‹ Traité des maladies nerveuses, ou vapeursChapitre 8 sur 37 · M A L A, D I E S ÏÏFRVFUSES · texte numérisé non relu

M A L A, D I E S ÏÏFRVFUSES

si constantes des affections épileptiques ; nous "voyons en outre la maladie céder aux plaisirs de l'amour, qui dissipent presque toujours les névroses utérines. Il faut en convenir, il est bien rare que l'épilepsie soit guérie aussi facilement ; d'où je crois pouvoir conclure, malgré quelques symptômes plus ordinaires à l'épilepsie , que cette jeune veuve était devenue hystérique par suite de son veuvage, qu'elle s'est rétablie çn faisant cesser l'état de continence, et que cette observation serait mieux caractérisée par les noms à'hystérie èpileptiforme que par la dénomination à' épilepsie utérine ; mais étayons par d'autres preuves cette proposition.

Les Ephémérides des Curieux de la Nature renferment deux faits qui viennent encore à l'appui : le premier surtout offre une sorte de contre-épreuve.

Premier cas. Une jeune fille, qui passait depuis dix ans pour épileptique , s'abandonne avec un soldat aux jouissances vénériennes , et guérit : son amant est rappelé sous les drapeaux, aussitôt elle est atteinte de fureur utérine. {Dec. 3, ann. i , obs. 12 , p. 29. )

Cette dernière maladie succède bien plus souvent à l'hystérie qu'à l'épilepsie, et le siège qui lui est commun avec l'affection hystérique nous confirme que cette fille était sujette, non au mal caduc , mais à une névrose utérine qui a cédé

HYPOCOrC DRÏE. 8'i

une première fois strenuâ cohabitatlonc , et qui aurait cédé de nouveau au même moyen.

Deuxième cas. Une demoiselle, de très-haute extraction, fut prise d'accès épileptiques à la suite de la suppression de ses règles : un médecin lui conseilla le mariage ; bientôt elle devint grosse , et après un heureux accouchement elle recouvra une santé parfaite. (Dec. /, ann. i , obs. 86. )

Ces deux faits nous démontrent également que la continence est le principe du désordre, que celui-ci provient de l'utérus, et que, dans l'un et l'autre cas , les changements survenus dans cet organe ont été le signal de la guérlson. Hoffmann cite une histoire analogue, que nous avons rapportée page 74 1.

Dans l'observation suivante, où l'on retrouve encore plusieurs des symptômes propres à l'épi— lepsie, nous ne voyons cependant qu'une hystérie épileptiforme , et non une épilepsie véritable.

Deuxième exemple d'Hystérie épileptiforme.

Alexandrine D** , âgée de quarante-un ans, d'un tempérament sanguin, d'un embonpoint et d'une stature ordinaires, éprouve, à l'Age de vingt-sept ans, de vioîens chagrins, qui déterminent la suppression de ses règles. Après six mois de cette aménorrhée elle fait choix d'un amant; bientôt l'écoulement sexuel reparaît, une grossesse se déclare, et au huitième mois son

ami l'abandonne. Des convulsions surviennent aussitôt : elles sont caractérisées par un cri perçant qui précède la perte de connaissance, par le tremblement et la flexion des membres, par les mouvemens convulsifs des yeux et l'écume à la bouche : l'accès ne durait qu'un quart d'heure.

L'accouchement fut heureux ; mais neuf jours après, retour des accès qui se manifestent chaque mois , le second ou le troisième jour des règles, ou à une très-petite distance. Le même désordre subsiste pendant plus de huit ans ; et durant le même laps de temps , la malade observe une continence absolue.

En 181 1 elle habite de nouveau avec un homme, ne ressent aucune atteinte de sa névrose, et devient enceinte une seconde fois. Pendant les trois derniers mois de sa grossesse elle éprouve de nouvelles attaques, qui lui semblent causées par la lenteur avec laquelle procède son amant, puisqu'elles n'ont pas lieu lorsque , dans l'acte , celui-ci arrive promptement au but.

Après l'accouchement, Alexandrine D** renonce à tout commerce amoureux ; mais les accès reparaissent vers l'époque des règles, et comme par le passé. Ce qu'il y a maintenant de remarquable, c'est que depuis les neuf derniers mois qui viennent de s'écouler, elle n'a éprouvé que trois attaques. D'après cette amélioration survenue spontanément , on peut espérer que cette

maladie convulsive se dissipera entièrement lorsque la sensibilité de l'utérus sera plus émoussée, ou quand la vie qui est propre à cet organe aura entièrement cessé : c'est aussi l'opinion de la malade , qui avoue que son tempérament s'affaiblit de jour en jour, surtout depuis qu'elle s'est condamnée à une sorte de retraite, et qu'elle ne fréquente plus la société des hommes.

