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le pronostic varie suivant le degré auquel est parvenue la maladie; on reconnaît généralement qu'aux premier et deuxième degrés elle est peu dangereuse, et très-susceptible de guérison; souvent même au troisième degré, on parvient à la dissiper par un traitement convenable. Les peines de l'âme et l'excès du travail sont deux des causes les plus puissantes de cette névrose : si le malade ne peut se soustraire à l'empire de ces affections morales , ou si son existence , cel!e même de sa famille, sont liées à cette contention d'esprit habituelle , il est à craindre qu'il ne reste long -temps en proie au désordre qu'il éprouve.
J'ai déjà cité l'exemple d'un de mes clients qui vit, depuis quinze ans, dans un état d'hypocondrie très-peu grave. Obligé de consacrer tout son temps, matin et soir, aux travaux du cabinet, il ne peut guérir radicalement; mais s'il quitte pendant quinze jours seulement un genre de vie aussi sédentaire , il retrouve de suite et momentanément une parfaite santé : est-il tourmenté par des inquiétudes un peu vives, il ressent aussitôt un paroxysme de plusieurs jours. Cette affection n'a fait jusqu'ici aucun progrès sensible, parce que la somme des consolations que lui offre un intérieur doux et agréable , l'a toujours emporté sur les inconvéniens permanens d'une profession aussi contraire.
Un prompt amaigrissement et une altération profonde de la physionomie, sont d'un fâcheux augure, et font appréhender l'imminence et les ravages sourds d'une maladie plus grave, d'une affection organique.
Le jugement qu'on peut porter sur l'issue de ces maladies varie encore suivant quelques circonstances particulières. Ainsi, chez un individu, le défaut de fortune sera l'obstacle à la guérison, qui dépendra de l'exercice de la voiture qu'il ne pourra se procurer : tel autre, véritable Crésus, faute d'un état, d'une occupation mécanique, reste plongé dans une hypocondrie stationnaire, malgré tous les efforts de la médecine; c'est à ces malades qu'il ne manque , pour être promptement rétablis , que l'obligation du travail , comme il ne manquait à un jeune prince , doué d'un beau talent pour la peinture, qu'un peu de nécessité pour devenir un grand peintre. En général, parmi les ouvriers, le changement d'état plus facile favorise, dans bien des cas, le succès du traitement. J'ai guéri plusieurs artisans atteints d'hypocondrie, par l'échange seul d'une profession sédentaire pour une plus active , secondé de quelques moyens hygiéniques et moraux.
Nous avons déjà remarqué combien les auteurs ont varié sur le pronostic à établir dans cette maladie: Tissot, par exemple, porte un juge-
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ment beaucoup trop sévère : At vero morbus profecto rebellis est et vix curationis capax; ce qu'on peut attribuer au choix fies moyens qu'il employait , et au peu de succès qu'il en obtenait; tandis que Baglivi , plaçant principalement sa confiance dans les nombreux avantages qu'offre l'hygiène, présente un pronostic bien plus satisfaisant , et plus conforme à l'observation : Et licet talium hominum morbi primo aspectu perniciosi et incurabiles videantur; sanari tamen soient facile non quidem per nimiam remediorum copiai?! , sed aut per grata amicoruin colloquia , aut per honesta ruris oblectamenta et equitationes fréquentes , aut tandem per vivendi normam à sagaci medico institutam.
« Bien que ces maladies paraissent, au premier coup -d'oeil, pernicieuses et incurables, elles guérissent ordinairement avec facilité, non par une trop grande quantité de médicamens , mais par la société et la conversation agréable de nos amis, par l'exercice et les amusemens de la campagne, par de fréquentes promenades à cheval, ou enfin à l'aide d'un bon régime prescrit par un médecin prudent et expérimenté (1) ».
(i) Le nom de Tissot est plus connu des gens du monde, mais le suffrage de Baglivi est confirmé par l'expérience, et doit être pour nous une autorité du plus grand poids. Le médecin de Lausanne n'a pu d'ailleurs observer cette maladie
Ce n'est pas là le conseil que donne Montanus : Fuge medicos et medicamina , et sanaberis.
Mais combien dhypocondres ont fui les médecins et leurs avis, sans avoir retrouvé la santé, et chez qui la continuité des accidens a fini par entraîner des désordres bien plus graves, et que des conseils sages, sans abus de médicamens, auraient pu prévenir.
Baglwi défend l'abus des remèdes , nimiam remedlorum copiant; mais il recommande un genre de vie prescrit par un médecin éclairé , parce que celui-là seul pourra reconnaître la cause et la nature de l'affection ; enfin fixer les bases véritables du traitement.
Quant à cette névrose il se joint des complications, le pronostic est relatif à la gravité de ces dernières maladies.
Si la complication ne présente qu'une hypocondrie récente ou peu prononcée, et une autre affection dune nature bénigne, le jugement du médecin sera basé sur la difficulté qu'offre le traitement de deux maladies marchant simultanément, et qui réclament quelquefois des médicamens de nature opposée : nous en voyons un exemple, lorsqu'à cette vésanie il se joint une
comme le célèbre praticien de Rome, placé dans un cercle immense , dans une ville où se trouvent réunies toutes les causes productrices de la maladie.
disposition dartreuse ; souvent alors la constitution est affaiblie, les toniques sont, par celte raison, indiques; et en même temps, la plupart sont contreindiqués par l'affection de la peau.
Mais quand avec la névrose des organes digestifs il co-existe une altération profonde, soit de l'estomac, du foie ou de la rate, etc., soit des poumons ou du cœur, la vie de l'individu est gravement compromise , et le prognostic du médecin doit exprimer toutes les craintes qu'il éprouve , et qu'on doit dissimuler au malade , et quelquefois à des parens ou à des amis trop susceptibles; mais alors ce n'est pas l'hypocondrie qui peut devenir cause de mort, mais bien la maladie qui forme complication.