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CHAPITRE X

Anatomie pathologique.

L'hypocondrie étant une maladie chronique , dont la cause immédiate réside principalement dans une affection des propriétés vitales imperceptible à nos sens, et dont le siège spécial occupe très probablement les différens systèmes nerveux , ganglionaires, et spécialement ceux qui se distribuent aux viscères abdominaux, on doit s'attendre à ne trouver, le plus souvent, aucune altération dans le tissu de ces organes , ni dans celui des nerfs qui s'y distribuent.

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On connaît le résultat différent que présente l'inspection anatomique des nerfs dans les névroses et les névralgies : dans les premières, nulle trace d'une lésion quelconque : dans les névralgies, au contraire, il existe presque constamment un désordre, un changement plus ou moins sensible dans le tissu des nerfs (i).

Il en est de cette affection comme de l'hystérie , de la mélancolie et des aliénations mentales ; elle ne fait presque jamais périr l'individu qui en est affecté; et quand cet événement arriverait dans une hypocondrie bien simple, il est encore probable que les recherches les plus exactes, faites après la mort , ne nous procureraient aucun renseignement positif; en un mot, aucune lumière sur la cause organique , sur la nature et les phénomènes de la maladie , parce qu'il n'existe dans ces vésanies aucune altération de tissu. Celles qu'on a rencontrées dépendaient presque toujours dune complication , et non de l'affection nerveuse.

Ne sait-on pas que la même lacune existe , et existera probablement long-temps dans une foule d autres cas : c'est ainsi que nous ne pouvons

(1) C'est au professeur Chaussier que la médecine doit les premières notions exactes sur les névralgies : ces notions sont le fruit d'une observation ingénieuse, et ont accru le domaine cle la science.

nous rendre raison , par l'examen des cadavr de la mort qui termine presque toujours le tétanos traumatique, de celle qui survient dans certaines fièvres malignes ou alaxiques; car lesépanchemens séreux que présente alors l'autopsie, sont aussi souvent les effets que les causes de l'affection. Pour qu'on pût procéder avec certitude à la connaissance de la cause intérieure du désordre organique qui produit les phénomènes de l hypocondrie , il faudrait examiner les différens symptômes , et surtout les viscères abdominaux chez un homme a! teint de cette névrose bien simple, et qui aurait succombé accidentellement à une maladie non susceptible de modifier l'état des organes digestifs, telle serait une blessure suivie dune hémorrhagie mortelle, et, jusqu'à un certain point, une inflammation étrangère aux parties contenues dans l'abdomen. Mais remarquons encore qu'il résulterait même de ces perquisitions faites avec soin, une grande incertitude, puisqu'on trouve très -souvent , chez l'homme atteint d'un plomb meurtrier, au milieu de la santé la plus florissante, des désordres plus ou moins sensibles, des phlogoses partielles, des épanchemens séreux, et surtout des vers ascarides et lombricoïdes ; circonstances diverses qu'on pourrait, accuser d'avoir entraîné la mort, si on n'en connaissait la cause véritable, étrangère à ces dispositions physiques, qui existaient

sur le vivant et étaient compatibles avec l'intégrité des phénomènes vitaux.

C'est ainsi que dans les inflammations de la plèvre et du poumon , dont l'issue est funeste , on observe sur la membrane muqueuse de l'estomac et des intestins des traces de phlogose : il n'en est pas moins certain que le malade a été enlevé par une pneumonie, une pleurésie, ou une phthisie pulmonaire, et non par une phlegmasie aiguë ou chronique de la membrane muqueuse des intestins.

Il faut cependant tenir compte des altérations que l'autopsie démontre sur les malades qui ont succombé (dans un état d'hypocondrie) à une autre maladie formant complication : la connaissance de ces terminaisons n'est pas un objet purement spéculatif; elle est au contraire susceptible d'un grand nombre d'applications utiles dans le traitement de ces névroses , dont elle contribuera souvent à prévenir les complications par l'écart des causes capables de les déterminer.

Nous allons parcourir les résultats de l'autopsie ou ces altérations organiques, d'après l'ordre des différens systèmes anatomiques , les examinant d'abord dans les organes de l'abdomen.

On a trouvé l'estomac et les intestins réduits à l'état squirrheux : presque toujours cette dégénérescence commence par la membrane muqueuse

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et s'étend par la suite aux autres tissus. C'est surtout vers le pylore que les auteurs ont observe cette désorganisation.

Morgagni a consigné dans ses oeuvres l'histoire d'un évéque de Lombardie, dont l'affection hypocondriaque fut aggravée après plusieurs années par des douleurs vives entre l'ombilic et l'épigastre. L'autopsie offrit une végétation squirrheuse à l'entrée du pylore , qui en était obstrué, quoiqu'il conservât son diamètre ordinaire.

Nous avons communiqué, p. 4 36, l'observation d'un artiste que des contrariétés rendirent hypocondre. Sa maladie changea de nature, et le fit périr. On trouva les traces d'une vive inflammation dans l'estomac. Au rapport de PJiodius (i) , le colon d'un de ces malades était squirrheux ; sur un autre, Welschius (2) a rencontré une dilatation énorme de cet intestin par des vents, et le rétrécissement du rectum. D'autres ont offert à Bonnet et à Hœchstetterus l'engorgement et l'endurcissement des glandes du mésentère, et même des foyers purulens entre ses deux lames. TVurthon cite l'histoire d'un hypocondriaque chez lequel on découvrit un vice organique de l'épiploon. Nous ne mentionnerons point les ouvertures qui ont offert une grande quantité de gaz

(1) Rhodius cent, il, obs. 76.

