‹ Traité des maladies vénériennesChapitre 33 sur 76 · SANG DES SYPHILITIQUES · texte numérisé non relu

SANG DES SYPHILITIQUES

placé à la pointe d'une lancette ou d'une épingle^ les piqûres faites avec ces instruments deviennent des chancres ^. » On voit naître ici on argument qui a plus tard singulièrement obscurci les questions relatives à llnoculation expérimentale des accidents secondaires. Hunter yondrait que le virus combiné avec le sang eût les mômes propriétés, produisit des effets identiques à ceux du pus chancrcux : il faudrait donc qu'il produisit des chancres sur le malade même. On a exigé aussi qu'il en fit autant sur les individus sains auxquels on l'aurait inoculé. Waller a déjà répondu à Hunter. D'ailleurs la question doit être autrement posée. On ne doit pas demander si le sang peut transmettre telle ou telle forme de la syphilis^ mais s'il peut transmettre la syphilis sous une de ses formes. Si l'on n'élargit pas ainsi \k question^ on n'aboutira à rien.

Ceux qui nient la possibilité d'une transmissibilité quelconque par le sangy s'appuient sur ce fait que des malades en pleine vérole ont vu leur plaie se réparer comme les sujets sains, ils invoquent les réunions immédiates qu'on obtient à la suite de certaines opérations pratiquées aux syphilitiques. Ceci prouve tout simplement qu'un sang altéré d'une certaine manière^ ou mêlé à un poison morbide, peut cependant faire les frais d'une cicatrisation. Cette preuve d'ailleurs avait déjà ëté fournie par les faits assez nombreux de réunion immédiate à la suite de l'extirpation d'une tumeur pendant l'existence d'une diathèse cancéreuse des plus prononcées, dans les cas^ par exemple^ d'opérations palliatives du cancer, quand l'ulcération du sang ne peut être mise en doute. Mais ces faits acquis à la pathologie, et que j'ai méconnus dans un temps^ ne prouvent pas que le sang d'un vérole ne puisse^ dans aucune circonstance, agir sur l'individu même et produire des accidents syphilitiques d'un certain ordre^ que ce même sang ne puisse être le véhicule de la vérole transmise au foetus par la mère. Le premier effet n'a jamais été nié par personne ; le second^ que Hunter semble ne pas admettre^ est prouvé aujourd'hui par l'observation la plus directe. Ainsi le sang de la mère porte à l'enfant, c'est-à-dire à un autre être^ la cause syphilitique. L'analogie et les faits sont venus montrer ensuite que la vérole pouvait être transmise par le sang d'un individu malade inoculé à un individu sain. H. Diday, qui^ un des premiers en France^ a soulevé les questions de transmissibilité de la vérole par d'autres humeurs que le pus chancreux^ rappelle les inoculations de la mor\'e, du charbon, de la rage par le sang, a Rien ne prouve^ ajoute ce médecin^ que le sang d'un vérole étant inoculé à

. 1 Hunter, traducUon française, 2« édit., p. 561 et suiv.

MS MALADIES VÉNÉRIENNES DITES CONSÉCUTnËS.

un faomme sain ne loi donnera pas la vérole, a Revenant sur les argumente de Hunter sur la non-tranamiasibilité par le sang^ H. Diday lyoute en note : c Le raisonnement de Hunter ne prouve qu'une choae^ c'est quil a confondu ici le chancre primitif avec Taffection constitutionnelle. De ce que le sang ne donne pas le premier, peut-on légitimenienten inférer d/rion qu'il ne donnera pas la seconde^?» J'ai déjà dit que Waller possédait deux faits de contagion par le sang et quil avait fait une expérience sans réplique; la voici :

c Expérience avec le sang d'un individu affecté de syphilis secondaire. •* Friedrich, jeune garçon de quinze ans, inscrit sous le n* 5676, avait été rachitique dans son enfance, et portait depuis sept ans un lupus exfaliativus à la joue droite et au-dessous du menton ; ce lupus/ de la largeur d'un thalor, était guéri à l'exception d'un petit point de la joue, à la suite d'un traitement prolongé par la cautérisation et l'iodure de potassium. Cet enfant n'a jamais eu de syphilis, et comme tel il était propre à l'inoculation, qui fut entreprise le 27 juillet 1850 à la cm'sse gauche. Pour cette expérience, je pris le sang d'une femme (Freund) chez laquelle la syphilis secondaire s'était développée sous nos yeux. Cette jeune fille, autrefois superbe, avait contracté dans ces derniers temps cinq à six fois des ulcérations primitives, sans cependant avoir jamais eu de syphilis secondaire. Mais pendant le traitement des deux derniers chancres, qui s'étaient succédé àquatone jours d'intervalle, elle commença à maigrir, à pftlir, et lorsque le dernier chancre fut guéri, et qu'il ne restait plus qu'un catarrhe de l'urètre, il se forma des tubercules à la p4!au du visage, et des taches sur tout le corps.

a L'inoculation fut faite de la manière suivante : La peau de la malade fut scarifiée avec un scalpel neuf, et à l'aide d'une ventouse on lui soutira 3 à 4 drachmes de sang. Malgré la rapidité avec laquelle se fît cette dernière opération, le sang était cependant déjà en partie coagulé, avant qu'on l'eût transposé de la chambre de la malade dans celle où allait se faire l'inoculation. Les plaies des scarifîcations (faites sur l'enfant comme dans l'expérience précédente) ^, furent exactement nettoyées et débarrassées des caillots sanguins par le lavage avec un tampon trempé dans de l'eau chaude; puis le sang à inoculer fut insinué dans ces plaies, en partie à l'aide d'une baguette de bois, en partie au moyen de charpie imbibée de ce liquide, puis appliquée et

* Extrait de la Gazette médicale du 29 septembre 1819, premier article sur la Prophylaxie, par M. Diday.

