‹ Traité des maladies nerveuses, ou vapeursChapitre 23 sur 37 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Complications de VHypocondrie.

On appelle complication, la réunion simultanée de plusieurs maladies : quelquefois celles-ci se déclarent en même temps , ou à peu de distance les unes des autres ; dans d'autres cas , il existe une affection première à laquelle il s'en joint, au bout d'un temps plus ou moins long , une seconde et quelquefois une troisième , etc.; tantôt celle-ci se manifeste spontanément ? tantôt elle n'est que favorisée par le désordre primitif, assez souvent elle en est une conséquence directe.

Ces distinctions sont peu importantes : celles relatives à la nature ou au danger que présente la maladie qui forme la complication , sont d'un plus grand intérêt. En exposant les affections qui aggravent le plus ordinairement la marche de l'hypocondrie , nous indiquerons , en général, l'influence qu'elles peuvent exercer ou le degré du péril dont elles menacent le malade.

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Il ne faut pas conclure du grand nombre de complications qui vont être rapportées, que l'hypocondrie s'observe presque toujours réunie avec d'autres affections ; il est au contraire très-certain que le plus souvent on la rencontre simple et parfaitement isolée; d'ailleurs, plusieurs de ces complications sont extrêmement rares ; on doit en outre, considérer qu'elles peuvent également , pour la plupart , surprendre l'homme au milieu de la santé la plus florissante ; enfin , parmi ces maladies , il en est dont les rapports avec l'affection hypocondriaque sont très -peu directs, et qui coïncident avec celle-ci , en raison du grand nombre d'individus qui en sont atteints, ou de la longue durée dont elle-même est souvent susceptible.

Un de ces malades fut pris de douleurs vives dans la cuisse droite : elles allèrent en augmentant, et Ton reconnut bientôt un rhumatisme de toute la cuisse avec périostose considérable du grand trochanter et du tiers supérieur du fémur: la maladie fut long-temps rebelle et ne céda qu'aux sudorifiques les plus rapprochés.

Au milieu de son hypocondrie , un homme éprouve une attaque d'apoplexie, qui fut combattue de suite et traitée avec succès. Il est bien évident que ces deux complications n'ont aucun rapport direct avec l'affection hypocondriaque.

Les circonstances qui donnent naissance chez

]<\s hypocondriaques aux complications, sont, en général, toutes les causes des maladies, mais nous indiquerons , comme agissant dans ce cas dune manière spéciale, d'abord, les affections pénibles de l'âme ; en second lieu , l'abus des purgatifs , des fortifia ns ou des toniques spiritueux , puis les excès dans le régime , enfin le dérangement de nos sécrétions , des hémorrhagies habituelles ou accidentelles. Nous pourrions présenter ici les signes primordiaux de chacune des maladies qui compliquent le plus ordinairement cette névrose, mais nous aimons mieux faire connaître ces complications par des histoires particulières, qui nous semblent plus propres à frapper l'attention , devant surtout rappeler leurs différens symptômes en traitant du diagnostic ; nous nous bornons à annoncer en ce moment, d'une manière sommaire, qu'à mesure qu'il s'établit une autre affection , et particulièrement une lésion organique, on doit, avec une observation attentive, d'une part, voir augmenter les signes locaux de celle-ci, et de l'autre, diminuer progressivement les phénomènes sympathiques de l'hypocondrie , qui , de toutes nos maladies, est la plus féconde en résultats sympathiques.

Parmi les affections qui viennent aggraver l'hypocondrie , on remarque quelquefois l'hystérie et la mélancolie, plus rarement les aliénations,

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mais souvent la phthisie, et surtout les phlegmasies chroniques abdominales, et la dégénérescence des tissus organiques de l'abdomen : nous nous contenterons d'indiquer quelques-unes de ces complications, et d'en offrir les caractères principaux; car, pour en traiter l'histoire à fond, il faudrait consacrer à cet objet seulement un espace très- considérable.

Ce sont ces dernières complications que beaucoup de médecins, et spécialement Van-Swieten , ont désignées sous le titre de mélancolie avec matière. Ce qui précède me dispense de faire ressortir la double erreur de Van-Swieten dans l'abus du mot mélancolie pour hypocondrie , et dans l'idée que celle-ci peut être due à des lésions d'organes , tandis qu'elle n'est essentiellement qu'une maladie nerveuse, et une maladie nerveuse tout -à-fait différente de la mélancolie : cette dénomination inexacte peut , en outre , faire confondre la mélancolie avec les complications de l'hypocondrie, et vice versa.

Nous allons donc exposer d'abord les autres névroses ou vésanies qui sont une conséquence assez ordinaire de l'hypocondrie, et qui s'en rapprochent par leur nature, tandis qu'elles en diffèrent par leur siège ; nous ferons ensuite succéder un court exposé des phlegmasies lentes et des lésions organiques qui atteignent les viscères abdominaux, et qui dépendent fréquemment des

névroses digestives. Ces lésions ont un siège commun avec l'hypocondrie, mais leur nature est toute différente; aussi forment-elles une classe séparée. Enfin , nous terminerons l'article des complications , en exposant quelques-unes des maladies qui n'émanent ni directement ni indirectement de l'affection hypocondriaque, et dont la concomitance est le résultat de leur extrême fréquence.

PREMIÈRE SECTION

Complications de l'Hypocondrie avec les Névroses

et Vésanies.

Nous avons rapporté, pages i3 et 102, des exemples d'hystérie compliquée d'hypocondrie; aussi renvoyons-nous à ces histoires particulières pour les complications de l'hypocondrie avec l'hystérie.

L'observation suivante , relative à une demoiselle pour laquelle nous avons été consulté, nous offre une sorte de complication triple de l'hypocondrie avec l'hystérie et la mélancolie.

Une demoiselle, âgée de vingt-neuf ans, d'une faible constitution et d'une santé languissante , n'ayant jamais été réglée , fut sujette à une leucorrhée dont le cours a souvent été dérangé et qui s'est totalement supprimée depuis un an. Dès son enfance , elle a montré un caractère décidé , une imagination vive , une susceptibilité

extrême ; au point que tout ce qui se passait dans sa famille, ce qui même lui était étranger, l'affectait fortement. On remarque bientôt chez elle un mélange de peines et d'inquiétudes continuelles : elle se persuade un jour que son père n'a plus pour elle la même tendresse, et manifeste tout à coup le désir et l'impatience de voir sa mère qui était absente. En même temps, ses digestions deviennent difficiles, elle se plaint de malaise à l'estomac , de vents , de gonflemens dans les hypocondres , de palpitations , d'une céphalalgie habituelle et plus ou moins forte , d'insomnie , de rêves pénibles. Elle témoigne beaucoup d'empressement aux personnes qui veulent s'entretenir de son état, et repousse avec humeur toute autre conversation.

Elle éprouve aussi des spasmes convulsifs , des resserremens à la gorge , des doux ou douleurs locales, souvent elle pleure sans motifs; d'autres fois elle est prise de convulsions générales avec perte incomplète de connaissance.

Le retour de sa mère ne la calme pas ; elle devient au contraire plus agitée , plus emportée , s'irritant de tout, menaçant, à la moindre contrariété, de se détruire; bientôt, désespoir encore plus prononcé , dégoût de la vie , penchant au suicide, suivi de tentatives.

On eut recours successivement à l'application des sangsues à la vulve , aux pédiluves , aux

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bains tièdes. On prescrivit intérieurement les boissons délayantes, la liqueur minérale à? Hoffmann , l'opium , les purgatifs ; on insista en outre sur l'exercice, sur les moyens de diversion et sur les consolations de l'amitié. Au bout de sept à huit mois, cette demoiselle éprouva un mieux sensible qui, avec le temps, a fait encore de nouveaux progrès.

Le premier paragraphe nous paraît offrir les symptômes de l'hypocondrie ; dans le deuxième, on trouve ceux qui appartiennent à l'hystérie , et le troisième enfin , nous représente les phénomènes particuliers de la mélancolie avec penchant au suicide.

Nous trouvons dans l'observation qui suit, un exemple d'hypocondrie compliquée avec une mélancolie bien prononcée, mais peu grave.

Un jurisconsulte très -distingué, âgé de cinquante-deux ans, doué d'une bonne constitution et d'un caractère aimable, éprouve depuis long-temps du trouble dans sa santé : ses digestions sont lentes et pénibles, et surtout facilement dérangées par le moindre écart dans son régime ordinaire; il se plaint de flatuosités, de borborygmes, et d'alternatives de constipation ou de diarrhée. A diverses époques il a ressenti des spasmes vers la poitrine, de l'oppression et des palpitations : les variations atmosphériques et le vent nord-est spécialement exercent sur lui

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une influence remarquable: il parle de sa santé' avec un plaisir spécial et une exaltation constante ; à l'en croire , personne n'a des nerfs aussi délicats, aussi susceptibles; niais si vous parvenez à détourner son attention, ou s'il s'engage dans une conversation étrangère à sa maladie, il montre un jugement des plus sûrs, un tact des plus fins, et un esprit très-orné.

Une singularité non moins extraordinaire, c'est la crainte de se trouver mal, qui le poursuit constamment dans certaines circonstances, crainte qu'il sait n'être pas fondée , puisque jamais il n'est tombé en syncope, mais que sa raison et sa volonté ne peuvent surmonter. Ainsi, au palais, dès qu'il porte la parole, il est aussitôt saisi par la crainte d'une lipothymie qui appellerait sur lui, d'une manière désagréable, l'attention du public. Au spectacle, dans une loge, et sur le dernier rang, il n'éprouve aucune inquiétude, parce qu'il peut sortir librement ; mais à l'orchestre , au milieu d'un grand nombre de spectateurs, de même , dans une assemblée publique , il a toujours cette frayeur panique , et qu'il reconnaît comme telle sans pouvoir la dompter; sa crainte est d'autant plus forte, qu'il voit plus d'obstacles pour se soustraire à l'attention de la société , s'il venait à se trouver mal. Jadis toutes les sensations un peu vives se faisaient sentir à l'épigastre; maintenant elles se rapportent à la tête.

Nous avons conseillé à ce légiste une vie active, un régime tonique bien réglé, et une certaine contention d'esprit, dont il sent également la nécessité, et nous avons ainsi contribué à diminuer sensiblement le désordre physique et moral ; maintenant sa santé est habituellement trèsbonne.

