‹ Traité des maladies nerveuses, ou vapeursChapitre 3 sur 37 · MALADIES A E II V EU S ES · texte numérisé non relu

MALADIES A E II V EU S ES

Les erreurs commises dans le diagnostic de 1 hystérie sont d'autant plus étonnantes, que cette affection, par sa nature, ses causes, son siège , etc. , forme une maladie toute particulière, et par conséquent peu susceptible d'être méconnue. Cependant plusieurs médecins, et même parmi ceux qui ont senti le besoin de l'isoler , se sont trompés sur ce point de doctrine médicale; ainsi Hojfman, qui lui consacre un chapitre particulier, et présente quelquefois l'hystérie bien isolée de toute autre affection , nous offre souvent aussi une hypocondrie, une mélancolie simple ou compliquée qu'il intitule affection hystérique.

Sydenham, dont l'exemple a trouvé beaucoup d'imitateurs, Ta si peu spécifiée, qu'il regarde l'hystérie , l'hypocondrie et la mélancolie comme une seule et même maladie , déterminée par les mêmes causes, offrant la même marche, et accessible aux mêmes moyens de curation. Comment l'autorité à' Hijipocrate , de Galien , qui l'a bien décrite , arrêtée , & Aëtius , de Paul d'Egine, de Mercurialis , de Fores tus , de Sennert, d'Horstius, etc., qui ont tous regardé l'utérus comme le siège de cette maladie , n'a-t-elle pas prévenue toute erreur à cet égard, et ne la- 1- elle pas emporté sur l'opinion de Lepois > de JVillis y de Sydenham et de Boeiliaave, dont les noms, quoique recommandabUs , ne pou-

vaient balancer des suffrages d'un bien plus grand poids.

En traitant de l'hypocondrie , nous ferons connaître les caractères qui la différencient de l'hystérie : les ressemblances qu'on a remarquées entre ces deux affections sont si fugitives, leurs causes, leur siège, leur nature si opposés, enfin leur marche et leur traitement si dissemblables, que nous ne pouvons nous rendre raison de la fausse route qu'on a suivie dans le diagnostic de l'hypocondrie et de l'hystérie. Plus loin , nous exposerons le diagnostic de cette dernière maladie , et les traits qui la distinguent de l'épilepsie. Examinons maintenant les circonstances qui ont contribué à faire admettre la prétendue existence de l'affection hystérique chez les individus du sexe masculin. Il est sans doute arrivé que des médecins ont confondu l'hypocondrie et l'hystérie*, et regardé comme cette dernière maladie, l'affection hypocondriaque dont une femme était atteinte. Retrouvant ensuite des hommes qui leur présentaient les mêmes accidens, ils n'auront point hésité à déclarer que l'hystérie se manifestait chez l'homme , ainsi que chez la femme. Dans d'autres cas, ils auront méconnu la complication , lorsque l'hystérie et l'hypocondrie étaient réunies, et n'auront vu dans cet ensemble de phénomènes morbifiques qu'une simple hystérie. S'ils observaient ensuite l'homme

en proie à une affection hypocondriaque , ils retrouvaient une partie des accidens que leur avait offerts la femme affectée dune double maladie, et se fondaient sur cette analogie pour avancer une erreur véritable, et qu'une observation plusattentive aurait rectifiée, pour émettre l'opinion que l'hystérie était commune aux deux sexes ; bien que l'étymologie du mot hystérie impliquât contradiction.

Une objection plausible , sur laquelle s'appuient les médecins qui admettent l'hystérie chez l'homme , c'est l'analogie qui existe entre cette maladie et les affections nerveuses très- singulières, que l'on a observées sur quelques individus du sexe masculin. Hoffman en rapporte un exemple notable; Willis nous en fournit un second, et nous en avons observé un troisième , que nous allons transcrire ici.

