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CHAPITRE VI

Terminaisons de rHypocondrie.

Les terminaisons de l'hypocondrie sont variées; tantôt cette vésanie finit par le retour à la santé, tantôt elle se juge d'une manière critique , ou se convertit en d'autres maladies qui en sont la crise, et qui se dissipent elles-mêmes immédiatement après; dans quelques cas, cette névrose est remplacée par d'autres affections qui se prolongent plus ou moins, et alors elle disparaît entièrement; en dernier lieu il s'y joint d'autres mala-> dies avec qui elle marche de concert, et c'est ce qu'on nomme les complications, qui feront le sujet du chapitre suivant.

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PRE 31 1ÈRE SECTION

Terminaisons favorables , suites du traitement.

Les exemples de guérison due aux efforts de l'art n'ont pas été jusqu'ici aussi multipliés qu'ils auraient pu l'être, et l'on s'en étonne avec raison, quand on considère la nature de cette vésanie toujours compatible , au moins dans le principe ou dans son état de simplicité, avec l'intégrité des tissus organiques. Le défaut de succès dans bien des cas doit être attribué aux erreurs dans le diagnostic de ces maladies, à la négligence ou à l'ignorance de leurs causes, à l'application inconsidérée d'une thérapeutique banale et exclusive, soit les délayans, soit les purgatifs trop longtemps employés avec une aveugle prédilection. Tout porte à croire, ainsi que les médecins qui font aujourd'hui la médecine d'observation en sont convaincus, que Ton comptera désormais un bien plus grand nombre de terminaisons heureuses ; et les succès aussi nombreux qu'incontestables obtenus dans le traitement des affections les plus analogues, donnent à notre sentiment un nouveau poids. Ainsi donc, la solution favorable de l'hypocondrie peut être le résultat d'un traitement bien dirigé ; c'est un mode de terminaison très-fréquent : mais la guérison ne s'opère ordinairement que d'une manière lente et progressive; toutefois cette vésa-

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nie, dans un petit nombre de cas, a été' dissipée très-promptement. Je pourrais citer deux dames chez qui l'affection nerveuse était produite par une vie trop sédentaire, etc., et qui toutes deux ont été guéries en moins de huit jours, par un régime approprié, et un genre de vie tout différent. On voit également le retour d'une hémorrhagie, dont la suppression avait déterminé l'hypocondrie , fixer un terme à cette névrose : tous les praticiens ont observé, dans des cas analogues, les bons effets des saignées ou de l'application des sangsues pour rappeler les diverses hémorrhagies. Qui ne sent l'influence d'une vie activement occupée, sur l'homme dont la maladie reconnaît pour principe les contentions desprit les plus soutenues !

La guérison participe encore, dans l'observation que nous allons rapporter, de la nature de la cause qui avait produit la névrose hypocondriaque. Un boucher fort aisé, et livré, par suite de son aisance , à une vie peu active , éprouvait la plupart des symptômes de l'hypocondrie; ses digestions s'exécutaient avec peine et lenteur; il se plaignait de borborygmes , de tensions ou de gonflemens, et parfois de douleurs vives, tantôt aux hypocondres , tantôt à l'épigastre : son pouls ne présentait aucune fréquence ; il n'y avait ni soif ni chaleur, et le malade buvait et mangeait comme en parfaite santé. Des spasmes

varies se manifestaient tantôt à Ja poitrine, tantôt à la tète, où il ressentait des élancemens , des pesanteurs, des étourdissemens, etc. Ces divers accidens augmentaient dune manière sensible, quand une affection dartreuse, fixée habituellement à la partie supérieure des cuisses, l'affaiblissait ou disparaissait complètement. Conduit par cette observation à soupçonner le transport sur les organes intérieurs du principe dartreux, et à prescrire un régime approprié, j'engageai ce malade à diminuer progressivement la quantité de liqueurs, de vin et de café pur qu'il prenait à son ordinaire, à augmenter dune manière également graduée, les alimens doux, les légumes herbacés qui devaient remplacer la nourriture plus excitante dont il faisait usage habituellement. En même temps je lui conseillai les sucs d'herbes pendant deuxou trois mois, des bains tièdes de temps à autre , des lavemens émoiliens etdesdemi-lavemensavec huit à dix gouttes de laudanum, pour diminuer l'irritabilité de l'abdomen ; je lui recommandai enfin une vie plus active. Au bout de peu de temps notre hypocondriaque retira un très-grand avantage de ce traitement, et depuis cette époque il jouit d'une fort bonne santé.