En parcourant la vie de Zimmermann , nous verrons une hypocondrie grave qui , par la suite, s'est compliquée avec une mélancolie, dont la terminaison a été funeste.

Zimmermann naquit à Brug, d'une famille distinguée depuis plusieurs siècles par l'estime la mieux méritée. A la fin de ses études, il se trouve livré à lui-même par la mort de ses parens ; isolement pénible , surtout pour l'homme qui joignait à une imagination vive une sensibilité extrême. Dès-lors, celui qui ne vivait que pour les siens, se consacre de son propre mouvement à l'art dont le but est la santé des hommes. Il eut pour maître, ou plutôt pour ami, le célèbre Haller; ce rapprochement garantissait déjà l'éclat futur du nom de Zimmermann. A vingt-deux ans il écrit à M. Tissot: Je mené dans ce pays la vie d'un homme qui voudrait vivre après sa mort* Mais ces travaux trop prolongés altérèrent bientôt sa faible constitution ; et il éprouve alors une première atteinte d'hypocondrie. Nous verrons Zimmermann , de plus en plus affecté dans son

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existence physique , payer bien cher une célébrité précoce.

Une de ses lettres à son ami nous fournit une nouvelle preuve de sa disposition constante à cette vésanie. J'aime la solitude, lui marquait-il, et je ne trouve de plaisir que chez moi ; j'écris pour me procurer un amusement.

Dès-lors un séjour plus tranquille, isolé de toute société, vint accroître cet amour de la retraite et de l'étude , dont il faisait ses délices. Sa vive sensibilité fut bientôt mise en jeu par diverses contrariétés , et les symptômes d'hypocondrie s'exaspérèrent ; il éprouvait entre autres phénomènes , un trouble marqué dans les fonctions digestives, des alternatives de tristesse et de gaîté passagères , et la nuit des songes inquiétans.

Dans son Traité de î Expérience , il lui est échappé quelques plaisanteries qui semblent s'être introduites sous les auspices d'une excessive gaîté; c'est, dit M. Tissot, le bout de l'oreille d'un hypocondriaque qui laisse apercevoir ses momens d'inégalité ; bientôt léger soulagement, fruit de ses voyages et de la guérison d'une hernie compliquée , dont Mekel l'opéra ; mais un excès de travail le jette de nouveau dans l'hypocondrie. Un projet d'écrire sur cette maladie, à laquelle il eût pu fournir de son propre fonds, fut aussitôt abandonné que conçu, et son ouvrage sur la soli-

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tude, auquel il travaillait depuis long-temps, le ramenait sans cesse à des idées mélancoliques.

Si personne ne fut plus que lui en butte aux basses intrigues de la jalousie , personne n'en fut mieux vengé par la haute considération qu'il mérita, et qui le fit appeler successivement par Léopold II , le roi d'Angleterre , Catherine II et le grand Frédéric.

En 1794^ des chagrins, nés de la révolution française, et l'invasion qui menaçait son pays, vinrent augmenter l'amertume de son existence, qu'il dépeint dans ces mots à son ami: Je cours risque de devenir encore cette année un pauvre émigré y forcé d? abandonner sa maison, avec la chère compagne de sa vie , sans savoir ou donner de la tête , où trouver un lit pour y mourir

A ce trouble moral succède le désordre physique le plus prononcé : bientôt insomnies fréquentes, illusions d'optique, apparition de fantômes pendant la nuit ; dégoût, perte d'appétit, des forces et de l'embonpoint ; perversion des fonctions de l'estomac , dépérissement gradué , tremblemens, étourdissemens exaspérés, surtout par l'usage du café ; syncopes après le moindre exercice, versalité morale et défaut de confiance pour les conseils qu'il réclamait à chaque instant, confusion légère et fugace dans les idées , terreurs paniques et pusillanimité qui contrastait avec le caractère mâle de Zimmermann. Au milieu de ces

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phénomènes nombreux dûs à l'hypocondrie, on retrouve de bonne heure une propension à la mélancolie dans cet amour extrême de la solitude ; propension exaltée ensuite, et prenant le caractère d'un délire exclusif, la crainte continuelle de voir ï ennemi entrer chez lui et dévaster sa maison. Tourmenté de plus en plus par divers chagrins, et réduit, par suite de cette hypocondrie mélancolique , à un état de marasme , cet illustre médecin termina sa carrière en 1795.

On trouve dans une très -bonne dissertation sur la mélancolie , par le docteur Charpentier, des exemples d'hypocondrie mélancolique; et le Traité de la Manie, par le professeur Pinel 9 nous offre également la mélancolie et même la manie compliquant les névroses hypocondriaques (j).

En examinant la réunion fréquente de la mélancolie et des aliénations avec 1 hypocondrie, on est facilement convaincu qu'il existe une sorte d'affinité entre ces diverses vésanies ; toutefois nous ferons remarquer que quand une aliénation telle que la manie, la démence ou l'idiotisme, compliquent l'hypocondrie; celle-ci semble totalement dissipée ou tellement affaiblie , qu'on aurait souvent beaucoup de peine à en apercevoir les traces ou les phénomènes ; au contraire , dans

(1) Voyez Traité de la Manie, p. 54,

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les cas de complication d'hypocondrie et de mélancolie , les symptômes propres à lune et l'autre affection sont ordinairement distincts, et rendent ainsi toute méprise très-difficile. La même considération peut aussi s'appliquer aux lésions de la mémoire ou amnésies (1).

Manget a consigné dans ses oeuvres l'observation d un homme âgé de soixante-quatre ans , qui, au milieu dune hypocondrie invétérée, ressentit, deux années de suite, à une certaine époque, une perte de mémoire telle, que pendant plusieurs jours il ne se rappelait ni sou 110m , ni ce qu'on lui avait dit, ni ce qu'il voulait écrire, etc. Manget penche à croire que cette lésion de la mémoire dépendait de l'hypocondrie; mais comme un pareil symptôme est fort rare dans cette névrose, je serais porté à le considérer plutôt comme une complication accidentelle.

Une autre observation, rapportée par le même auteur, nous offre le tableau d'une hypocondrie des plus graves, avec altération des facultés intellectuelles, et surtout de la mémoire, que le malade recouvrait vers le soir ; alors seulement il pouvait lire et écrire, car jusque-là il avait oublié tous les caractères. Cette amnésie fut de

(i) Voyez, pour ces maladies, dont l'histoire est si peu avancée, la dissertation que nous avons insérée dans les Mémoires de la Société de Médecine de Paris. {Parcs, 1816.)

peu de durée; mais elle me semble également pouvoir constituer une complication par son retour régulier, son intensité, etc.

Celte névrose peut coexister avec l'épilepsie , ou celle-ci se joindre à la première, sans que l'une ou l'autre de ces deux circonstances puisse constater une espèce particulière d'hypocondrie ou d'épilepsie; on doit considérer cette réunion comme une complication. Mais l'histoire d'un épileptique chez qui l'on rencontre deux ou trois symptômes nerveux , et qui n'offre d'ailleurs aucun des signes primordiaux propres à l'hypocondrie, ne peut caractériser cette complication. Un de nos confrères, dans une dissertation, trèsbien faite d'ailleurs, sur l'épilepsie, a désigné sous le titre à'épilepsie hypocondriaque ou vaporeuse, l'observation suivante, qui pour nous n'est ni une complication ni une espèce particulière.

«Jacques-Joseph S**, âgé de soixante-quatre ans, d'une mobilité peu ordinaire à cet âge, né à Paris de parens sains , fut bien portant jusqu'à l'âge de dix ans, qu'effrayé par son frère, qui s'était caché pour lui faire peur, il eut un accès épileptique. Huit à dix jours après, nouvel accès; ensuite accès tous les deux ou trois mois, et même plus rarement.

» A dix-huit ans, se trouvant en route pendant un orage, il vit le tonnerre tuer une personne non loin de lui , ce qui lui causa beaucoup de

frayeur. Arrive chez lui, il raconte à ses parens l'événement dont il a été témoin , et se sentant fatigue, il se déshabille pour se mettre au lit ; mais en ôtant son habit , il en trouve les deux pans de derrière enlevés. L'odeur de soufre et la trace de la brûlure lui découvrent la cause de cet accident ; il frémit du danger qu'il a couru et éprouve sur le champ un accès d'épilepsie. Le lendemain , ictère universel , et dès-lors , accès tous les trois ou quatre jours jusqu'à dix-neuf ans. Dans cet intervalle , il fut électrisé par Cornus y quinze jours de suite, sans succès.

» A dix-neuf ans, les accès s'éloignèrent; a vingt ans ils ne revenaient plus que tous les quinze jours ou trois semaines ; à vingt - sept ans ils étaient plus éloignés encore, mais un mouvement de colère, un excès de vin, les rappelait constamment.

» A vingt-huit ans, les accès cessèrent; à trente et un ans, il se maria, eut sept enfans de sa femme avec laquelle il vécut onze ans. Dans cet intervalle, il se souvient cependant d'avoir eu deux accès , l'un à la suite d'une peur, l'autre dans un mouvement de colère (i); mais il n'en eut

(i) Ce malade a éprouvé beaucoup moins d'accès pendant les onze années de son mariage : est-ce à cette dernière circonstance qu'il faut attribuer la suspension des accidens ? J'en doute, puisqu'ils avaient cessé trois ans avant cette époque, et qu'ils ont encore diminué sensiblement depuis cinq ans ,

aucun jusqu'en 3793, qu'affaibli par la disette, la mauvaise nourriture , accablé d'inquiétudes et de peines relatives à tout ce qui se passait à cette époque, il eut de nouveaux accès revenant tous les deux jours : il était alors âgé de cinquantequatre ans,

» Jusqu'à cinquante-sept ans ils suivirent la même marche; alors Jacques -Joseph entra à Bicètre, où il a toujours demeuré depuis ce temps. Ses accès , très-fréquens les deux premières années, ont toujours été en s'éloignant depuis. Il y a maintenant près d'un an qu'il n'en a eu.