Un homme marié, âgé de [\i ans, doué dune constitution nerveuse , avait la peau blanche , les cheveux et les yeux noirs; il avait perdu deux de ses frères enlevés par des convulsions; luimême fut pris, à la suite d'un chagrin violent , mais sans symptômes précurseurs , le 1 1 avril i8o3, d'un état convulsif général, qui se prolongea pendant trois heures : dans les momens de rémission , il se plaignait de nausées, de douleurs d'estomac et d'une sorte de boule qui paraissait rouler depuis l'épigastre jusqu'au col,

HYSTÉRIi:. 7

où il existait une construction violente : durant la plus grande intensité des aecidens , il y eut perte totale de connaissance. On employa avec le plus grand succès une potion qui contenait un grain d'opium et des frictions sur l'épigastre avec un Uniment narcotique.

Ce fait pourrait facilement devenir cause d'erreur ; toutefois l'examen approfondi de cette affection en démontre le caractère; et d'abord elle était héréditaire dans sa famille, puisque deux de ses frères avaient succombé à la violence des accès; il eût peut-être également péri, sans les secours qui lui furent administrés. On doit remarquer , en outre , que les narcotiques , employés sous forme de potion et de Uniment caïmans, eurent dans ce cas -ci un succès trèsmarqué, tel qu'ils ne l'obtiennent pas ordinairement dans les affections hystériques, et que l'espèce de globe mobile dont se plaignait le malade ne s'étendait pas depuis la région hypogastrique, mais bien depuis l'estomac jusqu'au col. Un caractère qui rapproche cette maladie de l'épilepsie , plutôt que de l'hystérie , c'est la perte totale de connaissance et de la mémoire , lors de la plus grande intensité de l'accès. Il est encore à noter que cet accès fut unique, et qu'une vive affection morale le détermina. En analysant les symptômes spécifiques de cette maladie , sa cause étrangère à l'empire des organes

générateurs, la terminaison mortelle dont elle a été suivie chez deux parens du malade , et l'absence d'une boule qui semble s'élever de l'hypogastre . on acquiert la conviction que cet ensemble de phénomènes ne saurait constituer l'affection hystérique, qui est véritablement exclusive à la femme , mais bien une attaque d'épilepsie ou de convulsions. C'est ainsi qu'on peut contester le titre de l'observation II àHqffman.

Observation II, intitulée Hystérie.

Un jeune homme , âgé de 16 ans, dune taille élevée et d'une forte constitution, doué d'un embonpoint et d'un tempérament sanguin trèsprononcés, avec exubérance des forces vitales, se plaignait depuis peu d'une douleur vive à l'anneau inguinal , qui livre passage aux vaisseaux spermatiques : de plus, il éprouvait contre son gré de violentes érections, et était obsédé par des désirs lascifs. Bientôt fièvre légère, revenant chaque jour, et se dissipant après plusieurs semaines; la douleur de l'aine reparaît aussitôt la fièvre finie. D'autres accidens, semblables à ceux de l'hystérie , se manifestent : spasmes horribles, s'étendant de la région du pubis jusqu'au dos, à la région précordiale, au cœur, au larynx et même au cerveau, avec palpitations du cœur, étranglement de la gorge, 'gêne de la respiration , syncope , assoupissement , mouvemens

convulsifs des articulations. Ce paroxisme se reproduisait presque tous les mois ; du reste l'appétit était bon , et il existait une constipation rebelle aux purgatifs les plus forts; le pouls, ordinairement vif et fort, était pendant l'accès très-inégal et déprimé. — Après divers traitemens anti-spasmodiques et anti-épileptiques , qui furent infructueux, Hoffman conseilla une saignée de six onces presque tous les mois , des poudres nitrées pour diminuer l'orgasme du sang, un exercice doux, et défendit des méditations trop suivies; bientôt le malade fut entièrement guéri (1).