* Waller fait allusion à rexpérience que j'ai reproduite à la fin de la première secUon, quand j*ai traité de l'inoculaUon de la pustule muqueuse. On fit de petites plaies avec un scarificateur.

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fixée sur la partie scarifiée. Il ne survint ni inflammation ni suppuralion; au bout de trois jours^ les plaies étaient complètement fermées. Le maiade allait toujours bien.

a Le 31 août^ trente-quatre jours après Tinoculation, je remarquai à ta cuisse gauche, là où l'inoculation avait été faite, deux tubercules distincts, ayant la largeur d'un pois, d'une teinte rougeàtre pâle, secs à leur surface, sans démangeaison ni douleur. Les jours suivants ils s'agrandirent, se réunirent par leur base, se couvrirent d'écaillés, et une auréole d'un rouge obscur les entoura tous deux. La base des tubercules, c'est-à-dire la peau sous-jacente et le tissu cellulaire sous-cutané, devint ferme, résistante (indurée), et à la surface des tubercules une ulcération se forma, qui donna lieu à la production d'une croûte mince et brune. C'est de cette façon que se forma, vers le 15 septembre, un ulcère dont la base avait les dimensions d'un œuf de pigeon, dont une auréole rouge cuivré entourait les bords, et qui était recouvert par la croûte en question. Cette croûte étant enlevée, le fond de l'ulcération devint visible ; il était enfoncé en infundibulum, lardacé, et saignait fadlement sur les bords. Depuis quelques jours, il s'était aussi formé à l'épaule droite un tubercule isolé, gros comme un pois rougeàtre et couvert de rares écailles, sans que le malade pût préciser le jour de la première apparition de cet accident. La santé générale se maintient.

(( Le 26 septembre et les deux jours suivants, Friedrich se plaint d'inappétence et d'insomnie. Le 1*' octobre, soixante-cinq jours après l'inoculation, et trente-deux jours après l'apparition des premiers tubercules, il survint un exanthème à la peau du bas-ventre, du dos, de la poitrine, des cuisses; exanthème que nous reconnûmes être une roséole syphilitique des mieux caractérisées. C'étaient des taches exactement semblables à celles décrites plus haut (dans la première expérience) ; seulement dans certains points elles étaient un peu plus élevées. L'ulcération de la cuisse avait acquis la largeur d'un thaler, tout en conservant son aspect infundibuliforme, son fond lardacé et son bord cuivré. Dans les jours subséquents, l'éruption des taches devint tellement abondante, que le corps entier, sans en excepter le visage, en fut semé, et paraissait comme tigré. 11 n'y a d'ailleurs ni démangeaison, ni douleur, ni symptômes de catarrhe ou de fièvre... Le 6 octobre, plusieurs taches, notamment à la partie interne des cuisses et au ventre, se soulèvent en papules et en tubercules, et dès lors le diagnostic de la syphilide, même sans connaissance des antécédents, devint aussi facile que dans le cas précédent ^ »

* WaUer, Du caractère contagieux de la syphiih ^fpttmitnit-p^ truducUon française de M. Axenfeld, dans le» Annales des maladies c/tf h ^HHt^ Pt dt In syphilis, 2 vol.

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On a dû remarquer que les plaies d'inoculation ont été recouvertes par la charpie imbibée de sang^ laquelle a été fixée sur ces mêmes plaies. Il y a donc eu un pansement qui mettait celles-ci à Tabri de toute autre contagion. D'ailleurs, il y a eu une incubation si longue que la pensée de Tintervention d'un pus cbancreux ne pourra venir à personne, car on sait qu'après l'inoculation de ce pus les phénomènes locaux ne se font pas attendre. Pour H. Ricord, il n'y a même jamais d'incubation.

ARTICLE VI

Pent^oB avoir plaotonrs fol* la vérole?

On a prétendu que le groupe de symptômes consécutifs, exprimant la véritable diathèse syphilitique, ne pouvait se répéter sur le même individu, ou, pour mieux dire, qu'on ne pouvait avoir la vérole qu'une fois dans sa vie, assimilant ainsi cette maladie à la variole, à la rougeole, qui ordinairement ne se répètent pas chez la même personne. Jusqu'à présent cette loi qu'on a voulu établir n'a été appuyée que sur des assertions et des inductions analogiques. Or il fallait ici une statistique avant tout. Mais des observations assez complètes pour attester que la diathèse syphilitique est épuisée, qu'elle a produit tout ce qu'elle pouvait produire, sont difficiles à recueillir. Ce qui est encore plus difficile, c'est do rassembler un assez grand nombre de faits pour former une statistique dont la résultante puisse être érigée en loi pathologique ayant un caractère réellement sérieux. Les difficultés, on pourrait dire les impossibilités d'un pareil travail, viennent de la durée de la vérole, des niodifications et même de la suppression de certaines de ces manifeslations, enfin des récidives. La fièvre typhoïde, la variole, la rougeole et les autres maladies auxquelles on a comparé la syphilis *, sont aiguës, elles ne sévissent que pendant un temps très-court; reste donc toujours une grande partie de l'existence humaine encore ouverte aux répétitions que Ton peut alors compter, apprécier. 11 faut, au contraire, à la syphilis, pour être complète, un temps presque toujours considérable. Les trois phases marquées par les accidents qu'on appelle primitif, secondaire, tertiaire, ont une durée inégale, mais longue en général. Chaque accident est séparé par un temps de répit dont la durée varie aussi, mais dont la somme s'élève à un gros chiffre. Après

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