‹ Traité des maladies vénériennesChapitre 58 sur 76 · MALADIES MIS OS ET DU PÉRIOSTE · texte numérisé non relu

MALADIES MIS OS ET DU PÉRIOSTE

devra ordonner le repos et quelques applications locales éraollientes. Dans les aatres cas^ on pourrait peut-être fevoriser la résolution par des vésicatoires volants, qu'on répéterait, et par des pommades iodurées.

ARTICLE VIII

Maladies des os et ém périoste.

L'os et le périoste étant inséparables dans leur manière de vivre et de soufiiir, je traiterai de leurs maladies dans le même article. Ces maladies, d'ailleurs, ressemblent beaucoup à celtes du squelette qui tiennent à d'autres causes. Comme dans toute la pathologie du système osseux, il y a ici des douleurs, des inflammations, des tumeurs, des nécroses, des caries. Hais on trouvera, le plus souvent, dans ces douleurs, dans ces inflammations et leurs conséquences, des caractères, une marche, des phénomènes concomitants qui les spécialiseront; la thérapeutique viendra enfin pour prouver l'unité de nature sous des formes très-diverses, car le même modificateur influencera également toutes ces expressions, toutes ces lésions, et cela d'une manière assez rapide, assez notable pour ne laisser aucun doute sur la spécificité du mal et du remède.

§ I". — Douleurs ostéocopes.

Ces douleurs sont les compagnes des lésions que je vais décrire dans les paragraphes qui vont suivre; mais, comme elles ont été constatées quelquefois sans que ces lésions aient été observées en même temps, on les a décrites à part dans beaucoup de livres. Si je me conforme à cet usage, c'est seulement pour étudier avec plus de soin ce symptôme. Je ne crois pas, en efiet^ que cette modification de la sensibilité soit une maladie à part et indépendante de toute lésion matérielle. Quand nous observons des céphalées si tenaces, nous ne constatons rien par nous-mêmes, car il n'existe qu'un symptôme subjectif, mais croit-on que les tissus fibreux en rapport avec les os du crâne, soient alors à l'état complètement normal ? Dans les cas où la lésion n'apparatt pas extérieurement, c'est qu'elle n'est pas encore assez matérialisée, ou bien le développement de la tumeur s'opère dans le sens de la cavité formée par les os. Ainsi, l'action syphilitique, au lieu de se porter sur les couches les plus superficielles de l'os, sur le périoste, peut se porter sur les couches profondes, sur la membrane médullaire pour les os des membres, sur la dure-mère pour les os du rachis et du crâne. Dans ces derniers cas, l'os peut rester longtemps et même

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toiqoun malade sana aucana maDifeataiion extérieure^ matérielle; rien de physique ne pourra donc être constaté» surtout si la noembraiie interne de l'os est seule aflEectée. Ceci est prouvé par les autopsies qui montrent des altérations matérielles de la dure-mère, des exostosesde la table interne du crâne sans tumeur extérieure. J'ai bit représenter dans mon livre de chirurgie'une portion du coronal avec deux exoa» toses de la table interne Cusant saillie dans la cavité crânienne sans aucune déformation, sans aucune tumeur extérieure. Ce sont là ce que j'appelle des exo$tOÊe$ iniemes ^, celles qui peuvent donner lieu à des douleurs atroces, à des compressions cérébrales mortelles aaoa qu'on soupçonne leur existence, si on ne connaît pas bien les antécé* dents dû malade. Je reviendrai nécessairement sur ces tumeurs internes et leurs conséquences. Dans les cas de douleurs ostéoeopea persistant encore malgré la disparition de l'exostose apparente, il est à supposer quil y avait en même temps exostose externe et exostose interne, et que la première seule a disparu taQdis que Tautce persiste encore.