Je termine mes citations en ce moment par l'observation suivante , qui me semble encore appuyer l'opinion que j'ai émise : c'est le seul

exemple d hypocondrie bien caractérisée que j'aie observé à un âge aussi peu avancé. Un jeune homme, âgé de -dix-huit ans, vient à Paris pour se livrer à l'étude de la médecine : le regret d'avoir quitté ses parens , le souvenir d'une jeune personne qu'il aimait beaucoup, et qui se maria peu de temps après son départ, enfin les obstacles qu'il rencontra dans ses travaux, renforcèrent chez lui la malheureuse habitude de l'onanisme; il tombe , par suite d'excès journaliers , dans une hypocondrie des plus prononcées : constric •• tion douloureuse vers l'estomac, borborygmes, digestions pénibles, lassitudes spontanées , toux fréquente , expectoration muqueuse , palpitations, teint pâle et jaune, sommeil agité, trouble léger dans les idées, craintes non motivées de maladies diverses, aversion pour la société, tristesse habituelle, impatiences et bizarreries fréquentes. »

Dans cette situation déplorable, ce jeune homme réclame mes conseils : j'intéressai son amourpropre , je lui parlai le langage de l'amitié et de la bienveillance; j'eus soin de l'assurer que, pour renoncer à ce funeste penchant, il suffisait de le vouloir fermement; je lui recommandai d'éviter les occasions qui favorisaient cette fatale habitude, et lui indiquai, autant que possible, les moyens de la surmonter.

Les toniques, et surtout le vin de quinquina,

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quelques légers caïmans, et les conseils moraux dont nous avons fait mention, rendirent bientôt à la société et à une santé parfaite cet individu, qui sentait toute la honte de sa conduite, mais qui, abandonné à lui-même, n'avait pu jusqu'alors rentrer dans la bonne voie.

DEUXIÈME SECTION

Crises ou Guérisons opérées exclusivement par la

nature.

L'hypocondrie se termine quelquefois sans le secours d'aucun médicament, sans l'intervention d'aucune satisfaction morale, sans aucune crise accessible à nos sens ; dans d'autres cas , la guérison est également spontanée; mais il existe des phénomènes critiques qui ne sont point en rapport avec les médicamens mis en usage, et qui n'en sont point le résultat immédiat. Ainsi, tantôt ce sont les propriétés vitales qui recouvrent leur type naturel, tantôt c'est un appareil dont les fonctions se rétablissent; d'autres fois c'est un organe qui renaît à l'ordre régulier, un système qui rentre dans son état naturel, après avoir repoussé les obstacles qui entravaient la marche de l'organisation.

Nous allons indiquer ces mouvemens vitaux, connus généralement sous le nom à efforts critiques de la nature (1). Nous verrons , par ce

(i) On appelle crise l'effort de la nature qui tend à porter

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court exposé, que les crises sont tantôt incomplètes, tantôt complètes, et qu'il faut souvent plusieurs évacuations ou mouvemens de la nature pour opérer une crise complète.

Febris spasmum sofrit , a dit Hippocrate ; et cette sentence, confirmée par l'expérience, est applicable ici, puisqu'on voit l'hypocondrie se dissiper spontanément après un mouvement fébrile, une fièvre aiguë ou intermittente; d'autres fois après une inflammation. Nous allons examiner rapidement ces mouvemens critiques dans les différens systèmes qui les fournissent le plus ordinairement.

Système cutané. C'est un des plus féconds en phénomènes critiques; des sueurs générales ou partielles aux mains, aux aisselles, et surtout aux pieds, ont produit la solution de cette névrose : des éruptions chroniques, des dartres ont amené le même résultat : Nam sœpè subito exanthemata, ulcéra, etc., oriuntur et eodem momento morbus nervosus prœsens cessât, Reil. Le traité de Melancholiâ , par Lorry, fait également mention de ce mode de crise. Sœpè scabies , impétigo,

au-dehors un principe délétère dont la présence gêne l'exercice de nos fonctions : peut-être serait-elle mieux définie : l'augmentation subite des propriétés et fonctions vitales d'un ou plusieurs organes, par suite de laquelle l'organe malade ou le système en général éprouve un changement utile , ou même un retour parfait à l'état de santé.