(2) TVclschius , Disput. de malo hyp.

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ou même de vers dans le canal intestinal , puisqu onen trouve autant sur presque tous les cadavres, quelqu'ait été d'ailleurs le genre de mort.

Blasius (1) nous a transmis l'observation d'un de ces malades dont la rate endurcie pesait quatre livres. Plusieurs médecins, Horstius (2), Petrus Borellus (P. Borel), ont également observé l'engorgement de la rate , que Glisson (3) affirme avoir souvent rencontré intacte chez des hypocondriaques : il en conclut avec raison que l'on doit ne point considérer cet organe comme le sié^e de la maladie, et se trouve ainsi d'accord avec Franc. Sylvius et Nath. Hjgmore.

Ou ne peut adopter l'opinion de Laurentius (Laurejnt), qui rapporte avoir connu une famille distinguée sujette à la mélancolie hypocondriaque, dont plusieurs individus n'ont offert d'autre cause probable que la petitesse de la rate. On doit plutôt conclure de cette assertion, que la cause immédiate de ces vésanies est inconnue, et sera peut-être toujours inaccessible aux recherches les plus suivies. Nous trouvons encore dans le recueil de Bonnet l'exemple d'un malade qui avait été long-temps sujet à une hypocondrie très-grave : on examina après sa

(1) Blasius , obs. anat. , p. 127.

(2) Obs. anal. 8e.

(3) Anatom, hepat. , cap. 45.

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mort l'état de l'abdomen ; le rein droit offrait im cy&te (Y\m volume considérable, et rempli dune sérosité jaunâtre.

Hoffmann découvrit chez un de ces malades l'engorgement du pancréas, que d'autres médecins, tels que Hy g more et Harderus ont aussi trouvé dans un état de squi/rhe et même de cancer. Riollan a vu cet organe égaler le volume du foie.

On a observé sur plusieurs hypocondriaques, le sang du système veineux abdominal noir, et distendant les veines. Guarinonius (i) a trouvé sur un autre les veines du mésentère tellement dilatées , qu'elles ressemblaient à des intestins. Mercatus et Brunner ont fait la même remarque. Suivant With, les veines mésaraïques et les autres vaisseaux veineux qui aboutissent au foie sont souvent gorgés de sang. Fort de cette observation, il regarde l'hypocondrie comme dépendant d'un engorgement du foie, qui produit l'arrêt du sang dans le système veineux hépatique ; mais n'est-il pas plus raisonnable de ne voir dans ce phénomène pathologique qu'un effet ordinaire de l'agonie, et non une cause de mort.

Rivière (2) cite l'exemple dune hypocondrie

(1) Guarinonius cons. 484 ; Lud. mercatus, t. III, lib. 1. Cap. 17; Brunner, consil. 7.

(?.) Rivière, cent. 4, obs. 34«

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observée sur un malade qui portait un anévrisme de l'artère sous-clavière, et qui périt avant la rupture de la tumeur. On doit k Morgagni (1) l'observation d'un hypocondriaque dont le ventricule gauche avait un volume triple de son état naturel, et communiquait avec le péricarde par trois ouvertures; mais on rencontrera à peine un pareil exemple sur mille individus atteints de cette névrose : ce désordre n'est donc, ainsi que la plupart de ceux dont nous venons d'esquisser le tableau , qu'une complication accidentelle.

D'où vient, dira-t-on , qu'une maladie qui présente tant de phénomènes variés pendant la vie, ne laisse après la mort aucune trace sensible tle ses effets dans l'organisation? Le moyen de ne pas se perdre en hypothèses, consiste à ne pas courir après les explications, et à imiter la sage retenue de Cicéron : Sujficit, si quid fiât intelligamus , etiam si quomodô quidque fiât ignoremus.

Ces divers résultats de l'autopsie nous prouvent que souvent des lésions organiques viennent compliquer cette affection, et qu'alors la mort du malade doit en être tôt ou tard le résultat. C'est dans ces cas désespérés que l'on sent la vérité de celte sentence : La témérité des char-

(1) Morgagni, lelt. 74 , art. i5.

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latans et leurs tristes succès, qui en sont les suites, font valoir la médecine et les médecins : si ceux-ci laissent mourir , les autres tuent. (La Bruyère.)

L'expérience journalière confirme la judicieuse observation de ce philosophe : l'aveugle crédulité des gens du monde enhardit l'impudence des médicastres , et l'excessive indulgence du public excuse leurs bévues, parce qu'il n'exige pas d'eux, comme des médecins, qu'ils guérissent toutes les maladies.

Voyons maintenant les ressources qu'offre la médecine dans le traitement de cette névrose, et prévenons d'abord, que si la nature a fixé des limites, établi des barrières que le médecin le plus instruit ou le plus zélé ne saurait franchir, les secours de l'art sont aussi , dans un nombre de cas infini, d'une très-grande efficacité.

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