Quelquefois les douleurs commencent par être vagues» tout le squelette semUe endolori. Souvent alors elles sont profondes, c'està-dire qu'elles semblent partir, comme le disent les malades, de la moelle des os. Dans le plus grand nombre des cas, elles se fixent sans cependant se localiser d'une manière bien distincte sur un point du squelette. Elles sont alors aiguës, déchirantes; il semble au malade que Tes est soumis à une forte pression très-limitée^ qu'on le perfore. Quelquefois la pression n'augmente pas la douleur, quelquefois au contraire elle est exaspérée par le moindre contact ; il est probable qu'il y a alors périostite ou ostéite superficielle. Le caractère le plus remarquable de cette douleur, c'est d'arriver la nuit, d'être nocturne. En effet, quelquefois elle est complètement absente pendant le jour, ou bien légère et vague; mais elle s'éveille, se fixe,s'accroU, s'exaspère avec le crépuscule, pour se calmer ou disparaître avec Taurore qui ramène alors le sommeil. Les heures les plus cruelles sont les trois premières de la nuit; le paroxysme a lieu ordinairement à minuit. Les douleurs ayant lieu à l'heure du coucher et quand le lit est réchauffé, on a considéré cette circonstance comme déterminante, et on aditque, les boulangers qui font la nuit du jour souffraient de cette douleur pendant le jour, c'est-à-dire à l'heure du coucher. Hais on doit savoir que les boulangers ont bien plus chaud quand ils travaillent que quand ils sont couchés. D'ailleurs on a vu, dans le monde, des vénériens

< Traité de, patho/ogie externe et de médecine opératoire, t. lU, p. S96.

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vouloir veiller, rester à l'air ou se promener en voiture, et souffrir de celle-ci quand l'heure fatale sonnait, et cela comme s'ils étaient couchés dans un lit bien chaud.

Le diagnostic des douleurs ostéocopes peut offrir des difficultés. Elles sont certainement plus fixes que les douleurs rhumatoïdes que j'ai déjà décrites; elles reviennent à la même place à chaque accès, ce que ne font pas celles que l'on observe à une période moins avancée de la vérole, et elles sont ordinairement exaspérées par la compression^ tandis que celle-ci calme les douleurs rhumatoïdes. Hais ces caractères ne sont pas toujours aussi tranchés, car j'ai déjà dit qu'il y avait des douleurs ostéocopes vagues, et il en est qui ne sont nullement exaspérées par la compression ; à la vérité celle-ci ne les calme pas. D'ailleurs, il peut y avoir en même temps chez le même individu douleurs rhumatoïdes et douleurs ostéocopes, car on sait que les périodes de la vérole ne sont pas toujours parfaitement distinctes, et les accidents dits secondaires peuvent arriver en même temps que les accidents dits tertiaires. 11 n'est pas très-rare, en effet, d'observer une syphilide, même une syphilide peu profonde, avec une affection de Tos ou du périoste. Bien plus, il n'est pas toujours complètement possible de distinguer les douleurs syphilitiques des douleurs rhumatismales nullement syphilitiques, car on a observé des douleurs ostéocopes qui s'exaspéraient le jour et étaient calmées pendant la nuit, et, par contre, des douleurs simplement rhumatismales avec exacerbation la nuit et rémiltence pendant le jour. Encore ici, il n*est pas excessivement rare de trouver chez le même individu, et la vérole et le rhumatisme, ce qui rend le diagnostic d'autant plus complexe. De pareils cas ont été observés chez des vénériens militaires qui ont gagné un rhumatisme au bivouac, chez des blanchisseuses, chez des bonnetiers. La douleur, mais la douleur isolée, peut tromper le praticien. Il devra donc connaître toute sa valeur, sans l'exagérer pour aller à la recherche des antécédents et des symptômes concomitants qui peuvent exister du côté de la peau ou des muqueuses, car on sait qu'il est fréquent d'observer des syphilidesou des macules pendant l'existence des douleurs ostéocopes, et il n'est pas rare alors de constater des ulcérations dans la cavité buccale, ulcérations qui ne se traduisent que par des lésions fonctionnelles peu graves et passant inaperçues.