Cette observation est-elle une véritable hystérie? Je n'hésite pas à répondre négativement, parce que la matrice n'existe pas chez l'homme. On m'objectera que les accidens de cette maladie offrent une analogie presque parfaite avec les phénomènes hystériques, tels qu'on les rencontre chez la femme. Je réponds que ce fait isolé prouve seulement qu'on peut observer par fois chez l'homme des symptômes très-analogues aux accidens de l'hystérie, et même presque identiques. Mais combien peu rencontre- 1- on d'exemples semblables; et lors même qu'il en existerait un grand nombre, il faudrait encore faire choix d'un autre mot ou plutôt d'une dénomination qui

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(i) Obs. M , §. i7 cap. 5, de Malo hyst*

ÎO MALADIES NERVEUSES.

fût, au terme d'hystérie , ce que celui de satyriasis ou de priapisme est à l'expression de nymphomanie ou de fureur utérine. De plus, si l'on réfléchit qu'il fut administré à ce jeune homme des remèdes anti-épileptiques et que ses accès observaient dans leurs retours beaucoup de régularité, on. sera disposé à considérer cette maladie comme une véritable épilepsie, ou une variété de l'affection épileptique, ou enfin une névrose anomale, et non comme une observation particulière d'hystérie.

Nous croyons, d'après l'analyse raisonnée de ces observations, et des faits qui s'en rapprochent, que l'homme peut ressentir des accidens nerveux et même des mouvemens convulsifs, très-analogues à ceux qui caractérisent l'hystérie, mais qui ne sauraient, malgré leur analogie plus ou moins spécieuse, être identifiés avec les phénomènes propres à cette dernière affection. îse sait-on pas que la présence des vers dans 1 estomac ou les intestins détermine sympathiquement des accidens qui simulent l'inflammation de la plèvre, et qu'on a nommés pleurésie vermineuse ? Dans ce cas, la maladie essentielle consiste dans l'affection des intestins , et non dans la phlegmasie de la membrane séreuse : de même il se peut qu'une irritation quelconque produise par sympathie des mouvemens convulsifs très -analogues, mais non identiques, aux

HYSTERIE. t II

phénomènes de l'hystérie. Puisqu'ils ne peuvent dépendre de, l'irritation d'un organe qui n'existe pas chez l'homme, on doit les considérer comme des aberrations de la sensibilité ou comme une variété, soit des convulsions, soit de toute autre maladie. Notre but, au reste, n'est pas de prouver ce que sont ces maladies qui ont été méconnues chez les individus ^u sexe masculin, mais seulement de démontrer ce quelles ne sont pas»

Les accidens que produit un état de continence absolue chez l'homme, sont le priapisme ou satyriasis, le spermatocèle, l'hypocondrie et les aliénations mentales; mais il ne peut occasionner la nymphomanie, ni surtout l'hystérie. Dans tous les cas, il faudrait au moins, comme nous l'avons déjà dit, changer la dénomination. L'hystérie est une affection de l'utérus, et, comme toutes les maladies de cet organe, elle ne peutt être observée que chez les femmes. Par la même raison, l'homme seul est exposé aux affections spéciales du testicule, de la verge et de la prostate.

Ce qui ajoute à notre surprise, c'est qu'aucune maladie, parmi celles dont l'homme est passible, ne peut fournir avec l'hystérie une analogie aussi frappante que celle qui rapproche le satyriasis de la nymphomanie : celle-ci aurait, avec plus de vraisemblance, pu être considérée comme

une affection commune à l'homme et à la femme, puisque le priapisme ou satyriasis offre de telles analogies avec l'utéromanie, qu'on serait tenté d'admettre l'identité de ces deux maladies, et cependant la nymphomanie a toujours été regardée comme exclusive au sexe féminin.

