CHAPITRE XII
Résumé de la première Partie.
D'après l'étymologie du mot hystérie, et la description que nous avons donnée de cette affection, nous pensons être fondés à dire que l'hystérie est une maladie nerveuse dont le siège réside dans l'utérus, et qui consiste dans une lésion du système nerveux ou des propriétés vitales de cet organe; non-seulement cette névrose est particulière au sexe , mais il n'existe aucune affection correspondante parmi celles que l'on observe chez l'homme. L'influence extraordinaire qu'exercent sur l'économie de la femme ses organes génitaux dépend de leur structure, de leur position, et surtout du rôle beaucoup plus important auquel ils sont appelés ; en effet , outre leur part commune à la propagation , ils ont des fonctions qui leur sont propres, fournissent des écoulemens réguliers, dont les dérangemens sont une source féconde de maladies ; ils sont chargés de la conception , de la grossesse, des accouchemens et de leurs suites; ils ont avec les seins et la lactation, avec le larynx ou l'organe de la voix , des rapports remarquables , et en quelque sorte exclusifs (i). Obser-
(1) L'influence qu'exerce sur la voix de l'homme une opération barbare ne peut infirmer cette opinion ; ces change-
vons encore que, si leur rôle est beaucoup plus important, il commence et finit beaucoup plus tôt; en général, après quarante- cinq ans, la femme n'est plus apte à devenir mère, tandis que l'aptitude à procréer se prolonge chez l'homme presque indéfiniment, comme si la nature avait voulu établir une compensation.
Une éducation physique et morale , molle , efféminée, et un genre de vie analogue, également propres à favoriser l'exaltation des sens ou de l'imagination, une sensibilité nerveuse, exquise , ou mieux , un tempérament ardent et lascif, constituent les dispositions à l'hystérie, qui reconnaît aussi des causes particulières : la plus constante et la plus puissante tient aux besoins qu'éprouvent les personnes du sexe, surtout à l'approche de la puberté ; les peines de l'âme , relatives aux penchans amoureux , et les dérangemens des règles, tiennent le second rang.
Cette maladie s'annonce presque toujours par un trouble particulier vers l'organe utérin; elle se développe plus ou moins promptement , et avec une intensité variée : ce qui nous a fait diviser la succession de ses phénomènes en trois degrés ou en trois périodes successives : dans
mens sont le résultat d'une -violence extérieure , tandis que ceux que nous avons notés, page 107, sont le produit dp phénomènes naturels.
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la première, on remarque des demi-bâillemens, nue sorte de frémissement vers l'utérus, le sentiment d'un globe qui, par un mouvement oscillatoire, se porte de l'hypogastre au col, où il exerce un resserrement avec menaces de suffocation, des convulsions légères, enfin une lésion momentanée et incomplète des facultés intellectuelles.
La même série d'accidens portés à un plus haut degré signale la seconde période.
A la troisième se rattachent en outre tantôt l'agitation convulsive la plus violente, à laquelle succède un état plus ou moins prolongé de mort apparente, tantôt une sorte d'apoplexie hystérique dont la durée est fort variable.
L'hystérie offre plusieurs variétés ; les plus notables sont l'hystéricisme , et l'hystérie épi— leptiforme. Celle-ci est surtout remarquable en ce qu'elle présente une analogie frappante avec l'épilepsie; mais elle en diffère, parce qu'elle ne se développe qu'aux approches de la puberté , et jusqu'à l'époque critique , parce qu'elle est constamment influencée par les différens états de l'utérus, par la continence, par les plaisirs vénériens, par la grossesse, etc.; enfin elle se dessine aussi par des phénomènes hystériques, tels qu'un frémissement ou mouvement obscur vers l'utérus, et, à la fin du paroxysme, des évacuations vaginales et l'émission d une urineabondante, limpide, etc.
212 MALADIES NÉRVfcUSES.
L'hystéricisme semble précéder l'entier développement de la puberté, et résulter des efforts que fait la nature pour opérer la révolution pubère. Cette variété dépend également dune lésion des propriétés vitales de la matrice, à laquelle participe le système nerveux général. Ses symptômes, que nous n'avons qu'esquissés, s'affaiblissent ordinairement avec le temps, par les moyens d'hygiène, et surtout par l'apparition des menstrues. Si la constitution de ces jeunes malades était suffisamment développée, un mariage convenable fixerait un terme prochain à tous les accidens.
Les accès de l'hystérie , et l'affection elle-même, se prolongent plus ou moins : les premiers sont terminés par des borborygmes , obmurmurant intestina, par l'issue d'un liquide mu queux, et quelquefois spermatique, qui lubrifie les parties génitales, et s'accompagne rarement d'une sensation voluptueuse; enfin par l'émission abondante d'une urine claire et limpide.
La maladie , proprement dite , se termine presque toujours par le retour à la santé; elle se juge souvent par des sueurs ou l'apparition des règles, par des furoncles ou d'autres éruptions, par des urines copieuses et par des sécrétions de mucus vaginal, ou de liqueur spermatique, plus souvent précédées d'un sentiment de volupté. Ses complications les plus ordinaires sont la
phthisie pulmonaire, l'aménorrhée, l'aphonie, l'hypocondrie, la mélancolie, la manie, la nymphomanie, lepilepsie, enfin les lésions organiques de l'utérus et de ses appendices. Nous n'indiquons ici que les complications dépendantes, ou qui sont du plus au moins une conséquence de l'hystérie; nous ne devons aucunement mentionner celles qui sont simplement accidentelles.