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herpès erumpentes, sanitatem retulére. Lorry. Au rapport de Boërhaave , un malade lut guéri de son affection nerveuse par l'apparition spontanée d'une gale humide.

La convalescence d'un de mes malades fut précédée par l'éruption d'une grande quantité de petits boulons, qui se manifestèrent sur plusieurs points de la surface du corps.

Système cellulaire. Le tissu cellulaire peut également être le siège d'accidens salutaires : il s'y forme en effet des clous , des furoncles , des phlegmons, des abcès qui exercent sur certaines affections nerveuses une influence très-favorable. Le docteur Heim a vu l'hypocondrie et la dyspepsie disparaître très-promptement après l'éruption de plusieurs furoncles : Attulit sœpè curationem superveniens scabies fœda aut varix numerosa, ingens, enata, valde tumentium fluxus hœmorrhoïdum atrabilis per superiora et inferiora rejectio. Van-Swieten.

M. W4*, sujet depuis long-temps à une hypocondrie des plus fâcheuses , ne commença à éprouver d'amélioration sensible qu'après l'explosion d'un grand nombre de furoncles qui survinrent particulièrement vers le dos.

Système glanduleux. Il peut également s'établir dans les glandes des engorgemens critiques, des sécrétions ou des efforts salutaires; quelquefois cependant le mouvement de la nature n'est

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pas assez prononcé , et n'amène qu'une crise incomplète, comme nous l'avons déjà dit.

Un citoyen distingué, tourmenté par une hypocondrie grave, rendit pendant plusieurs jours une urine noire comme de l'encre , et en fut soulagé. Après plusieurs mois l'urine revenait avec la même couleur, et produisait le même soulagement. (Dol. ann. vm, p. 1 44 » Éphèm. des Car. )

On a prétendu qu'une sécrétion abondante de larmes avait fourni la crise dans des cas de vésanie hypocondriaque : je n'ai point observé ce phénomène , mais je conçois qu'une affection morale puisse émouvoir vivement la sensibilité d'un malade, exciter ses pleurs, et ramener la santé en dissipant l'état physique et moral qui constituait la névrose. Les glandes salivairessont aussi très-aptes à fournir des écoulemens critiques.

Système fibreux. Si l'on range la goutte dans les affections du système fibreux, qu'elle semble affecter par une sorte de prédilection, nous rappellerons que son apparition fixe souvent le terme de cette névrose; mais dans ce cas, il y a plutôt conversion de maladie qu'une crise véritable, à moins que l'accès de goutte ne soit unique : Sub schemate hjpocondriasis cum materiâ seu melancholiœ imo et maniœ , nam hœc œgritudines mbortâ arthritide curantur , nec est infrequens

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futuros arthritico s fier i prias hypocondriacos cum vel sine materiâ , vel hœmorrhoïdarios qui morbi suboiiâ podagrâ régulait disparent. Stoll.

Un homme âgé de trente-deux ans était sujet, depuis deux ans , à une hypocondrie dont il fut tout à coup délivré par une attaque de goutte. Dans ce cas, la névrose a-t-elle été guérie par une irritation plus vive qui a fait cesser une irritation plus faible , ou bien la goutte qui , errante sur les organes abdominaux , déterminait les accidens de l'hypocondrie , a-t-elle fait cesser le désordre en occupant un autre siège? L'une et l'autre opinion est admissible , mais on ne peut en adopter aucune de préférence, faute de renseignemens plus détaillés.

Système muqueux. Le système muqueux est celui dont les sécrétions opèrent le plus grand nombre de crises; il fournit les sécrétions nasale, buccale, gastrique, intestinale, vaginale, etc.; ce sont surtout les diarrhées qui amènent fréquemment la guérison de ces vésanies ; la leucorrhée et les écoulemens de lurèthre n'ont produit que bien rarement un résultat analogue ; cependant un de mes cliens ne s'est jamais mieux porté que pendant la durée d'un catarrhe de l'urèthre , qui fit cesser tout symptôme hypocondriaque.