N'est-il pas étonnant que l'hystérie, dont l'ensemble (]) des phénomènes ne se reproduit jamais chez l'homme, ait cependant paru, à un assez grand nombre de médecins, susceptible d'affecter également l'un et l'autre sexe? Mais par quelles raisons ou par quel mécanisme la matrice exerce-t-elle sur tout le système nerveux de la femme une influence telle, que les organes génitaux de l'homme n'offrent rien de semblable? Cette différence de réaction ou de sympathie dépend d'abord de l'organisation propre à la femme douée d'une sensibilité beaucoup plus vive ; mais elle provient encore davantage de la disposition même de l'utérus, qui tient beaucoup plus intimement à l'économie entière que les organes génitaux de l'homme : situé plus profondément, l'utérus joue un rôle beaucoup plus important; il fournit des écoulemens périodiques , il reçoit le produit de la conception et pourvoit à son développement et à tous les plié- » ■ ...

(1) Le fourmillement qu'éprouve vers l'utérus la plupart des femmes hystériques ne peut exister chez l'homme, etc.

nomènes de l'accouchement, fonctions qui lui sont exclusives. Les organes de la génération ne peuvent être retranchés chez la femme, tandis que l'appareil génital de l'homme, tout extérieur, et dont les fonctions sont bien plus limitées , semble former un système comme isolé, et qui peut facilement être enlevé , ou au moins sans que celte opération compromette nécessairement la vie générale.

Pour fixer l'opinion sur la distinction précise de cette névrose, nous la décrirons d'abord bien isolée de toute complication , ensuite nous la présenterons compliquée avec d'autres maladies; et en appliquant la méthode de l'isolement à ces observations mixtes , nous ferons ressortir les phénomènes caractéristiques de l'hystérie et ceux des autres affections qui peuvent la compliquer : plus loin nous exposerons les causes de cette maladie, sa marche, ses différens symptômes, ses anomalies, ses terminaisons et ses complications; nous terminerons par établir le diagnostic et le pronostic de l'hystérie , enfin les différentes méthodes curatives que l'expérience et l'observation conseillent d'y opposer,

Hystérie simple par cause morale.

Une jeune personne âgée de dix - sept ans , d une forte constitution et d'un tempérament sanguin, joignait à une grande sensibilité de la

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franchise et un caractère très-aimant : elle demeurait avec sesparens, qui n'avaient pas pour elle la plus tendre affection.

Un jeune homme , admis dans la maison , fut souvent témoin des peines qu'éprouvait cette demoiselle : il cherchait à la consoler par ces soins et ces attentions qu'inspirent si facilement le malheur et la jeunesse : à ces témoignages du plus simple intérêt succédèrent d'autres sentimens , et un amour réciproque en fut le résultat.

S'étant un jour aperçue que son ami prodiguait à une autre dame toute sorte de prévenances, cette jeune personne en ressentit un violent dépit , mais se contraignit. Dès le soir , ses règles, qui coulaient depuis deux jours, s'arrêtèrent ; elle devint d'une pâleur extrême , tous ses traits étaient altérés, et sa physionomie était bouleversée : peu d'insf ans après elle perdit connaissance , et fut prise de convulsions violentes : tour à tour elle gardait le silence ou poussait des cris, des soupirs et des gémissemens, se comprimait ou se frappait la poitrine ; tantôt elle faisait des efforts pour se mordre ; d'autres fois elle cherchait à déchirer ses vêtemens. Ses yeux étaient convulsifs et souvent recouverts par les paupières, les mâchoires presque toujours fortement rapprochées. Pendant la durée de cet accès la mémoire n'était pas entièrement

