteintes et aux retours de cette névrose. Un bon régime, l'usage modéré d'un vin vieux, abondant en principe colorant, et un exercice journalier , mais jamais porté jusqu'à la fatigue ; une vie active, remplie, bien ordonnée, des vêtemens chauds , relatifs à la saison ; une attention continue à éviter les refroidissemens , etc. etc»: sont autant de circonstances qui tendent à régulariser toutes les fonctions de l'économie , celles surtout qui sont particulières au sexe. On sait que la vie sédentaire, la mollesse, l'oisiveté, la solitude, ou une vie trop dissipée, la trop grande fréquentation des bals, des spectacles, l'abus des plaisirs , de la danse , les conversations las-
cives, la musique et les lectures erotiques, etc. disposent plus ou moins aux retours fie l'hystérie. On doit donc éloigner tous ces excitans indirects des organes de la reproduction , écarter tout ce qui exalte les sens physiques, tout ce qui émeut trop vivement les sens moraux ou l'imagination , les impressions antipathiques , la vue d'un accès de convulsion , d'hystérie ou d'épilepsie , les contrariétés, les surprises, la frayeur, les craintes, les chagrins, etc. De plus, on surveillera les jeunes personnes; on leur recommandera l'habitude des affections douces , une sensibilité modérée , les principes aussi sages que propices de la morale et de la religion, enfin un exercice modéré de leurs facultés intellectuelles : c'est ainsi qu'on prémunit les personnes en convalescence contre les retours ou récidives de cette névrose.
Nous n'insisterons pas davantage sur le traitement prophylactique des rechutes, parce que, d'après ces données générales , et les développemens dans lesquels nous sommes entrés précédemment, il sera facile aux praticiens de saisir les indications qu'ils devront suivre, et même aux malades de connaître les causes quelles devront éviter, et parfois, les moyens de renié-; dier à leurs résultats.
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