‹ Traité des maladies nerveuses, ou vapeursChapitre 31 sur 37 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

TRAITEMENT DE l' HYPOCONDRIE.

Considérations préliminaires.

Si nous jetons un coup-d'œil rapide sur la médecine des anciens dans le traitement de cette maladie, nous verrous ce traitement varier comme les idées qu'ils s'étaient faites de la maladie elle-même, recevoir i impulsion des doctrines régnantes, et manquer en général de ses bases premières ; une exposition claire des symptômes

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<le l'hypocondrie, de ses causes, des différences qui l'isolent des maladies avec lesquelles elle a des points de contact ; et à travers ces modifications si diverses, nous signalerons d'une part la confiance aveugle dans la méthode pharmaceutique ; et de l'autre , un traitement plus rapproché de la nature même du mal.

Les caractères principaux de cette névrose ont été notés avec exactitude par Hippocrate 9 mais une carrière immense ouverte devant lui l'empêcha peut-être de donner une attention spéciale au traitement de cette maladie , sans doute moins fréquente à cette époque reculée. Il conseille cependant les purgatifs, un régime humectant, l'abstinence des huileux, des substances grasses, la tempérance, enfin un exercice modéré (f). Il nous a de plus transmis une observation qui, trop généralisée, a induit quelquefois en erreur ceux qui lui ont succédé; il avait remarqué que le flux hémorrhoïdal guérissait des mélancoliques, et dissipait les engorgemens de la rate , d'où l'on a conclu , par la suite , que dans toutes les affections hypocondriaques, cet écoulement devait être avantageux, et que l'art

(1) La gymnastique était si familière aux Grecs, que nous devons entendre par ce conseil d' Hippocrate un exercice journalier, continu, mais non porté jusqu'à la fatigue, que presque toujours ils allaient chercher dans les gymnases.

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devait suppléer à la nature, lorsque celle-ci ne l'établissait pas. CVst probablement à cette observation très-sage d Hippocrate , repelée par Galien, que l'on doit remonter pour trouver la source de la méthode devenue trop générale, ou plutôt de l'emploi abusif de la saignée et des sangsues dans le traitement de cette vésanie. Nous voyons au reste que l'oracle de Cos en conseillant l'exercice, avait pressenti en partie les bases véritables du traitement.

frétée veut qu'on oublie quelquefois la maladie, ou du moins qu'on suspende le traitement pour s'occuper de restaurer le malade. Quand les forces sont rétablies, dit-il, les traces de la maladie se dissipent. ( Aret. , de Melaiicholiâ. )

Rien de mieux raisonné que le traitement proposé par Celse: il conseillait la lecture à haute voix, la promenade, les exercices du corps, comme les armes, le jeu de la balle, l'usage des bains , les frictions et le bon vin.

Galien réussissait très-souvent par l'usage des bains et un bon régime; mais si le désordre était invétéré, il avait recours à une médecine plus active, aux agens pharmaceutiques.

Entre autres moyens, Aëtius conseillait les plaisirs de l'amour. Ce conseil est sans doute fort bon, quand la continence a occasionné ou favorisé la maladie, et surtout dans presque tous les cas d'hystérie ; mais donné dune manière

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BijG >,l A L A 1) I ¥ S IN' E ÏÏ V Ê t S F. S .

générale, il offre aussi dés inconvéniens, et surtout appliqué à la cure de l'hypocondrie.

Fernel employait souvent une décoction de cerises desséchées. D'autres moyens analogues ou également inertes , ont été préconisés par des auteurs qui leur attribuaient l'honneur d'une guérison , que le temps et l'éloignement des causes , l'exercice, d'autres médicamens, ou un régime approprie, avaient seuls pu déterminer.

Le traitement proposé par Sennert porte l'empreinte d'une confiance exclusive dans les médicamens : les évacuans , les sangsues , les saignées , les purgatifs légers, les lavemens, les vomitifs, les amers, les martiaux , constituent la méthode curative adoptée par ce praticien, qui les indique sans établir, pour leur administration , des distinctions assez précises.

Michaëlis nous offre les mêmes principes que Sennert-, et on retrouve la même déférence pour la doctrine régnante dans les conseils prescrits par Etmuïler.

Le premier but que se propose Sjdenham , dans le traitement de cette maladie, c'est de fortifier le sang , source des esprits animaux, et le premier moyen qu'il indique est de saigner et de purger le malade.

Combien la thérapeutique de ce grand homme est loin de répondre au talent qu'il montre pour la description des maladies! Cette différence n'est

jamais plus sensible qu'à l'article de l'hypocondrie, où, pour obéir à une théorie sans fondement, et se rangera des indications mal déduites, il trace d'abord des règles de conduite dont il est obligé de s'écarter dans la seule observation qu'il cite.

Un prélat d'Angleterre , homme d'un rare mérite, d'un grand sens et d'une érudition profonde, ayant épuisé ses forces par une application excessive à l'étude , tomba dans l'affection hypocondriaque, dont la durée troubla successivement toutes les fonctions, et amena le dépérissement. Le malade prit plusieurs fois des remèdes martiaux ; il essaya toutes sortes d'eaux minérales, auxquelles on joignait de fréquentes purgations ; il eut recours aux anti-scorbutiques de toute espèce, et aux poudres testacées ; mais loin d'en retirer aucun avantage, il tomba dans l'épuisement , et fut pris d'un dévoiement eolliquatif.

Tel était l'état fâcheux du malade , lorsque Sydenham fut consulté ; il lui conseilla exclusivement l'exercice du cheval, de ne faire au commencement que peu de chemin, et en raison de sa faiblesse; il l'engagea à n'avoir égard ni à la nourriture, ni à la boisson , ni à la température, enfin à vivre comme un voyageur. (Or on sait que les Anglais font en général bonne chère , et surtout en voyage. )

Notre prélat fut docile; au bout de quelques

5q8 maladies nerveuses.

mois il avait fait plus de mille lieues , et il recouvra bientôt une santé parfaite.

Les Stahliens avaient remarqué que le tempérament mélancolique disposait à l'hypocondrie et aux hémorrhoïdes : cette considération venait à l'appui de leur théorie favorite, et confirmait la corrélation qu'ils admettaient entre les affections hypocondriaques et l'écoulement hémorrhoïdal. La cause la plus fréquente de cette maladie était, selon Stahl, la suppression du flux menstruel ou hémorrhoïdal ; et le moyen d'y remédier , consistait à rétablir ces évacuations ; mais l'étioîogie que nous avons donnée de la maladie est peu favorable à une méthode aussi exclusive. Il est en outre bien probable que l'effusion du sang ne sera d'aucune utilité, toutes les fois que la névrose dépendra d'une cause étrangère à ces hémorrhagies, ou lorsque l'individu sera d'une constitution lymphatique. Stahl recommandait l'emploi de la saignée et des sangsues ; il insistait sur le régime et l'exercice, sur l'emploi de ses pilules, et faisait un fréquent usage des médicamens aloétiques.

Fidèle à ses idées systématiques, Boerhaave propose d'adoucir l'humeur tenace qui obstrue les viscères abdominaux, par les savonneux, et de la stimuler par tous les moyens possibles, par des boissons, des remèdes hépatiques, anti-hypocondriaques, par les sels neutres, les laxatifs, les

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mercuriaux, les vomitifs, les saignées, les bains « les évacuans, les emplâtres; mais il conseille eu même temps tous les exercices du corps. Boerrliaave est encore un de ces médecins dont on ne peut trop admirer la précision dans les descriptions qu'il nous a transmises, mais dont les méthodes de traitement doivent être employées avec une extrême circonspection.

Si nous analysons les préceptes développés dans les œuvres à' Hoffmann , nous serons facilement convaincus qu'avec plus de réserve dans la foi qu'il ajoutait aux médicamens, ainsi qu'à leurs résultats , et avec une confiance moins limitée dans l'emploi des moyens d'hygiène , et l'application de nos facultés mentales , ce praticien eût obtenu les plus brillans succès.

Après avoir énuméré une longue suite de médicamens et d'indications qu'il croit indispensables à remplir, il termine le traitement de l'hypocondrie en conseillant la saignée aux équinoxes du printemps et de l'automne, ou les sangsues lorsqu'il y a tendance aux hémorrhoïdes ; ou , lorsque cet écoulement a été supprimé, l'usage des eaux minérales, une température un peu élevée, l'exercice du corps sous un ciel pur, une société agréable, etc. etc.

Rappelons en outre que ce grand praticien adoptait quelquefois comme base principale de sa méthode curative les ressources hygiéniques les

plus efficaces, et ce qu'il dit dans le chapitre où il traite de l'affection hypocondriaque, est une nouvelle preuve de la confiance qu'il leur accordait quelquefois.

Tune enim optimum prœsidium est nullo uti remedio , sed prœcipuum sanationis punctum in mutatione œtatis > aëris , vitœ generis , victusque consistere fîdè experientice compertissimum est.

Les moyens curatifs indiqués par JVith annoncent aussi un profond observateur; il conseille les amers, la teinture de gentiane quand l'estomac est affaibli, le bon vin, le fer, le bain froid, un air frais; il défend l'usage du thé, et insiste pour l'équitation, l'exercice et les amusemens. 11 est à regretter que JVith n'ait pas porté l'esprit d'analyse dans la division des maladies nerveuses.

Ferons-nous entrer dans ce cadre général les hypothèses dont Pomme s'est servi pour appuyer le traitement qu'il propose? S'il disiingue les symptômes hystériques de ceux qui appartiennent aux affections hypocondriaques, il leur reconnaît la même cause , une lésion particulière du système nerveux, qui détermine le racornissement des nerfs; il lui semble les voir se racornir, selon ses idées, comme une substance végétale desséchée par l'action du feu. Aussi conseille-t-il un mode de curation conforme à cette opinion hypothétique, et recommande-t-il dans tous les cas l'usage des délayans, des humectans et des

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bains tièdes. Il est aisé de sentir, malgré les sucées que Pomme dit en avoir retires, les inconvéuiens dune méthode aussi banale et invariable, même dans les cas les plus opposes.

Chejne , auteur anglais très-renommé, veut délayer les humeurs et les adoucir, afin de diminuer leur viscosité, fondre les concrétions salines dont les petits vaisseaux sont incrustés, et rétablir l'élasticité des solides. Les évacuans généraux, lesatténuans , comme le mercure, l'antimoine et leurs préparations , surtout celles où ces métaux agissent par leur pesanteur ; lessudorifiques et les anti-scorbutiques lui semblent les plus propres à émousser les pointes des sels, à corriger l'âcreté des liquides, et à dissoudre les concrétions salines. Je passe sous silence beaucoup d'autres médicamens dont il fait un étalage pompeux; et j'arrive au traité de Jo. Odsterdjk Schatz sur la mélancolie, ou plutôt sur l'hypocondrie. Cet auteur est remarquable par une méthode curative trop générale, mais bien raisonnée, et surtout par son aversion contre les médicamens trop compliqués , et contre les purgatifs. Donnons les mêmes éloges au traitement proposé par Réveillon; il conseille de le varier suivant les différens cas, et rapporte avoir vu les plus mauvais effets de l'usage des bains etdesdélayansçhez des malades déjà affaiblis.

Cullen avoue qu'il manque d'observations suf-

fisantes pour établir d'une manière précise lesbasesdti traitement convenable à l'hypocondrie, et les conseils qu'il donne sont bien propres à nous confirmer dans l'aveu qu'il nous fait. Mais comment Cullen, praticien très-répandu, exerçant dans une grande capitale, a-t-il pu manquer d'observations suffisantes pour fixer son opinion sur une maladie que les médecins rencontrent chaque jour dans des villes de moyen ordre?

Ce qui nous a le plus frappés dans le chapitre que Méad a. consacré à cette vésanie, c'est une observation singulière , et propre à faire valoir l'opinion des médecins qui conseillent l'exercice.

Un homme, hypocondriaque très-prononcé, trouvant qu'on sonnait mal les cloches d'une église, s'impatiente contre les sonneurs, et se met en devoir de leur donner une leçon. Après s'être fortement exercé, il revient tout en sueur, et se met au lit. Cet exercice forcé détermina une sueur abondante et la guérison du malade.