abolie, la malade se plaignait d'une houle qui semblait partir de la matrice et s'arrêter à la gorge où elle occasionnait une vive constriction , une sorte d'étranglement. A la fin de l'accès, il se manifesta une émission considérable d'urine limpide. Je fus appelé dès le deuxième jour, et j'annonçai que ces accidens n'auraient probablement aucune suite fâcheuse. Plusieurs accès, peu différens du premier, se succédèrent. J'employai les antispasmodiques et les narcotiques , qui furent sans effet pendant six semaines. Dans les momens de rémission , j'eus occasion de causer seul avec la malade , et j'obtins la confidence de son affection secrète : toutes les fois que j'appelais son attention sur des objets étrangers à son amour, le calme semblait se consolider; mais aussitôt que les circonstances ou son imagination le lui rappelaient, et sur tout lorsque ce jeune homme s'offrait à sa vue, les accès étaient imminens ou même se reproduisaient. Deux mois s'étaient écoulés , lorsque je fis appliquer douze sangsues à la vulve, et bientôt les règles reparurent : dès cette époque 7 les convulsions diminuèrent sensiblement , et la convalescence fut assurée par les témoignages de tendresse que cette jeune personne reçut de sou ami.

lG MALADIES NERVEUSES.

Hystérie simple.

Une demoiselle âgée de dix-huit ans , joignait à un tempérament sanguin une très-grande susceptibilité nerveuse. Depuis l'âge de huit ans, époque où elle eut la petite vérole , elle n'éprouva aucune maladie grave et aucun mouvement convulsif.

Un jour, en jouant à l'escarpolette, elle se plaignit d'étourdissemens, de maux de cœur, et rendit les alimens qu'elle avait pris : peu d'instans après , et sans cause connue, elle fut agitée par de légers mouvemens convulsifs qui reparurent le lendemain , mais avec plus de force , et se soutinrent pendant deux jours. Les deux mois suivans furent exempts dorages, mais bientôt les accès se manifestèrent de nouveau et à des intervalles fort irréguliers.

Avant leur invasion , cette demoiselle était triste, rêveuse, désirait être seule, ne parlait pas : tout lui déplaisait. Elle se plaignait d'abord dune sorte de frémissement dans la région de l'hypogastre, et ensuite d'une boule qui , du basventre , semblait se porter jusque vers le larynx où elle ressentait un resserrement très-incommode. Peu après , des convulsions générales se déclaraient, accompagnées de cris aigus, de pleurs ou d'éclats de rire non motivés. Le tronc et les extrémités offraient toute sorte de con-

HYSTÉRIE. J'y

torsions; la malade éprouvait en outre une forte oppression et une sorte de compression vers les hypocondres , une douleur locale vers l'occiput; la tète , les muscles de la face, et surtout des yeux étaient fortement en convulsion : il fallait plusieurs personnes pour la contenir et pour empêcher qu'elle ne se blessât ou qu'elle ne blessât ceux qui voulaient la secourir. Chaque accès durait ordinairement quatre ou cinq heures, et se terminait subitement par l'évacuation copieuse d'une urine très-limpide.

Telle est l'analyse d'un Mémoire à consulter , qui nous fut adressé de la province : le pronostic que nous portâmes sur l'issue probable de cette maladie ne fut pas très- alarmant , mais nous ignorons le résultat des conseils que nous avions proposés.

Souvent une cause très-légère donne lieu au développement de l'hystérie , comme nous le démontre le fait suivant :

Clémentine F**, âgée de treize ans, cheveux et sourcils blonds, d'une constitution délicate, ayant les seins et les parties génitales peu développées pour son âge, sensible et très-irritable, avait joui d'une assez bonne santé jusqu'à l'âge de onze ans. Ce fut à cette époque qu'elle éprouva tout à coup un sentiment de strangulation avec suffocation imminente et palpitations légères. Huit jours après il s'y joignit un hoquet qui se

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répéta très-souvent. On combattit ces accidens par l'usage des bains; mais après le neuvième, elle fut prise de convulsions qui revinrent d'abord tous les huit ou dix jours, et par la suite tous les jours.

Le i3 germinal an x, M. M** fut témoin d'un accès qui, au rapport des parens, fut le plus long et le plus violent de tous ceux qu'elle avait éprouvés : en effet, il se prolongea depuis huit heures du soir jusqu'à trois heures du matin.

