‹ Traité des maladies nerveuses, ou vapeursChapitre 4 sur 37 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Causes de Vhystérie.

Nous pensons avoir démontré, i°. que l'utérus 'est le siège de cette névrose ; 20. que celle-ci peut exister sans que cet organe soit atteint de lésions physiques; 3°. que le système nerveux est seul affecté ; 4°- °iue Ie mouvement d'ascension ou n'a pas lieu ou est fort borné et vermiculaire ; 5°. que les accidens éprouvés au-delà de la matrice sont sympathiques; 6°. enfin, que cette connexion s'établit par les filets du grand sympathiques, et surtout du pneumogastrique.

Voyons maintenant de quelles sources provient ordinairement l'hystérie.

On peut distinguer ses causes en disposantes et en déterminantes : mais cette manière de les envisager nous semble peu importante , d'autant que c'est le degré d'intensité dune cause souvent identique qui la fait considérer comme disposante ou déterminante.

Outre les causes qui provoquent l'hystérie , il faut encore distinguer celles qui en décident les

retours : les inerties agens, en général, occasionnent l'invasion et les retours de l'hystérie ; mais on en observe qui concourent plus particulièrement à la production de celle-ci qu'a la production des accès. Du reste, nous aurons soin d'indiquer , à mesure que nous examinerons les causes , celles qui ont une part plus active sous l'un ou l'autre rapport.

Quand une femme ou une jeune personne sont disposées à cette maladie , la cause la plus légère suffit pour la déterminer (i). Il convient de se rappeler cette assertion, sans quoi l'on pourrait fréquemment révoquer en doute l'influence trèsréelle d'une foule de circonstances, en apparence plus ou moins inertes. Sans doute, plusieurs des agens, ou des occasions que nous citerons comme propres à déterminer l'hystérie, ne la produisent que très-rarement; nous ignorons même si toutes les causes que nous énonçons l'ont réellement produite ; mais il nous suffit, pour être autorisés à les indiquer, que leur nature, et une analogie bien constatée , les rendent susceptibles d'un pareil résultat. Les causes de cette affection sont trop variées et trop nombreuses pour que nous omettions d'en référer quelques-unes, par cela seul que nous ne connoissons point d'exemples

(i) Voyez l'observation page 17.

où leur influence, quoique bien vraisemblable, ait eu lieu dune manière évidente. Nous n'avons point vu l'action intérieure ou extérieure des cantharides amener l'hystérie, mais nous savons qu'elle a plusieurs fois occasionné la nymphomanie. D'après l'analogie qui existe entre ces deux affections, on doit penser qu'un agent qui peut plus, peut moins; que les cantharides, qui ont causé dans plusieurs circonstances la nymphomanie , sont également capables de causer l'hystérie.

Nous suivrons dans l'examen des causes de cette maladie la division admise par le professeur Halle y pour les matériaux de l'hygiène.

PREMIÈRE SÏCTION.

Causes physiques*

La part que peuvent avoir au développement de cette maladie les agens répandus dans l'atmosphère est incontestable.

Une température excessive en froid ou en chaud, une exposition méridionale, un sol aride, des vents brûlans, l'impression d'une forte pluie, d'un froid violent , de l'humidité ou d'un vent très-vif, une exposition prolongée à l'action des rayons solaires, peuvent favoriser l'invasion de l'hystérie, ou en ramener, avec plus ou moins de fréquence et d'intensité , les retours.

On conçoit également le rôle que joueront , à

3o MALADIES NERVEUSES.

cet égard , les émanations répandues dans l'atmosphère , surtout quand celle-ci sera très raréfiée ou circonscrite , et quand les personnes qui y sont exposées seront très susceptibles; mais cette influence varie suivant la sensibilité des individus et l'idiosyncrasie. La vapeur du charbon a déterminé chez une dame, à laquelle j'ai donné des soins , une hypocondrie très-grave , dont elle a parfaitement guéri. Je présume que cette cause eût pu également produire l'hystérie , si cette dame y avait été disposée.