» Dans les premiers temps de l'invasion de son épilepsie, il ne sentait pas venir l'accès. A vingt ans, celui-ci s'annonçait quelques secondes d'avance, parle sentiment d'une boule qui, montant et descendant dans l'abdomen , se fixait au cœur. Alors, perte de connaissance, chute , cris, pleurs, agitation de tout le corps , et par intervalles, mouvemens convulsifs si violens, que trois personnes pouvaient à peine le retenir; point d'écume à la bouche. Après l'accès qui durait depuis quinze jusqu'à vingt -cinq minutes, le malade se sentait très-fatigué, sans toutefois être obligé de garder le lit.

postérieurement à son veuvage; dans tous les cas, le fait fût-il démontré, il ne constiluerait à nos yeux qu'une exception à l'opinion que nous avons émise, page 1 33.

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» Depuis le retour de l'epilepsie, en 1793, les signes précurseurs de l'accès sont encore plus marques. Cinq à six jours d'avance, il éprouve une palpitation incommode que remplacent , au moment de l'accès, le sentiment de la boule et le reste des symptômes décrits ci - dessus. Après chaque accès, le malade se sent une grande disposition à se mettre en colère. Comme il y à un an qu'il n'a eu d'accès, il est probable qu'il guérira de cette deuxième rechute , surtout en éloignant avec soin les causes occasionnelles qui ont toujours rappelé l'epilepsie ». (Maisonneuve.)

Nous ne voyons, comme nous l'avons annoncé déjà, dans cette observation, qu'une épilepsie bien constatée , mais simple : ce n'est , à notre avis, ni une espèce particulière d'épilepsie, ni une complication de celle-ci avec l'hypocondrie, car quelques symptômes éphémères, et encore moins un symptôme unique, ne peuvent, suivant nous, faire admettre cette complication.

DEUXIÈME SECTION

Complicatiojis de V Hypocondrie avec les affections ou lésions des organes abdominaux.

Nous avons dit qu'un état habituel d'irritation du système nerveux de l'estomac ou des intestins, etc., déterminait peut-être constamment l'hypocondrie ; nous ajouterons que les phlegmasies aiguës ou chroniques peuvent se joindre

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d'autant plus facilement à l'hypocondrie, que la sensibilité exaltée des viscères qui président ou coopèrent à la digestion, est une circonstance trèsfavorable à leur inflammation , et qu'elle peut même, dans quelques cas, constituer un premier degré de cette dernière maladie.

Le nombre et la durée des affections hypocondriaques nous expliquent la fréquence de leur réunion avec les phlegmasies chroniques qui sont elles-mêmes très-nombreuses : remarquons, eu outre, que l'identité de siège peut encore favoriser la complication de ces diverses maladies. À mesure que les symptômes de l'affection locale se dessinent , les phénomènes dépendans de la névrose s'affaiblissent ordinairement, et tôt ou tard les premiers deviennent prédominans, au point qu'alors l'hypocondrie peut être masquée presque entièrement.

L'observation suivante nous offre plusieurs traits de la complication de l'hypocondrie avec une phlegmasie gastro-intestinale, d'abord aiguë, puis chronique.

Un artiste , doué d'une sensibilité très - exquise et d'un talent distingué, aimait la littérature avec passion et s'adonnait à l'étude de l'art dramatique avec le plus grand zèle. Né de parens sains, et qui ont prolongé leur carrière fort loin, il parvint jusqu'à l'âge de quarante ans sans avoir ressenti aucune atteinte notable dans sa santé; mais depuis

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lors, son estomac n'exécuta plus ses fonctions avec la même régularité ; les digestions devinrent difficiles; le malade était souvent fatigué par des vents , des nausées et quelquefois par des vomissemens alimentaires qui se calmaient promptement à l'aide d'un régime un peu plus sévère. Il se plaignait fréquemment de palpitations , d'étourdissemens, de bourdonnemens d'oreilles, de frayeurs paniques, de bruits violens et singuliers qu'il entendait la nuit et qui troublaient son sommeil. Sa susceptibilité était en général trés-prononcée.

Des affections morales fort pénibles vinrent aggraver cet état nerveux auquel le malade s'efforça inutilement de remédier par l'usage de l'eau-de-vie et du thé. Son caractère mélancolique se prononça de plus en plus; et tout discours, toute description, propres à faire connaître sa situation, étaient remarquables par son exagération, et par l'inquiétude dont il était empreint. Ce fut dans ces circonstances qu'un nouveau désordre se prononça ; la langue devint muqueuse et chargée ; il s'y joignit une douleur de tête sus-orbitaire, l'amertume de la bouche et une fièvre continue. Néanmoins l'émétique ne fut pas administré , on s'en tint aux délayans, aux lavemens émolliens, et de temps à autre, à quelques légers laxatifs. La maladie parcourut ses trois septénaires, et tout annonçait une guérison

prochaine, lorsque M. R*4 prit de son chef sept pilules drastiques (invasion de la phlegmasie). Dès le soir il survint une cardialgie violente, une syncope , des sueurs froides , suivies de voniissemens bilieux.

Les jours suivans il y avait nausées, hoquet , rapports fréquens, sensibilité à l'épigastre, et de temps à autre vomissemens de mucosités jaunâtres, et même par fois de matières alimentaires, fièvre continue avec redoublemens irréguliers qui étaient surtout déterminés par la moindre quantité d'alimens ou de boisson excitante ; soif plus ou moins vive , dégoût général , haleine fétide, par suite peut-être dumauvaisétat des dents: la langue offrait constamment un enduit saburral très-épais et tenace. Il y avait toujours une sensibilité sourde dans différens points del'abdomen, et des évacuations de couleur et de consistance variées , plus fréquentes en général que dans l'état de santé. Pendant toute la durée de cette phlegmasie il eût été très-difficile de reconnaître les symptômes spéciaux de l'hypocondrie. Deux causes contribuèrent singulièrement à perpétuer la maladie, et à en produire les redoublemens , l'indocilité du malade et son irrascibilité. Après quatre mois de souffrances , il se soumit enfin au régime sévère qu'on lui recommandait depuis long-temps, et dès-lors les accidens diminuèrent.

On employa successivement les adoucissans ,

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les délayans , les fondans unis aux légers narcotiques. Plusieurs vésieatoircs volans lurent appliques sur l'abdomen. Dans la suite, on eut recours aux légers toniques , à l'eau rougie et sucrée que le malade supportait mieux que toute autre boisson, et plus tard au vin deMalaga, par petites doses , etc. Enfin , après six mois de maladie et de traitement , bien plus parle travail de la nature que par les efforts de l'art, M. R** recouvra une très- bonne santé; il a cependant depuis lors ressenti une nouvelle attaque de son hypocondrie, mais peu prononcée et sans aucune réminiscence de l'inflammation abdominale.

Hypocondrie compliquée de Phlegmasie chronique.

Mademoiselle Adèle , âgée de vingt-deux ans; d'un tempérament nervoso-bilieux, d'une constitution délicate, douée de beaucoup de gaîté et d'une grande vivacité , appartient à des parens très-sains et dont la santé est encore fort bonne, quoiqu'ils soient avancés en âge. Les premières années de sa vie ont été orageuses ; elle a éprouvé à cette époque la plupart des maladies qui affectent les enfans. A douze ans elle a eu la petite vérole, et à seize, ses règles ont paru sans douleur et sans causer le moindre désordre. Elles ont été assez abondantes les premiers mois, mais ensuite elles ont diminué en quantité ; de sorte que

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chaque mois elle perdait au plus deux onces de sang dans l'espace de quatre à cinq jours.

Il y a deux ans que, par suite dune violente jalousie, elle devint sombre et rêveuse, perdit le goût du travail, maigrit, s'éloigna du monde, et fut prise d'une fièvre bilieuse qui dura peu , mais qui la laissa dans un état de langueur et d'abattement (invasion de l'hypocondrie). Peu de temps après ses parens inquiets appelèrent un médecin, qui , après avoir recueilli les renseignemens cidessus, observa les phénomènes suivans : pâleur de la face , air inquiet et triste , langue blanchâtre, bouche pâteuse, légèrement amère; douleur vers l'estomac, digestions pénibles, accompagnées de beaucoup de vents qui , rendus par le haut, soulageaient momentanément; ventre douloureux avec borborygmes , constipation , chaleur naturelle de la peau, pouls serré, parfois irrégulier, mais sans fréquence ; douleurs dans les cuisses et dans les jambes ; urines abondantes, tantôt très-rouges, d'autres fois citrines, toujours avec sédiment. La malade se plaignait de passer les nuits dans une agitation considérable et dans des songes effrayans qui déterminaient le réveil ; alors des palpitations se faisaient sentir pendant quelques heures ; elles étaient suivies dune sueur abondante de tout le corps. Cet état a duré sept à huit mois sans changement marqué dans les phénomènes qui

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viennent d'être énoncés; mais au bout de ce temps des terreurs paniques sont venues aggraver les souffrances de la malade ; tantôt elle craignait d être affectée de phthisie, d'autres fois de devenir folle pour le reste de sa vie. Elle avait souvent, pendant un mois, un appétit dévorant; durant ce temps les digestions se faisaient facilement , quoique les borborygmes continuassent avec une éruption de vents considérable; il arrivait souvent qu'à cette espèce de boulimie succédait une anorexie complète avec une sorte d'horreur pour tous les liquides colorés; enfin il s'y joignait des bâillemens incomplets et fréquens. On a opposé à cette maladie des purgatifs, des anti-spasmodiques, des fondans, et sans succès pendant l'espace de vingt mois; au contraire, le mal semblait faire des progrès, surtout par l'emploi des purgatifs.