L'invasion fut subite :1a jeune personne tomba tout à coup, et resta sans mouvement et sans parole ; il y eut ensuite contraction vive des muscles masséters , grincement de dents, rire apparent , et mouvemens irréguliers de tous les muscles soumis à l'empire de la volonté. Bientôt après, des éclats de rire immodérés se manifestèrent, et furent suivis d'une roideur tétanique des extrémités inférieures, dans laquelle la pointe des pieds était fortement tournée en dedans.

Après quelques instans de rémission, les symptômes devinrent plus violens : le cœur battait tumultueusement, le pouls était plus fréquent, petit et irrégulier. Les contractions musculaires étaient si fortes , qu'à peine trois ou quatre personnes pouvaient contenir la malade; elle poussait par intervalle des cris aigus. Lorsque ses mains étaient libres, elle se meurtrissait violemment; lorsqu'elles étaient retenues, elle cher-

II Y S T É R I E. ig

chait à se frapper la tète contre les objets environnans. Les courts installa de rémission étaient marqués par une grande sensibilité : elle embrassait sa mère et la caressait tendrement; mais à ce calme succédèrent bientôt de nouveaux accès, signalés par des symptômes differens, tels que des grimaces et des contorsions ridicules , dés mouvemens convulsifs des doigts des pieds et des mains, le resserrement total de l'œsophage, les yeux hagards, la pupille dilatée, tantôt l'impossibilité d'ouvrir la bouche, tantôt celle de la fermer; enfin la perte entière de la sensibilité, et la mort apparente. La respiration n'était plus sensible, et le pouls avait cessé.

Cet état dura une heure, après laquelle toutes les fonctions se ranimèrent insensiblement par l'application de deux synapismes : alors les convulsions recommencèrent avec la même violence; elles cessèrent enfin, et la jeune personne parut calme.

Le lendemain l'attaque fut moins forte , et offrit quelques phénomènes nouveaux. Dans les rémissions elle montrait la plus grande insensibilité aux caresses de sa mère; quelques instans après elle feignait de vouloir l'embrasser, et tachait de la surprendre pour la mordre. Elle rendit involontairement une grande quantité de vents et d'urine.

Le i5 germinal au soir, nouvel accès moins

long que celui du i4, qui offrit également de nouveaux symptômes : l'écume lui vint à la bouche; elle était d'une extravagance extrême, commandant tour à tour l'exercice militaire et les figures de la danse; tantôt avec une voix douce, tantôt avec un son aigu , d'autres fois rauque. L'accès finit par une sorte d'horreur qu'elle manifesta contre sa mère. Peu après il succéda un raisonnement assez juste et suivi ; elle se mit à pleurer, se plaignant de ce que sa mère lui refusait tout , etc.

A force de questions j'appris que cette aversion pour sa mère, qu'elle aimait et caressait si tendrement dans les accès du i3, tenait à ce qu'elle lui avait refusé une montre en or l'avant-veille, après la lui avoir promise. Lorsqu'elle eut obtenu la montre elle se soumit à tout : on lui fit prendre une potion calmante et un lavement avec un gros d'assafœtida. Les accès ne reparurent plus, et la guérison fut consolidée par le séjour à la campagne et un exercice soutenu. (Journal de Méd. 9frim. an xi.)

L'âge de la malade, son extrême sensibilité, et l'époque de la puberté, constituent dans ce cas les causes prédisposantes des accès d'hystérie, qui ont été déterminés par un refus qui contraria trop vivement cette jeune personne.

Hystérie simple.

Une jeune fille âgée de dix-huit ans, d'un tempéramment flegmatique et sanguin , et dont les menstrues coulaient irrégulièrement, fut prise, à la suite d'un refroidissement, d'une toux violente et convulsive : celle-ci calmée , elle ressentit un accès d'hystérie très-prononcé y envies de vomir réitérées, constipation , dysurie, froid des extrémités , palpitations du cœur , battemens des artères de la tête , figure rouge et gonflée. Quand elle recouvrait la connaissance , le pharynx restait étranglé , au point que les alimens et même les boissons ne pouvaient passer. Le pouls était faible et débile. Au bout d'une v demi-heure, l'accès revenait, et après une saignée du pied, il y eut une rémission de huit heures ; mais bientôt l'orage reparaît avec plus de violence et accompagné de mouvemens épileptiques (i) : la déglutition présentait les mêmes obstacles.