Je ne pense pas qu'on ait observé cette affection avec un caractère épidémique oir endémique, et je doute également qu'elle puisse être propagée par un principe contagieux , car on ne doit pas considérer 'comme tel l'empire de l'exemple.

L'exercice concourt efficacement au maintien de la santé; mais l'abus du mouvement, l'extrême fatigue, de longues courses par un temps défavorable ? sous un soleil brûlant, etc., la danse , portée jusqu'à une lassitude absolue , des efforts démesurés, les veilles prolongées ou des excès contraires , une vie trop sédentaire , un exercice trop circonscrit, comme les soins exclusifs du ménage , le travail d'une profession exempte de déplacemens, frappent toute l'économie d'une atonie qui forme une disposition plus ou moins prochaine à cette affection.

Un trop long séjour au lit, un grand nombre

HYSTÉRIE. Si

de couvertures , un coucher trop mou , efféminé, «agissent de la même manière, et impriment en même temps aux organes générateurs une sorte d'éréthisme , une exaltation qui est souvent le principe de l'hystérie.

On peut redouter les mêmes inconvéniens des substances irritantes appliquées sur notre corps, de l'action des synapismes, de l'urtieation, des éruptions accidentelles ou de celles produites par l'art , et surtout de l'action des cantharides : on connaît l'influence singulière qu'elles exercent sur les organes urinaires et génitaux , et l'on doit pressentir facilement quels effets peuvent produire leurs préparations chez les femmes disposées à l'hystérie, ou très-accessibles, par suite de leur idiosyncrasie , à l'influence sympathique ou immédiate de ces insectes, surtout quand leur application sera inconsidérée.

Les compressions appliquées à la surface du corps, les ligatures trop serrées, les vêtemens trop étroits, trop lourds, trop légers en exposant à l'impression du froid , les bains tièdes ou chauds, et même froids lorsqu'ils sont trop réitérés, une propreté trop recherchée, des ablutions très- fréquentes, et l'habitude énervante des parfums, coopèrent plus ou moins à la formulation de l'hvstérie.

ti

Après avoir examiné les agens qui , par leur impression sur la surface du corps , peuvent

3a MALADIES NERVEUSES.

présider au développement de l'hystérie, nous allons passer en revue les substances qui , portées dans l'intérieur de notre économie, sont susceptibles des mêmes résultats.

Nous signalerons d'abord , à ce sujet , l'excès ou l'habitude des alimens réputés aphrodisiaques , ou doués d'une excitation spéciale sur l'appareil génital, les truffes, les écrevisses , les champignons , le chocolat aromatisé , les moules , les fraises, les framboises, une nourriture trop succulente, trop variée, les alimens préparés avec force épices ou aromates , les vins recherchés , l'abus des liqueurs alcooliques , un état d'ivresse, la surcharge produite par les alimens, leur mauvaise qualité, et peut-être une abstinence plus ou moins absolue et trop prolongée. En première ligne, nous indiquerons encore les pastilles dans lesquelles on fait quelquefois entrer la teinture ou une très-petite dose de cantharides. Des lavemens composés avec des substances irritantes ont produit , à ma connaissance , une nymphomanie avec mouvemens convulsifs : il est naturel de penser que des lavemens aussi irritans pourraient amener de véritables accès d'hystérie.

On doit placer sur la même ligne l'impression que produisent certains alimens. J'ai connu une dame, en proie à une affection d'autant plus profonde qu'elle était dissimulée, qui était prise

de convulsion hystérique toutes les fois qu'elle déjeunait avec une tasse de café au lait (i).

Non-seulement le trouble de nos digestions, mais encore le dérangement de nos sécrétions, est une des causes qui compromettent le plus souvent notre santé; c'est ainsi que toutes les circonstances qui portent le désordre dans nos principales fonctions , peuvent du plus au moins contribuer à la formation de l'hystérie. On doit distinguer sous ce rapport les causes qui ont une part plus active en raison de leur fréquence ou de leur intensité, et celles dont l'influence -est relative à un rapport plus ou moins immédiat avec les organes où siège la maladie.