Le diagnostic de l'hystérie est facile à établir ; mais comme on l'a souvent confondue avec l'hypocondrie et lepilepsie , nous allons indiquer les principaux traits qui la différencient de cette dernière affection : plus loin, nous la distinguerons également de l'autre névrose. L'hystérie ne s'observe pas avant l'époque de la puberté , et rarement après l'âge du retour ; lepilepsie , commune aux deux sexes, est surtout fréquente chez les enfans , morbus infantilis ac puerilis ; l'une est provoquée par les besoins propres à la jeunesse, par la continence et les passions amoureuses ; l'autre provient le plus communément d'une frayeur vive : les symptômes dans l'un et l'autre cas varient. Les accès d'hystérie prennent moins brusquement, reviennent à des époques irrégulières, et sont, en général, d'une plus longue durée. Dans ce cas, les malades ne tombent pas aussi promptement à terre; elles changent de place, et parcourent un plus long espace; leurs mouvemens convulsifs sont variés , étendus ,
2l4 MALADIES NERVEUSES.
augmentent et diminuent successivement, et n'offrent pas cette roideur, ce tremblement, cette agitation, comme tétaniques, que présentent les épileptiques. Les personnes affectées d'hystérie éprouvent très-souvent un désordre, un mouvement sourd vers l'utérus, une boule , qui, de l'hypogastre, se porte à l'épigastre, à la poitrine et au larynx, où il existe une constriction plus ou moins violente. Dans l'hystérie , l'écume à la bouche est moins abondante , et la perte de mémoire moins complète. Presque jamais cette névrose n'altère consécutivement le cerveau et les fonctions intellectuelles ; tandis que dans l'épilepsie les altérations organiques du cerveau sont très-fréquentes, et, sur la fin, constantes, soit comme cause, soit comme résultat. Tout annonce, dans le premier cas, une affection nerveuse de la matrice, à laquelle le cerveau participe sympathiquement et d'une manière indirecte; tandis que nous voyons presque toujours dans l'autre une lésion plus ou moins profonde de l'organe cérébral. Aussi l'anatomie pathologique nous fait-elle connaître des résultats qui diffèrent suivant la maladie. Dans la première, les lésions organiques sont assez rares ; mais enfin, quand il en existe, c'est presque toujours vers l'utérus et ses annexes qu'on les rencontre. Dans la seconde , les altérations de tissu sont très-fréquentes, et on les observe
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constamment alors au cerveau. (Voyez Riolan, liinninger , Blancardus , Vésale , Diemerbroeck , Morgagni, Esquirol, etc. )
Si nous passons au pronoslic de l'hystérie , nous le trouverons bien présente par Hoffmann : Ut valdè tcrribilis hic videtur morbus , in se tamen non adeô periculosus est; sentence qui est confirmée par l'observation journalière , et n'u besoin d'aucun développement. Cette maiadie, en général, n'offrant pas de péril, le traitement doit en être simple : on s'oppose d'abord aux: accès, en faisant respirer un air frais et doux,, quelquefois de l'éther et par divers moyens que nous avons indiqués; on peut également les laisser suivre leur cours, quand ils ne sont pas portés au plus haut degré; dans le cas contraire, fort rare, à la vérité, il faut agir énergiquement. Afin de militer contre la congestion cérébrale et ses fâcheux résultats, on emploie les saignées dites dérivatives , suivies de l'application des sangsues à la tète, les irritans sur les extrémités inférieures, les lavemens purgatifs, qu'on seconde par les antispasmodiques à l'intérieur et à l'extérieur.
L'hystérie dépend-elle du dérangement dune hémorrhagie , il faut rappeler celle-ci; mais la cause la plus ordinaire , c'est la continence , c'est; l'union désirée par la jeune malade; en accédant à ses vœux, on satisfait son cœur, en mêro^
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temps qu'on rétablit sa santé. Tel est aussi le conseil donné par les maîtres de l'art, et que tout praticien doit prescrire, lorsque les circonstances le permettent; mais si des obstacles s'y opposent, il faut alors insister sur les consolations, sur une longue série de distractions agréables , et y associer une vie occupée, un exercice journalier, léloignement, ou un voyage.
Enfin, s'il est important de veiller à l'éducation physique et morale des jeunes personnes, afin de prévenir l'invasion de cette maladie, il n'importe pas moins de les entourer de soins, de conseils dans un âge plus avancé, de les éclairer, de les fortifier de tous les avantages d'une bonne direction donnée à leurs facultés mentales et aux ressources de l'hygiène, afin de s'opposer à la continuité, aux retours ou aux récidives de l'hystérie. On atteindra presque toujours ce but par une attention égale à calmer, à modérer la sensibilité, les sens ou l'imagination, et à fortifier, à l'aide de tous les moyens que l'art indique, la constitution physique des jeunes personnes, ou des femmes encore jeunes ; enfin , en régulari-r saut toutes les fonctions de l'économie, et en éloignant les causes susceptibles d'amener leur dérangement.
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