Je suis obligé encore de dire un mot de cette erreur qui attribue les douleurs ostéocopes au mercure. Elle a pris cependant un caractère sérieux, car il est vrai qu'on a pu trouver du mercure dans les <H^^et l'on dit que M. Bretonneau a observé ces douleurs f hni jlfflinularilfnii non vénériens qni avaient absorbé beaucoup de memu;

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est des observations de M, Bretonneau, je n'ai pu les trouver ; je ne puis donc juger leur valeur ici. Le mercure d'ailleurs a été reocootré quelquefois précisément dans des os qui n'avaient jamais été le siège d'aucune espèce de douleur. On suit que les ouvriers continuellement en rapport avec les préparations niercurîelies n'ont jamais eu de douleurs ostéocopes, et, par contre, des vénériens, qui s'étaient abstenus de toute préparation mercurielle, ont soutîert des os et ont eu des exostoses. Enfin, ces douleurs et ces lésions osseuses ont plus d'une fois été guéries par le mercure ; car on sait qu'avant l'usage de riodure de potassium, c'était surtout par le mercure qu^on combaltait même les accidents tardifs de la vérole* Plus tard je citerai un beau cas de guérisond'un exostose par la liqupur de Van Swieten. Cependant, pour ne rien oinptlrc, je dirai que chez une syphilitique qui offrit des symptômes cércbraux et qui mourut après avoir pris hcaueoup de mercure^ on put constater la présence de ce métal dans la matière cérébrale. (Voyez le livre de M* Reynaud, p* 407.)

§ 2, — Périostite et ostéite,

La pénostite isolée^ sans ostéite, doit être extrêmement rare, si réellement elle a existé, car le périoste n'étant que Técorce de l'os, on ne comprend pas que celui-ci reste inditlërent quand l'autre est affecté4 Ce sont les mêmes régions, les mêmes portions de squelette qui sont 1^ plus fréquemment affectées de périostite et d'ostéite : ainsi le tibia^ la clavicule, le cubitus, le radius, le crâne, le sternum, les métacarpiens, et cela sur les points de ces os qui sont les plus rapprochés de la peau.

PÉBIOSTITE.

La tumeur formée par l'inflammation du périoste, la périostose, se montre en même temps que les douleurs déjà décrites, quelquefois peu de jours après leur première manifestation. Cette tumeur, qui s'élève sur les portions du squelette déjà indiquées, n'est pas bien circonscrite; c'est plutôt un engorgement dont la partie la plus proéminente est arrondie, et dont les limites se perdent insensiblement dans les tissus voisins. La couleur de la peau n'est pas changée d'abord. Il y a quelquefois plusieurs périostoses sur un seul os, sur le tibia ou un os plat : les tumeurs alors sont plus petites; elles sont avec empâtement autour, et encore sans changement de couleur à la peau ; leur marche est ordinairement, mais non toujoui-s, aiguë, et, le plus souvent, la douleur qui est prononcée s'exaspère encore par la pression et par tout mouvement de l'os correspondant. La tumeur ou les tumeurs sont

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bien moins (fistinctes, bien plus difficiles à diagnostiquer quand elles s'élèvent sur un os enseveli sous de fortes couches musculaires comme le fémur.

Si les tumeurs sont plus superficielles et qu'on puisse les explorer directement, on les trouve comme pâteuses ; puis on constate un certain degré de fluctuation ; la peau, d'abord saine, mobile sur la tumeur, finit quelquefois par lui adhérer, s'altérer, s'ulcérer, et c'est ce qui arrive quand la périostose s'abcède. Mais cette terminaison est loin d'être la plus fréquente : la périostose peut, au contraire, disparaître par voie de résolution et de résolution franche ; elle peut aussi passer à l'état d'exostose, et souvent, alors, c'est la variété que je décrirai sous le nom d'exastose épiphysaire.