La transpiration, en général, dont l'exercice régulier entretient la santé, qui, d'autres fois, par un mouvement spontané, forme la crise de nos maladies, les détermine fréquemment aussi, quand son jeu naturel est interverti : telle est une des sources de l'hystérie, et plus souvent encore de ses retours.

Le trouble des fonctions de l'utérus entraîne plus directement encore les affections hystériques : à cet ordre de causes se rattachent le retard du flux menstruel, sa suppression ou rétention , sa diminution , ses anomalies, sa ces-

(i) Chaque fois qu'elle entrait dans une église, elle éprouvait, de retour chez elle , le même accident.

sation spontanée ou accidentelle , tardive ou prématurée , les ménorrhagies sthéniques ou atoniques, les écoulemens leucorrhoïques, leur dérangement, leur âcreté, leur extrême abondance , les blénorrhagies vénériennes ou de nature différente qui peuvent se propager, quoique rarement, dans la vessie et l'utérus, peut-être aussi la rétention de la liqueur spermatique (qui paraît très -abondante chez quelques femmes). jNous rangerons dans la même série un état de pléthore sanguine , produit par le trouble de la menstruation , ou coïncidant avec son cours régulier, l'omission d'une saignée habituelle, enfin des pertes de sang ou hémorrhagies , soit spontanées, soit artificielles. Dans d'autres cas, ce sont des phénomènes différens qui conduisent au même but; tels qu'un embarras gastrique, une surabondance de bile ou de sucs intestinaux, etc., une constipation opiniâtre (qu'on observe fréquemment à la suite des couches, d'un séjour au lit très-prolongé) , un dévoiement considérable , l'abus des purgatifs ou l'omission d'une purgation habituelle, enfin la suppression d'un exutoire, ou une suppuration excessive; mais plusieurs de ces causes n'agissent que très-indirectement, ou dune manière secondaire, et seulement en diminuant l'énergie des forces vitales et en exaltant d'autant la sensibilité générale, et particulièrement celle de la matrice.

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il est également probable que diverses maladies, qui ont leur siège aux parties génitales ou aux environs, peuvent participer au développement de l'hystérie : à ce sujet, nous mentionnerons les affections dartreuses situées au pourtour de l'anus, au pli de l'aine, sur les grandes lèvres, et même à l'intérieur, peut-être aussi certains catarrhes du vagin ou des ascarides placés au sphincter du rectum ; quant aux affections plus graves de l'utérus , telles que les engorgemens , les squirrhes, les ulcères et cancers de cet organe,' c'est une complication, une terminaison assez rare de l'hystérie , et non le principe. La grossesse ne nous paraît pas incompatible avec les convulsions hystériques; mais nous pensons qu'elle ne les produit que rarement, parce qu'on doit distinguer les mouvemens convulsifs, occasionnés par un accouchement difficile ou douloureux, des mêmes accidens produits par l'ir ' ritation nerveuse de l'appareil génital chez les jeunes vierges ou les jeunes veuves , ou même chez les femmes mariées.

Si nous examinons, sous ce rapport , l'impression qu'exercent les tempéramens, nous verrons que les femmes ou les jeunes personnes qui ont reçu en partage un système nerveux très prononcé, ou une vive sensibilité nerveuse, et un tempérament éminemment sanguin , y sont fort disposées. Celles qui ont le teint brun ou très-co-

joré , les yeux noirs et vifs , la bouche grande , le* dents blanches, et les lèvres d'un rouge incarnat les cheveux abondans , le système pileux fourni et couleur de jais, dont les caractères sexuels sont prononces, et chez qui les menstrues coulent abondamment, jouissent encore de cette fâcheuse prérogative.