Nous ne répéterons pas ici les réflexions que nous avons déjà mentionnées, mais nous ferons remarquer que , chez Alexandrine , le siège de la névrose existait bien certainement dans l'utérus» puisque les accès ont été constamment influencés par les divers états de ce viscère, et que la continence, le coït, la grossesse et la cessation progressive de la vie sexuelle , ont exercé sur les phénomènes de cette maladie une influence que l'on n'observe pas chez les personnes atteintes d'épilepsie.

D'après ces diverses considérations nous proposons d'appeler cette variété d'hystérie hystérie êpileptiforme , et de remplacer ainsi par une dénomination exacte et précise une dénomination tout- à-fait fautive.

L'hystérie se présente parfois sous la forme d'une syncope, et sans l'appareil convulsif qui lui est ordinaire. Dans l'observation ci-jointe,

que j'emprunte au docteur Nacquart, nous ver~ rons un exemple de cette variété.

« M. P** se lève, croyant laisser sa femme y> jouir d un profond sommeil ; deux heures y> après on entre dans la chambre , elle conti- » nuait à paraître dormir. Une heure plus tard, » étonné de ce sommeil prolongé , contre son » habitude, on veut la réveiller : vains efforts, 3> toutes les tentatives sont inutiles. Lorsque je y) la vis vers midi, la respiration était facile, ;» peu étendue; la position dans le lit naturelle ; » les membres étaient souples, non agités; les » yeux fermés; la coloration dans l'état ordinaire. » Au bout de six heures, cet état, qui avait été » amené par de vives contrariétés , se dissipa y> entièrement , et la malade , qui avait déjà » éprouvé plusieurs accès pareils , n'en conser- » vait aucun souvenir ». (Journal général de Méd. décembre 1812. Paris.) Mais cette observation est-elle une hystérie ou une syncope?

Parmi les variétés d'hystérie , la suivante nous a paru remarquable.

Madame D** , âgée de vingt quatre ans , est douée d'une bonne constitution et dune sensibilité extrême au physique comme au moral. Les affections vives de l'âme lui font éprouver du malaise , des spasmes nerveux avec perte incomplète de connaissance, et même avec convulsions. Le bruit qui la surprend, ou le choc réitéré

HYSTÉRIE. ?jj

d'un verre renouvellent ces accidens : la sensibilité des organes de la génération est fort peu développée. Néanmoins , cette dame est devenue mère plusieurs fois; mais lorsque, dans le rapprochement des sexes , elle ne ressent aucun plaisir , ce qui arrive le plus souvent , elle est prise d'une suffocation très-pénible , tombe eu syncope et dans des convulsions violentes, mais peu prolongées. Quand au contraire le spasme voluptueux se fait sentir chez elle, il ne lui survient aucun accident.

Ce fait est une variété d'hystérie , car les accidens partent bien certainement de l'utérus. Du reste, cette dame, pendant l'accès, ne perd pas entièrement connaissance.

L'observation suivante nous offre l'exemple d'une particularité très-singulière (i). Une demoiselle âgée de cinquante ans, douée d'une grande sensibilité , fut atteinte, vers l'époque de la puberté, de convulsions fréquentes; elle vécut célibataire , et parvint , avec une santé faible et une constitution très-irritable , à l'âge de quarante-cinq ans. Lors de la tourmente révolutionnaire, une vive affection morale lui occasionna des convulsions violentes qui durèrent deux jours. A peine eut-elle recouvré ses sens , qu'elle s'aperçut d'une dépression considérable à la ré-

(i) Mém. de la Soc. méd. d'Émul.

gion épigastrique : depuis cette époque, elle éprouva chaque jour un accès hystérique , qui fut rebelle aux antispasmodiques pendant huit mois. L'apparition momentanée d'un engorgement au genou gauche affaiblit ces symptômes. Tout à coup, et trois mois après la cessation de tout médicament, il se manifeste une évacuation alvine très-copieuse, et l'estomac revient comme par enchantement dans sa position naturelle; mais bientôt le chagrin de la mort de sa mère la plonge de nouveau dans les mêmes accidens, qui cèdent aussitôt que les douleurs du genou reparaissent.

Quatre années se passent dans un calme absolu , et cette dame atteint tranquillement son époque critique. A cinquante ans l'estomac disparaît pour la troisième fois. Les accès hystériques se reproduisent également : convulsions effrayantes , figure animée d'un rouge noirâtre , respiration laborieuse , convulsions des muscles du col avec menace de suffocation, dépression très-sensible à l'épigastre , sans aucun gonflement dans le voisinage ; symptômes d'embarras gastrique, auxquels on opposa les délayans , l'eau émétisée, etc. L'estomac reprit sa place naturelle; les accès devinrent moins fréquens et moins intenses , et la convalescence fut cimentée par un vésicatoire au bras.

Telle est l'analyse d'une observation dont je

HYSTÉRIE.' 8c)

ne prétends pas garantir ou nier l'exactitude , et qu'on trouve dans les Mémoires de la Société médicale d'Émulation, t. IV, p. 3 il.