C'est ici que commence une autre série de symptômes qui dénotent une phlegmasie chronique. Il y a quatre mois qu'un flux dysentérique s'est manifesté ; et malgré tous les moyens que divers médecins appelés tour à tour ont indiqués, ce flux subsiste encore et s'accompagne de douleurs abdominales plus ou moins vives, et qui n'ont pu être calmées. La face est pâle , grippée, la langue peu humide; il y a dégoût, soif plus forte le soir, désir des boissons froides, éructations fréquentes avec nausées , de temps

en temps vomissemens de matières muqueuses, et alors cardialgie, mais peu intense (les vomissemens sont survenus depuis peu ). L'abdomen est un peu tendu , sonore , douloureux dune manière obtuse ordinairement, mais par fois, et surtout lorsqu'on presse la région ombilicale, les souffrances deviennent d'une acuité insupportable. Il y a tous les jours sept ou buit selles et un peu de soulagement après chaque évacuation ; les urines peu abondantes sont tantôt rouges , tantôt presque incolores , recouvertes d'une pellicule graisseuse , ou avec un sédiment d'un jaune rouge. Du côté de la poitrine on ne remarque qu'une gêne très-légère, qui nous paraît dépendre de la faiblesse. La peau est généralement sèche, terreuse en certains endroits, comme aux bras, au ventre; sa chaleur est plus élevée que dans l'état naturel, principalement vers l'ombilic. Le pouls est petit, serré, faible, donnant 92 pulsations par minute , et le soir la fièvre devient plus prononcée : cette exacerbation dure de cinq à six heures; vers la fin, il y a une moiteur légère et partielle. Les nuits sont pénibles, et le sommeil n'a lieu qu'autant qu'on le provoque : la malade est singulièrement maigrie. Les règles ont manqué à la dernière époque , pour la première fois. Au moral , situation des plus fâcheuses en général : l'idée de tous les maux vient sans cesse assaillir son imagination ; à chaque instant

elle désire un nouveau médecin , de nouveaux remèdes ; tantôt elle désespère de son rétablissement, et alors les pensées les plus noires , les plus sinistres occupent son esprit : tantôt l'espérance la séduit sous toutes les formes, et dans celtedisposition elle organise mille plans de conduite pour sa prochaine convalescence. Les médicamens qui paraissent maintenant le plus la soulager, sont les adoucissans caïmans, unis aux légers toniques.

Il nous semble bien évident qu'il a existé chez cette malade une hypocondrie qui s'est compliquée, au bout de vingt mois, avec une phlegmasie chronique des intestins; celle-ci s'est prolongée par la suite jusqu'à l'estomac. Je ne doute pas enfin que l'abus des purgatifs n'ait beaucoup favorisé le développement de l'inflammation.

L'observation suivante, tracée par Hoffmann > nous paraît offrir une hypocondrie qui s'est compliquée de très-bonne heure, avec une phlegmasie chronique intestinale.

Un homme distingué , âgé de trente-deux ans, d'un tempéramment phlegmatique et sanguin , ayant les chairs molles et flasques, fut élevé trèsmollement et avec beaucoup de soin: il n'éprouva aucune maladie et ne fut jamais sujet aux constipations.

A trente-huit ans, il s'adonna à la bonne chère dans de grands repas, et but avec profusion du vin

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acidulé de Franconie ou du Rhin , pendant plusieurs semaines. 1! fui pris d'un dévoiement trèsintense qu il modéra , sans toutefois l'arrêter entièrement , avec des poudres opiacées dont il força imprudemment la dose, contre lavis de son médecin. Dès-lors il ressentit du malaise dans les hypocondres , des anxiétés précordiales , des spasmes, des flatuosités, des borborygmes , des gonflemens ; les digestions devinrent pénibles , les forces diminuèrent , le sommeil fut agité , inquiet ; des idées tristes et des absences de raison se joignirent à ces divers accidens (1).

On consulta plusieurs médecins, qui reconnurent tous l'affection hypocondriaque, et opposèrent tantôt les martiaux et les stomachiques chauds, d'autres fois les volatils et les aromatiques ; mais tous leurs efforts furent inutiles, le dévoiement continuait avec des douleurs terribles : les déjections étaient fréquentes (il allait cinq fois et plus par jour) , et semblaient corroder l'anus; il s'élevait par la bouche des rots acides et brûlans; enfin le malade rendait des vents dont l'issue diminuait ses coliques : cette série d accidens subsista pendant deux ans.

(1) Jusqu'ici nous ne voyons qu'une hypocondrie simple, dont l'origine provient de la suppression d'une diarrhée par l'usage inconsidéré des narcotiques ; dans le paragraphe suivant, il nous semble permis de reconnaître une phlegmasie intestinale chronique , compliquant l'hypocondrie.

HYPOCONDRIE. /{°iO

On pratiqua une saignée du pied, on mit en usage les pilules de Bêcher, des sels apéritifs et des eaux minérales; le mal n'en fit pas moins de progrès.

V appétit se maintenait (i), mais les al i mens étaient rendus sans être digérés : le matin , et à la fin de la digestion, il vomissait, après beaucoup d'anxiétés , de chaleurs intérieures et de froid, aux extrémités , une lymphe corrosive comme de l'eau forte. La bouche était sèche ; il y avait de la soif : vers le soir , lorsqu'à l'extérieur iL avait froid, il lui survenait au dos une chaleur accompagnée de sueur. Les martiaux ne réussirent pas, et il survint une si grande difficulté de respirer, avec froid des extrémités, qu'il paraissait très souvent prêt à suffoquer.

C'est alors qu'il réclama nos soins : nous fîmes appliquer , sur une tumeur placée à l'anus des sangsues, et nous lui donnâmes notre élixir viscéral avant les repas : nous lui conseillâmes, à prendre après sa digestion, la poudre précipitante faite avec l'écorce de cascarille, etc.; le matin une infusion théiforme pour boisson ordinaire;

(i) Quand les malades conservent un bon appétit et n'éprouvent point de vomissemens , il est presque certain que l'inflammation est bornée aux intestins; mais lorsqu'aux symptômes ci-dessus il se joint l'anorexie, la douleur a Tépigastre, le vomissement, etc., alors l'estomac participe presque toujours à l'inflammation.

Ee 2

une décoction appropriée ; de deux jours l'un les pilules anti - spasrnodiques composées avec l'extrait de mille feuilles, de camomille, le suc de férule, la myrrhe , le safran et le castoreum, etc. A ces moyens nous ajoutâmes un bon régime et l'usage des eaux de Schwalbach. Le malade, ayant suivi ce traitement, en retira, au bout de quelque temps, un très-grand soulagement ( Hoffmann ).

Hypocondrie convertie en une Gastrite chronique , et terminée par une Gastrite aiguë mortelle.

M. P** , âgé de quarante - six ans , fut doué d'un caractère fort gai et dune bonne constitution : il se livra dans sa jeunesse, et sans mesure, aux plaisirs de l'amour; long-temps sa santé ne parut pas en souffrir , mais un rhumatisme articulaire, ou des grandes articulations, atteignit enfin cette organisation qui semblait inébranlable : la crise se fit sur la vessie, qui devint le siège d un catarrhe chronique. Cette crise, et la continuation de l'affection de vessie qui en résulta, furent sans doute favorisées par les excès auxquels M. P** s'était adonné pendant longtemps. L'urine fut d'abord blanchâtre, sédimenteuse, puis muqueuse; le malade se plaignit dèslors de douleurs légères à la vessie , et de fréquentes envies d uriner qui le tourmentaient

môme le jour, et l'obligeaient à se lever cinq ou six fois chaque nuit.

Ce fut alors que je le vis pour la première fois, en 180-2(1) : il avait à cetteépoque trente-quatre ans. Je l'engageai à faire examiner d'abord l'état de sa vessie par un des grands maîtres de l'art ; et peu de temps après il fut sondé par M. Dubois, qui confirma l'existence d'un catarrhe vésical. Des souffrances habituelles, et la gêne qu'il éprouvait quand il était dehors, lui firent prendre la résolution de renoncer à toute société.

Cet isolement presque absolu, qui contrastait avec son genre de vie ordinaire , une application plus soutenue et pénible aux travaux de sa profession , l'ennui de sa position, la douleur, l'insomnie , la vie sédentaire et des chagrins de diverse nature , amenèrent insensiblement le trouble des fonctions digestives , une véritable

M. P** ne digérait qu'avec peine ; il était tourmenté par des vents , des borborygmes , une constipation presque habituelle, et ressentait un malaise générale , des étourdissemens et une faiblesse très -grande qui avoisinait la syncope : on remarquait en outre au moral un abattement

(i) Je l'ai suivi pendant douze ans, sauf quelques intervalles assez courts, durant lesquels je ne le perdais pas de vue , et j'ai été le triste témoin de ses derniers moraens.

très-prononcé, des craintes relatives à diverses maladies , et une très-grande versatilité dans ses idées.

L'intensité et la persévérance des causes de cette maladie firent échouer tous les efforts de l'art : M. P** ne pouvait se livrer à aucun exercice, ni rechercher dans la société la distraction qui lui était nécessaire, puisqu'il était obligé d'uriner de quart d'heure en quart d'heure. Les médicamens toniques qui exerçaient sur l'estomac une action favorable lui étaient fréquemment interdits, parce qu'ils exaspéraient la sensibilité de la vessie. Ce malade était en outre fort indocile : il se refusa long-temps à l'usage des bains sulfureux, aux vésicans (sans cantharides), et à d'autres moyens qui paraissaient indiqués. Il se mit à plusieurs reprises entre les mains des charlatans, qui le fatiguèrent de remèdes échauffans, d'anti-vénériens,etc. Ce fut à leur ignorante témérité qu'il dut une nouvelle série d'accidens , pendant laquelle les symptômes de l'hypocondrie lurent en grande partie masqués. La difficulté des digestions augmenta, il s'y joignit la perte de l'appétit; plus tard, un dégoût presque général, une cardialgie légère, mais habituelle. Il existait souvent des rapports, des nausées, et même des vomissemens, de la soif, et un mouvement fébrile avec sécheresse de la langueetdelapeau;d autres fois il survenait de vives exacerba tions souvent

HYPOCONDRIE. /Jl()

produites par le repas le plus léger, ou de nouvelles contrariétés; les évacuations tantôt plus, tantôt moins abondantes, étaient bilieuses ou sero- muqueuses; on ne pouvait méconnaître dans cette succession de symptômes ceux qui appartiennent à une inflammation lente de les* tomac.

Après sept à huit mois de ce nouveau genre de souffrances, M. P** fut pris, le 20 novembre 1 8 1 4» par suite de fatigues, d'un frisson suivi de chaleur, de soif, de mal de tête, et de douleurs vers l'épigaslre. Le ai , le pouls était dur et fréquent, mais non développé, la physionomie annonçait un état d'angoisse et d'altération profonde ; la bouche était amère , la langue sèche ; il y avait céphalalgie violente , tension et sensibilité à l'épigastre; le reste de l'abdomen était souple. Je prescrivis les adoucissans, une potion antispasmodique , les applications émoîlientes sur 1 épigastre, des lavemens émolliens et un peu laxatifs ; des sinapism.es furent appliqués aux extrémités inférieures.