Hoffman conseilla des lavemeus, des linimens nervins sur la nuque et l'épine } et des pédiluves. A l'intérieur, il prescrivit les antispasmodiques et les diaphorétiques. Tous lesaccidens étaient dissipés, lorsqu'un écart dans le régime fit craindre de nouveaux accidens : un léger purgatif, uon-

(i) C'est-à-dire, convul&ifs.

seulement les prévint, mais contribua à l'entier rétablissement de la malade.

Hystérie simple.

Une demoiselle âgée de trente-deux ans, d'un tempérament sanguin, joignait à une constitution assez robuste une vive sensibilité. A vingt six ans , elle éprouva de la pesanteur dans les hypocondres et à l'épigastre ; ses digestions devinrent difficiles : on remédia à ces divers accidens par l'usage des pilules savonneuses , des eaux thermales ferrugineuses, et les sucs d'herbes. A vingthuit ans, et sans cause connue, mademoiselle D*** fut atteinte d'accès hystériques, caractérisés par le sentiment d'une boule qui semblait partir de l'utérus , remonter à l'estomac , en y développant une vive chaleur, et de là au cou, où elle occasionnait une forte constriction et rendait la respiration difficile et accélérée. Au bout d'un an, ces paroxysmes de vinrent plus fréquens, et la susceptibilité nerveuse de la malade augmen tant de jour en jour , on réclama les conseils d'un médecin qui employa, sans succès, les antiphlogistiques , un régime adoucissant , puis les antispasmodiques et différens moyens hygiéniques. A la fin de la deuxième année , les paroxysmes étaient accompagnés de perte de connaissance , de mouvemens convulsifs et de renversement du corps en arrière ; ils duraient

quelquefois jusqu'à deux heures, et plongeaient la malade dans un état de mort apparente.

Une commère fut appelée , donna des boissons dont la composition était un mystère, et pratiqua vers les parties génitales diverses manœuvres. Mademoiselle D*** ressentit aussitôt dans l'organe irrité une douleur vive qui s'apaisa assez promptement , et depuis lors elle a joui d'une trèsbonne santé. Pendant toute la durée de cette affection hystérique , les règles et l'appétit n'avaient point éprouvé de dérangement.

Hystérie compliquée d'Hypocondrie (i).

Une jeune personne, aussi distinguée par sa beauté que par ses vertus, âgée de dix-huit ans, d'une complexion délicate , mais douée d'un esprit pénétrant et d'un caractère très-mobile, fut recherchée en mariage par un jeune homme qui l'avait vue fréquemment pendant une maladie qu'elle venait d'essuyer.

Sa santé , à peine rétablie, fut de nouveau dérangée : dès-lors, douleurs au dos et aux lombes (2), tremblemens et contractions spasmodiques des

(1) Hoffïnan , de Malo hysterico 9 obs. 3 , p. 5o, , tom. 2.

(2) Les symptômes caractéristiques de l'hystérie, dans les deux observations qui vont suivre, seront écrits en caractères italiques : les autres symptômes appartiennent à l'hypocondrie.

a4 MALADIES NERVEUSES.

