ÉPOQUE, ORDRE, APPARITION
ARTICLE II
lÊpo^ne» ordre» «pparltloB.
Ordinairement les maladies consécutives se manifestent parfroupes ayant une certaine analogie, et à des époques différentes. Ce Tait n'a échappé à aucun observateur. Il a été même reconnu, de très-bonne lieure, que ces maladies suivaient alors dans leur apparition un certain ordre. Mais ces époques ne sont pas tout à fait fixes, et cet ordre n'est pas complètement régulier; l'observation est positive sur ce point.
Selon Hunter^ l'époque de l'apparition des maladies consécutives varie selon la susceptibilité des parties qui en sont le siège. A ce point de vue, il y aurait des parties de premier ordre et des parties de second 4rtrdre. Celles de premier ordre, c'estrà-dire les plus susceptibles^ sont d'après le syphiliograpbe anglais : la peau, les amygdales, le nez, la gorge, la surface interne de la bouche et quelquefois la langue, c'està-dire la peau et certaines muqueuses. Celles du second ordre ont pour siège le périoste, les aponévroses, les os. Hunter,faisant jouerun grand rôle à l'air comme cause déterminante des maladies constitutionnelles, croyait que le travail morbide était plus prompt du côté des téguments, parce que l'action directe de l'air leur donnait plus de susceptibilité. Appliquant la même théorie à l'évolution des maladies qui affectentles parties de second ordre, Hunter montrait les pièces du squelette les plus rapprochées de la peau comme étant affectées avant les os profonds : ainsi les os de la tète, le tibia, le cubitus, les os du nez, devaient être plus souvent, plus promptement affectés que les autres os. 1^ chirurgien anglais pensait aussi que la susceptibilité pouvait dépendre de la structure de l'os: elle était alors en raison composéede la proximité de la peau et de la dureté du tissu osseux. D'ailleurs, Hunter avouait •que cet ordre peut être interverti, et il admettait la possibilité de la lésion des parties de second ordre, celles de premier n'ayant jamais •été lésées, c'est-à-dire que Hunter, ayant un esprit éminemment généralisateur, ne perdait pas une occasion de l'exercer; mais, comme il était en même temps profond observateur, les exceptions ne lui échappaient pas, et il ne les dissimulait pas toujours. Hunter d'ailleurs ne parle jamais de lois immuables ;\i connaissait trop bien la nature malade pour cela ; il savait que c'est surtout alors qu'elle échappe aux lois.
Ainsi, en se plaçant au point de vue de Hunter et prenant sa théorie sur l'action de l'air pour ce iqu'elle vaut, on peut admettre, dans une certaine mesure, pour peu qu'on soit de l'école anatomique, les
deux ordres de lésions qui! établit. Les téguments, considérés de la manière la plus générale^ semblent exprimer d'abord iimpression qu'ils ont reçue. Ceci n'est pas exclusif au virus syphilitique. Tous les agents morbides de cet ordre fournissent des résultats analogues. Ainsi les effets de ce que j'appellerai le virus de la rougeole^ de la variole,. aoiH observés d'abord du côté des téguments ; on constate des exanthèmes et des pustules imités par les syphilides^car la rougeole^ la variole sont répétées parla roséole et une certaine forme d'ecthyma. Maiscëla ne veut pasdire que la peau soit le premier tissu affecté; cette membrane étant accessible à tous nos sens^ l'œil de l'observateur saisity à leur otiffne méme^ ses moindres changements de coloration^ ses moindres taches, tandis que les premiers phénomènes analogues qui se passent dans les tissus sous^cutanés, du côté du périoste et des os^ ne peuvent être d'abord constatés, car là les lésions n'arrivent à nos sens que lorsqu'elles se sont beaucoup plus matérialisées, sous forme de tumeur ; et comme il faut à certains esprits que la maladie ait ce volume, qu'elle se manifeste sous sa forme que j'appellerai chirurgicale pour être une maladie, les douleurs rhumatoldes, les céphalées quelquefois atroces et même les contractures qui précèdent les affections cutanées, ne comptent pour rien. C'est un groupe d'accidents, une phase de la syphilis qu'on supprime.
Mais si l'on veut être sévère en observation etsil'on interprète les faits pathologiques non-seulement dans leur expression physique, mais aussi dans leur expression physiologique, on constate que ce sont les tissus fibreux^ musculaires et osseux, qui souffrent d'abord ; car ce qu'on a appelé douleurs rhumatoïdes, est une période de la syphilis qui précède le plus souvent les syphilides. On voit donc ce que devient laclassification empruntée à Hunter^ quand on la rapproche du grand jour de la philosophie médicale ; elle se retourne, et les accidents de second ordre deviennent de premier ordre. D'ailleurs, en prenant cette classification à son point de vue le plus étroit et le plus anatomique, il est facile de trouver des exceptions qui la modifient beaucoup, puisqu'on a vu des exostoses se montrer immédiatement après le chancre sans l'intermédiaire de l'affection cutanée. H. Ricord, matérialisant tout à fait l'idée de Hunter, accepte sa division et appelle les maladies qui atteignent les parties de premier ordre accidents secondaires, celles de second ordre accidents tertiaires, parce qu'il place en tête les accidents primitifs. Toute sa syphilis se th>uve donc ainsi numérotée :
!• Accidents primitifs;
3* Accidents secondaires ;
3^ Accidents tertiaires.