Le 22 , même état auquel il se joignit des nausées et des vomissemens très-pénibles , composés de mucosités blanchâtres et bilieuses.

Le a3 , léger amendement; les 24 et 25, retour des accidens au même degré que le 21 et le 22. Le 26 novembre (septième jour de la phlegmasie aigué), le mal de tète augmenta, et

une inflammation très-douloureuse survint à l'œil droit : un vésicatoire fut appliqué à la nuque. Le 29 novembre ( dixième jour) , le malade fut toute ]a journée en proie à un très-grand malaise, et à un hoquet convulsif ; le lendemain ( onzième jour), il y eut quelques momens de rémission, ]e hoquet ne revint pas; l'ophthalmie et la douleur de tète parurent céder au vésicatoire; le pouls etak moins dur, mais toujours fréquent ; la bouche de plus en plus mauvaise, et la langue sèche et brunâtre. Du onzième au quinzième jour les accidens restèrent à peu près les mêmes; Je hoquet reparut à plusieurs reprises , mais sans persévérance soutenue; la soif fut moins vive, la figure resta toujours altérée, et l'état d'angoisse et de souffrance ne diminua pas sensiblement : on revint plusieurs fois, dans le cours de la maladie, aux sinapismes. Le seizième, prescription de deux vésicatoires aux cuisses, que le malade refusa, et qui ne furent appliqués que le lendemain ; apparence de mieux , qui ne pouvait tromper sur un péril aussi imminent : vomissemens de matières ou stries brunâtres et noirâtres qui nageaient dans une certaine quantité de sérosité; sueur froide et visqueuse, pouls petit, misérable. Le 6 décembre , dix-septième jour de l'inflammation, respiration convulsive , assoupissement et alternatives de rêvasseries. M. P** succomba après une agonie très-douloureuse.

HYPOCONDRIE. /k\l

(hivcT'turc. Le cerveau était un peu injecté ; 1rs ventricules contenaient environ deux onces de sérosité, les poumons et le cœur n'offraient rien de particulier, l'estomac était diminué de volume, épaissi; sa membrane muqueuse était d'un rouge livide, et présentait plusieurs points noirâtres; tous les intestins étaient rétrécis ; la vessie rapetissée offrait une consistance comme squirrheuse ; sa membrane interne était fongueuse.

Dans l'observation suivante nous verrons une hypocondrie qui nous paraît avoir fini , après de longues années, par une péritonite aiguë, dont la terminaison a été également funeste.

M. de Ch., âgé de cinquante-deux afcs, unissait une assez bonne constitution à un tempérament des plus nerveux; l'invasiou de son hypocondrie remonte à l'âge de trente-trois ans, et cette maladie fut renforcée par une vie molle et sédentaire , par un régime alimentaire trop recherché, et enfin, par l'abus des plaisirs de l'amour. Dèslors diminution de l'appétit , borborygmes fréquens , constipation , douleurs erratives , et parfois vomissement de mucosités abondantes, langue muqueuse, douleur et resserrement habituel vers la gorge ; palpitations très-pénibles, froids irréguliers, amaigrissement, étourdissemens , tintemens d'oreille , illusions d'optique , idées bizarres, maux imaginaires ou plutôt exagérés, aversion contre la société , le mouvement et

l'exercice, et tendance irrésistible au sommeil après les repas; crainte de perdre la raison, et attention minutieuse pour tout ce qui est relatif à sa santé.

Les premiers moyens mis en usage furent les sangsues au siège, un grand nombre de bains tièdes, des boissons anli-spasmodiques, les infusions de tilleul, de narcisse des prés, de feuilles d'oranger, de menthe, de mélisse, etc. L'ensemble de ces moyens parut diminuer les accidens ; mais des affections de l'âme très-pénibles, et la continuité d'un régime aussi irrégulier, ramenèrent les accidens. L'exercice du cheval , les voyages , la fréquentation des spectacles agirent plusieurs fois d'une manière utile; mais revenu à Seshabitudes favorites, JVLdeCh. en retrouvait les conséquences ordinaires; par la suite, l'abdomen devint plus sensible, et tout écart un peu prononcé dans le régime lui causait des coliques. C'est danscette disposition occulte aux phlegmasies qu'il fut saisi, après un refroidissement, d'un frisson violent, de douleurs dans l'hypocondre gauche et lépigastre, et de vomissemens trèsabondans. La fièvre s'alluma , le pouls était fréquent, dur et serré , la soif vive, et la physionomie profondément altérée , grippée ; les différons points de l'abdomen devinrent successivement le siège desouffrances inexprimables contre lesquelles échouèrent les saignées, les sangsues,

HYPOCONDRIE. l\ f\\

les bains, les cataplasmes, les lavemens «'molliens, les boissons adoucissantes, les potions huileuses, etc. Des syncopes fréquentes se manifestèrent ; il survint une rétention d'urine, ou plutôt une suppression, puisque la sonde ne fit sortir qu'une très-petite quantité de ce liquide. Le hoquet, les vomissemens moins rapprochés , mais noirâtres , l'état misérable du pouls , les sueurs visqueuses , et la diminution des souffrances remplacées par un état d'anxiété plus fâcheux encore, terminèrent le sixième jour de l'inflammation cette scène déchirante (i).

Le fait suivant nous présente cette névrose terminée d'une manière également fâcheuse, par un engorgement squirrheux du foie. M. G** reçut en partage une bonne constitution, mais en même temps une complexion délicate, et joignait à des traits distingués un caractère aimable et une vive sensibilité. Dès l'âge de dix-huit ans, il s'attache à une jeunepersonne qui le flattede l'espoir d'un tendre retour ; mais ses parens s'opposant à cette inclination, le font partir pour Paris. L'élude des beaux-arts, et surtout de la peinture, qu'il aimait avec passion, apporte quelque distraction à sa peine. Bientôt, comme si tous ses goûts devaient être contrariés, on l'oblige à entrer chez un banquier , où il remplace , par un travail fasti-

(i) Je n'ai pu obtenir l'ouverture.

dieux, l«i culture d'un art favori. En vain cherche-t-il à s'étourdir en se livrant aux plaisirs bruyans de la capitale, de nouveaux chagrins l'attendent encore, et troublent insensiblement la bonne santé dont il avait joui jusqu'alors.

Les fonctions digestives sont les premières lésées ; l'estomac devient paresseux; chaque repas est suivi d'un état de souffrance ; dans les intervalles, le malade est tourmenté par des tensions et des gonflemens vers l'épigastre et les bypocondres , par des flatuosités, des palpitations, des bâillemens , et un sentiment de malaise habituel ; il répugne à faire de l'exercice, parce que ses jambes sont faibles et vacillantes ; son caractère 7 naturellement très-gai , devenu morose, lui faisait prendre en aversion toute société , même peu nombreuse : un petit nombre d'amis intimes étaient son unique refuge.

Ce fut dans ces circonstances, et trois ou quatre mois après l'invasion de sa maladie nerveuse , qu'il partit pour Milan , où il obtint un emploi à la suite de l'armée. Pendant tout son voyage, lors de nos glorieuses campagnes d'Italie , il n'éprouva aucun dérangement dans sa santé; mais la paix de Campo Forinio le ramène à Paris, où il reprend sa palette et ses pinceaux. Forcé, au bout de deux ans, à les abandonner de nouveau, il retourne en province , et y apprend la séparation de ses parens et la ruine de leur for-

tune, ainsi que le mariage de la jeune personne qu'il avait aimée. Accablé sous le poids de sou malheur, il revient dans la capitale, et ressent chaque jour de nouveaux symptômes nerveux; l'hypocondrie reparaît avec le même cortège à peu près que nous avons indiqué déjà. Je le revis au bout de six mois, et son état n'était p!u3 le même. La physionomie, profondément altérée, offrait une teinte jaunâtre; l'embonpoint était diminué, l'appétit presque nul, et la bouche habituellement mauvaise ; souvent les alimens étaient rejetés , et des douleurs vives occupaient l'épigastre et l'hypocondre droit. Je soupçonnai une lésion organique ; et quelque temps après il fut reconnu, par deux praticiens également recommandables, feu M. Jeanroi et le professeur Dubois y que le foie était réduit à un état squirrheux.

Un traitement approprié apporta quelque soulagement à ses souffrances : c'était tout ce qu'on pouvait espérer ; mais entraîné par des conseils indiscrets, il se livre entre les mains d'un charlatan , qui , par des purgatifs drastiques , avance le terme de son existence. Ainsi périt à vingtquatre ans , un jeune homme que la nature avait d'abord favorisé , mais dont les dernières années furent une suite non interrompue de peines et de malheurs.

On trouve dans Morgagni, épîlre trente- lieu-

vième, une observation très-détnillée , qui nous offre l'exemple dune complication analogue : c'était une tumeur squirrheuse de 1 iléum et d'une partie du jéjunum.

Les hypocondriaques sont encore sujets à d'autres complications; l'estomac et ses annexes sont parfois le siège d'hémorrljagies atoniques qui constituent cette affection, connue sous le nom de méléna. Dans ce cas, le vomissement fournit un sang noir et décomposé; les selles sont ordinairement de la même nature; rarement observet-on alors une constipation opiniâtre. Il faut distinguer cette maladie, qui est parfois exempte de désorganisation squirrheuse, du vomissement noir, atrabilaire que l'on rencontre dans les altérations cancéreuses ou organiques de l'estomac, du foie ou de la rate, et même dans les squirrhes du pylore non ulcérés, lorsque le malade approche du dernier terme de son existence.

L'observation suivante nous offre encore l'exemple dune terminaison fâcheuse (i) produite par la réunion d'une hypocondrie et d'une lésion organique du rein droit. Un homme âgé de quarante-neuf ans, d'un tempérament mélancolique, et depuis plusieurs années hypocondriaque très-prononcé , se plaignait surtout d'une douleur vive à l'hypocondre gauche. Bientôt uu

(l) Sepulchrctum anatom., lib. n, p. 660. Bonnet.