membres , perte des forces et de l'appétit, constipation, tenesmes, envies d'uriner; bientôt syncopes , sentiment de strangulation , froid des extrémités, horripilations suivies d'une chaleur incommode , respiration difficile , resserrement spasmodiaue, anxiétés précordiales presque constantes ; pouls varié, tantôt foible et fréquent ? tantôt petit et inégal ; urines limpides , quelquefois avec un sédiment rouge; sommeil difficile ou nul, augmentation de l'anxiété précordiale ; quand elle prenait de la nourriture ou des médicamens , règles peu abondantes, séreuses, acres et intensité plus grande des symptômes vers l'époque de la menstruation. Plusieurs médecins furent consultés et d'avis différens. Les uns voyaient une fièvre quotidienne : l'amaigrissement considérable faisait soupçonner à d'autres une fièvre hectique; enfin plusieurs accusaient la faiblesse de l'estomac et les flatuosités de l'abdomen. De là l'abus des remèdes stomachiques , carminatifs , nervins , emménagogues , laxatifs, martiaux : elle fut même saignée du pied, mais le mal augmenta. Au bout de trois mois Hoffman est appelé : il recherche de suite la cause de la maladie, défend tous les remèdes , recommande, pour boisson ordinaire, le lait d' a n esse , coupé avec les eaux acidulés de Sedlitz; des lavemens et des frictions sur les lombes; l'exercice sous un ciel serein et pur , surtout en

voiture, et pendant quelque temps la cessation de toute correspondance ou entrevue avec le jeune homme. Il permit ensuite le lien conjugal , qui fut l'époque du retour à la santé. Au bout d'un an, elle devint enceinte; de légers accès d'hystérie qui se déclarèrent pendant les couches, furent bientôt calmés, et depuis lors, la santé se maintint parfaite.

Dans l'observation d'hystérie hypocondriaque que nous venons de rapporter, les symptômes d'hystérie sont les plus prononcés ; dans la suivante, au contraire , ce sont les phénomènes de l'affection hypocondriaque qui prédominent.

Une femme célèbre, à la fleur de l'âge, était depuis quelque temps sujette à une affection hystérique très-violente : elle éprouvait des douleurs intolérables vers la cuisse gauche , des convulsions , des anxiétés , de la dyspnée , un hoquet , des inquiétudes , de l'insomnie, etc. Elle ressentait en outre une douleur vers la rate , et portait une tumeur considérable dans l'hypocondre gauche; il s'y joignait des flatuosités , des gonflemensdans l'abdomen et l'utérus, des rots, des borborygmes , des douleurs vagues, des vents dont l'issue soulageait la malade; enfin une constipation extrême.

Tous les moyens antihystériques de la pharmacie furent employés sans succès : on prescrivit ensuite un bon régime, quelques eaux îniné-

raies, et surtout celle de Sedlitz , et cette affection grave fut bientôt entièrement dissipée. ( Hoffman. )

Je considère le gonflement ou la tumeur de l'hypocondre gauche comme le résultat du spasme ou des vents qui dilatent quelquefois les intestins d'une manière surprenante , ou enfin comme un engorgement du tissu cellulaire qui environne la rate : il est également possible qu'il ait existé une affection de la rate même ; mais cette opinion me paraît peu vraisemblable : les douleurs de la cuisse étaient-elles rhumastimales ou symptômes de l'hypocondrie ? Je l'ignore (1).

Les caractères de l'hystérie qu'on peut déduire non-seulement des observations précédentes , mais même d'un grand nombre d'histoires particulières relatives à cette maladie, avaient été indiqués déjà par Astruc et Pinel. Au début de l'accès , impression sourde que la malade ressent dans la matrice , bientôt resserrement du col et de la poitrine > et sorte de compression circulaire le long des fausses côtes , sentiment d'une boule mobile y qui de V utérus se porte jusqu'au larynx ; souvent mouvemens convulsifs , syncope ordinairement incomplète , lésion partielle de l'ouïe et

(1) Je nie borne à ce petit nombre d'observations, nie réservant d'en rapporter d'autres à l'appui des opinions que j'émettrai dans la suite de ce travail.

presque toujours de la mémoire pendant la durée des accès.

Mais en décrivant l'histoire de cette maladie , et en traitant du diagnostic , nous achèverons d'en faire connaître les caractères.

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