Mais il était réservé aux médecins des siècles derniers, et surtout aux médecins de la France et de l'Angleterre, de faire de ces maladies l'objet d'une étude spéciale : animés par une noble émulation, ils ont présenté le résultat de leurs veilles, et ajouté aux connaissances acquises celles que l'expérience et la réflexion leur ont fournies : c'est alors que nous avons vu paraître ces nombreux traités sur les maladies nerveuses 7 que Ton peut

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considérer comme autant d'ouvrages bien écrits , offrant tous quelques faits bien observes, quelques points de doctrine médicale éclaircis , et parfois des principes de thérapeutique conformes à l'observation , et appuyés sur les résultats nombreux d'une pratique judicieuse ; toutefois malgré les travaux publiés en grand nombre sur ce genre d'affections , on peut avancer qu'il n'existe encore aucun traité où elles aient été offertes sous leur véritable jour. Tel est le vide que nous avons cherché à remplir.

L'étude que nous avons faite des méthodes proposées jusqu'ici pour le traitement de l'hypocondrie , nous a fourni deux observations importantes ; d'une part, elle nous a prouvé que la plupart des principes qui doivent guider le praticien avaient été pressentis , indiqués ou même développés par nos devanciers , et surtout par les praticiens les plus renommés; de l'autre, elle nous a convaincus qu'aucun traité de médecine, aucun ouvrage spécial concernant les maladies nerveuses n'avait présenté l'ensemble ou la réunion désirable des bases principales sur lesquelles doit reposer la meilleure méthode curative.

Les uns ont senti de quel intérêt majeur était la connaissance des causes d'où provenait la maladie, dans le choix des moyens de curation; les autres, évitant l'écueil si général d'une médecine invariable et constamment uniforme, ont pris

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en considération les circonstances les plus notables de ces névroses , telles que leurs causes , l'âge , le tempérament , les habitudes du malade, le degré ou l'ancienneté de l'affection , etc. Quelques médecins ont placé une confiance raisonnée dans les ressources de 'l'hygiène , qu'ils ont considérées comme moyens préservatifs et curatifs. Il a été accordé de plus à un très-petit nombre d'apprécier les avantages qu'on peut tirer pour la guérison de ces maladies d'une bonne direction donnée aux affections du cœur et aux facultés intellectuelles. Enfin, on pourrait également citer des hommes, supérieurs à la multitude, qui forts de l'expérience, ont échappé à l'exemple contagieux, et se sont distingués par une confiancelimitée dans les médicamens dont ils secondaient l'action par les matériaux de l'hygiène, et par le traitement moral.

Mais, nous le répétons, tous ces préceptes étaient épars, souvent confondus avec des objets d'un mérite inférieur, ou même étouffés parmi les opinions les plus hasardées : la vérité et l'erreur marchaient sur la même ligne, ou étaient offertes avec une égale assurance. Dans un tel état de choses, la tâche était facile à tracer : il fallait i°. mettre à profit les idées saines et les vues conformes à l'observation pour en faire les règles de notre conduite ; 20. signaler toutes les hypothèses et les opinions fautives, afin de les éviter.

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avec le plus grand soin. C'est , animés de l'esprit de cet le méthode, et dégagés de toute prévention, que nous avons établi le plan de thérapeutique qui nous semble le plus convenable et le plus propre à démontrer l'utilité de la médecine dans le traitement des affections hypocondriaques.

Nous divisons le traitement général de l'hypocondrie, j°. en traitement de la maladie , 2°. en traitement des symptômes , 3°. en traitement des complications. Après avoir placé en tête du traitement de la maladie quelques principes généraux dont nous cherchons à démontrer la justesse, nous examinons les trois bases principales de la méthode curative , qui sont i°. l'application du régime physique ou alimentaire, et des ressources de l'hygiène; 2°. la direction donnée aux facultés morales et intellectuelles ; 3°. un choix convenable de médicamens : cette troisième série de moyens curatifs nous paraît tellement subordonnée aux deux premières, au moins dans beaucoup de circonstances, que nous l'avons considérée comme secondaire.

Dans la médecine des symptômes, nous suivons leur développement selon les diffère us systèmes ou organes auxquels ils appartiennent, suivant les fonctions ou propriétés vitales qui sont lésées; enfin, suivant que l'affection paraît exister dans les solides ou les liquides de notre organisation.

Nous exposons ensuite quelques considérations

Co6 MALADIES NERVEUSES.

relatives aux modifications que nécessitent dans le traitement de l'hypocondrie les complications qui s'y trouvent associées.

Enfin, nous terminons la partie thérapeutique par l'indication des mesures les plus capables de prévenir le retour de la maladie.

PREMIÈRE SECTION

Principes généraux*

Rien ne constate mieux la nécessité de varier le traitement de l'hypocondrie que la multiplicité des causes souvent opposées , que les nombreuses variétés de cette affection , que le grand nombre d'individus de tous les tempéramens , de tous les pays, de toutes les classes de la société, qui en sont passibles. Arétée , Fores tus , Rivière , Boerrhaave , Réveillon , etc. , donnent le sage conseil de le différencier, et sont du petit nombre de ceux qui peuvent revendiquer cet avantage ; et quelle raison puissante pour modifier le traitement de cette névrose, que les succès avérés obtenus par les moyens les plus contraires. Sans doute ces guérisons n'auraient pu être produites dans àts circonstances identiques par des moyens tout à fait différens : or puisque les circonstances de la maladie varient singulièrement, et sont souvent en opposition, la méthode curative ne doitelle pas changer également. Ce que le raisonne-

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menlsembledémontrer, L'expérience le confirme:

et c'est ainsi qu'on se rend raison de réussites amenées par des modes de curation opposés : on conçoit dès-lors pourquoi Hoffmann réussissait avec son élixir viscéral , et autres médicamens analogues , et même l'on n'est plus étonné si les délayans, préconisés exclusivement, ont donné des résultats avantageux.

La connaissance des causes de la maladie n'est pas seulement nécessaire pour assurer la solidité du jugement porté par le médecin sur la nature de l'affection , elle est également importante pour fixer le plan de la meilleure méthode curative : peu de circonstances sont en effet autant susceptibles de modifier le choix des moyens de curation. « Les causes, dit Fernel, sont si étroite- » ment liées avec les maladies, qu'il est impossible » que celles-ci disparaissent tant que celles-là » subsistent ». « J'en appelle, dit Tissot, à tout » homme sensé qui voudra bien réfléchir un mo- » ment sur les différentes causes des maladies , sur » l'opposition de ces causes , et sur l'absurdité de » vouloir les combattre toutes avec le même re- » mède. Quand on sera bien rempli de ce prin- » cipe, on ne s'en laissera plus imposer par des » tissus de sophisme destinés à prouver que ton- » tes les maladies viennent d'une même cause, et » que cette cause est de nature à céder au remède » vanté ». ( Tissoï, Avis au peuple. )

C'est dans les affections qui présentent un grand nombre de variétés, que l'on doit surtout multiplier les méthodes curatives, afin de les accommoder à l'extrême diversité des causes et des symptômes ; mais c'est surtout dans le principe de ces maladies qu'on doit baser le traitement d'après la nature des causes, qu'on doit chercher à détruire celles ci , ou au inoins leurs effets : plus tard , lorsque la maladie est ancienne , on se dirige dans l'emploi des moyens curatifs, d'après l'inspection des symptômes, et les diverses circonstances où se trouve placé le malade.

Dans une hypocondrie récente produite par la suppression d'un flux hémorrhoïdal, on arrête le traitement d'après la connaissance de cette cause particulière ; mais si le mal avait fait depuis long-temps de grands progrès , si la faiblesse était très-prononcée, il faudrait d'abord restaurer le malade, relever les forces, enfin oublier la cause, sauf à s'efforcer plus tard de ramener l'hémorrhagie. Ce conseil très-sage nous a été donné par l'illustre Arétee; mais dans la plupart des cas il faut rechercher quelle en est 1 origine.

Nous avons fait pressentir, en traitant du diagnostic, avec quel soin le médecin devait s informer des sources de l'hypocondrie, et combien celte connaissance influait sur lechoixdesmoycns curatifs, et en favorisait le succès ; nous allons indiquer maintenant quelques-unes des moditiea-

H Y P O C O V D R I . . Gof)

tions apportées dans le choix de la méthode de traitement par la nature des causes.

Les affections hypocondriaques produites par àas causes mentales réclament* en général les moyens moraux, et une médecine expectante, ou une application très-mesurée des agens pharmaceutiques les plus doux ; si l'habitude des contentions d'esprit trop prolongées a donné naissance à cette névrose , on écarte cette cause en recommandant de fréquentes promenades, etc. Aux vésanies qui dérivent des peines de l'âme on oppose plus particulièrement les ressources morales, les consolations, l'empire de la diversion et l'usage des anti -spasmodiques ou des caïmans. On combat le résultat des causes physiques, telles que la suppression d'une hémorrhagie, d'une affection cutanée, par des moyens plus actifs, par les médicamens dont l'expérience a démontré l'efficacité contre cette espèce particulière de vésanie. Lorsque la vie sédentaire a provoqué cette affection, on insiste sur la nécessité d'occupations variées, de courses journalières, ou plutôt, d'un voyage. Si la négligence d'une saignée habituelle, ou la suppression d'une hémorrhagie ont causé le désordre, on s'efforce de le détruire par la saignée ou par l'application des sangsues, etc. On varie encore le traitement suivant que la névrose dérive de l'onanisme , de la suppression d'une diarrhée habi-

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6iO MALADIES NERVEUSES.

tuelle, de l'abus des médicamens , des purgatifs,' du mercure, etc. , du déplacement d'une affection dartreuse , rhumatismale , goutteuse, etc. Si l'on peut soupçonner la présence d'une goutte vague sur les organes de l'abdomen, et déterminant l'hypocondrie, on doit* encore agir différemment. En un mot, on modifie la méthode curative suivant la cause, on combine les différens moyens selon la multiplicité des causes, et leur part plus ou moins active sur le développement de la maladie et sur celui des accidens. Citons quelques faits pour exemples.

Une dame , livrée depuis long-temps aune vie très-sédentaire, éprouvait tous les accidens d'une hypocondrie avérée. Je lui prescrivis une infusion antispasmodique, une potion calmante, et un exercice régulier. Au bout de quinze jours la malade s'aperçut d'une amélioration sensible , et au bout de deux mois la santé était parfaite.

Une circonstance particulière peut donner lieu à cette névrose, et c'est ici quelquefois le cas d'appliquer l'adage , contraria contrarias curantur. Un homme très-riche, sujet à l'hypocondrie, vivait dans la continence la plus absolue. Son médecin lui conseille le mariage comme premier moyen de guérison , en lui recommandant de sacrifier à son goût et à ses affections particulières plutôt que de trop déférer aux convenances. Ce conseil fut mis à exécution, et, joint aux autres moyens

indiques dans la consultation , réussit complètement.

À quoi bon donner des médicamens hépatiques , anti -hypocondriaques , etc., à celui dont une habitude vicieuse a causé la maladie? Tant qu'il n'aura pas renoncé à son funeste penchant, tous les efforts seront vains. Faites cesser l'onanisme par vos conseils; réparez-en les suites par une bonne nourriture , par quelques médicamens toniques , et vous aurez exercé la vraie médecine.

Rapportons ici un fait emprunté à Hoffmann , qui nous fournira quelques conséquences applicables à notre objet. Un homme, âgé de trentesix ans , éprouve une fièvre tierce , que l'on supprime bientôt par le quinquina. Au bout de quatorze jours, retour de la fièvre; nouvel emploi du médicament , et toujours retour de la fièvre, après l'usage du fébrifuge. A la cinquième fois, la fièvre ne revient pas; mais bientôt douleur à lhypocondre droit, s'étendant dans l'hypocondre gauche; palpitations, gêne de la respiration , envies de vomir, surtout après un accès de colère, qui aggravait toujours son état : chaleurs fugaces, vertiges, pesanteur de tête, trouble de la vue, illusions d'optique, saignemens au nez très-modérés, douleur vive et sentiment de froid au dos et aux lombes, flatuosités, douleurs vagues dans les membres, salive visqueuse

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Gli MALADIES NERVEUSES.

et salée, urines sédimenteuses et limpides pendant le paroxysme.

Les toniques et l'exereice du cheval furent les principaux moyens qu "Hoffmann employa , et qui réussirent aussi promptement qu'heureusement.