UYPOCONDRIB. /j /|7

flux hémorrhoïdal , dont il éprouvait du soulage* ment, vint à cesser : deux hémophthisies lui succédèrent dans l'espace de six mois; une troisième fut si considérable, que le malade succomba pendant l'accès.

Ouverture. La rate était livide et flasque , les vaisseaux mésentériques et gastro-épiploïques injectés et variqueux; le rein droit, plus volumineux que le gauche, offrait à sa partie supérieure et entre ses membranes, un kjste très-étendu, contenant une sérosité jaunâtre. Les poumons étaient engorgés, la rate, la veine- porte et le ventricule droit étaient également distendus par un sang noir et comme fermenté.

Les altérations organiques ne produisent presque jamais l'hypocondrie , mais elles viennent quelquefois compliquer cette névrose dont elles forment une des complications les plus fâcheuses. C'est ainsi que les vices organiques du pylore, du foie, de la rate, et même du pancréas, des reins, du c^nal intestinal, etc. , succèdent aux maladies nerveuses des organes digestifs, et c'est alors qu'on peut dire quà tapeur du mal succède le mal de la peur. En effet, après avoir long-temps redouté des maux qui souvent n'existaient pas , les hypocondriaques en éprouvent de très-réels, et dont le développement peut être favorisé par leurs craintes continuelles , ou par l'affection première qui les suscitât. Les symptômes gêné-

raux qui peuvent faire craindre une altération clans le tissu de nos viscères, sont l'ancienneté et les progrès de la maladie, sa résistance à tous les moyens rationnels, l'affaiblissement du malade , la perte de l'appétit , l'amaigrissement général , l'expression de la physionomie , qui annonce l'inquiétude et la douleur, souvent la fréquence et la petitesse du pouls, la soif, avec redoublement vers le soir; la sécheresse de la peau, de la langue, et l'agitation de la nuit; ces signes ont été indiqués déjà page 4°8. Mais on doit s'attacher surtout, pour reconnaître la complication, aux symptômes spéciaux de chacun de ces vices organiques, c'est- àrdire , aux accidens qui résultent de la lésion même de l'organe.

Le précepte que donne Baglivi peut en outre aider à faire reconnaître les lésions organiques qui compliquent cette névrose : In chronicis morbis y si faciès naturalis sit ac boni coloris, numquam crede adesse obstructiones aliaque vifa in visceribus. Bagl. Ce précepte est sans doute conforme à l'observation, mais il est trop général, et serait souvent en défaut, si on l'appliquait au début de ces désorganisations : apprécié à sa juste valeur, c'est un signe des plus importans.

11 Y P OC ON DR I T. 44g

TROISIÈME SECTION

Complications de l'Hypocondrie avec les maladies qui ont des rapports moins directs avec cette névrose, ou qui sont accidentelles.

Une des maladies les plus cruelles , et peut-èlre la plus fréquente, c'est la phthisie pulmonaire: quand elle est bien caractérisée , cette affection ne rétrograde presque jamais ; et l'hypocondriaque qu'elle vient surprendre est voué à une mort qui paraît certaine. Le fait suivant , que nous ne ferons qu'esquisser , nous offre un triple désordre.

Un homme âgé de cinquante-trois ans, sujet depuis plusieurs années à une hypocondrie déterminée par les travaux du cabinet les plus continus, avait éprouvé une diminution notable dans son état de souffrance habituelle, chaque fois qu'il avait remplacé des contentions d'esprit trop prolongées par un exercice soutenu et le séjour de la campagne ; mais entraîné par son goût et les circonstances , il reprit ses occupations accoutumées, qu'il quitta enfin, mais trop tard; les symptômes dune phthisie pulmonaire ne tardèrent pas à se développer. A cette maladie terrible, qui avait enlevé successivement et à un an d'intervalle, son épouse et son fils unique, il se joignit, pour comble de malheur, un cancer

Ff

/j'jO MALADIES NERVEUSES.

delà langue. Les professeurs Pinel et Bqyer furent consultés sur cette complication ; mais la victime était marquée, et ce magistrat, recommandable par ses lumières et ses vertus , partit pour la province , où bientôt la mort mit un terme à ses maux.

La réunion d'une phthisie commençante avec l'hypocondrie n'offre pas toujours une terminaison aussi funeste ; on peut quelquefois, par l'écart des causes de l'une et l'autre affection , et surtout par un traitement approprié, enrayer les progrès du mal , ou même procurer une guérison parfaite.

Dans d'autres cas, une lésion organique marche de concert avec l'hypocondrie : à ce concours de maux, on voit se joindre une phthisie pulmonaire qui avance le moment fatal.

Hypocondrie avec vice organique , terminée par une phthisie pulmonaire.

Madame**, âgée de trente-deux ans, reçut en partage une faible constitution , et parut dès son enfance disposée à la phthisie pulmonaire ; au moral, sensibilité vive et mobilité extrême dans ses affections. A quinze ans, perte d'une amie intime, dont elle ne voulut jamais s'éloigner, et dont elle reçut les derniers adieux. De là une source de chagrins concentrés, et que rien ne put

ir Y p 0 C o HDRIE. 45 1

effacer. A vingt-deux ans, à la suite d'une fièvre adynarnique, douleurs dans le flanc gauche, vers la région du rein ; douleurs profondes peu violentes en général , quelquefois très-intenses; peu de temps après , symptômes d hypocondrie, perversion de l'appétit, lenteur dans les fonctions de l'estomac, palpitations, trémoussemens vers la région précordiale, augmentation de la susceptibilité naturelle ; la nuit, réveil par le bruit dune détente qui se fait sentir dans la tète, la poitrine ou le ventre; diminution pendant deux grossesses des accidens, qui reprirent, immédiatement après, leur première intensité; abattement moral, terreurs paniques, maux imaginaires, crainte de la mort, douleurs constantes vers le rein gauche , tiraillemens et douleurs plus vives pendant le décubitus sur le côté droit ; aucun trouble dans la sécrétion des urines, diminution des forces. En palpant l'abdomen , on reconnaît une tumeur que l'on soupçonne formée dans le tissu graisseux du rein. Même état pendant cinq à six ans, et développement peu sensible de la tumeur; une vie plus active diminua tous les symptômes nerveux, mais sans aucune rémission dans les douleurs lombaires.

Pendant les chaleurs de l'an vin, maux de tète violens, -étourdissemens, et de temps à autres, coliques intenses; pour la première fois, retard du flux menstruel , qui reparut au bout de dix

Ff 2

452 MALADIES «ERVEUSÈS.

jours ; persévérance des douleurs dans la partie affectée.

Préludes de phthisie pulmonaire, dans les premiers mois de Tan xi; toux assez fréquente, gêne de la respiration, mouvement fébrile le soir, sueurs copieuses dans la paume des mains et à la plante drs pieds, vomissemens abondans de mucosités; toujours lenteur et trouble dans les fonctions de L'estomac, anxiétés extrêmes, tensions spasmodiques vers les hypocondres. Durant quelques jours, légers soubresauts de l'utérus, resserrement de la mâchoire inférieure, constriction vers le larynx, mais intégrité des fonctions de l'entendement, absence du globe hystérique et de tout mouvement convulsif; palpitations et trémoussemens vers la région précordiale, et autres symptômes nerveux propres à l'hypocondrie , qui se soutiennent avec intensité pendant plusieurs jours consécutifs : à la fin des paroxysmes , urines sédimenteuses ; intervention d'hémorrhoïdes, qu'une seule application de sangsues fait disparaître ; dépérissement général et rétention du flux menstruel.

La malade ne retirait aucun avantage des antispasmodiques , et le soulagement momentané que procuraient les sangsues et les purgatifs , était également éphémère. Sur les derniers temps, la tumeur devint plus sensible, et la phlhisie, après avoir parcouru ses différçns degrés, con-

BYPOCO N I> R I B. 453

duisit la malade au marasme le plus prononcé , et bientôt à la mort (1).

Cette dernière terminaison de l'hypocondrie est fort ordinaire : elle a été observée par un grand nombre de praticiens, tels que Morton (2), Baumes , Vicq-tVAzyr (3). J'en ai vu moi-même plusieurs exemples. TVith suppose le transport de l'humeur morbifique sur ï'organepulmonaire. Lor/y, dans son excellent traité de Melancholiâ r, a consacré un chapitre entier à l'histoire des conversions de l'hypocondrie et de la mélancolie en phthisie pulmonaire et en hydropisie , etc. Enfin 3 au rapport de Tissot, Cheyne a remarqué que la phthisie tuberculeuse était une suite fréquente des névroses propres aux organes de l'abdomen et à l'utérus.

Les maladies du système sanguin ne sont pas non plus incompatibles avec l'hypocondrie : nonseulement l'organe principal de la circulation et les gros vaisseaux, mais même leurs extrémités capillaires sont sujettes à diverses altérations, <jui viennent parfois compliquer cette névrose, et qui peuvent se terminer de la manière la plus fâcheuse. Nous avons déjà dit que la fréquence et la durée des palpitations nerveuses favorisaient

(1) Il n'y a point eu d'ouverture.

(2) Morton de Phthysi , cap. 4*

(3) Encyclop. méthodifj. méd. , t. II, p. 275.

lesdilatationsorganiqaes(lucœuretderaorte,etc. connues sous le nom d'anévrismes de ce viscère et de ses annexes (i). On voit en outre les autres maladies du système sanguin coexister avec l'hypocondrie; mais qu'on ne se trompe pas ; il est bien difficile de prononcer dans certains cas de palpitations, si celles-ci dépendent dune sensibilité exaltée, d'un état pléthorique, en un mot , dune cause amovible , ou bien d'un changement d'organisation dans le tissu artériel , ou même dans celui du cœur. Nous avons soigné, au troisième dispeusaire, M. Bellemain et moi , une femme qui éprouvait depuis quinze ans des palpitations violentes et continuelles. Cedésordre fut entièrement dissipé par l'application , sur la région précordiale , de douze sangsues , que nous avions conseillées, sans autre espoir que celui de diminuer les souffrances.

Presque tous les praticiens ont également vu des exemples de palpitations, qui, par une durée désespérante , faisaient craindre des lésions organiques du cœur ou des gros vaisseaux artériels, et qui cependant se dissipaient tôt ou tard, lors même qu'on avait perdu tout espoir. Mais quand le tissu des organes est altéré, quand les tumeurs

(l) Dans la dissertation du docteur Chardcl , sur les maladies du coeur, les affections idiopathirjues de ce viscère sont exposées de la manière la plus satisfaisante.

