CHAPITRE IL
BLENNORRHAGIE CHEZ l'BOMIE.
ARTICLE 1er.
Blennorrhagie nrétrale.
Causes. — H y a pour la blennorrhagie urétrale chez l'homme des prédispositions qu'on peut appeler organiques : ainsi le développement de la verge, l'agrandissement du méat urinaire, l'hypospadias. Ces dispositions favorisent l'introduction du muco-pus dans l'urètre, surtout la dernière anomalie, qui prolonge, pour ainsi dire, le méat vers les bourses, ouvre davantage l'urètre, et met la muqueuse en rapport avec le point du vagin où s'amassent les humeurs. Ces notions étiologiques devront faire éviter autant que possible les débridements du méat qui tendent à l'agrandir.
BLENN0RRHAG1E URÉTRALE.
En traitant de l'étiologie de la blennorrhagie, en général , j'ai cherché à apprécier l'influence de l'âge, du tempérament, des aliments et de quelques états pathologiques antécédents. J'ai dit que les causes directes étaient physiques, chimiques ou pathologiques. Ainsi, un calcul qui passe par l'urètre, une sonde qui le parcourt, une injection irritante, tous ces agents peuvent déterminer la sécrétion du muco-pus. Le coït trop souvent répété , celui qui est exercé avec des organes disproportionnés, la masturbation, le sang des règles, l'ichor du cancer, les lochies, le produit d'un catarrhe utérin ou vaginal, voilà tout autant de causes qui ont été accusées de produire la blennorrhagie.
Je répète à dessein que le pus spécifique, c'est-à-dire le pus contenant le virus syphilitique, est, selon moi, la cause la plus fréquente, la plus puissante de la blennorrhagie. Les auteurs qui ont -nié que cette matière virulente put donner lieù à une blennorrhagie syphilitique, ont admis son action sur les muqueuses comme simple irritant, et en même temps qu'on lui a refusé le pouvoir de produire une blennorrhagie syphilitique primitive , on lui a accordé celui de donner la même maladie, mais sous la forme d'accident secondaire. Le virus doit donc avoir une large place ici, et l'on ne devra jamais l'oublier quand il faudra instituer la thérapeutique. En effet, pour qu'elle soit complète, il faut qu'après les antiblennorrhagiques, on administre le traitement du chancre, bien entendu quand la blennorrhagie sera jugée spécifique.
Siège. — On a voulu préciser le point de l'urètre qui est lésé dans l'espèce de blennorrhagie dont je traite. Il résulte de mes recherches que le commencement de l'urètre est le plus souvent affecté. Ainsi Stoll indique le point de ce canal qui correspond au frein. Desault parle de la fosse naviculaire. Sur les deux suppliciés disséqués par J. Hunter, les deux urètres étaient un peu plus injectés de sang qu'à l'ordinaire, surtout vers le gland. Feu Cullerier mentionne aussi la fosse naviculaire, et, dernièrement, M. Ph. Boyer, ayant fait l'autopsie d'un sujet qui avait une blennorrhagie , nota une rougeur à la partie antérieure du canal. Swediaur prétend même que toutes les blennorrhagies urétrales ont pour siège la fosse naviculaire. Selon lui, quand l'inflammation est plus profonde, c'est qu'elle a été mal traitée, ou bien il y a eu suppression brusque de l'écoulement ou la circonstance d'une cause interne.
Je viens de faire l'autopsie d'un homme de trente-cinq ans qui était entré dans mon service pour une blennorrhagie urétrale commençante. Son admission a eu lieu le 28 février 1854. H fut pris le surlendemain d'une pneumonie double à laquelle il succomba. L'autopsie, outre
les traces les plus manifestes de l'affection pulmonaire , nous a montré une coloration d'un rouge pointillé commençant au méat de l'urètre et s'étendant à trois centimètres en marchant vers le col vésical. Pendant k centimètres la muqueuse restait normale, mais bientôt apparaissait une ligne rouge qui parcourait la face inférieure de l'urètre et allait jusqu'au col vésical, qui était un peu rouge. Le corps de cet organe était très-réduit; les parois étaient épaissies; la muqueuse, très-rouge, formait des plis saillants. Il y avait donc une cystite. Mais je l'attribue à l'action des cantharides, car de grands vésicatoires avaient été appliqués pour le traitement de la double pneumonie.
On a aussi désigné les annexes de l'urètre comme étant le siège de la blennorrhagie dont il s'agit. Astruc parle des vésicules séminales, de la prostate , des glandes de Cowper, des lacunes de l'urètre. Guillaume Rondelet accuse surtout la prostate de la gonorrhée virulente. M. A. Séverin indique l'espèce de lésion de cette glande; ce serait un abcès. On sait qu'avant Morgagni, la plupart des auteurs admettaient des ulcérations qui sécrétaient la matière purulente, laquelle, selon eux, ne pouvait être produite par une muqueuse sans solution de continuité. L'idée de placer la blennorrhagie dans une des glandes annexes de l'urètre a été suggérée par l'abondance de la matière de l'écoulement. Quoi qu'il en soit, c'est réellement la partie antérieure de l'urètre qui est d'abord, et le plus souvent, affectée. C'est là, comme dit M. B. Bell, le premier degré de la blennorrhagie, laquelle, par extension, peut envahir les autres points de l'urètre, et s'étendre, nonseulement aux glandules qui sont semées le long de ce canal, mais encore aux glandes de Cowper, à la prostate, aux vésicules séminales, à la vessie, et remonter jusqu'aux reins. La blennorrhagie a donc réellement occupé tous les sièges indiqués par les auteurs. Seulement il en est qui ne le sont qu'exceptionnellement, et en général il s'agit alors d'une complication, d'un accident. Ainsi certaines prostatites, certaines cystites, ne sont que des complications de la blennorrhagie urétrale; il en est de même de l'inflammation des tissus qui doublent l'urètre, lesquels peuvent s'enflammer au point de suppurer et de donner lieu à des abcès appelés péri-urétraux. J'en parlerai quand il sera question des accidents.