On a divisé l'hystérie en idiopathique, symptomatique, sympathique et métastatique; mais les particularités qu'elle présente , dans les diverses circonstances où l'on a cru devoir admettre ces divisions, ne nous semblent pas assez notables pour constituer des espèces distinctes , ou même des variétés.

Baillou et Rivière , et d'après eux le célèbre Morgagni , admettent une fièvre hystérique; mais le docteur Chambon ne reconnaît dans l'observation de Rivière que des symptômes anomaux appartenant à la. fièvre , et je partage l'avis de ce médecin. Ne voyons-nous pas admettre fréquemment l'existence de l'hystérie ou sa complication , d'après la simple observation de quelques phénomènes nerveux, tout à fait indépendans de l'action de l'utérus, étrangers à cette névrose, ou trop éphémères pour la caractériser?

Mais outre les variétés qui existent dans l'ensemble des symptômes que présente un cas particulier d'hystérie on rencontre assez souvent, chez les personnes hystériques, des particularités ou des phénomènes qui méritent d'être considérés isolément , tels que le strabisme accidentel , des illusions d'optique auxquelles on a sans doute donné trop d'importance , en les dési -

gnant sous le nom à' a?nauroses périodiques (**). Le développement extraordinaire de l'ouïe , une sorte de catalepsie , les nausées , le vomissement, le hoquet, l'envie de mordre et lhorreur de l'eau que Lieutaud assure avoir observée plusieurs fois ; ce dernier phénomène a été , dans quelques circonstances, un sujet de méprise , et a fait prendre pour une hydrophobie une véritable affection hystérique; le contraire est également arrivé, et un médecin dun très-grand mérite a regardé comme atteinte d'un accès d hystérie une femme en proie à une hydrophobie déterminée par l'usage imprudent de Xasarum (ou herbe au pauvre homme) que lui conseilla un herboriste.

On a rapporté dans un journal de médecine l'histoire d'une dame affectée d'hystérie , et qui laissait dégager, par le moindre contact, des étincelles électriques : j'ai vu beaucoup d'exemples de la maladie hystérique , et je n'ai jamais rencontré cette particularité chez une personne sujette à cette névrose; mais comme on l'observe dans d'autres circonstances, ce fait ne nous semble offrir en lui-même rien d'invraisemblable : le phénomène suivant, dont nous avons la certitude, paraîtra tout aussi extraordinaire : c'est le développement d'un emphysème essentiel

(i) Nosogr. phil. , 2e édit., t. 3.

HYSTÉRIE, rjx

chez une femme hystérique, sans aucune lésion extérieure, et sans aucune communication avec les poumons.

Enfin on aremarquëquelquefoischez les jeunes personnes sujettes à cette névrose un changement prompt d'un ton fort et profond de la voix à un ton faible et haut. Dans certains cas encore, les accès violens de la passion hystérique sont accompagnés dune chaleur brûlante que les malades ressentent particulièrement dans le bas-ventre et la poitrine : cet accident est sans fièvre générale, et n'offre pas d'inquiétude.

Après avoir énuméré la majeure partie des accidens ou symptômes anomaux que peut offrir à l'observation la réunion d'un grand nombre de femmes hystériques, nous allons examiner l'influence de cette maladie sur un des phénomènes les plus importans de la vie sexuelle. Parmi les auteurs qui ont écrit sur l'hystérie, les uns ont pensé que les personnes sujettes à cette affection étaient plus aptes à devenir enceintes (ce qu'on peut expliquer par leur sensibilité plus exquise et des passions plus ardentes); d'autres, au contraire, ont regardé cette maladie comme pouvant former obstacle à la conception : ces deux opinions méritent d'être examinées. Sans doute il est possible que des personnes hystériques soient stériles toute leur vie, et les auteurs qui ont émis cette dernière opinion auront probablement observé

92 MALADIES BÊRVÊUSÊS.

des exemples à l'appui ; mais le plus souvent les femmes qui ont été sujettes aux accès d'hystérie sont très-fécondes , et cet avis du moins nous paraît plus conforme à l'observation. Nous pourrions citer à ce sujet plusieurs témoignages', mais nous nous bornerons à mentionner le suivant. Une jeune femme éprouve, avant son mariage, des accès d'hystérie très-violens : à dixsept ans on la marie ; deux mois après, ses règles se suppriment , et une grossese se déclare; à dix-huit ans, suppression des menstrues par la même cause. Dans l'espace de neuf ans, elle eut huit enfans: chaque année elle portait un enfant; telle était son aptitude pour la fécondation (qu'on nous pardonne cette expression), qu'après chaque couche , elle devenait enceinte aussitôt qu'elle habitait avec son mari.

Les femmes, au contraire, dont les organes génitaux n'exercent qu'un faible empire , celles surtout qui n'éprouvent aucune jouissance dans l'acte vénérien , sont en général peu habiles à la conception , quoique susceptibles cependant de devenir mères.

Telles sont les particularités les plus remarquables qu'offre cette névrose utérine pendant son cours; voyons à présent comment elle se termine.

HYSTLRIÎt; 93

Page 1