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ont usé les parois osseuses, et proéminent audehors ; lorsqu'enfin l'œdème des extrémités inférieures prélude à de nouveaux désordres, que peut-on attendre des secours de l'art !

Les fièvres essentielles sévissent contre un si grand nombre, d'individus, qu'elles se développent quelquefois chez les personnes affectées d'hypocondrie ; cependant cette complication est assez rare : les névroses des organes digestifs sont en quelque sorte un préservatif contre un certain nombre de maladies sporadiques et épidémiques. Aussi rencontre-t-on rarement , parmi les hypocondriaques, des fièvres intermittentes (i). D'autre part , l'extrême sensibilité dont sont doués ces malades, pourrait , jusqu'à un certain point, les disposer aux fièvres ataxiques. C'est ainsi que nous avons soigné dernièrement une fièvre intermittente pernicieuse chez une dame hypocondriaque. Enfin , rappelons ici ce que rapporte Morgagni , qu'un homme affecté d'hypocondrie, fut pris d'une fièvre, à laquelle il succomba, avant même que cette dernière maladie eût été reconnue. Il est probable qu'on négligea de prêter une attention suffisante à ses

(i) Une lésion bornée à un appareil n'est-elle pas, en quelque sorte, un cas de préservation, sinon absolu, au moins fréquent, des maladies générales ? Ex. : la blénorrhagie , lesexutoires dans la peste , etc.

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plaintes. Cette assertion de Morgagni nous démontre combien il importe d'écouter attentivement les récits de ces malades, et d examiner avec soin les accidens auxquels ils sont en proie. Lors même qu'ils se tourmentent mal à propos, il faut se conduire comme si leurs plaintes étaient fondées ; procéder à l'inspection des différentes fonctions, et leur démontrer ensuite que leurs inquiétudes sont exagérées. On les persuadera bien plus facilement par un examen attentif, qu'en laissant voir une prévention et une légèreté également déplacées, et qui toujours les désolent : cette perquisition aurait en outre l'avantage , dans quelquescas, de nous faire découvrir un désordre qui existait sans même qu'on le soupçonnât.

Comme cette complication est assez rare, nous allons rapporter le seul fait analogue que nous ayons observé.

Hypocondrie , suite dune frayeur vive et compliquée avec une fièvre quarte.

Une dame âgée de vingt-huit ans , et bien constituée, alliait aune sensibilité nerveuse trèsvive un courage digne de faire honneur à son sexe : ses règles parurent à quatorze ans, et à seize elle se maria.

A 1 âge de vingt-sept ans, elle quitte le beau climat de la France , où elle jouissait de tous les

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avantages que procurent la fortune et la consignation , des traits aimables, et surtout des qualités morales très-attachantes. Elle part pour la Russie, traverse rapidement la Hollande , la Prusse et les déserts qui conduisent au centre de ce vaste empire. Bientôt elle regrette sa patrie, et prend en aversion le climat de Pétersbourg. Toutefois sa santé n'avait jusqu'alors éprouvé aucune altération sensible.

Un jour, elle mange en dînant avec une autre personne , d'un mets très-renommé dans ces pays. Une heure après le repas, l'hôtesse arrive dans une agitation effrayante, et lui dit, en sanglottant, que son commensal est empoisonné. Cette nouvelle la jette dans un trouble physique et moral des plus alarmans, elle perd connaissance, et revenue à elle-même, elle éprouve des vomissemens, qui, peut-être, dépendaient moins des alimens qu'elle avait pris, que de la secousse morale qu'elle venait de recevoir.

Depuis lors ses digestions furent difficiles; son appétit devint très-irrégulier : elle était tourmentée par des nausées , des borborygmes presque continuels, surtout après le repas, et par des contractions spasmodiques qui affectaient les hypocondres ; elle ressentait en outre une douleur obtuse vers l'épigastre. La constipation et la diarrhée se succédaient. Il se joignit à ces premiers accidens des chaleurs vagues et tantôt des froids

passagers, des éblouissemens, une démarche incertaine, des tintemens d'oreille, des tremblemens dans les membres, avec apparence de paralysie, de l'affaiblissement, la perte de l'embonpoint, un sommeil pénible, et souvent interrompu par des rêves affreux.

Malgré le désir de revoir la France, elle fut forcée de se rendre à Moscou ; mais son retour dans sa patrie fut enfin arrêté. Les distractions d'un aussi long voyage , et le plaisir que lui donnait l'espérance, furent d'un faible secours pour sa santé.

A la suite de beaucoup de fatigues, et vers l'automne, elle fut prise d'une fièvre quarte, qui heureusement n'était point accompagnée de lésion organique. La veille du quatorzième accès, elle dînait chez un ancien ami, qui la reçut avec toutes les démonstrations qu'inspire un véritable attachement. Le lendemain, elle était dans le stade de la chaleur, lorsqu'on lui apporte une lettre; elle l'ouvre, et lit, ou plutôt s'imagine lire ces lignes : Le masque est tombé; hier vous avez fait la malade, afin de nous mieux tromper, et pour enlever un objet précieux; toutes les personnes présentes s'en sont aperçues. Qu'on juge de l'effet que dût produire cette accusation sur l'esprit dune femme très-nerveuse, affaiblie, et dans l'instant le plus pénible dune fièvre intermittente.

Ses traits se décomposent, ses forces l'aban-

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donnent, elle semble prête à succomber ; mais revenue de celte syncope , elle passe plusieurs heures dans une agitation extrême. En vain , elle appelle à son secours une conscience irréprochable ; son égarement continue ; elle fixe ses mains, les isole, par la pensée, de ses facultés intellectuelles, et semble les interroger sur le vol dont elle se croit si injustement accusée.

Enfin un ami arrive , elle lui donne en frémissant cet horrible écrit. Quelle fut sa surprise , lorsqu'on lui prouva que loin de contenir des reproches, ou une accusation, cette lettre ne renfermait, au contraire, que les expressions d'une amitié sincère. Malgré le calme moral qui suivit cette explication, la nuit fut très-agitée, et la sueur qui terminait les accès fut beaucoup plus abondante que de coutume.

Le traitement de son hypocondrie avait été commence dans les pays étrangers ; on avait beaucoup insisté sur les élixirs spiritueux, qui, plus stimulans que toniques, ne lui avaient jamais réussi. Depuis son retour en France, elle se confia aux soins d'un apothicaire , espèce de savantasse, très- disposé à faire fleurir sa boutique aux dépens des pauvres malades et de leur bourse.

Sa fièvre continuait alors, malgré le retour de la belle saison , et sa faiblesse allait croissant ; les phénomènes de l'hypocondrie se soutenaient

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également. Après avoir recueilli tous les renseignemens convenables sur la constitution de cette dame, sur les causes qui avaient altéré sa santé, et sur sa position présente, je prescrivis le sirop anti-scorbutique et de fleurs d'orange le matin à jeun ; l'extrait de quinquina avant dîner , et longtemps avant l'accès ; tous les quatre jours elle restait au lit, et à la diète jusqu'à la fin de la fièvre ; tous les soirs elle prenait une petite dose de thériaque, qui lui procurait un très-bon sommeil ; sa boisson consistait en une infusion de fleurs de tilleul et de feuilles d'oranger édulcorée.

Un exercice gradué , des promenades en voiture, et le conseil de rechercher tout ce qui pouvait la distraire et lui inspirer de la gaîté , contribuèrent, avec les médicamens précités, à rendre son état beaucoup plus supportable.

Depuis lors , cette dame est partie pour le midi de la France , où sa santé s'est encore améliorée.

Les affections du système cutané, et surtout les dartres , s'associent assez fréquemment aux névroses des fonctions digestives. Les deux observations ci-jointes nous en offrent la preuve.

Observation d' Hypocondrie avec affection dartre use.

Une dame, âgée de vingt-huit ans, jouissait d'une assez bonne santé ; elle était retirée à la

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campagne, où elle passait chaque année tout le temps de la belle saison, lorsqu'elle perdit subitement son père, qu'elle aimait tendrement : dèslors elle mena une vie plus sédentaire, et chaque jour sa douleur était renouvelée par le bruit des cloches, qui, selon Boileau,

. Pour honorer les morts font mourir les \ivans.

Elle donnait un nouveau développement à sa tristesse et à ses inquiétudes, par la lecture habituelle de la médecine domestique de Buchan.

L'approche de l'hiver la ramène à Paris ; elle y consulte en arrivant un célèbre praticien, pour une disposition dartreuse qui s'était depuis peu manifestée sur son visage. Cette maladie fut diminuée par le traitement très-convenable qu'on lui ordonna; mais les symptômes nerveux qui la tourmentaient, et dont pour lors elle ne parla pas, s'exaspérèrent singulièrement par l'usage des bains, des boissons délayantes, et un régime végétal. Plus tard, le vin de quinquina diminua les accidens de la maladie nerveuse, mais il parut avoir augmenté la couperose ; c'est alors que je fus consulté. Après avoir recueilli les renseignemens ci-dessus, je résolus de combattre simultanément les deux maladies , et de n'employer que des moyens appropriés à l'une et à l'autre. L'affection dartreuse, quoique peu prononcée, contrariait beaucoup les goûts de cette

à^Gl MALADIES NERVEUSES.

dame, qui aimait la société; mais les phénomènes de la névrose étaient très-intenses. L'appétit était irrégnlier, le ventre paresseux, le sommeil difficile; elle éprouvait des saccades, des palpitations douloureuses, quelle comparait aux oscillations d'une corde alternativement tendue et relâchée; des faiblesses, des éblouissemens, des douleurs vagues, et une inquiétude habituelle, qu'augmentaient de fréquentes contrariétés morales. Tantôt elle craignait d'avoir des vers ou une affection de la rate, tantôt elle s'imaginait qu'elle allait devenir folle; le plus souvent c'était une maladie du cœur et une hydropisie de poitrine dont elle se croyait affectée. Je la rassurais de mon mieux, en lui protestant que tous ces accidens dépendaient d'une sensibilité nerveuse exaltée, d'un estomac très-débile par suite des affections morales, et d'une vie trop sédentaire; mes consolations devinrent un besoin pour elle; mais aussitôt mon départ ses inquiétudes la désolaient de nouveau. De plus, je lui conseillai l'usage du sirop anti-scorbutique le matin à jeun, un mélange de rhubarbe, de magnésie et de cachou en poudre avant dîner; une décoction légère de racine de patience fraîche, dont elle buvait même à ses repas avec un filet de vin, ou quelle alternait avec la bière; dans le jour, cinq ou six pastilles soufrées; enfin, pour le soir, une potion calmante avec un demi-

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grain d'opium gommeux , et 5 j de sirop d'étlier. Elle en prenait en outre une cuillerée toutes les fois que sa sensibilité était trop exeitée.