La puberté et le terme de la vie sexuelle, désigné sous le nom d'époque critique, disposent au développement de l'hystérie ; mais 1 état de continence volontaire ou involontaire détermine très- fréquemment cette maladie. On doit distinguer la continence relative et celle qui est absolue : pour telle femme, la privation totale des plaisirs vénériens est plus facile qu'un usage modéré des mêmes habitudes pour telle autre. Chez un certain nombre , il ne suffit pas que le but de la nature soit rempli, il faut, en outre , que le vœu du cœur soit exaucé ; c'est ainsi qu'on voit des femmes mariées , jouissant des droits de l'hymen , qui éprouvent des accès d'hystérie parce qu'elles sont sous l'empire d'une inclination qui n'est pas satisfaite. On distingue , en outre , la continence première , celle des jeunes vierges, qui diffère de la continence secondaire, qui suit la jouissance : telle est celle des jeunes veuves , des femmes séparées de leur mari , ou qui, quoique mariées, vivent dans une sorte de célibat.

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Mais des causes très-différentes, et même opposées, peuvent donner lieu à cette maladie. C'est ainsi qu'elle est quelquefois produite par l'onanisme, ou même par l'abus des plaisirs véaériens, qui, en énervant la constitution de certaines femmes , en exaltent la sensibilité , et les placent dans la situation physique et morale la plus propre à l'invasion des affections hystériques.

C'est donc une opinion trop générale que celle énoncée dans Y Encyclopédie méthodique , art. Hystérie. L'auteur prétend que les femmes mariées, que celles qui jouissent des plaisirs de l'amour, et surtout les filles publiques, ne sont jamais affectées d'accès hystériques. Il est bien vrai qu'une continence absolue et involontaire est la cause la plus ordinaire de ce désordre ; mais les affections morales , celles principalement qui donnent les émotions les plus vives, et les autres agens déterminent quelquefois ces accidens chez les femmes qui jouissent des plaisirs de l'hymen : mon observation particulière me porterait tout au plus à croire que l'hystérie est alors moins prononcée.

DEUXIÈME SECTION

Cames morales.

Mais une considération importante, et qui se rattache intimement à notre objet , c'est l'in-

fluence qu'exerce sur la production de l'hystérie la vie sexuelle , considérée particulièrement dans ses phénomènes moraux. Cette influence ne peut être contestée , puisque l'hystérie n'existe presque jamais (ou peut-être jamais) avant le premier développement de la vie sexuelle , ni au-delà de sa cessation , vulgairement nommée époque critique.

On connaît les phénomènes généraux et sympathiques que provoque cette révolution locale qui a lieu dans l'utérus , et qu'on n'observe pas ou qu'imparfaitement chez les personnes du sexe à qui la nature a refusé cet organe.

La femme dès-lors est assujettie à un tribut mensuel ; ses formes se développent , sa voix change, ses facultés intellectuelles s'agrandissent; elle éprouve plus impérieusement de nouveaux besoins : plus ils seront prononcés, plus, toute chose égale d'ailleurs , on devra redouter l'invasion de cette névrose, si le vœu de la nature n'est pas rempli , si le besoin de l'organisation n'est pas satisfait.

Ce sentiment qui appelle l'un et l'autre sexe à se rapprocher et à s'unir intimement est une loi commune , un résultat constant de notre organisation : maîtrisé par la volonté , et en général , par l'empire de notre entendement, ce sentiment forme le premier anneau de la vie sociale et de notre bonheur ; mais quand ce besoin est trop

hystérij:. 3g

impérieux, lorsqu'il devient une passion dominante, il fait craindre non-seulement pour la santé , mais encore pour la félicité individuelle et pour l'intégrité de notre plus bel apanage „ pour nos facultés mentales. La continence , au contraire, est un état contre nature, et qu'on ne doit prolonger que le moins possible cbez les personnes du sexe, lorsque le désir d'une union intime est fortement prononcé , ou quand le tempérament est très-développé.