Si une affection hypocondriaque, émanant de cette cause particulière , éludait tous les efforts dune médecine rationnelle, pourrait-on l'attaquer par un procédé empyrique , en prescrivant au malade un bain froid aux heures et jours où le frisson avait autrefois coutume de se manifester, et en excitant ensuite la chaleur à laide des sudorifiques? Quelques tentatives analogues couronnées parle succès, sembleraient autoriser de nouveaux essais. On se rapprocherait en cela de la méthode employée par Currie, adoptée par plusieurs médecins anglais et italiens , et préconisée en dernier lieu par Giannini.

Une jeune femme perd un enfant, un fils unique qu'elle adorait, et devient hypocondriaque par suite de cet horrible chagrin ; la santé dépérissait de jour en jour , et rien ne pouvait arrêter ce dépérissement. Dans la crainte d'en voir les progrès encore accélérés, le médecin ordinaire conseille au mari de faire lit à part. Un autre médecin plus heureux , et mieux inspiré , donne un avis tout opposé; la nature le seconde, et bientôt les annonces d'une grossesse comblent

II Y I» O C O N T> R r F. G i j

âe joie cette jeune clame, et contribuent à dissiper de jour en jour les accidens de la névrose.

Qui pourrait nier maintenant la nécessité de subordonner le choix des moyens eu rat ifs à la connaissance préalable de la source du désordre? En effet, dans la médecine, comme dans toutes les autres sciences, n'est- il pas plus facile de remédier à un résultat quand sa cause nous est connue? D'ailleurs cette connaissance, quand elle ne pourrait être utile, serait encore exempte de tout inconvénient.

La température apporte de nombreuses modifications dans le choix des moyens cura tifs applicables aux divers hypocondriaques. En effet, on sentira facilement que dans les régions septentrionales, telles que la Suède et la Russie, les médicamens toniques spiritueux seront plus admissibles que dans les pays comme l'Italie, l'Espagne, et surtout l'Amérique. Dans ces contrées, où la diathèse inflammatoire ou même nerveuse sont prédominantes, et parfois simultanément, ces incitans pourraient produire des phlogoses locales , soit vers l'estomac et les intestins, soit vers d'autres organes. Dans le cas de semblable disposition, on les remplacera par les analeptiques, les farineux aromatisés, les anti-spasmodiques et les délayans.

Sous le ciel tempéré de la France et des pays dont la température s'en rapproche, la nature

6l4 MALADIES Nr.RVETJSES.

des médicamens devra participer de la double indication qui résulte de l'influence opposée de ces diverses températures.

Il faut non-seulement tenir compte de la température générale d'un climat, mais encore de la nature particulière de l'air dans tel ou tel point de ce même pays, et de l'exposition des maisons où Ion habite. Je connais deux jeunes dames très-nerveuses, dont la santé est toujours souffrante dans le port de mer où elles demeurent, et qui se rétablissent constamment lorsqu'elles s'en éloignent. Une jolie parisienne ne s'est jamais bien portée dans la capitale, tandis que la ville de Rouen lui a toujours été salutaire. Combien de personnes perdent à la ville une partie de cette belle santé qu'elles retrouvent toujours aux champs, même indépendamment d'aucune cause morale , d'aucune prédilection marquée pour la campagne , ou d'aucune antipathie pour les cités. Les habitations au nord ne sont pas aussi funestes à ces malades qu'aux personnes dont les poumons sont très -susceptibles; mais les uns et les autres sont très-incommodés d'un séjour constant dans un local bas, humide et mal aéré.

Enfin les saisons ont une action analogue à la température habituelle des diverses contrées ; ainsi l'hiver, en France, nous rapproche, pendant sa durée, de la constitution atmosphérique

HYPOCONDRIE. Gl5

des j)cuples du nord, surtout quand il est sec et 1res- rigoureux 3 tandis que les chaleurs de l'été assimilent plus ou moins notre organisation k celle propre aux habitans des pays chauds.

Outre ces considérations, qui sont déduites des objets qui nous environnent, il en est d'autres qui proviennent des circonstances relatives aux individus. Ainsi on doit presque toujours se régler, dans l'emploi des différens moyens curatifs,' d'après le tempérament ou la constitution du malade, et surtout d'après l'état des forces vitales. S'il est d'une forte constitution et riche en vaisseaux sanguins, on pourra recourir à la saignée ou à l'application des sangsues au siège : ces évacuations seraient préjudiciables aux personnes débiles ou lymphatiques, dont elles augmenteraient la faiblesse et la sensibilité , compagnes inséparables et causes disposantes de ces névroses.

Mais quand un individu aurait offert autrefois les attributs du tempérament sanguin, ou aurait été sujet, dans un temps reculé, à des hémorrhagies habituelles, et lors même que leur suppression aurait entraîné l'hypocondrie, on s'abstiendra de la saignée si l'affaiblissement des puissances de la vie contre-indique l'emploi de ce moyen , que semblaient autoriser le tempérament , les habitudes antérieures du malade, et la cause même de la vésanie.

6l6 MALADIES NERVEUSES.

Une constitution délicate réclame l'emploi d'un bon régime, des alimens succulens, un choix raisonné de médicamens toniques, de stomachiques doux, un exercice modéré, et une grande attention à éviter toute espèce de fatigue. Au tempérament nerveux, sec, irritable, sont appropriés les adoucissans, les délayans, quelquefois les anti-spasmodiques et les opiacés à petite dose, une ou deux gouttes de Rousseau dans chaque tasse de boisson ; les bains tièdes, rarement ceux de rivière, ou les immersions dans la mer.

A la prédominance du système bilieux on oppose les acidulés, les délayans, les laxatifs, les fruits aigrelets, le raisin; l'usage d'un régime végétal , des chicoracés. Quelques bains tièdes ajoutent encore aux avantages du traitement précité.

Contre une constitution lymphatique, on dirige ordinairement les martiaux , les viandes rôties , le bon vin à forte dose et pur; les amers, le quinquina, la gentiane, l'élixir amer alkalisé, l'exercice, les frictions sèches, un air vif, une température sèche et une atmosphère salubre.

Ce qu'on nomme tempérament dans le langage familier, est souvent applicable à ces dispositions individuelles, qui sont en quelque sorte autant d'exceptions aux règles générales de l'organisme, et que les médecins connaissent sous-

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le nom d 'idiosyncrasie. Nous ne considérerons celle-ci que dans ses rapports avec les effets des médicamens. L'expérience démontre journellement que certaines substances, dont l'effet est général, ne produisent pas le même résultat chez quelques individus, ou qu'il en détermine un différent ou même opposé : ainsi l'opium , qui calme presque toujours lorsqu'il est donné à propos, et surtout dans les apyrexies, n'apporte chez certains malades aucun amendement; bien plus, il existe un grand nombre de personnes que, même à faible dose, il excite d'une manière désagréable, ou irrite avec violence.

Un malade, qui a été dirigé successivement par M. Larrey et par nous, était soulagé dans une cardialgie par l'opium ; mais cinq à six jours après, il se trouvait comme ivre, éprouvant des vomissemens et une diarrhée qui duraient près dune semaine. Nous avons dès-lors renoncé pour toujours à lui prescrire ce médicament à l'intérieur, et l'avons remplacé avec quelque avantage par l'extrait de Belladone et de ciguë.

J'ai donné des conseils à plusieurs individus d'une même famille, et sur trois, j'ai acquis la certitude que des doses d'émétique assez fortes ne pouvaient provoquer le vomissement , lors même que l'indication de faire vomir semblait évidente.

On rencontre des personnes dont l'estomac

6ï8 MALADIES NERVEUSES.

est, qu'on nous pardonne cette expression, froid, c'est-à-dire, peu irritable, et dont les intestins sont doues d'une vertu contraire, c'est-à-dire, très-susceptibles : il faut , lorsqu'on gouverne des malades ainsi disposés, faire un choix, une étude particulière des médicamens qui leur conviennent, et ne pas perdre de vue cette disposition qui leur est propre. Ceux-ci supportent en général I émétique rapproché ou étendu plus facilement que les purgations ordinaires. Un médecin de notre connaissance ne peut porter sur ses yeux une très-petite portion de farine de graine de lin , sans y éprouver une cuisson violente , une inflammation vive; il en résulte aussi le boursoufflement des paupières. Ne négligeons donc pas d'apprécier dans la pratique médicale les observations des malades, pour peu qu'elles paraissent fondées; car il n'est point de précepte, même ceux de l'utilité la plus générale, qui ne puissent être contraires à certains individus, dans telle disposition ou à telle époque, et dont l'application ne soit parfois susceptible d'être ajournée, modifiée ou entièrement rejetée.

Il ne faut pas confondre avec l'idiosyncrasie, qui est un état permanent, certaines dispositions accidentelles des malades qui modifient singulièrement l'action des médicamens. On doit en outre s'assurer de leur état physique et moral, tenir compte des effets dune heureuse disposi-

HYPOCONDRIT. Gif)

tion ou d'une situation contraire, d'une bonne ou dune mauvaise nouvelle. Cette même attention n'est-elle pas encore plus nécessaire auprès des femmes, soit à la puberté, à l'époque des règles, ou vers l'âge critique? Nos dispositions organiques doivent également être prises en considération. Quand la force vitale est presque entièrement éteinte dans certaines apoplexies, que feraient trois ou quatre grains démétique? 11 faut proportionner la force des moyens excitans ou irritans au degré d'atonie ou d'épuisement. Ce conseil est confirmé par la pratique chirurgicale. Lorsqu'une partie menace d'être frappée de mort on a recours aux topiques les plus actifs, et même à la cautérisation. De même, nous avons vu donner avec succès, dans une apoplexie dite séreuse, jusqu'à 5o g démétique en un seul jour, et progressivement. Le malade, dont on avait d'abord désespéré, fut guéri, et je l'ai revu dix ans plus tard très-bien portant. Mais de plus , notre attention doit être spécialement captivée par la prédominance des divers symptômes, selon que le désordre principal occupe le ventre , la poitrine ou la tête ; car si l'exaltation habituelle de la sensibilité des différens organes contenus dans ces cavités les expose aux lésions organiques, la prédominance du désordre moral, et surtout intellectuel, fait appréhender les aliénations, et principalement la manie et la mélancolie. Le

médecin doit donc diriger ses efforlsvers le point qui paraît le plus menace, etc.

Le traitement présente encore d'autres modifications qui sont relatives au sexe : ainsi nous avons conseillé à une dame hypocondriaque, d'ailleurs bien portante, d'allaiter son enfant, persuadés que cette occupation journalière , désirée par la malade, serait très-susceptible de faire diversion à ses idées méticuleuses , à ses craintes relatives à sa santé.

Quand un excès d'allaitement a donné lieu à cette névrose, il faut conseiller un sevrage progressif, parce que les changemens trop brusques dans les mouvemens habituels de l'économie sont toujours à craindre; mais au bout de sept à huit jours la mère doit avoir renoncé entièrement à nourrir son enfant, et l'on s'efforce de restaurer l'organisation par une nourriture succulente, le bon vin, et quelques médicamens toniques; plus tard, par l'usage du lait, et un séjour prolongé à la campagne. Le mariage a souvent contribué à la guérison des jeunes veuves, dont l'hypocondrie est produite plus encore parle chagrin que par la continence. (Voyez les observations à' Hoffmann.) Quand la suppression ou la cessation prématurée des lochies , d un catarrhe vaginal, ont occasionné l'hypocondrie, on peut espérer de dissiper cette vésanie en rappelant l'écoulement supprimé, ou en y suppléant

HYPOCONDRIE G'il

par un large émonetoire établi de préférence à la cuisse. Dans ces cas divers, on joint à l'action des médicamens l'appui des ressources de l'hygiène, dont nous allons nous occuper.

DEUXIÈME SECTION

Application des lois de l'hygiène au traitement de l'Hypocondrie.

Nous allons maintenant parcourir les bases du régime physique, c'est-à-dire, examiner les avantages qu'on peut espérer de l'application des matériaux hygiéniques au traitement de cette névrose.

On a remarqué qu'autant les pays chauds étaient favorables aux personnes dont la poitrine est délicate , autant les températures opposées agissaient favorablement sur les individus dont l'estomac est faible et languissant. Cette observation porterait à croire que le froid est plus favorable aux hypocondriaques que la chaleur. Si nous considérons isolément l'action du froid comparée à celle de la chaleur, nous penchons vers cette opinion; en effet, par un beau froid notre appétit est plus vif, l'estomac fait mieux ses fonctions, nos forces sont réellement plus développées. La chaleur produit d'autres effets : pendant sa durée nous jouissons d'un appétit inoins prononcé, nos digestions sont moins actives, et nous n'éprouvons pas la même puis-

Cil MALADIES NERVEUSES.'

sance physique; mais l'influence de la température doit être examinée sous d'autres rapports. En hiver, du moins dans nos pays, les beaux jours sont rares en général; les hommes en proie aux affections nerveuses ne sortent pas fréquemment: ils préfèrent souvent rester auprès d'un bon feu plutôt que de s'exposer à une atmosphère rigoureuse. Si le froid est moins vif, ils craignent avec raison l'humidité, la pluie ou la neige, et devenant de plus en plus sédentaires, ils aggravent souvent, sans le savoir, leurs infirmités.

