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CHAPITRE III

Siège et principe de l'Hypocondrie.

Rien de plus problématique que la nature intime, que l'essence ou la cause immédiate de cette maladie, qui de tout temps a occupé les praticiens. Hippocrate , Galien , Arètèe , l'attribuaient à l'atrabile ou à la mélancolie. Diodes > qui vivait avant Galien , en accusait l'estomac ; d'autres, l'intempérie sèche et chaude des vaisseaux du mésentère, du foie, et surtout de la rate. Suivant Hjgmore , cette cause réside dans la faiblesse de l'estomac ; TVillis la place dans l'affection du cerveau ou du système nerveux , et Sjdenham dans l'ataxie, l'irrégularité des esprits animaux. Si Zacutus Lusitanus regarde la froideur de l'estomac et la chaleur du foie comme la source de cette affection , Boërhaave admet

une matière tenace engorgée dans les vaisseaux des hypocondres (1). Lienem, ventriculum, pancréas, omentum y mesenterium obsidens. Tandis que la nature apparaît partout à Stahl et à ses disciples, faisant effort afin d'établir une hémorrhagie critique, Lower reconnaît pour principe la mauvaise disposition de la masse du sang, et Hoffmann 9 la trop grande tension du système nerveux , et quelquefois l'inflammation de la membrane muqueuse intestinale. Citerai -je comme autorité le docteur Pomme, qui voyait toujours le spasme, l'éréthisme et le raccornissement des nerfs, ou Réveillon, pour qui les variations du fluide électrique de l'atmosphère, et les anomalies de la transpiration, étaient le fil d'Ariane, qui avait échappé à tous les observateurs, et à l'aide duquel il pénétrait tout le labyrinthe de notre organisation, ou sondait l'abîme des maladies nerveuses? D'autres enfin ont accusé un état de pblogose chronique de la membrane muqueuse, gastrique ou intestinale; mais l'observation n'est point positive à cet égard; et quand l'anatomie pathologique nous offrirait cette lésion, qu'est-ce qui nous prouverait que, dans ce cas-ci, elle n'est pas consécutive?

(i) Cette opinion, qui portait à regarder l'état de ces malades comme tenant presque toujours à des obstructions, ajoutait souvent à leur découragement, et aggravait leur état physique et moral.

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Malgré lY'toiiiianle opposition de ces divers systèmes, il faut convenir que c'est moins l'observation que le raisonnement , qui , dans ce cas, est en défaut. Tous les auteurs ont argumenté d'après ce qu'ils observaient; mais plusieurs d'entre eux ont pris les effets pour la cause. De là les opinions erronées sur cette question ; toutefois il est vrai de dire que leurs tra»vaux nous ont été d'un grand secours, qu'ils ont, pat leur controverse, éclairé notre jugement, et que Diodes, Hjgmore et JVillis , etc., nous paraissent avoir entrevu le chemin de la vérité.

Ce n'est pas dans l'altération du tissu nerveux lui-même que réside la cause immédiate des névroses ou maladies nerveuses : il en est de la disposition des nerfs ganglionnaires , dans ce cas , comme de l'état que les nerfs présentent dans les membres paralysés ; le tissu du nerf est intact , il n'est ni relâché , ni raccorni ; ou s'il existe dans son organisation quelques changemens, ils sont inaccessibles à nos sens et consécutifs. C'est l'altération des propriétés vitales , des nerfs de la vie de nutrition, et surtout l'exaltation de la sensibilité organique, dont les nerfs sont les conducteurs spéciaux et les dépositaires, qui nous semblent constituer la maladie. Si on lie un nerf, toute la partie qu'il alimente devient paralysée, et cependant son tissu n'est point sensiblement altéré , il continue même à vivre organiquement \

mais il devient inhabile à remplir les fonctions qui lui étaient confiées. La ligature enlevée à temps, les propriétés vitales reparaissent, et avec elles les fonctions nerveuses. Il en est ainsi des nerfs qui se distribuent aux organes de la digestion; quand ils sont affectés, leur tissu n'éprouve aucune altération ; mais leur sensibilité exaltée provoque un désordre plus ou moins sensible, et entraîne, en raison de ses nombreuses sympathies , tous les organes voisins : de là cette multiplicité de symptômes que l'on observe dans les affections hypocondriaques.

Dans l'hystérie simple l'affection est locale, et ne devient presque jamais générale , ou ce n'est que momentanément, sans doute parce que les nerfs de l'utérus ont beaucoup moins de communications que ceux qui se distribuent aux organes de la digestion.

Disons donc, en nous résumant, avec les physiologistes modernes , que d'après l'observation journalière et l'examen attentif des phénomènes de la maladie, nous reconnaissons pour siège primitif de l'hypocondrie, les viscères abdominaux, et surtout l'estomac, affectés dans leur système nerveux ou leurs propriétés vitales , et surtout dans leur sensibilité organique. Telle est du moins dans le silence des preuves physiques la probabilité la mieux appuyée , celle qui jésuite de l'observation des faits, de l'expérience

et du raisonnement physiologique : nous verrons en effet dans la série des symptômes qui seront énoncés , l'affection simultanée et primordiale des organes, tant essentiels qu'accessoires , qui composent l'appareil digestif; à ce trouble se joint par sympathie le désordre consécutif de presque tous les organes de notre économie, et par suite l'exaltation de la sensibilité générale ; enfin l'affection sympathique de nos facultés morales et intellectuelles.

De la connaissance des causes , nous passerons à l'examen de leurs effets, à l'histoire des phénomènes de la maladie.

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