Diverses circonstances morales peuvent favoriser, retarder ou empêcher le développement de l'hystérie. Dans la première série on place une vive sensibilité morale, une constitution délicate et nerveuse, une éducation soignée, un ensemble de goûts et d'habitudes qui portent les jeunes personnes à s'attacher à tous ceux qui les entourent; quand leur susceptibilité a été trop ménagée , lorsqu'elles ont été entourées de soins trop recherchés, ou prévenues jusque dans leurs moindres désirs, elles éprouveront souvent une forte commotion par suite d'une contrariété légère, et dont l'invasion de l'hystérie sera quelquefois le résultat, surtout s'il existe chez elles une disposition plus ou moins prononcée à cette maladie.

Transportées dans une autre sphère, dans le monde, ou même au sein des sociétés les plus choisies , de combien de prestiges enchanteurs

4o MALADIES NERVEUSES.

elles sont environnées ! combien de genres de séduction viennent les assaillir! Les soins affectueux qui leur sont prodigués, les éloges offerts comme autant de témoignages de bienveillance, la perspective des avantages qui les attendent , du plaisir qui leur est promis , du bonheur qu'elles doivent répandre , les promesses séduisantes, les caresses trompeuses y flattent , excitent , exaltent leurs sens; le besoin de la reconnaissance vient les tromper. A ce premier sentiment dune âme douce et compatissante succède le premier élan d'un cœur sensible : heureux moment d'innocence , et bientôt d'ivresse ! La pudeur éclate , le visage se colore au doux mot d'amour. Ignorante , incertaine, la jeune vierge fait un nouveau pas : ici une carrière inconnue s'ouvre devant elle ; ce n'est plus un enfant timide qui s'avance les yeux baissés. Ferme de l'appui qu'elle trouve dans la tendresse de ses parens, elle marche sans regrets et sans remords à l'autel.

Telles sont beaucoup de jeunes personnes qui , favorisées par un concours de circonstances heureuses , échappent au danger dont elles étaient menacées.

Un autre spectacle vient frapper nos yeux : leur jeune compagne , douée d'une sensibilité moins douce , mais d'une imagination plus ac-

e , a suivi une route différente : elle a franchi

la barrière d'un pas léger, en s'étourdissant sur la pente; et des bras d'une mère bienveillante, mais facile à tromper , elle a passe dans ceux d'uii amant. Bientôt frustrée dans son espoir, ou arrachée à l'objet de son affection , elle ne peut renoncer à des liens malheureusement contractés, aux plus douces habitudes, à ces illusions trompeuses d'une passion dominante , dont on a dit si justement :

Amour , douce folie , Episode trop court du roman de la vie.

Dès-lors un trouble sensible se manifeste : la nature , trompée dans son attente , souffre ; le désordre de l'organisation est renforcé par le trouble moral; la santé s'altère, des accidens se déclarent, et déjà l'hystérie est imminente.

D'autres , en plus grand nombre , arrivent souvent aux mêmes conséquences par une route différente. Tantôt une circonstance imprévue, tantôt un tendre attachement ou une passion violente , éveillent des besoins qui existaient sans être sentis, ou du moins sans être impérieux, et qui dès-lors deviennent prédominans.

D'autres fois c'est l'empire des organes reproducteurs qui provoque le désordre, sans nulle participation des facultés mentales; si le besoin de la nature était satisfait , l'orage serait bientôt clissipé. Mais qui ne sait à combien d'entraves

les jeunes personnes sont exposées? Souvent c est un aveu qu'elles n'osent faire, et qu'elles voudraient qui leur fût arraché ; dans d'autres cas, leur inclination n'est pas partagée. Le sentiment le plus naturel, du moins à cette période de la vie humaine , le plus général , le plus énergique , et qu'on se plaît tant à communiquer, doit être concentré, dissimulé ou étouffé ; fréquemment il faut cacher le cœur le plus épris, la sensibilité la plus aimante , l'amour le plus passionné , sous le voile de l'indifférence ou de la simple amitié, sous le masque dune prévention ou d'une haine simulées. Dans d'autres cas , elles sont forcées de répondre par une apparente insensibilité aux expressions les plus passionnées, aux instances les plus pressantes, et quand au fond de leur âme elles approuvent le langage d'un amour qu'elles partagent, leur bouche doit démentir leurs affections les plus chères , et donner le change sur l'état véritable de leur cœur.