Au contraire , dans le printemps , l'été et l'automne des régions tempérées, tout engage à l'exercice ou aux voyages, la nature est vivante , l'activité est générale, et surtout aux champs, la beauté du ciel et de la campagne, le temps plus constamment sec; la longueur des jours, les promenades plus fréquentées, les routes plus sûres et plus belles ; toutes ces circonstances , en un mot, éloignent l'isolement et l'oisiveté, empêchent les continuels retours sur soi-même, et présentent les plus puissans motifs de diversion.

Considérons en outre que pendant l'hiver les travaux des villes et même de la campagne sont presque interrompus ou bien moins suivis : beaucoup de bras languissent parmi les gens du peuple, sinon clans l'inaction, du moins dans une sphère d'activité très-circonscrite ; beaucoup de personnes aisées participent aussi à celte lan-

JI Y POCON H R I Et. 62)

gueur, et combattent l'impression du froid paT des vêtemens multipliés, par des précautions minutieuses , et par des habitudes casanières, plutôt que par l'exercice et les déplacemens. D'après ces considérations , nous estimons que le*climat, la température et la saison sont d'autant plus favorables aux hypocondriaques, que le froid et la chaleur sont plus modérés, que le temps est plus constamment sec, et par conséquent plus propre aux longues promenades : enfin, qu'on doit placer en première ligne, sous ce point de vue, les beaux pays de la France, comme Toulouse, Nice, Montpellier; ceux de l'Espagne, comme la riche et brillante Andalousie, la haute Catalogne, les rians parages de l'Italie, ceux de la Sicile, et les bords jadis fortunés de l'Ausonie. Aussi a-t-on remarqué que presque tous les Anglais en proie aux maladies nerveuses, en guérissaient lorsqu'ils abandonnaient le ciel nébuleux de leur pays pour voyager dans un climat mieux partagé.

Des réflexions sur la pluie, la neige, le vent, les orages, etc., seraient étrangères à notre objet; il nous suffira de prévenir les personnes nerveuses qu'il leur importe de se mettre le plus possible à l'abri de l'humidité et de toutes les variations trop brusques de la température , tandis qu'elles devront rechercher avec empressement un air pur et vivifiant; et c'est là un des

immenses avantages que nous offre le séjour de la campagne.

L'influence physique de l'air que l'on respire dans les champs est plus facile à concevoir qu'à expliquer : aussi ne nous arrêterons-nous pas à des discussions physiologiques ou chimiques pour en démontrer l'utilité, pour rechercher en quelle proportion s'y rencontrent l'oxygène et les autres corps constituans, quels principes délétères il peut recevoir, et jusqu'à quel point l'élaboration pulmonaire fait contracter.au sang, sous l'influence d'un air pur , des propriétés favorables à l'exercice des fonctions de l'organisme. Nous observons en effet que nos diverses fonctions s'exécutent loin des villes avec plus de régularité, l'appétit est plus vif, les digestions s'opèrent plus promptement, et souvent la nutrition est plus abondante.

N'oublions pas toutefois que dans cette appréciation des avantages de la campagne, il faut tenir compte de l'impression mentale. Transporté sous un autre ciel, dans un climat nouveau pour lui, où tous ses rapports moraux et physiques sont changés, l'homme varie ses exercices, ses mouvemens ; il exerce tous ses sens, et cette habitude amène presque toujours un sommeil tranquille et réparateur.

L'aspect enchanteur de la campagne produit un enchaînement de sensations variées et agréa-

II Y POCON DR M . C2 5

Lies, qui ont le double avantage d'opérer une diversion utile, et d'affaiblir la susceptibilité. Des

émotions douces, gaies, et propres à diminuer l'empire des passions haineuses, sont encore le résultat des senti mens qu'inspire le spectacle dune nature riche et animée:

Qui fait aimer les champs , fait aimer la vertu.

Delille , V Homme des Champs , ch. 1.

Et quel homme, au sein des cités les plus florissantes, n'a pas tourné ses regards vers la campagne, asile du repos et du bonheur, et n'a pas dit, comme Horace,

O rus quandb te aspiciam !

Le séjour de la campagne doit donc être considéré comme un des moyens les plus propres à seconder les effets d'une bonne méthode curative.

Mais outre une température convenable et un site agréable , il n'est point indifférent de quelle manière l'habitation des malades est exposée. Dans les pays où le froid prédomine, l'exposition au sud doit être préférée : on recherchera au contraire, dans les températures très-élevées, un séjour à l'est, à l'ouest, et même au nord; mais on évitera avec soin les appartemens humides, ou qui par des crevasses donnent constamment accès à des courans d'air d'autant plus dangereux, que souvent ils ne sont pas même soupçonnés. Nous terminerons cet exposé , en signalant quelques

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ih.O MALADIES NERVEUSES.

inconvéniens auxquels s'exposent trop souvent, les hommes nerveux. Leur grande susceptibilité les rend très-sensibles aux extrêmes du froid et de la chaleur; pour s'y soustraire en hiver ils se tiennent presque toujours dans des appartemens trop échauffés, d'où ils sortent pour passer aussitôt dans un milieu très-froid. L'été, ils sont également incommodés par la chaleur contre laquelle ils cherchent à s'abriter par tous les moyens propres à les rafraîchir, et fréquemment ils aggravent ainsi les accidens qu'ils éprouvent. Ces malades éviteront donc un long séjour dans des chambres où la chaleur est portée à un trop haut degré, et spécialement tout passage subit d'une température plus élevée dans un air trèsconcentré.

Ils devront choisir en outre un air qui leur convienne, car celui-ci varie non-seulement dans la même exposition, mais encore dans le même pays, parfois dans la même ville; on sait que l'air de Saint-Germain-en-Laye diffère de celui de Montmorenci, qui est également différent de l'air de Passy, de Boulogne ou d'Auteuil, et quel contrasta n'offre pas le faubourg Saint-Germain comparé à certains quartiers du faubourg Saint-Marceau. Il importe encore que les maisons soient situées au-dessus des caves, et qu'elles soient élevées audessus du sol, et non placées au-dessous, connue cela n'arrive que trop souvent.

Les vêtemens , considérés comme intermédiaires entre notre corps et l'atmosphère, sont loin d'être indifférens dans l'étude des causes de l'hypocondrie, et doivent également tenir place dans le traitement de cette affection. Ils diffèrent, d'après la nature de leurs tissus, leur volume, leur forme générale, l'influence de l'habitude, etc., et sont rangés dans la classe des moyens hygiéniques ; cependant nous ne tracerons , à leur sujet, qu'un petit nombre de règles générales. Nos habillemens doivent être aisés, commodes, et surtout relatifs à la saison. En été, et dans les pays chauds, on porte des vêtemens plus légers, tandis qu'en hiver on préfère ceux qui sont peu conducteurs du calorique. Tous les hommes, en général, et à plus forte raison ceux qui sont nerveux ou très- accessibles aux variations de la température , agiraient prudemment en ayant recours , avant même les premiers froids , aux habillemens d'hiver, et s'ils ne les quittaient qu'à l'approche des grandes chaleurs.

Les tissus de flanelle méritent la préférence sous plusieurs rapports : ils conservent d'abord beaucoup mieux la chaleur intérieure, ils absorbent promptement la transpiration , dont le refroidissement est fort dangereux ; on doit en outre tenir compte de l'excitation qu'ils exercent sur tout le système cutané. 11 serait donc très-convenable d'engager les personnes atteintes

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Gs>8 MALADIES NERVEUSES.

d'hypocondrie à porter, et spécialement sur la peau , de la flanelle.

Il convient aussi qu'elles ne sortent point précipitamment l'hiver d'un appartement trèséchauffé, ou d'une nombreuse réunion , sans ajouter quelque chose à leur vêtement, ou au moins en fermant bien exactement leurs habits , et en accélérant la marche , afin de n'être pas saisis par le froid. Loin de nous l'intention de leur recommander des précautions multipliées, frivoles ou minutieuses, ou de rendre ces individus douillets ou trop attentifs à ce qui concerne leur santé ; tout en leur donnant ces avis salutaires, il faut les engager à ne rien outrer, et à ne pas porter les soins à cet égard jusqu'à l'excès.

On contribue encore au rétablissement de ces malades en excitant leur système cutané par l'habitude des frictions : on les divise en simples et en composées : les premières sont pratiquées avec une brosse de peau, un morceau de flanelle ; les autres avec un tissu chargé de vapeurs aromatiques ou Se substances médicamenteuses, corn ma la vapeur d'encens, de benjoin, de baies de genièvre, avec i'éther, l'alcool, les spiritueux, l'eau de mélisse, de Cologne, le laudanum, les alcools de quinquina, de gentiane, l'alkali volatil, les huiles aromatiques, etc. On peut placer après les frictions le massage ou la compression exercée

II YPOCON DU I E. G2f)

avec la main sur toute la surface du corps. Ces manœuvres excitantes agissent spécialement sur le système cutané ; mais toute l'économie participe au bien-être qui peut en résulter; elles ont surtout l'avantage de rendre plus active la circulation capillaire des vaisseaux sanguins et lymphatiques , de répartir dune manière plus uniforme le principe vital, d'augmenter l'action vers la périphérie , enfin de rendre la transpiration insensible plus abondante , et de fournir peut-être ainsi une sorte d'émonctoire.

Déjà l'exercice ou l'ensemble des mouvemens du corps que l'hygiène comprend sous le nom générique de gesta , a été apprécié par nous comme moyen de thérapeutique dans l'hystérie ; mais ce serait ne point sentir l'importance d'un pareil secours, que de ne pas y arrêter de nouveau toute notre attention.

L'exercice peut être étudié sous le double rapport de l'influence qu'il opère d'abord sur le physique et ensuite sur le moral. Suivons rapidement ses différens effets, que nous avons déjà fait pressentir en traitant des causes. L'exercice agit d'une manière favorable sur l'organisation, donne de la force aux agens locomoteurs, facilite le jeu de toutes nos fonctions, excite l'appétit, aide la digestion, la nutrition et le mouvement circulatoire ; son action sur le moral n'est pas moins salutaire ; il provoque l'activité des sens,

63o MALADIES NERVEUSES.

des facultés morales et des fonctions intellectuelles, et en leur offrant des sensations ou des rapports nouveaux , il détourne l'attention du malade de ses idées chagrines , de ses craintes continuelles , et le fait sortir du cercle de pensées relatives au dérangement de sa santé.

Le devoir du médecin ne se borne pas au simple conseil de l'exercice, il faut qu'il en indique le genre, qu'il expose la durée du temps que le malade doit y consacrer, les précautions convenables avant, pendant et après; qu'il lui prescrive la compagnie d'une ou deux personnes, ou même une société nombreuse et quelquefois bruyante. C'est au moyen de l'exercice, des voyages, et des réunions les plus agréables, que les prêtres de l'Egypte , s'entourant en outre dune foule de prestiges, obtinrent dans le traitement de ces maladies les succès les plus brillans; et c'est en partie à l'influence du voyage, des promenades variées et des réunions nombreuses, que sont dus, dans quelques circonstances, les heureux résultats quon attribue trop exclusivement aux eaux minérales.

Mais l'exercice nécessaire à un malade n'est pas celui qui convient à un autre : aux personnes très-irritables il ne faut qu'un mouvement doux, modéré, progressif; aux constitutions molles et lymphatiques on doit, au contraire, conseiller un exercice rude, et porté même jusqu'à la fati-

iiypocondrit:. Glr

£ue; mais en outre il sera toujours proportionné aux forces de l'individu.

Les différens modes généraux d'exercice sont : i°. la marche, 2°. l'équitation, 3°. l'action d'être porté, 4°- la navigation.

On doit distinguer en outre les voyages, les promenades , les occupations domestiques ou mécaniques, les soins du jardinage, et les jeux comme celui de la danse, de la course, de la paume, du billard, etc.