J'insistai spécialement sur la nécessité d'une vie active, d'un exercice journalier, et de tous les moyens de diversion. Les promenades devinrent bientôt de plus en plus fréquentes; on les alternait avec le spectacle et d'autres sujets de distraction. Plusieurs fois je fus obligé de modifier le traitement, dont les bases restèrent les mêmes. L'affection dartreuse diminuant d'une manière sensible , je remplaçai la rhubarbe , qui était désagréable, par une petite dose de poudre de quinquina, que j'augmentai par la suite.. Les sucs d'herbes, les bains tièdes de temps à autre pendant l'hiver, et quelques bains de rivière lors des grandes chaleurs de l'été , lui furent recommandés ; plus tard je proposai également un voyage à Barèges, qu'elle ne put entreprendre. Cette dame, restant toujours sous l'empire des affections morales les plus pénibles, n'a jusqu'ici éprouvé qu'une amélioration sensible, et non une guérison parfaite.

Autre exemple cT Hypocondrie compliquée de

dartres.

M. D*4, âgé de cinquante ans, et né de parens bains, fut doué d'une fort bonne constitution, et conserva long-temps une santé parfaite- mais

ua genre de vie très-irrégulier, l'habitude de la bonne chère, l'abus des plaisirs, et les travaux du cabinet, y portèrent enfin atteinte. Les digestions s'exécutaient avec moins de facilité que de coutume , les hypocondres étaient tendus. M. D** était tourmenté par des vents, des borborygmes , et une constipation habituelle. Au bout de quelques mois, il se joignit à ces premiers accidens de nouveaux symptômes, des étourdissemens , des palpitations, des frayeurs paniques relatives à sa santé ou à son existence. Ce malade ayant subi plusieurs traitemens rnercuriels, accusait le métal qui en fait la base d'être une des principales causes de tous ses accidens; il lui semblait voir l'effet de ce médicament dans la plupart des phénomènes qu'il éprouvait. Vers la même époque il se manifesta, sur le cuir chevelu, des croûtes farineuses et furfuracées, des croûtes pustuleuses sur les deux avant-bras et sur la crête du tibia, avec prurit très-incommode. Les principaux moyens mis en usage furent les bains tièdes ordinaires, puis les bains sulfureux, le sirop de quinquina et de rhubarbe mélangé, les pastilles soufrées, les boissons amères, un régime composé de viandes saines, et surtout de légumes herbacés, auquel on ajouta la bière bien fermentée , l'eau rougie, et le vin pur pris avec modération. On seconda ces agens par un exercice régulier et de fréquentes promenades à

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cheval, L'une et l'autre maladie sont maintenant diminuées d'une manière sensible. On se propose, au printemps, d'employer les sucs d herbes, l'usage du lait coupé avec une eau sulfureuse, etc. etc.

L'hypocondrie peut- elle parfois favoriser le développement des affections paralytiques, surtout chez les individus qui y sont très -disposés par leur constitution ou par une propension héréditaire? C'est un doute que l'observation qui suit peut contribuer à éclaircir.

Un homme âgé de cinquante-deux ans, né de parens qui furent disposés à l'hypocondrie, et dont le père mourut apoplectique après trois attaques successives , parvint jusqu'à l'âge de quarante- quatre ans sans avoir éprouvé dans son état de santé habituelle aucun dérangement notable, et même sans avoir jamais commis aucun excès.

Peu après la fatale journée du 10 août 1792 , dont il fut vivement affecté, il ressentit une sorte de contraction violente, de resserrement involontaire, tant à la poitrine qu'à la partie inférieure de la région abdominale. Ces premiers accidens se renouvelèrent avec plus de force lors des événemens déplorables des 2 et 3 septembre de la même année; il éprouvait fréquemment de l'embarras vers l'estomac, des borborygmes, des douleurs tantôt fixes, tantôt vagues; son appétit

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diminua; son sommeil était agité; et dès qu'il voulait se reposer, il était pris d'un malaise qui l'obligeait à marcher ou à se tenir debout, afin d'être soulagé.

Depuis 1793 jusqu'en 1797, il rendit beaucoup d'ascarides, sans qu'il en résultat aucun soulagement. Il prit dans cet intervalle beaucoup de remèdes, et quatre-vingts bains tièdes, qui ne changèrent rien à sa position.

Au mois de février 1798, étant encore au lit entre six et sept heures du matin , il s'aperçut que le côté gauche du visage avait perdu de sa sensibilité naturelle, et que le bras et la jambe correspondais étaient frappés de paralysie ; avec beaucoup de peine, et à l'aide d'un bâton, il put faire quelques pas pour appeler du secours. On lui fit prendre de l'eau de Cologne ; on lui frictionna le visage et tout le corps avec divers spiritueux. Le médecin lui prescrivit l'émétique , auquel il joignit le vésicatoire et les frictions usitées. Ces moyens ne furent pas sans effet, mais le malade dut à l'électricité, employée pendant six semaines, l'usage de ses membres; il ne lui resta qu'un peu de gêne dans l'articulation, un léger embarras à l'oeil gauche et vers la langue, et un fourmillement à l'extrémité des doigts. Enfin on lui mit au bras un cautère, qui parut dissiper la roideur des articulations. Au printemps de 1798, cet individu éprouvait des spasmes, de l'oppreàr

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sion , de la difficulté à respirer, cl toujours des

douleurs : il lui semblait que tous les viscères abdominaux étaient abandonnés à leur propre poids, et qu'ils tiraillaient l'estomac, ce qui rendait la marche difficile, et lui faisait préférer le repos, surtout eeîui du lit. Telle est l'analyse du mémoire à consulter qui fut rédigé par le malade, auquel j'adressai une consultation, dont j'ignore le résultat.

Dans l'observation précédente , nous avons vu une disposition vermineuse accidentelle- dans la suivante, nous verrons la complication du taenia et de l'hypocondrie.

Un homme âgé de trente-huit ans, doué d'une bonne constitution, éprouvait depuis deux ans des coliques, du malaise, un appétit bizarre, et autres symptômes dont il ne pouvait connaître la cause. Sur ces entrefaites , il aperçoit dans ses garde- robes des portions du vers solitaire. Différens traitemens furent dirigés avec peu de succès contre cette maladie, puisqu'il ne fut pas entièrement guéri ; cependant il rendit de nombreuses portions de ce vers, et même une tète. L'abus des médicamens, et un pronostic mortel prononcé inconsidérément devant le malade , lui occasionnèrent les inquiétudes les plus vives, et par suite une hypocondrie des mieux caractérisées. Les digestions devinrent dès-lors plus difficiles; des vents, des borborygmes le tourmeii-

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taient continuellement; il s'y joignit des maux de tête irréguliers , une pesanteur habituelle ; des étourdissemens, des tintemens d'oreille, des palpitations, parfois de la toux et de l'oppression, enfin des engourdissemens dans les membres; du reste, la physionomie était peu altérée, l'embonpoint très -bien conservé, mais le malade , singulièrement effrayé de son état , craignait tantôt de tomber en consomption , tantôt d'être attaqué de la poitrine ; d'autres fois il prenait pour les indices d'un squirrhe au pylore les symptômes produits par le dérangement qu'éprouvaient ses digestions. A des époques fort éloignées, il rendait encore des portions du vers solitaire, et restait toujours en proie aux inquiétudes les plus variées, et aux symptômes nerveux les plus bizarres. Il était surtout tourmenté par la crainte des ravages que devait produire sur son économie le mercure dont il avait fait usage à plusieurs reprises; parfois il s'imaginait le sentir circulant dans ses veines, et l'accusait de tous ses maux.

Nous bornons ici l'examen des complications les plus notables de l'hypocondrie , que nous eussions pu étendre bien davantage, si seulement nous avions voulu passer en revue les maladies qui se joignent accidentellement à cette névrose. Mais nous avons pensé qu'il était plus convenable d'examiner particulièrement les complica-

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tions qui ont avec elle des rapports bien directs, soit par l'analogie de leur nature, comme l'hystérie et la mélancolie, soit par l'identité apparente de leurs sièges , comme les phlegmasies et les lésions organiques des viscères abdominaux; soit enfin par la fréquence de leur réunion, ou une influence, soit spéciale, soit réciproque.

Nous avons cru surtout devoir exposer ces diverses complications, et les différentes circonstances qui pourraient induire les praticiens en erreur dans le diagnostic de cette névrose , afin de faire sentir combien il importe de considérer les maladies d'une manière analytique , seul moyen d'éviter de nombreuses méprises.

« L'analyse, dit Condillac, est l'unique méthode » et doit être la même dans toutes nos études ; » car étudier des sciences différentes n'est pas » changer de méthode, mais appliquer la même » méthode à des objets différens ».

Il en est de l'étude des maladies comme de celle des plantes ; leurs fréquentes analogies sont loin d'en prouver l'identité, et n'empêchent point l'observateur exact et profond de leur assigner des caractères distinctifs qui facilitent le diagnostic, et assurent la marche du praticien dans l'application des moyens curatifs.

Les symptômes sont lux maladies ce que les feuilles et les fruits sont aux plantes : Sjmptomata se habcnt ad morbum utfolia etfœtura ad plan-

tam. Linïïée. Et c'est l'analyse qui nous apprend à apprécier les différens symptômes suivant leur valeur réelle, à rattacher à une affection ceux qui lui appartiennent , et à en séparer ceux qui lui sont étrangers. Voyons maintenant In marche à suivre pour distinguer une maladie de celles qui s'en rapprochent, et pour reconnaître son état de simplicité ou de complication , enfin pour établir le diagnostic.

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