Si leur secret s'est trahi , ou s'il leur a été surpris, d'autres obstacles les attendent encore. Elles connaissent la sollicitude de leurs parens ; mais elles savent aussi quelles barrières vont leur opposer les préjugés *, d'autres fois la raison, les convenances sociales ou des principes trop sévères.

L'époque de la puberté est donc celle des affections hystériques. Jusqu'alors les organes de

la génération n'ont joui, en quelque sorte, que dune vie végétative, ou mieux, organique; mais quand leur énergie vient à s'éveiller , quand un sentiment naturel fait désirer de nouveaux rapports, l'influence de ces organes est toute-puissante chez les personnes du sexe, et imprime à tout leur être des modifications surprenantes. Ces effets sont surtout remarquables chez les jeunes personnes qui sont vives, ardentes, colères; celles encore qui sont très-pensives ou mélancoliques sont particulièrement exposées aux atteintes de cette névrose.

Sans doute l'époque de la puberté varie quant à son développement : on peut le relarder, ou régulariser son influence par des moyens physiques et moraux conformes à la saine morale , à l'intérêt individuel et à l'ordre public.

L'époque critique est encore une condition favorable au développement de cette maladie; et nous verrons parfois les effets de cette révolution se prolonger long-temps après la cessation du tribut périodique.

Mais outre cet état moral qui tient à deux périodes bien remarquables dans la carrière des femmes, toutes les affections vives de l'âme peu» vent devenir causes déterminantes , ou plutôt occasionnelles de l'hystérie : je dis occasionnelles, parce que le plus souvent les émotions vives de lame ne sont que l'occasion qui donne naissance

à la maladie, et eelle-ei ne se développerait pas, si une disposition particulière n'avait ainsi secondé leur action.

Nous allons suivre l'influence des causes mentales , d'abord dans les sens , puis dans les affections morales, enfin dans les facultés intellectuelles.

La vue d'un objet désagréable , surtout s'il existe une prévention forte, ou même une véritable antipathie; ainsi la vue d'un aliment, d'une substance médicamenteuse, de certains insectes ou animaux, un spectacle d'horreur ou d'épouvante, peuvent produire l'hystérie; mais dans ce dernier cas et dans quelques autres , les sens n'agissent que comme moyens de transmission ; c'est le sentiment d'indignation ou d'effroi qui détermine la maladie.

D'autres fois un sentiment tout contraire amène le même résultat; tel le plaisir qu'éprouvent quelques femmes à la vue de l'homme dont elles sont éprises, à la vue des objets qui leur rappellent leur tendresse, ou qui excitent leurs regrets ou leur colère.

Le son d'un instrument, comme l'harmonica, etc., le bruit que fait une scie appliquée sur certaines matières très- compactes . comme la pierre, le marbre, etc., une forte détonnation, la continuité d'un même bruit, conduisent parfois au même résultat. Telles sont encore les

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conséquences que peuvent entraîner les impressions exercées sur le sens de l'odorat. On a vu des femmes vaporeuses éprouver des migraines violentes , des suffocations et des convulsions véritables, toutes les fois qu'elles étaient forcées de respirer pendant quelque temps des odeurs antipathiques. Ces considérations sur les odeurs n'avaient point échappé à nos devanciers : suivant Hygmor, les substances odorantes, comme le musc, la civette, etc., déterminent l'affection, hystérique : suaveolentia moschus , zibetha , etc. affectionem hystericam promovent. On peut en dire autant de l'action , dans quelques cas , des odeurs fétides, quoiqu'on les ait considérées comme moyens curatifs.