A certains malades les promenades en voiture ne réussiront pas, parce qu'ils en ont l'habitude; il faut faire de ces hommes casaniers des piétons, des fantassins, et vous les verrez bientôt s'applaudir d'avoir renoncé à leur indolence habituelle. Pour augmenter l'utilité de l'exercice, il faut, autant que possible, qu'il ait un but, un motif qui occupe l'esprit : par cette attention on ajoute beaucoup aux avantages de la promenade. On devra surtout insister sur tous les genres de mouvement, lorsque l'hypocondrie reconnaîtra pour cause le passage subit d'une vie très-active à l'inaction et aux délices d'un repos efféminé, comme on l'observe chez les négocians qui se retirent du commerce, et chez les militaires à la suite des campagnes.

L'exercice à pied ou la marche est à la portée du plus grand nombre, et convient à presque tous les hypocondriaques. Il sera d'autant plus

utile, que les malades se promèneront en bon air, dans la société de quelques amis, et dans un pays ou varié ou nouveau pour eux, afin d'occuper davantage leur esprit, et de le distraire agréablement.

Le moment de s'y livrer varie suivant la saison et les circonstances particulières où se trouve placé l'individu. Pris avant le repas, il excite l'appétit ; pris quelque temps après, il facilite la digestion.

Mais quand le mauvais temps empêche de sortir, il faut alors recourir aux moyens supplémentaires, engager ces personnes à s'adonner à des jeux qui nécessitent du mouvement, tels que ceux du volant, de la balle, du billard, etc.

Souvent l'exercice au-dehors n'est même pas suffisant, il faut dans son intérieur une occupation active ; c'est pour cette raison qu'on oblige parfois ces malades à frotter leurs appartenons, à puiser de l'eau , à tourner ou à scier du bois; enfin , sous le double rapport du déplacement et de la distraction, nous recommanderons les soins du jardinage.

La chasse est en quelque sorte un amusement dont on doit provoquer le désir chez les hypocondriaques en état d'en supporter les fatigues, qu'il est facile de rendre plus ou moins légères. Dans une infinité de cas, on peut attendre de très-grands avantages de l'emploi de ce moyen.

ITYPOCON DU I I :. 633

Un médecin du plus grand ni(:rite fait succéder à une vie active des méditations soutenues; bientôt il devient sujet à une hypocondrie trèscaractérisée : outre les symptômes les plus ordinaires de cette maladie qui existaient chez lui , tantôt il se croyait atteint d'une affection organique abdominale, tantôt d'un anévrisme du cœur, d'une phthisie laryngée, ou d'une dessiccation du poumon gauche; il lui semblait qu'il ne respirait que par le poumon droit. Au bout de trois ans de souffrances il veut essayer l'exercice de la chasse, qu'il aimait autrefois beaucoup : pendant les deux premières heures l'oppression augmente ; au bout de la troisième et de la quatrième elle diminue. Depuis cette époque il a recouvré une bonne santé, qu'il doit à la continuation de cet exercice.

Cette passion peut d'ailleurs donner une autre direction aux idées. On sait combien elle exerce d'empire sur l'homme : Venator tenerœ conjugis immemor. ( Horace. )

La pèche n'offre qu'en partie les résultats favorables que promet l'amusement de la chasse. Celle à la ligne tient le pêcheur dans une sorte d'inaction; la pèche au filet exige un mouvement continuel et une attention soutenue : sous ce double rapport elle mérite de beaucoup la préférence.

Ce n'est qu'aux hypocondres encore jeunes

que Ton peut offrir l'exercice de la danse; mais dans certaines circonstances on peut très-bien mettre à profit ce divertissement.

Parmi les exercices du corps, l'équitation est un des plus avantageux, par la surveillance active à laquelle il assujettit le cavalier, par le renouvellement continuel de Pair, par les secousses qu'il communique , et par l'empire de la distraction. On doit en proportionner l'allure à l'état particulier du malade; s'il est très-faible, l'on adoptera de préférence le pas , qui est le train le plus doux; mais en général le trot et le galop sont les deux allures les plus favorables.

Quand la sensibilité des personnes est fort exaltée, et surtout quand on les arrache à un long repos , à une vie trop sédentaire , on doit préférer des voitures très-douces dans le principe. On leur en conseille ensuite dont le mouvement est plus sensible, et on tâche de les habituer progressivement à des voitures très-rudes, ou à la marche. Celles qui sont bien suspendues ont l'inconvénient de ne pas exciter, réveiller les sujets nerveux qui restent en quelque sorte plongés dans leur indolence naturelle et dans leurs idées maladives.

Nous avons connu un hypocondriaque trèsprononcé dont la situation était singulièrement améliorée chaque fois qu'il pouvait faire quelques longues courses dans les cwioles des envi-

HYPOCONDRIE. Ç>[\r>

rons de Paris. Les voilures qui sont découvertes, comme les calèches, les cabriolets, ont, outre l'avantage du mouvement , celui d'offrir une source féconde en distractions : quand les malades eux-mêmes les dirigent, ils sont obligés à une application continuelle, qui les empêche de s'occuper de leur situation ; et quelque assujettissant que soit le soin de conduire une voiture dans l'intérieur ou dans le voisinage de la capitale, ce moyen est susceptible d'offrir à plusieurs de ces individus de très-grands avantages. Le médecin, familiarisé avec ce genre d'affections, saura distinguer ceux auxquels cette occupation devra être conseillée : on pressent qu'elle est indiquée aux personnes très-affectées de leur état, et chez qui le désordre est plus moral que physique.

Si nous faisons mention des promenades sur l'eau, c'est parce qu'elles sont ordinairement le prétexte d'une réunion agréable, et présentent une diversion utile ; mais le cabotage ou les petits voyages qui se font le long des côtes et de port à port, sont dune efficacité encore plus incontestable. Quand les sujets nerveux en auront la force, ils devront ramer de temps en. temps, ou tenir le gouvernail : Quand nos mains sont industrieusement occupées, notre esprit suit leurs mouvemens , et ne peut errer sur des idées pénibles.

Les voyages seront spécialement recommandes dans les cas où une affection morale très-violente aura détermine l'hypocondrie (i). Ils seront surtout propices quand ils éloigneront le malade de l'objet de ses peines : de même les longues courses maritimes agissent plutôt comme moyen moral que comme agent physique; elles sont également une ressource contre les grands chagrins que le temps, l'exercice, les voyages, et les moyens de diversion parviennent presque toujours à affaiblir ou à dissiper.

La vie sédentaire et les professions qui la nécessitent donnent souvent naissance aux affections hypocondriaques parmi les hommes que des contentions d'esprit très-prolongées, ou même un simple travail de bureau obligent à un long repos, et parmi les artisans qu'une profession sédentaire retient dans une sorte d'inaction, et prive de locomotion. Ces malades, pour guérir de leur hypocondrie , devront faire tous leurs efforts afin de changer d'occupation habituelle.

(1) Il faut visiler de préférence les pays dont les sites sont très-variés, et qui, offrant beaucoup de mouvement, sont propres à agir sur les sens et sur l'esprit : la Suisse , l'Italie , la France. Paris mérite une mention particulière ; c'est de toutes les capitales de l'Europe celle dont l'air est le plus salubrc; aucune n'est aussi avancée sous le rapport de l'édililé, et ne présente autant de sujets de distraction, etc.

nYPOCONniWF. G',]j

Les gens de cabinet, les hommes de lettres et les artistes sont dans ce cas pins à plaindre que les ouvriers : ceux-ci peuvent presque toujours quitter leur profession et en adopter une autre qui leur permette du mouvement, de l'exercice, ou de longues courses , puisque la plupart des métiers n'exigent ni de grands moyens naturels, ni une éducation soignée, ni des études préliminaires très -suivies. Les premiers sont attachés à leurs travaux d'une manière indissoluble; ils sont en outre très-souvent esclaves de leur art, qu'ils affectionnent avec enthousiasme, et parfois même avec une aveugle prédilection, tandis que les artisans changent facilement de métiers, ou ne les continuent que par une sorte d'habitude.

Au reste, quand ces personnes sont dans l'impossibilité de se prêter à ce changement désirable, elles doivent compenser l'influence fâcheuse de leurs professions par des promenades fréquentes. Nous avons connu plusieurs individus qui ont échappé à ces maladies, tant qu'ils ont contrebalancé les inconvéniens d'une application mentale trop prolongée par un exercice journalier et relatif à leur besoin. Mais en outre les hommes qui consacrent une grande partie de leur temps au travail du cabinet, ou à des méditations profondes, ne s'y livreront que long-temps après leurs repas, et se garderont surtout de ces posi-

tions, de ces attitudes vicieuses et fatigantes, où l'estomac et les organes pulmonaires sont trèsgênés dans leurs fonctions.

Citons une observation qui démontre les avantages des matériaux de l'hygiène appliqués au traitement de cette maladie.

Un homme âgé de trente-neuf ans , d'un tempérament mélancolique , annonce dès sa jeunesse la constitution morale adaptée à cette disposition physique, et la sensibilité nerveuse la plus susceptible.

Habitué aux prévenances que procurent dans la société la considération publique et les avantages d'une brillante fortune, il était vivement affecté par la moindre contrariété , et en ressentait toujours une forte impression.

A trente-six ans, chagrins violens, trouble de toutes ses facultés morales, et bientôt première atteinte d'hypocondrie. Phénomènes physiques: Lenteur dans les digestions, tensions spasmodiques vers l'abdomen, flatuosités intestinales, perversion plutôt que perte de l'appétit, constipation habituelle, anxiétés précordiales, palpitations, chaleurs erratives, instabilité dans la progression. Désordre non moins intense au moral. Aversion pour la société, caractère de misanthropie, âpreté repoussante, terreurs paniques, crainte de l'avenir, soupçons non motivés et souvent ridicules, sensibilité exquise de l'organe

HYPOCONIMU E. G39

de l'ouïe; de là une source féconde d'impatiences et d'importunités.

De fré.quens voyages, et le calme qui succéda aux orages qu'il avait essuyés , le ramenèrent insensiblement à son état de santé parfaite; mais bientôt les événemens politiques renouvellent ses affections morales ; toutefois une vie active et bruyante, au milieu des camps et des armées, prévient pour quelque temps le retour de son hypocondrie; il partage les malheurs qu'éprouvent les habitans d'une ville assiégée, et tombe enfin au pouvoir de l'ennemi.

Après une longue et cruelle détention, il re-" couvre sa liberté ; mais en rentrant dans sa patrie, nouveaux désastres, revers de fortune, froissemens multipliés par les événemens de la révolution. Une fièvre ataxique fait craindre pour ses jours, et ne lui permet qu'après trois mois dune convalescence pénible , de revenir dans ses foyers. Dès-lors, vie sédentaire, et par suite retour de sa première maladie : pendant quinze jours constipation opiniâtre, suivie d'une diarrhée qui détermina une grande faiblesse. De nouveaux phénomènes viennent aggraver son, état : dégoût général , perversion de l'appétit , sensibilité exquise de l'ouïe portée jusqu'à la douleur par le moindre bruit, crampes nerveuses, lenteur marquée dans les battemens du pouls, trouble constant dans les fonctions de l'estomac,

pessimisme outre, recherche de la solitude, souvenir amer du passé, irascibilité extrême, emportemens journaliers contre ceux qu'il aima le plus tendrement ; une épouse chérie, infatigable dans les soins qu'elle lui prodiguait pendant tous ses travers, était spécialement en butte aux accès de son âpre misanthropie; insomnies pénibles qui exaspéraient le caractère le plus inégal , ennui, morosité, impatiences minutieuses, bizarrerie insupportable.

La maladie, souvent méconnue et combattue par des moyens peu convenables, persistait avec beaucoup d'intensité , lorsqu'un médecin prescrivit au malade un bon régime, de légers narcotiques pour procurer du repos pendant la nuit, les toniques; et lui conseilla d'aller vivre à la campagne, et de se mettre en apprentissage chez un menuisier, auquel il paya une somme convenue. Bientôt il devint le compagnon le plus laborieux de l'atelier, et s'estimait le plus heureux des hommes, en voyant les progrès rapides de sa convalescence.

Le séjour de la campagne, un bon régime, l'exercice et le blanchiment des planches, ou le rabotage soutenu pendant un an , rendirent à ce malade l'intégrité de toutes ses fonctions, et amortirent les écarts de son caractère acariâtre et fâcheux.

