MALADIES DES MUSCLES, DES TENDONS, ETC
d'une matière séreuse et plastique dans leur intervalle; elles sont le siège d'une douleur plus ou moins Tive qui s'accrott pendant la contraction du muscle auquel correspond le tendon affecté. L'examen cadavérique montre ce tendon avec sa couleur naturelle^ il présente tout au plus les traces d'une légère injection; mais il est gonflé, soit par répaississement de ses fibres, soit par l'adjonction d'une matière albumineuse à demi solidifiée. Si l'affection se prolonge beaucoup^ si elle ne se termine pas par suppuration, l'ossification arrive et envahit tantôt toute la longueur du tendon, comme M. Bouisson l'a observé pour le muscle petit psoas; d'autres fois elle se limite à la partie malade^ en formant une sorte d'os sésamoîde.
On trouve les tumeurs syphilitiques des tendons tantôt à leur surface^ et tantôt à leur centre. Le premier siège est le plus ordinaire ; la tumeur fait alors une saillie plus abrupte sur le trajet du tendon , et si elle se termine par suppuration, la continuité de la corde fibreuse est respectée. Quand elle est dans le centre même du tendon^ les produits de nouvelle formation écartent les fibres propres» et donnent à la tumeur une forme ovo!de ou en fuseau. M. Bouisson a dessiné au Musée d'anatomie pathologique de Strasbourg une tumeur ainsi disposée; elle a son siège dans l'épaisseur d'un tendon appartenant à l'un des muscles fléchisseurs des doigts. La fluctuation était sensible à travers l'enveloppe fibreuse, et la tumeur présentait à peu près la forme et la grosseur d'une amande.
Selon H. Bouisson» l'affection que Lisfranc a décrite sous le nom de nodosités blanches des tendons n'était qu'un cas particulier de nodus syphilitique des tendons : c'était une tumeur volumineuse développée dans l'épaisseur du tendon d'Achille , chez une danseuse de l'Opéra. Tous les moyens locaux avaient échoué; mais l'administration de l'iodure de potassium à l'intérieur, aidée de la compression et de quelques antiphlogistiques, produisit une guérison complète. Il est regrettable que Lisfranc n'ait pu donner aucun détail sur les antécédents de la malade ; mais il est difficile de ne pas assimiler cette tumeur à celle que produit la syphilis» lorsqu'on voit qu'il y a non-seulement analogie de siège et de symptômes, mais analogie d'action thérapeutique. L*iodure de potassium , dont l'efficacité est bien démontrée dans les accidents de la syphilis confirmée» assura d'une manière prédominante, sinon exclusive» la guérison de la malade de Lisfranc.
Les tumeurs des muscles sont analogues à celles des tendons. Le travail de M. Bouisson contient plusieurs faits intéressants qui se rapportent à ces tumeurs musculaires» que j'ai aussi observées. Il est quelquefois difficile de déterminer si cette altération a son point de départ primitif
4S2 MA[.AnrES VÉfSÉRÎENNES DITES CONSÉClîTIV-ES-
dans les fibres musculaires ou dans le tissu cellulaire qui leur est interposé. L'analoçie, dit le professeur de MonrpeUier, porterait à croire que rélcmenl ceUulo-scléieux qui unit les fibres charnue» , ou qui leur forme unp gaîne^ est le premier envahi* Mais Loi^ue la lésion est avancée, qu'elle a revêtu un de ses modes de terminaison soit par suppuration, soit par induration, tous les éléments anatomiques paraissent affectés, et, suivant le degré plus ou moins avancé du travail morbide, les fibres musculaires semblent plongées dans une matière de nouvelle formation; ou bien elles sont ramollies et détruites , ou bien encof^ elles sont transformées en tissu induré, subcarlilagineux et même osseux. Tels sont du moins les états divers dans lesquels j'ai observé 1« tumeurs syphilitiques des muscles. M* Ricord a disséqué des tumeur» du jambier postérieur et des ventricules du cœur qui étaient distinctement formées par des fibres musculaires elles-mêmes*
M. Bouisson divise en trois degrés les modifications que subissent les tumeurs musculaires*
\\i premier degré, le muscle est le siège d'un gonflement local circonscrit, d'une consistance plus grande que celle de l*œdème. Une section de la parlie malade montre quelques faisceaux musculaires décolorés nu milieu d'un épanchcment plastique de couleur gi^isàlre (une tumeur du muscle grand fessier était à ce premier degré de formation). Cet état serait Tindice d'une phlegmasîe lente qui présiderait à la sécrétion pathologique dont le produit subira des transformations ultérieures.
Au deuxième degré, ta matière épanchée se ramollit. Si Hnflammation 50 prolonge avec son caractère primitif de chronicité, les élaborations graduelles du produit épanché se transforment en un liquide visqueux filant, semblable à une solution de gomme. Si une ptilegroasie aiguë intervient, ou si la tumeur a fait éprouver dès le début une douleur constante , avec élévation de température locale , il se forme un véritable pus au centre du muscle, les fibres ramollies se détruisent, d'où des délabrements plus ou moins considérables. Selon M. Bouisson, plusieurs abcès intrapelviens, despsoïtisou des inflammations destructives du muscle iliaque interne pourraient bien étriB des phlegmasies syphilitiques des muscles de la région lombo-pelvienne. Ce chirurgien cite à Tappui de son opinion le fait d'un soldat qui portait à l'aine un bubon consécutif à un chancre induré ; pendant son séjour à l'hôpital, ce malade fut pris d'une inflammation chronique des muscles psoaset iliaque du côté gauche; une tumeur considérable formée dans le bassin vint foire saillie au niveau du ligament de Fallope ; il fallut donner issue, à l'aide du bistouri, à une énorme collection. Le malade, soumis à an traitement antivénérien^ ^e rétablit coœplétemeiit.