On connaît également le trouble qu'excitent en nous le langage des yeux, le chant, la voix d'un être chéri ; ne sait-on pas quelles émotions provoque le toucher , quel égarement inspire souvent un tendre baiser : c'est par un mécanisme analogue qu'agissent diverses circonstances de la vie; l'habitude des promenades publiques, des spectacles, des bals, des concerts, des réunions nombreuses , la vue de tous les objets relatifs au luxe, aux arts : ce sont autant de sources fécondes d'illusions , d'autant plus dangereuses, qu'elles sont plus séduisantes.

Tantôt les organes des sens ou les sens moraux, tantôt les sens physiques, c'est-à-dire les

Zj6 MALADIES NERVEUSES.

organes génitaux, indépendamment de toute influence morale , font naître le désir et le besoin impérieux de l'union des sexes, ou les accidens même de l'hystérie. Cet effet sera surtout sensible chez les jeunes personnes dont les organes génitaux seraient exposés à une excitation locale, ou qui auraient contracté de funestes habitudes. Dans le plus grand nombre des cas, il existe une action simultanée ou une influence réciproque des sens physiques et des sens moraux : nul doute qu'une telle exaltation ne dispose plus puissamment , et ne donne lieu à tous les accidens d'une hystérie très-prononcée.

Le plus communément, tes causes mentales ne donnent pas lieu aux phénomènes hystériques , tant que la femme n'y a pas été préparée par les circonstances énoncées dans les paragraphes précédens : s'il suffisait, pour déterminer les accidens de l'hystérie, d'une impression morale, brusque et pénible , on les verrait beaucoup plus souvent qu'on ne les observe ; toutefois les affections morales les plus tristes y donnent fréquemment naissance ; mais la cause la plus ordinaire, la plus puissante et la plus durable, c'est le sentiment de l'amour, surtout quand la jeune personne est obligée de le dissimuler, et d'en concentrer en elle-même les expressions et jusqu'au moindre témoignage, ou jusqu'au plus léger indice. Quand à l'aveu d'une inclination succède

un tendre retour , quand surtout il s'y joint l'espoir d'une union légitime ou l'accomplissement des vœux les plus ardens, on voit bientôt diminuer l'intensité des accidens hystériques et la fréquence des accès : ceux-ci se rapprochent au contraire, ou acquièrent une nouvelle vigueur, s'il éclate entre les deux individus un mouvement de jalousie ou des contrariétés, et spécialement lorsque l'espoir d'une alliance désirée se trouve éloigné, affaibli ou anéanti. Mais cette névrose touche à son terme, si, dans une douce union , les vœux de la nature et du cœur sont également remplis : un veuvage prématuré, des séparations trop longues ou trop fréquentes, un abandon plus coupable et plus cruel , des peines domestiques qui blessent le cœur et l'amour-propre d'une femme sensible, la placent de nouveau dans les circonstances les plus propices à l'hystérie, et soumettent souvent les jeunes femmes à l'empire de cette maladie.

Un chagrin produit par une cause étrangère à la passion de l'amour* conduit quelquefois au même résultat, mais plus rarement : il sera plus susceptible de provoquer le retour d'un accès que d'entraîner l'invasion première de l'hystérie; il en est ainsi des autres affections de l'âme , terreur, emportement, etc. On peut encore relater ici les regrets , les chagrins qu'éprouvent d'autant plus les femmes à leur époque critique ;

qu'elles sont plus affectées de la perte des illu-* sions de la jeunesse ou de l'âge adulte.

De toutes les fonctions de l'entendement , l'imagination est celle qui d'abord dispose le plus à cette maladie, et qui par suite la détermine le plus souvent : en examinant l'influence des autres causes, on s'assure presque constamment qu'elle a été préparée ou secondée par cette faculté puissante. Tous les agens que nous avons considérés comme pouvant influer sur les organes des sens ont une action incontestable sur l'imagination ; mais on doit en outre placer ici l'influence si prononcée des lectures lascives, celle des romans et des livres erotiques, de ceux même dont le but, est moral, mais qui offrent la description animée des passions amoureuses , les conversations qui roulent sur cet objet, quand surtout elles ont lieu entre des personnes du même âge et de sexe différent; l'habitude des promenades publiques , des spectacles, des bals, des concerts, des réunions nombreuses , des repas splendides , enfin la culture prématurée ou trop continue des sciences et des beaux-arts, qui agit puissamment sur l'imagination, surtout en multipliant les rapports entre les jeunes gens de l'un et de l'autre sexe.