Cette observation nous prouve d'une manière

HYPOCONDIU E. G/jt

évidente les avantages que les moyens d'hygiène nous fournissent, et indique en partie les modifications dont ils sont susceptibles.

Joignons à ces considérations de nouveaux préceptes, ou plutôt voyons, sous le rapport des ingesta , les lois de l'hygiène dans la curation de cette vésanie.

Le choix, la qualité et la quantité des alimens appellent l'attention du médecin. Il doit proscrire, du moins dans le plus grand nombre des cas, tous les mets irritans, comme les pâtisseries, les cervelas, les saucissons; les farineux, dont la digestion est difficile, tels que les haricots, les pommes de terre, les navets, les truffes; certains fruits, comme les marrons, etc. : les liqueurs alcooliques doivent être également interdites. Le café est un amer, un stimulant qui convient à beaucoup d'individus : souvent même son usage est indispensable, surtout aux estomacs affaiblis et paresseux qui en ont contracté dès long-temps l'habitude.

On emploie dans la préparation de nos alimens tant de moyens pour exciter notre appétit, que la plupart des personnes entraînées par l'exemple , l'habitude ou les instances auxquelles on résiste peu , prennent ordinairement plus de nourriture que leur besoin n'en réclame : il en résulte une surcharge habituelle de l'estomac, dont les fonctions sont ainsi plus ou moins trou-

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blées ; il est pourtant bien important de ne jamais forcer son appétit, ou mieux de ne pas le satisfaire entièrement.

Le régime qui convient au plus grand nombre des hypocondriaques , se composera de bons potages légèrement aromatisés, de viandes douces , fraîches et rôties, mouton, bœuf, volailles, etc. Le poisson peut être permis, mais en petite quantité; frit ou grillé, la digestion en sera plus facile. On leur recommandera l'usage des légumes herbacés, tels que la chicorée, le cresson, les artichauts, les asperges, les haricots verts, l'oseille, les épinards, la laitue, etc. ; les fruits bien mûrs, et surtout le raisin, les fruits rouges, comme les fraises avec un peu de sucre et du vin plutôt qu'avec de la crème, ne sauraient nuire. Zacutus Lusitanus préconise l'usage du chocolat dans cette affection , et ce conseil est rationnel. Les panades, les potages gras ou maigres, les œufs frais, enfin quelques côtelettes, formeront un déjeuner convenable. Les gelées animales et végétales sont encore une nourriture très-favorable; mais ces différens alimens, quoique tous de facile digestion, pris en trop grande quantité pourraient cependant être préjudiciables.

La boisson la plus salutaire est le bon vin rouge de Bourgogne ou de Bordeaux de deux ou trois ans, et dune bonne récolte. Après la soupe et au

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dessert 0:1 peut le boire pur et à dose modérée; ordinairement on y ajoutera de l'eau ; mais les individus très-affaiblis pourront se dispenser de cette précaution : la bière et le cidre ne sauraient le remplacer, sinon dans quelques cas particuliers. Les malades éviteront l'excès et la multiplicité des vins; ils se trouveront bien, en général, de faire plusieurs repas, plutôt qu'un seul trop copieux, de vivre d'alimens simples, et de les varier le moins possible.

Le régime doit se concilier avec la nature des médicamens : si le malade a besoin d'être fortifié, on prescrit une nourriture tonique; s'il est, au contraire, dune constitution robuste, habituellement resserré, on le met à l'usage d'un régime doux et végétal , etc. Toutefois il est un choix d'alimens non moins préférables , c'est celui d'une nourriture appétée par l'estomac du malade; celui-ci doit toujours consulter les dispositions particulières de cet organe. En effet , quand les alimens désirés sont facilement digérés, lorsque cibi appetitl non nocent , on se gardera de les interdire , à moins d'un motif puissant.

En général, il convient que ces malades recherchent les mets qui ont la réputation d'être sains et de facile digestion; qu'ils préfèrent, toute chose égale d'ailleurs , ceux qui flattent leur goût, et qu'ils examinent surtout comment leur

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estomac s'en accommode : Quid valeant humeri, quid ferre récusent.

Les Anciens n'ont pas assez varié les méthodes curatives de l'hypocondrie; de même ils ont conseillé trop généralement les mêmes nourritures. Celles qui ont été le plus recommandées sont les viandes légères, les 'poissons d'eau douce, les goujons, la volaille, les écrevisses, les crabes; la laitue, la chicorée, la mauve, les épinards , l'endive , la bourrache, la buglose, les bettes, le miel, le petit-lait, le suc des fruits rouges.

Il faut en outre attendre, avant de se livrer aux travaux du cabinet , que la digestion soit assez avancée, pour ne recevoir aucun dérangement de cette application mentale.

Le grand point est de suivre un régime régulier, de ne pas s'en écarter, et de ne jamais surcharger son estomac, surtout quand cet organe est affaibli ou sujet à repousser, par le vomissement, les substances qu'on lui présente. L'utilité d'un bon régime est généralement reconnue; 'mais son importance pour les personnes atteintes d'hypocondrie ne saurait être trop proclamée. Alex, de Traites prévient qu'il a plus guéri de ces malades par le régime que par \vs médicamens : Quod plerosque potiàs victu quàm medicamentis sanaverim (lib. i, cap. xvi).

S'il était besoin de nouveaux témoignages pour constater les avantages d'un bon régime, nous

ITYPOCONDRIE. fj/j5

rappellerions la longévité à laquelle sont parvenus la plupart des hommes dont la tempérance a ete la règle constante; mais nous nous bornons à en rapporter deux exemples.

Cornaro voyant sa santé affaiblie à trentetrois ans, par tous les excès de la jeunesse, prit le parti de suivre un régime sévère, et de se livrer à un exercice modéré. Il mourut paisiblement à quatre-vingt-dix-neuf ans.

Le cardinal De Belloy, qui a atteint le même Age, disait qu'il avait toujours traité son estomac comme sa bourse ; qu'il en avait constamment usé, et jamais abusé.

Nos alimens, soumis au travail de l'assimilation, fournissent les sécrétions et les excrétions. Les premières sont destinées à servir à quelques nouvelles fonctions; les secondes, ne contenant plus rien d'utile à l'économie, doivent être rejetées au-dehors. Il faut donc s'attacher à favoriser l'issue de ces dernières, telles que les évacuations intestinales, la transpiration, les excrétions nasales , buccales , auriculaires , axillaires , etc. , parce qu'un plus long séjour les rend souvent nuisibles; d'autres fois il faut les modérer.

Nous avons préconisé déjà les vêtemens de flanelle portés immédiatement sur la peau, et l'habitude des frictions; nous nous bornons à les recommander de nouveau, renvoyant, pour les développemens que pourraient nécessiter les éva-

ouations intestinales et sanguines, aux paragraphes où il sera traité des saignées et des purgatifs, etc.

Quelques individus sont sujets à des transpirations très - fortes , souvent désagréables , et même fétides, qui ont lieu par les aisselles, les mains , et plus fréquemment par les pieds : ce sont des émonctoires naturels, et qu'on ne pourrait supprimer sans s'exposer à des suites fâcheuses. Bien plus, dans quelques cas, en excitant ces voies de dépuration, on en retire des avantages réels quand leur suppression a contribué au développement de cette névrose; mais l'ordre rétabli dans d'autres sécrétions peut être également utile. Ainsi un mariage assorti terminera la névrose produite par la continence, indépendamment de toute influence morale. De même, en faisant cesser l'onanisme, on pourra affaiblir ou même dissiper cette affection nerveuse. Si celle-ci provient de la suppression dune diarrhée habituelle, il faut, à l'aide des purgatifs, rappeler celte dernière, puis y opposer un traitement convenable; le plus souvent la diète et les mueilagineux , quelquefois aussi les exutoires.

Un hypocondriaque sujet à une transpiration abondante des pieds, a retiré un très- grand avantage de l'usage des chaussons de taffetas gommé portés pendant la nuit. Un autre individu sujet à dés catarrhes du nez très-fréquens, en a été

HYPOCONDRIE. Gl[J

délivre par l'habitude des chaussons de flanelle. Telles sont les ressources principales que peut nous fournir une heureuse application de l'hygiène au traitement de cette vèsanie. Les bornes que nous avons dû nous prescrire nous empêchent d'exposer plus en détail les nombreuses modifications dont chacun des matériaux hygiéniques est susceptible.

Mais le plus grand nombre des affections hypocondriaques réclame en outre une bonne direction imprimée à nos facultés mentales, et l'application raisonnée des substances médicamenteuses : c'est ce dernier objet dont nous allons nous occuper.

TROISIÈME SECTION

application des Mêdicamens au traitement de V Hypocondrie .

Avant de considérer en particulier l'action des principaux mêdicamens que la nature a mis à notre disposition , nous ferons observer qu'il est quelques principes généraux qui doivent présider à leur administration. Ainsi, loin d'en abuser ou de les multiplier à l'infini, le médecin prudent en restreindra l'usage à une application raisonnée , et ne les associera qu'autant que leur union ne pourra être nuisible ou détruire leur propre action.

Comme il est presque toujours possible de

6i8 MALADIES NERVEUSES.

remonter à la source de la maladie , il subordonnera l'emploi des médicamens à cette connaissance préalable : ainsi ils devront être variés suivant la nature même de la cause, suivant la sensibilité individuelle , et suivant les degrés de la maladie ou la prédominance des symptômes. 11 faut en outre, dans le plus grand nombre des cas, pour assurer la réussite de l'entreprise , seconder l'action des agens pharmaceutiques ou des opérations de l'art par un bon régime physique et par une sage direction imprimée à nos facultés mentales. Le médecin ne leur accordera donc qu'une confiance limitée, et quand d'autres circonstances auront coopéré à la guérison , il reconnaîtra quelle part chaque moyen peut revendiquer.

Enfin, dans le cas de non succès, on essaiera une méthode curative différente, et on s'efforcera de bien apprécier le résultat des moyens mis en usage, afin d'être conduit au choix du mode de curation le plusconvenable. Mais l'application des agens pharmaceutiques doit avoir des bornes dans ces maladies, surtout lorsqu'elles résistent presque indistinctement à l'action de tous les médicamens. C'est faute d'avoir reconnu ces limites, que des médecins ont quelquefois prodigué les remèdes sans mesure et sans raison , et ont excité , contre l'art en général, des reproches qui auraient toujours dû être personnels.

ii ypocoNnui E. G '49

Sans doute la médecine a été long-temps en butte aux sarcasmes et aux plaisanteries des philosophes; mais leurs traits, il faut en convenir, n'ont fait aucune blessure profonde à la science , parce que leur satire, quoique piquante, n'était souvent ni juste, ni fondée, ou parce que leur critique portait avec raison sur les individus plutôt que sur l'art lui-même. Si jamais la médecine n'a été aussi fortement attaquée que dans le dix-septième siècle, jamais son triomphe n'a été plus complet ni plus éclatant qu'à la fin du dixbuitième. C'est à cette époque qu'il faut rapporter les progrès les plus réels de la science médicale, progrès qu'on doit en partie à l'adoption de la méthode analytique dans l'étude de cette belle science. Les médecins ne craindront plus le reproche que fit Voltaire à un de leurs devanciers , de mettre dans un corps qu'il ne connaissait pas des médicamens quil connaissait encore moins. L'anatomie, la physiologie, et la matière médicale reposent maintenant sur des bases solides, et sont cultivées avec un zèle et un succès qui mettent les médecins à l'abri d'une pareille imputation.

Mais que pourront les médicamens contre une affection qui a eu pour principe la vie sédentaire, et dont la cause est toujours la même; qui ne sent que tous les agens pharmaceutiques, que toutes les recettes empiriques échoueront

65o MALADIES NERVI-USES.

contre un pareil mal , et que la prudence, dans ce cas, porte conseil au malade de changer son genre de vie, ou an moins de remplacer l'exercice qui lui serait nécessaire, comme les voyages, ]e séjour au milieu des champs, par tous les moyens propres à y suppléer, et que nous avons déjà exposés.