Kœmpf, ayant vu des obstructions terminées par des flux de ventre ; employait des lavemens

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composés pour obtenir des crises analogues. C'est cette observation de la marche, suivie par la nature, qui justifie et autorise l'emploi raisonne' des purgatifs , dont on fit jadis un abus monstrueux.

Système sanguin. Sans adopter aveuglément l'opinion des stahliens, nous reconnaîtrons cependant avec eux tout le bénéfice que l'économie retire dans une foule de maladies et de névroses, des hémorrhagies naturelles ou accidentelles, du retour spontané des règles, des saignemens du nez, et surtout du flux hémorrhoïdal; mais ces hémorrhagies ne sont pas toujours phénomènes critiques, et ne forment chez quelques malades qu'un symptôme particulier de la maladie, comme on l'observe dans quelques cas d'hypocondrie, d'engorgement, ou même d'altération du foie et de la rate ; plus rarement encore l'hémopthysie, l'hématémèse et l'hématurie constituent-ils des crises complètes ou même incomplètes.

Outre ces différens systèmes, plusieurs de nos organes peuvent fournir les mêmes résultats : ainsi l'estomac, par des vomissemens copieux; le foie, en sécrétant une grande quantité de bile; enfin le poumon, par une expectoration des plus abondantes : Hipocondriacis acceclentes vomitus , tam cruenti quarn non cruenti > sœpè s al ut ares existunt, modo non sint ni mil, nec diuttirni; cornmodus et utilis est vomitus ubi pituitœ bilis per-

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mixta est/lava exquisitè, iisque nec valdè crassus est, nec admodwn coplosus. In viris ex hemorrlwidibus interceptis , hypocondriacis redditis notavimus indemnes cruentos vomitus periodicos et vertiginem junctam gravent stomachicam dixero sic simul depulsam. Klein (i).

Il est encore un autre mode de guérison , et qui de tous est le plus fréquent , c'est celui où la cure de l'hypocondrie est le résultat des mouvemens de la nature secondés par les efforts de l'art; mais il rentre également dans les deux sections précédentes. Souvent aussi un sujet de satisfaction, la fin dune grande peine, dissipent entièrement cette névrose.

TROISIÈME SECTION

Terminaisons de l'Hypocondrie par d'autres

maladies.

Les maladies qui terminent le plus ordinairement l'hypocondrie , sont les affections des organes abdominaux , leurs phlegmasies aiguës, et surtout chroniques ; la dégénérescence de leur tissu , la phthisie pulmonaire, lesanévrismes du cœur.

Nous ne chercherons point à démontrer longuement l'influence de cette névrose sur le dé-

(i) On voit, d'après ces conditions du vomissement critique , que celui-ci diffère du vomissement symptôme de l'hypocondrie ou du squirrhe de l'estomac.

veloppement de ces diverses affections ; nous avons déjà fait sentir combien l'exaltation permanente de la sensibilité des viscères de l'abdomen, favorise leur inflammation et la lésion de leur tissu ; combien les palpitations fréquentes du cœur exposent un organe aussi important , combien enfin les spasmes nerveux et le trouble de la circulation portent atteinte à l'organisation si délicate des poumons; nous ne pourrions d'ailleurs indiquer ici les terminaisons de ces diverses maladies, sans aborder le sujet des complications, et sans tomber, en traitant de ces dernières, dans des répétitions fastidieuses; aussi préféronsnous exposer l'histoire des terminaisons de l'hypocondrie associée à d'autres maladies, lorsque nous tracerons celle de ses complications. 11 nous paraît suffisant d'énoncer ici les signes généraux qui font appréhender la terminaison de cette névrose par d'autres maladies; ce sont les symptômes propres à une affection, à une lésion le plus souvent locale; ce sont leur immobilité, leur constance, leur continuité, et leur développement progressif; c'est ordinairement le trouble , tôt ou tard prédominant , d'une fonction importante; par exemple, la perte de l'appétit et la difficulté croissante des digestions, une diarrhée ou une constipation permanente, quand surtout celle-ci n'est pas habituelle ou constitutionnelle; c'est encore l'altération de la physio-

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nomie ; enfin c'est un mouvement fébrile continu ou avec des intermissions, et accompagné de sécheresse à la langue, de chaleur, et surtout de soif. Nous reviendrons sur cet objet en traitant des complications , et plus encore en exposant l'histoire du diagnostic.

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