La mémoire , en reproduisant à l'esprit de la jeune femme les traits de son amant , ses discours et ses caresses , ou en offrant à la jeune vierge

hystérie; 4g

des images voluptueuses, des tableaux lascifs, des expressions brûlantes, peut également influer sur l'invasion de cette névrose.

Enfin elle est quelquefois provoquée par une sorte d'imitation. « Une demoiselle était en proie 3) à un accès d'hystérie ; la servante de la maison, » entrant dans la chambre au moment où sa » maîtresse fut atteinte de convulsions, tomba 7) aussitôt dans le même état ». (Alibert, Nou\>. Èlém. de Thérap., t. II, p. 32.) Je pourrais citer plusieurs exemples analogues ; je me borne au fait suivant : Une jeune hystérique, au moment de l'accès , était entourée de plusieurs dames ; dès le soir , deux de celles-ci furent affectées de la maladie qu'elles avaient observée le matia chez leur amie : elles n'avaient pas eu auparavant la moindre atteinte de cette névrose. La communication provient, dans ce cas, d'une part, du penchant qui nous porte à l'imitation j de l'autre, de la frayeur que cause la vue d'une personne en proie à de pareils accidens. C'est sans doute le spectacle moins effrayant qu'offre l'hystérie qui la rend moins susceptible , que l'épilepsie, de la contagion produite par l'exemple.

Mais, outre les causes de la maladie, il faut encore distinguer celles des accès.

5o MALADIES NERVEUSES,

Causes des Accès.

Lorsqu'une femme ou une jeune personne a déjà ressenti plusieurs accès d'hystérie, ceux-ci peuvent se reproduire plus ou moins fréquemment, et avec une intensité variée. On doit distinguer les causes des accès de celles qui ont produit.cn premier lieu l'invasion de la maladie; bien que les causes de ceux-ci soient en général les mêmes que celles qui ont provoqué la première atteinte de l'hystérie. Nous ferons observer que le plus ordinairement ces dernières devront être plus puissantes que les autres, parce qu'il est plus facile de renouveler un accident, vu que l'économie y est disposée, que de produire un premier désordre, auquel parfois l'organisation n'est nullement préparée : cette distinction des causes de la maladie et de celles des accès est conforme à l'observation. Une jeune personne, d'un tempérament ardent, conçoit pour un jeune homme une passion violente, qu'elle est obligée de dissimuler, et ressent par suite une première atteinte d'hystérie : quelques autres succèdent spontanément, mais à des époques éloignées , et eu l'absence de l'objet aimé. Bientôt les circonstances viennent à changer ; elle se rencontre fréquemment en société avec ïe même individu , et chaque fois elle éprouve une nouvelle attaque. N'est -il pas évident que

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son tempérament, son amour et l'état de continence ont produit la maladie , et que les accès en sont renouvelés par la vue du jeune homme?

Si on désire un exemple plus tranchant, on le trouvera dans l'observation suivante.

Une jeune femme devint hystérique peu de temps après la mort de son mari : les accès étaient en générai peu rapprochés, et aucune cause morale n'y donnait lieu. Au bout de deux ans, elle fit connaissance d'un homme qui ne répondit pas à ses voeux , et chaque fois qu'elle le voyait, elle était certaine d'éprouver, de retour chez elle, un paroxysme d'hystérie.

Dans ce cas, la cause de la maladie diffère de celle des accès.

On a vu la saignée ramener les accès hystériques ; mais je crois que leur retour, dans ce cas, était plutôt dû à l'impression morale qu'à la douleur physique ou à l'effusion du sang; toutefois, dans quelques cas , la saignée imprime une commotion vive au système nerveux, et peut alors opérer par son influence physique le retour des accidens.

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