Lorsque nous publiâmes, il y a quinze ans , notre dissertation sur l'hypocondrie, nous avions observé cette névrose sur un assez grand nombre d'individus ; les uns avaient langui pendant long-temps victimes des purgatifs et des délayans; les autres avaient dû un heureux rétablissement à une vie active, secondée par quelques médicamens toniques; cette circonstance ou ce résultat de l'observation et de nos premières expériences nous avait prévenus peut-être un peu trop généralement en faveur des toniques, et contre les autres moyens dont nous avions jusqu'alors souvent remarqué les abus les plus monstrueux. Éclairés maintenant par une pratique pins étendue, par des résultats plus multipliés, nous avons acquis la conviction qu'il convient de varier les médicamens ainsi que les matériaux de l'hygiène et les ressources morales, suivant une foule de circonstances. Toutefois nous sommes également convaincus que s'il est une classe de remèdes plus généralement indiqués, et parles causes les plus constantes de cette névrose, et par

les résultats même de la maladie, qui ajoute presque toujours à l'action débilitante de ces causes , ce sont les toniques : Huicmorbo sanando prosunt quœ corpus roborant, etc. (Sauvages.)

En effet , si Ton observe que les causes les plus actives et les plus fréquentes de l'hypocondrie agissent en diminuant les forces vitales, on sentira les raisons qui rendent l'usage des fortifians si général, mais non exclusif, dans le traitement de cette affection. Ne sait-on pas que la vie sédentaire, les affections morales, et les travaux trop assidus du cabinet sont les causes les plus puissantes de ces vésanies, et quelles entraînent toujours une débilité plus ou moins grande; dès-lors n'est-il pas convenable de détruire leur mauvais effets en relevant l'énergie vitale. Déplus, l'exaltation de la sensibilité organique étant presque toujours en rapport avec la débilité, n'indiquetelle pas également l'emploi des fortifians ; mais quand la sensibilité animale est trop vivement excitée, quand il existe des signes d'irritation, comme nous l'exposerons plus loin, il faut recourir à une méthode différente, opposer les adoucissans à une excitation trop vive. Ces principes ont pu être pressentis d'après les observations que nous avons rapportées précédemment, puisque certains malades se sont bien trouvés de l'emploi des toniques , et n'ont retiré aucun avantage des délayans ; tandis que ceux-ci ont

été aussi utiles à d'autres individus que les excitans leur avaient été contraires.

Nous ferons en outre remarquer qu'on peut , sans crainte , essayer ce genre de médicamens qui n'offrent pas, lorsqu'ils sont administrés à contre-sens , les inconvéniens majeurs qui résultent quelquefois de l'emploi inconsidéré de l'émétique, de la saignée, etc. ; mais ces tentatives doivent être faites avec prudence, et on y renoncera aussitôt que la contre-indication sera bien démontrée. On doit choisir parmi ces médicamens ceux qui exercent une action excitante prompte et durable, de préférence aux moyens analogues qui provoquent une excitation vive et instantanée : ainsi l'on préférera les amers, corn me le chocolat , le cachou , les extraits de rhubarbe , de genièvre, de quinquina aux boissons alcooliques et aux teintures amères. Un vin vieux de Bourgogne ou de Bordeaux, dans lequel on fait macérer soit de l'absinthe et des écorces d'orange, soit du quinquina, offrira un tonique convenable; les sirops amers, anti-scorbutique, de quinquina, d'écorce d'orange, pourront être éminemment utiles : ce sont des toniques doux qui fortifient sans exciter d'irritation. Dans bien des occasions les eaux ferrugineuses et acidulés gazeuses, dont nous parlerons plus loin, pourront également être employées avec avantage.

Les toniques spiritueux, les différens élixirs ,

II VPOCONDR! Et f>53

comme l'élixir de Garus, les teintures de quinquina, d'absinthe , le vin anti-scorbutique, les différentes liqueurs alcooliques, comme l'eaude-vie, le kirchenwasser, le rhum, le curaçao de Hollande, ne seront pris qu'à petite dose, et sont recommandes principalement aux individus lymphatiques et affaiblis, mais non irrités. Les vins de Madère, de Malaga, de Lunel, et du midi de la France, sont encore de bons toniques lorsqu'on en use avec modération.

La rhubarbe mérite une place particulière parmi les nombreux excitansde l'estomac, parce qu'elle joint à sa vertu stimulante une propriété légèrement purgative ; mais pour obtenir ce double effet, il est quelquefois nécessaire de porter cette substance à une dose un peu forte. Le mode de préparation que nous avons employé avec le plus de bénéfice, c'est une simple infusion à froid dont on fait usage aux repas, en y ajoutant un filet de vin. Quand les malades préfèrent les médicamens sous forme de bols, on prescrit les extraits ou poudres d'aunée , de chicorée, de rhubarbe, de quinquina, de genièvre, de cannelle; on y joint les martiaux. Ces dernières préparations seraient surtout appropriées aux femmes dont l'hypocondrie reconnaîtrait pour cause la suppression des règles entretenue par un état de faiblesse habituelle. Les toniques seront propres à détruire les mauvais effets de l'onanisme, et

favoriseront pu issa minent la guérison du malade, si d'ailleurs il devient docile à la voix de la raison.

Enfin, quand ils paraissent produire ou augmenter la constipation, on remédie à cet inconvénient par des lavemens simples ou rendus purgatifs.

On associe souvent à ces médicamens les antispasmodiques, et même les narcotiques; c'est ainsi que nous avons retire de bons effets du laudanum uni à l'extrait de genièvre. La thériaque remplit le même but, et doit en général être préférée au diascordium, qui est plus astringent. Les potions avec l'opium gommeux, et les eaux de fleurs d'oranger, de menthe, de mélisse, etc., ont également l'avantage de diminuer les douleurs qu'éprouvent quelques malades vers l'estomac, et de donner une certaine énergie à cet organe. D'autres fois on ordonne les toniques le matin, afin que le malade soit en état de faire un peu d'exercice, et de remplir ses autres fonctions , et on réserve les caïmans pour le soir, parce que la nuit, où on a besoin de sommeil, on fait peu d'usage de ses forces.

Toutefois il ne suffit pas qu'un malade soit faible pour croire à l'indication de ces moyens ; il peut exister un état de sensibilité exaltée ou de diathèse inflammatoire chronique et masquée qui les repousse. Les fortifia ns ne fortifient pas

ÏIYPO CO N D R I F. 655

toujours donnes ainsi à priori; ils peuvent même déterminer une phlogose locale plus ou moins grave. Lors donc qu'il existera de la douleur vers l'épigastre, l'abdomen ou la poitrine, de la soif, de la chaleur, et un mouvement fébrile qui quelquefois est obscur et non continu, on les ajournera jusqu'à la disparition de ces symptômes, auxquels on oppose les délayans et les adoucissans à l'intérieur et à l'extérieur. Quand l'estomac repousse les toniques , et surtout le quinquina, quand celui-ci excite le vomissement ou la diarrhée , de même quand il aggrave les accidens, il faut y renoncer, et n'y revenir, si l'indication se représente , qu'avec beaucoup de prudence. Les toniques excitent particulièrement la contraction insensible; ils sont surtout favorables dans les névroses atoniques, qui paraissent dépendre d'une susceptibilité et d'une mobilité excessives sans phlegmasie locale et sans lésion de texture.

Non-seulement on conseille les somnifères ou narcotiques unis aux médicamens toniques, mais souvent encore on les administre isolément.

Prévenons à ce sujet qu'il existe, parmi les gens du monde, une si forte prévention contre l'opium , qu'elle a parfois détruit le bon effet qu'on pouvait attendre de cette substance; aussi le médecin qui le prescrit doit-il fréquemment, afin d'en assurer le succès, cacher à son malade

qu'il se propose d'en faire usage. Toutefois l'opium partage le sort du plus grand nombre des médicamens héroïques, et n'est dangereux qu'entre les mains du charlatan , ou lorsqu'il est employé inconsidérément.

Son application opportune n'est pas bornée, comme on le croit vulgairement, à faire dormir du à pallier les symptômes sans pouvoir amener de guérison radicale , c'est , au contraire , un moyen efficace et salutaire. S'il est, dans des cas désespérés , la dernière ressource, anchora sacra, du médecin et du malade, souvent aussi, nonseulement il calme la souffrance et procure un sommeil consolateur, mais de plus il constitue le remède de la maladie, ou dissipe complètement des accidens qui auraient peut-être tari les sources de la vie.

Je ne m'arrêterai point à désigner les différentes préparations d'opium : je me borne à indiquer, comme une des plus convenables, la dissolution d'un grain de son extrait gommeux sur une once de sirop de sucre, qu'on fait prendre dans une infusion de fleurs de tilleul, dans une eau émulsionnée, ou dans une potion tonique, suivant les circonstances.

On a reproché aux narcotiques un inconvénient réel, qu'on a cependant exagéré, c'est la constipation; mais il est facile d'y remédier par un régime doux, relâchant, ou par quelques

lavemens mucilagineux , ou même laxatifs. Sed lene cljsma facile emendavit hoc vitium , si somniferorum medicamentorum usum sequatur. (Vacc- Swiéten , de Melancholiâ, )

On ne doit , en gênerai , user de ces médicamens qu'après avoir dissipé les circonstances qui pourraient contremander leur usage, soit un embarras des premières voies ou une surabondance sanguine, soit une phlogose latente ou une irritation locale masquée, soit enfin un mouvement fébrile obscur. Dans les cas d'épuisement ou d'une débilité excessive, on les unit aux toniques.

L'opium occupe le premier rang parmi les médicamens narcotiques : ses succédanés lui sont si inférieurs, surtout dans leur application au traitement de l'hypocondrie, que, lorsqu'il ne réussit pas, nous croyons préférable de recourir aux anti-spasmodiques.

Parmi les substances auxquelles on ne peut

refuser une vertu anti-spasmodique ou calmante

sans être narcotique, nous placerons en première

ligne le musc, le camphre, l'éther, la liqueur

& Hoffmann, la poudre tempérante de Stahl ,

celle de Carignan , l'extrait de valériane ? les

oxides de zinc, de bismuth, etc. On ne peut

disconvenir que plusieurs guérisons n'aient été

obtenues sous l'influence de ces médicamens, et

qu'un grand nombre de malades n'en ait retire'

un bénéfice sensible.

Tt

Le safran est encore un anti-spasmodique puissant ; il paraît en outre doué d'une action spéciale sur l'utérus, ce qui le fait recommander particulièrement dans les cas d'aménorrhée ou de névroses par suppression des règles et atonie du système utérin.

Les absorbans sont au nombre des substances assez généralement employées : la magnésie, la poudre d'yeux décrevisses , celle de cloportes , d'épongés calcinées, d'ivoire, passent pour les plus efficaces; on les unit parfois, et avec succès, aux toniques, comme la poudre de rhubarbe, de quinquina, le cachou, le safran de mars, etc. ; ils absorbent les mucosités gastriques, et provoquent les évacuations intestinales. Associés aux amers , ils sont propres à relever l'action des organes digestifs, et jouissent en outre de leur propriété absorbante.

Zacutus Lusitanus rapporte avoir guéri plusieurs fois cette maladie ( morbum herculeum ) par l'usage de l'ivoire en tablettes avec du sucre, ou tout simplement à la dose de g vj dans une infusion de mélisse, prise le matin à jeun. Il mentionne avec les mêmes éloges ou la même exagération , la pierre de Belzaar : pro morbo hypocondriaco lapis Belzaar utilissimus , et nous transmet une observation où son usage a été suivi de succès. (Prax. med., lib. n , obs. x. )

Les sucs d'herbes de chicorée, bourrache,

HYPOCONDRIE. Gf)0,

cerfeuil, pissenlit et laitue, sont très-indiqués dans un grand nombre d'hypocondries. Si la constitution du malade est molle et lymphatique, on y ajoute les sucs de cresson , de fumeterre ; quelquefois les feuilles de cochléaria et de raifort ; on rend ces sucs laxatifs en y ajoutant 8 ou 10 g de terre foliée de tartre (acétite de potasse), ou 3 à 4 3 de crème de tartre (tartrite acidulé de potasse); le plus souvent alors on les prescrit étendus dans tb j de petit -lait ou de bouillon aux herbes. On les recommandera surtout dans ces névroses compliquées ou associées avec une affection dartreuse.

Ne voyant dans toutes les maladies nerveuses qu'une même cause , le raccornissement des nerfs, le médecin Pomme conseillait toujours les delà vans à l'intérieur, l'eau de veau, de laitue ou de poulet, et les bains tièdes à l'extérieur (i); mais combien de fois n'a-t-il pas attribué aux seuls délayans l'honneur d'une guérison due à

(i) On a inséré dans le Journal de Médecine de 1809, la lettre d'un curé qui déclare qu'il commence à éprouver les bons effets de ce traitement, et que le raccornissement de ses nerfs commence à se dissiper après plus de onze cent soiranle bains de cinq heures au moins. Nous avons d'abord cru que c'était une mystification ou une critique de ce fameux système; mais notre erreur était complète, puisque nous avons appris que l'auteur de l'insertion était le docteur Pomme lui-même.

