CHAPITRE VIII
Diagnostic de l'Hypocondrie.
Le jugement que le médecin doit prononcer sur la nature et le caractère dune maladie est souvent une des opérations les plus épineuses et les plus importantes de la science médicale ; en effet, c'est de la justesse de son opinion à cet «égard que dépend presque toujours le succès de son entreprise , la guérison du malade , ou au moins le choix du traitement le plus convenable. Cherchons donc à établir les règles qui sont propres à guider le médecin, lorsqu'il juge la nature d'une affection soumise à son observation ; mais d'abord félicitons- nous de l'immense avantage qui résulte pour la connaissance des maladies, de leur étude et de leur division d'après l'analogie qu'elles présentent danj* leurs phénomènes sensibles et leur marche, et suivant qu'elles appartiennent à tel système ou à tel organe; combien
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cette manière de procéder à leur diagnostic, qui repose sur des bases fixes et invariables, l'emporte sur le vague et l'arbitraire, qui autrefois ne présidaient que trop souvent à leur classification, ou plutôt à leur dénomination.
Deux méthodes peuvent être appliquées avec un égal succès au diagnostic des maladies : la première, c'est l'analyse, l'appréciation des symptômes que présente un malade; la seconde, c'est la méthode d'exclusion par laquelle on s'efforce de distinguer une maladie au milieu des diverses affections avec lesquelles on pourrait la confondre par suite d'analogies ou de similitudes spécieuses, mais non réelles.
Ainsi donc , le médecin soigneux de recueillir tous les renseignemens s'informe de ce qui a précédé le désordre morbifique , examine l'âge du malade , sa profession ou ses habitudes , son sexe , son tempérament , recherche la cause de la maladie, en remarque la date, les premiers accidens, les progrès , la marche, les symptômes caractéristiques, son état de simplicité, ou ses complications, enfin les moyens qui ont été mis en usage, et leurs résultats. Il devra toujours aussi se tenir en garde contre une précipitation ou une prévention inconvenantes.
Un autre point capital pour bien asseoir un jugement , c'est l'art d'attacher à chaque symptôme la valeur qu il mérite ; ce précepte est
surtout applicable au diagnostic de l'affection qui nous occupe , dont les phénomènes les moins saillans réclament quelquefois toute notre attention; tandis que d'autres, prédorninans, ou en apparence très-importans, ne méritent cependant pas d'être pris en aussi grande considération. Or, pour bien apprécier un symptôme, il y a deux manières de l'examiner : on le considère d'abord isolément, puis on le réunit mentalement avec tous les autres symptômes qui se présentent, ou même avec d'autres qui n'existent pas, mais qui pourraient se rencontrer dans un cas analogue.
Faisons maintenant l'application de ce procédé au sujet qui nous occupe.
Quand un malade nous offrira un ensemble de phénomènes qui semblera démontrer une névrose des fonctions digestives , nous joindrons aux renseignemens recueillis, comme nous l'avons indiqué précédemment, un examen plus approfondi. Si le développement de la maladie s'est opéré lentement , si elle a succédé à l'une des causes spéciales de l'hypocondrie, les chagrins, les travaux du cabinet , la vie sédentaire, le dérangement des hémorrhagies, etc. etc. ; s'il exista un trouble habituel dans le système digestif ou dans la digestion ; si la sensibilité générale est exaltée; si le moral est inquiet, etc., nous serons très-disposés à reconnaître une vésanie hypocondriaque, surtout si le malade est daus l'âge favo-
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rable au développement de ces affections, Il faut en outre se rappeler que les personnes qui sont atteintes de cette névrose ont, sinon une voix particulière, du moins un ton, un moclus dicendl qui leur est propre ; souvent elles parlent de leur état avec l'accent de la crainte , de la terreur ou du désespoir; d'autres fois avec une chaleur, une exaltation remarquables; fréquemment encore, elles s'appesantissent gravement sur les moindres détails , et abondent en remarques , en observations, en commentaires ; elles assignent fréquemment aux accidens qu'elles éprouvent un grand nombre de causes , de sièges et de combinaisons inextricables; de plus, elles sont en proie à des souffrances si variées et si multipliées , qu'elles craignent successivement ou simultanément un grand nombre. de maladies. Enfin , quand l'affection nerveuse s'est ainsi propagée, lorsqu'elle exerce sur l'imagination un tel empire, les symptômes locaux, comme nous l'avons précédemment annoncé, peuvent être masqués ou trèsaf faiblis.
Pour ne pas se méprendre sur cette affection, il faut encore se bien représenter l'ensemble des phénomènes qui lui sofljjf propres, et surtout les signes primordiaux; car, nous le répétons, il n'est aucun de ses accidens ou symptômes pris isolément qui ne puisse quelquefois manquer, tant cette vésanie présente de différences et de
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variétés. Qu'on se persuade bien que chaque hypocondrie a ses nuances particulières ; elles varient comme les physionomies individuelles ; toutes ont à peu près les mêmes traits : mais les nuances, les variétés sont si nombreuses, qu'aucune ne ressemble parfaitement à une autre; les signes pathognomoniques forment les vrais caractères distinctifs; ils sont en quelque sorte à la maladie ce que les traits sont à la figure. On doit les puiser, en général, dans l'altération des propriétés vitales de l'organe affecté ou des parties compromises, ou enfin dans la lésion du tissu organique , pour certains cas de complication ; de même on découvrira les symptômes accessoires dans les résultats de l'accord qui lie tous les points de l'organisation; en un mot, dans les phénomènes sympathiques.
Telles sont les principales considérations que nous fournit la méthode de l'analyse ; voyons maintenant la méthode d'exclusion.
Après avoir procédé à la connaissance d'une maladie avec l'esprit d'ordre et d'observation que nous venons d'exposer,il convient que le médecin examine avec une égale attention si l'ensemble des phénomènes n'appartierlfl^as plutôt à une autre affection : souvent cette recherche ultérieure confirme le premier jugement qu'il a porté, ou, dans d'autres cas, l'en fait revenir en l'éclairant sur la nature véritable de la maladie qu'il avait étudiée.