Selon H. Ricord, la périostose présenterait trois variétés principales :

!• La première variété, assez souvent indolente, fréquemment rapide dans son développement, a une durée ordinairement longue, se termine en général par une résolution franche. On trouve dans la tumeur un liquide séreux, séro-albumineux, ressemblant quelquefois au pus des scrofules, ou, dans certains cas, au liquide synovial. ^ La seconde variété aurait la marche des tumeurs inflammatoires ; elle serait aiguë, franche ou sul>-aiguê. La suppuration se déclare plus ou moins promptement, et alors il est rare que l'os sous-jacent ne soit pas atteint primitivement ou consécutivement. 3"^ La troisième variété, dont le développement est plus lent, serait néanmoins, souvent, trèsdouloureuse à la pression, et même sans qu'on y touche. On trouve alors que la tumeur est composée par des épanchements plastiques interlamellaires qui peuvent être les rudiments des exostoses dont il sera bientôt question.

Je possède l'observation complète d'une périostite de la clavicule qui est remarquable sous plusieurs rapports : Par la rapidité avec laquelle elle s'est établie après l'apparition du chancre, par l'absence des accidents du côté du tégument, et par le caractère fortement inflammatoire de la lésion qui nous a obligé d'employer les antiphlogistiques très-largement.

Le malade était couché salle 9 de mon service. Il entra le 11 décembre 1854 ; ses chancres dataient du 3 du même mois. Il y en avait un au fourreau de la verge, l'autre au gland. Ils étaient phagédéniques. Le ^, pendant que le malade prend des pihiles de Dupuytren, les chancres offrent un bon aspect^ la répiijraliflfn h'umoDce franchement, et le 8 janvier iSSS la cicatraaUôh Àrdfâ "-' ^

Hais dèf. le 28 du mois préoéâentjfill 'de préa-

4»S MALADIES VÉNÉRTEXNES DITES i:ONSP:CLTr^^.

làble, le m^ilade se plaint de souffrir de la clavicule droite* Ses don* leurs vont en augmentant, et le 1" janvier i 855 elles sont excessivement violentes^ s'exaspérant par la pression, les mouvemenU du hrm^ les efforts de toux ; !*e montrent plus vives la nuit de manière h empêcher tout sommeil, La peau qui recouvre la clavicule conserve sa coloration normale. Le gontlement de cet os s'étend de l'articulatioa sterno-claviculaire jusqu'à la réunion des deux tiers internes avec le tiers externe* Dans ceUe étendue la clavicule semble avoir le doublé de son épaisseur.

1*' janvier IB^iS, — Il ne reste plus qu'un chancre.

Les pilules de Dupuytren sont supprimées; S grammes iodure de potassium par jour ; IS sangsues sur les parties de l'os qui sont gonflées.

a janvier. — Même état : iodure de potassium, 3 gramtiie&; 20 sangsues sur rarticulation sterno-claviculaire ; opium le acwr, 3 centigranimea ; diète.

4-5 janvier. — Les douleurs sont toujours auîssi intenses : iodure de polassium, 4 grammes. Les deux racines du sterno<mastoiidien sont gontlées, dures dans l'étendue de 2 pouces.

6 janvier* — Leâ douleurs sont un peu moins vives- Vésicatoire sur la clavicule.

7 janvier* — Le malade est moins soutfrant , les mouvements du cou sont plus faciles, mais le bras, Tépaule ne peuvent encore être mis en mouvement sans provocalion de douleurs très*vives.

9 janvier. — Presque plus de douleur quand le malade reste immobile.

10 janvier. — Les douleurs ont à peu près complètement disparu, le gonflement de Textrémité interne de la clavicule persiste en partie. Le corps de Tos a à peu près son volume normal et le muscle est moins volumineux, plus souple. Les 4 grammes d'iodure de potassium sont continués. Cet état reste le même les jours suivants, le malade ne peut exécuter qu'avec peine des mouvements de rotation de la tête, le bras reste immobile à cause des douleurs que détermine la contraction des muscles de Fépaule.

Une exacerbation nécessite une nouvelle application de sangsues. Onctions mercurielles sur l'articulation sterno-claviculaire.

Enfin le malade sort à la fin de février 1855, complètement guéri, libre de tous ses membres.

On voit ici une périostose manifeste et syphilitique qui natt vingtcinq jours après l'apparition deschancres, chancres considérés comme non indurés mais phagédéniques. Il ne se passe rien du côté de la

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