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l'exercice, à l'empire de la distraction, à un régime plus convenable, ou à d'autres circonstances dont ce médecin ne tenait presque aucun compte. Nous avons sous les yeux l'observation d'une dame tourmentée depuis plusieurs années par une hypocondrie éminemment nerveuse. Sa confiance dans son médecin fut d'abord sans bornes; il lui donnait des apéritifs, des diurétiques , des hydragogues , des fondans , des narcotiques, et lui permettait le régime le plus irrégulier; mais bientôt un autre docteur est appelé: celui-ci rassure la malade, très-inquiète sur son état, lui prescrit l'eau de veau , le petitlait, des bains tièdes , et un régime humectant; il défend les liqueurs spiritueuses , et conseille en même temps la gaîté , la dissipation, la récréation de l'esprit, un exercice modéré à pied, à cheval, ou en voiture; le renouvellement de l'air, une vie plus occupée ; la malade fut bientôt guérie. A coup sûr, les délayans n'ont pas agi dans ce cas exclusivement. Nous sommes loin cependant de leur refuser tout effet salutaire ; ils ont souvent l'avantage de reposer les organes fatigués par des remèdes trop actifs, et surtout par les élixirs dont la base est presque toujours l'alcool, ou par un régime non approprié.

Les délayans conviennent en outre dans beaucoup de cas d'éréthisme ; quand il y a soif habituelle , chaleur à la peau , maigreur générale ,

Il Y PO C ON DR I r.. GGl

avec aridité, et chez quelques individus dartreux. Il faut encore y avoir recours lorsque l'hypocondrie reconnaît pour cause l'abus des spiritueux, des excitans, des toniques, des me'dicamens irritons, tels que le sublimé, l'émétique, les purgatifs, l'exposition trop répétée à la chaleur atmosphérique, une surabondance de sang, les excès de tous les genres, qui produisent une irritation spéciale, désignée sous la dénomination vulgaire cYéckaufjfement. Ils ne conviennent pas aux malades dont la fibre est molle et lâche, qui se trouveront mieux des boissons froides, légèrement amères ou toniques, ni à ceux en général qui sont affaiblis, ou doués de beaucoup d'embonpoint.

Mais on se trouvera toujours bien de faire succéder à leur emploi un léger tonique , comme la rhubarbe, l'eau ferrée, celle de Yichi , de Sellz, l'usage du bon vin, la thériaque, les moyens moraux et les ressources de l'hygiène. Ces considérations relatives aux boissons délayantes sont également applicables à l'usage des bains tièdes, sur lesquels nous reviendrons.

Lorsque la méthode humectante échoue, on doit changer le traitement et adopter les moyens qui semblent plus indiqués par la cause, et appropriés à l'état du malade.

Quand un médicament ou un agent quelconque produit un effet contraire au but qu'on se

propose, cette expérience ne doit pas être perdue, et en suivant une roule tout opposée, on parvient fréquemment à être utile. L'usage des délayans est encore nécessaire momentanément, lorsqu'on veut prescrire à ses malades un vomitif ou un purgatif.

L'émétique convient rarement dans cette maladie, considérée dans son état de simplicité; cependant lorsqu'elle est récente , et que l'estomac est plutôt paresseux et surchargé de mucosités, que véritablement affaibli, ou très-irritable, son usage est parfois avantageux : néanmoins nous préférons donner, dans ces cas, une infusion d'ipécacuanha de 3 ri à 3 j et ij. Mais si l'hypocondrie est invétérée, si le malade est sujet à une cardialgie habituelle, à des aigreurs, des nausées, des envies de vomir, et même à des vomissemens muqueux ou alimentaires, et surtout à l'hématémèse ; s'il éprouve de la fièvre ou de la soif, si la figure est altérée, et si l'on appréhende la complication d'une phlogose gastrique ou un vice organique , on s'abstiendra du vomitif qui aggraverait la maladie, et pourrait convertir un simple état nerveux de l'estomac en une affection beaucoup plus grave. Les symptômes propres à l'embarras gastrique, joints aux phénomènes caractéristiques de cette vésanie simple, ou exemple d'une complication très - fâcheuse , pourront encore

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motiver l'emploi de ce remède. Mais combien doit-on redouter les méprises? Souvent l'embarras gastrique, surtout chez l'homme adulte et chez les hypocondriaques, masque le premier degré d'une phlegmasie aiguë de l'abdomen, ou cette phlogose devenue chronique; il faut alors y renoncer, et conjurer le danger le plus pressant. L'administration du tartre stibié ou de l'ipécacuanha , demande toujours une très-grande attention ; on doit également surveiller leurs effets consécutifs, car quelquefois il reste après leur usage une sensibilité très-vive à l'estomac, qui pourrait avoir les suites les plus funestes, si on ne parvenait à les prévenir. On oppose à cet accident, qui est presque toujours le résultat de l'emploi inconsidéré des vomitifs, le traitement proposé contre le vomissement nerveux.

En général, ces médicamens réussissent mieux dans l'enfance et la jeunesse, et peut-être même dans la vieillesse que dans l'âge adulte , époque de la plus grande fréquence des altérations profondes qui attaquent si souvent le tissu des différens organes de la digestion. Si l'on réfléchit que l'hypocondrie, avec prédominance des symptômes locaux de l'abdomen est souvent une disposition occulte aux phlegmasies latentes, chroniques ou aiguës, et aux lésions organiques de ces viscères , on ne les prescrira , et surtout aux adultes ; qu'après s'être bien assuré qu'il n'existe

aucune circonstance propre à contre-indiquer leur emploi.

Passons maintenant à un examen rapide des purgatifs ou des médicamens qui agissent spécialement sur le tube intestinal.

Nil magis nocet quàm repetita evacuantia. (Sauvages.) D accord avec ce nosographe, nous pensons qu'on a singulièrement abusé de ces médicamens par suite de la prédominance du système humoral. Cette habitude effrénée des purgations fut encore inspirée par la médecine du symptôme; ces malades étaient constipés : donc il fallait les évacuer. La constipation reparaissait bientôt; on revenait à des purgations plus fortes, à de nouvelles irritations, qui amenaient de nouveaux désordres ; mais on se croyait dans la bonne route, on était persuadé qu'on suivrait les indications véritables, et l'on s'opiniâtrait dans l'erreur, parce que les opinions systématiques, comme les coutumes invétérées, résistent aux leçons de l'expérience.

Nous avons signalé les nombreux inconvéniens qui sont le résultat de leur trop long usage , de leur emploi inconsidéré, ou de doses excessives. Tantôt c'est l'augmentation des symptômes nerveux, et la débilité progressive du malade, tantôt ce sont des diarrhées colliquatives , et souvent même des phlegmasies chroniques ou des lésions organiques ; toutefois les purgatifs sont

Susceptibles d'avantages très-réels; mais leur application doit être réfléchie et bien motivée. On sait qu'ils sont propres à rappeler un flux hémorrhoïdal supprimé, quand surtout on les choisit parmi les aloéliques.

L'observation /j8e & Hoffmann nous offre une hypocondrie produite par la suppression d'un flux he'morrhoïdal, et guérie par l'usage des pilules aloétiques, qui ramenèrent cet écoulement.

C'était sur ces médicamens qu'était basée en partie la pratique de Stahl et de ses disciples, qui, bien que trop générale , peut revendiquer néanmoins de nombreux succès, parce qu'ils agissaient en déplaçant l'irritation.

Les purgatifs constitueront le meilleur remède contre une hypocondrie déterminée par la suppression trop subite d'un flux intestinal. Quand cette évacuation aura été rétablie , on tâchera, plus ou moins long-temps après, de la faire cesser par un traitement méthodique. Si après avoir diminué progressivement, et enfin arrêté le dévoieraient, on voyait la santé du malade s'altérer de nouveau, on opterait alors entre cet émonctoire naturel ou un artificiel.

Ces remèdes feront encore partie du traitement, et seront indiqués dans le cas où l'affection nerveuse sera le résultat d'une dartre répercutée ; on y joindra les médicamens nommés dépuratifs , tels que les apozèmes, les tisanes lé-

gèrement arriéres, les eaux sulfureuses, le soufre sublimé sous la forme de bols ou de pastilles, les bains simples ou sulfureux, les ve'sicatoires, et un régime approprié; de même, pour diminuer les accidens d'une affection sporique traitée inconsidérément, on associerait ces médicamens aux bains sulfureux, aux vapeurs de même nature, à une boisson adoucissante et aux frictions usitées. Toutefois l'on peut avancer comme thèse générale, que les purgatifs conviennent plus rarement dans l'hypocondrie que dans la manie et même la mélancolie ; sans doute parce que la sensibilité intestinale est exaltée chez les hypocondriaques, et que ces substances, en l'exaspérant, aggravent encore leur état. On s'en abstiendra lorsqu'il y aura soif, fréquence du pouls, ou des symptômes d'irritation locale , ou au moins on ne les donnera qu'à faible dose, afin de les essayer. On diminue encore leurs inconvéniens en les étendant dans un véhicule un peu considérable. On doit choisir alors les purgatifs les plus doux : la manne , la casse , les tamarins, le séné, l'eau de Sedlitzy la rhubarbe. Quand on les donne sous forme de médecine, on y ajoute par potion purgative une once d'eau de menthe simple ou d'eau de fleurs d'orange, qui empêche qu'elle ne soit rejetée, sans nuire à son action purgative. Les sels seuls seraient un peu irritans. Le jalap a l'avantage de ne faire éprouver aucun

HYPOCONDRIE. CQrj

mauvais goût, mais il est sujet à provoquer de violentes douleurs; cependant il réussit assez souvent quand il est uni à un mucilage sucré, propre à préveuir ou à diminuer les coliques et les aigreurs.

Il existe parfois dans l'hypocondrie une sorte d'engorgement des organes abdominaux affaiblis et surchargés de mucosités variées ; c'est un résultat assez ordinaire de la vie sédentaire et du désœuvrement. L'estomac, le foie, la rate, les intestins , le mésentère , etc. , paraissent dans un état d'empâtement, d'engorgement, parfois manifeste au travers des parois de l'abdomen, et distinct d'une altération organique. L'excitation produite par les purgatifs sur les viscères abdominaux, augmentant leurs sécrétions et les évacuations alvines, les dispose parfois à reprendre leur exercice naturel, pour peu qu'à cette excitation momentanée on fasse succéder les toniques, et les plus légers d'abord. Il importe de dissiper cet engouement, qui pourrait à la longue amener une phiegmasie chronique.

Le plus ordinairement cet accident survient chez des malades livrés à des habitudes inactives; en vain on emploierait les purgatifs seuls, l'embarras se reproduirait de rechef aussitôt dissipé; il faut de suite ranimer l'énergie intestinale, et obliger le malade à l'activité et au mouvement, afin de prévenir la récidive.

Les laxatifs ne diffèrent des purgatifs que par une irritation moins vive et des sécrétions moindres: d'après ce double rapport, on voit quand ils sont préférables.

L'habitude des purgatifs ne peut être abandonnée impunément lorsque surtout elle est invétérée , puisque celte interruption a causé quelquefois l'hypocondrie. On a même vu cette névrose céder à l'usage d'un purgatif pris au retour du printemps et de l'automne: toutefois les médecines de précaution nuisent en général plus qu'elles ne sont utiles.

Sauvages n'est pas le seul qui ait reconnu les inconvéniens des purgatifs dans cette affection ; Michael Albertl les a également signalés ; mais il pense qu'on peut employer ces médicamens avec de grands avantages sous forme de lavemens; et cette opinion nous semble rationnelle. Voilà ce qu'il dit en parlant de ces malades : Imprimis cljstennn usu sublevantur ; cly stères , purgantia verô , quàm sœpisslmè , purgationes quidem ibï familiarissime ancipites ; cly stères certissimè utiles.

En effet, les gros intestins sont beaucoup moins sensibles que les intestins grêles; en sollicitant leur action on a peu à craindre les irritations , d'abord parce que leur sensibilité est bien moindre, ensuite parce qu'elle n'est pas exaltée comme celle de l'estomac, du jéjunum, etc. , par l'état maladif auquel ils ne participent que fai-

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