Symptômes et marclie. — La blennorrhagie apparaît de vingtquatre heures à trois jours après le coït suspect. « J'ai vu, dit Gullerier l'oncle, par extraordinaire, des écoulements établis du jour au lendemain ; j'en ai vu qui ne se montraient- qu'au bout d'un mois : j'ai été deux fois témoin de ces deux derniers cas. » Cullerier neveu et M. Rat-
BLENNORRHAGIE URÉTRALE.
tier parlent d'une blennorrhagie qui ne se serait déclarée que cinq mois après le coït. Voici le fait tel qu'il est rapporté par ces auteurs. « 11 y a dans ce moment-ci, à l'hôpital des vénériens, un homme âgé de cinquante-huit ans ? d'une bonne constitution, jouissant habituellement d'une bonne santé, et n'ayant jamais eu d'affection vénérienne. Il vit un jour une femme, avec laquelle quatre autres individus, qui ne furent point affectés, eurent également commerce. Ce ne fut que cinq mois plus tard que se montra la blennorrhagie. Elle dura quinze jours, après lesquels l'écoulement cessa et fut remplacé par des plaques muqueuses à l'anus et au front , affection pour laquelle il est venu réclamer mes soins. Quelle est la cause de ces phénomènes morbides? L'individu n'avait pas eu de rapport avec une femme , si ce n'est plus de huit ans avant le coït auquel se rapporte la maladie; il n'en a pas eu depuis1.» Pour moi, je répondrai que de tels faits sont à revoir. De pareils malades doivent subir une enquête habilement dirigée. Quand j'en rencontre, je les interroge et les fais interroger par plusieurs procédés et pendant plusieurs heures. Dernièrement un malade se présente à l'hôpital du Midi avec une blennorrhagie qui datait de trois jours, et cependant il n'avait eu aucun rapport luxurieux, aucun rapport sexuel depuis quatre mois. Je m'emparai de ce malade, je le soumis à une enquête suivie qui nous révéla la vérité. Il y avait cinq jours que ce malade, pour s'amuser, s'était injecté l'urètre avec une seringue qui servait à son ami, lequel avait une chaude-pisse.
Ordinairement l'écoulement n'est pas le premier symptôme qui se manifeste. Quelques malades éprouvent d'abord un prurit particulier au commencement de l'urètre , ou bien une pesanteur au périnée ; d'autres ont des tiraillements aux aines; il en est qui se plaignent d'un malaise général ou sont pris de frisson. Quelquefois il y a d'abord tous les symptômes de l'urétrite, moins l'écoulement , ce qui est une espèce de blennorrhagie sèche, laquelle ordinairement n'est qu'une phase de la vraie blennorrhagie. Quelquefois, au contraire, c'est l'écoulement qui précède tous les symptômes ; le malade aperçoit des taches à sa chemise, et il n'a encore rien éprouvé.
Voici d'ailleurs comment les choses se passent dans le plus grand nombre de cas : Le malade éprouve au commencement de l'urètre une sensation de prurit qui augmente et se convertit bientôt en douleur, surtout au moment de l'émission des urines; vient ensuite un suintement d'une humeur filante, légèrement trouble, qui se dessèche sur le linge. Astrucdit : « Le premier suintement par l'urètre est avec quelque senti-
i Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques.
ment de plaisir et englue les lèvres du méat 1 . Cette première humeur qui suinte a l'aspect du mucus nasal ; quand elle s'est desséchée, le premier jet d'urine cause une vive douleur en brisant la croûte muqueuse qui se reproduit bientôt. Bientôt les lèvres du méat se gonflent, elles sont plus rouges; la douleur augmente pendant la sortie de l'urine, qui, en parcourant l'urètre , donne lieu à une sensation de brûlure : de là le nom populaire de chaud 'e-pisse, celui à'arsure et celui d'incendie intérieur de la verge, très-anciennement employés. A mesure que la maladie devient plus intense, la douleur semble s'avancer toujours de plus en plus vers le col de la vessie ; on la développe en comprimant sur le trajet du canal : on trouve que la sensibilité de l'urètre et l'engorgement de ses parois s'étend peu à peu vers la partie postérieure , et que la matière de l'écoulement qu'on amène au méat arrive tous les jours d'un point plus éloigné. C'est ordinairement au cinquième jour qu'on observe ces symptômes; ils indiquent que l'urétrite est parfaitement établie. Alors, pendant l'émission des urines, la douleur est des plus violentes; elle est prononcée au périnée, et là elle est augmentée quand le malade croise les jambes et pendant la défécation, surtout s'il a des hémorrhoïdes. Le passage du sperme produit aussi de la douleur : lorsque l'inflammation dépasse la portion membraneuse de l'urètre, au moment de l'éjaculation, éclate une douleur déchirante; il semble qu'une forte traction soit exercée sur le canal pour l'arracher. Le sperme sort en bavant , comme par regorgement , et un peu après la contraction des muscles du périnée. Les érections sont douloureuses et d'autant plus fréquentes que le malade garde l'abstinence. On explique la douleur par le passage de l'urine sur la muqueuse enflammée , par l'inflammation elle-même , par l'obstacle dû à la tuméfaction de l'urètre et des conduits éjaculateurs, tuméfaction qui gêne l'émission de l'urine et du sperme.
Le jet d'urine est modifié: quelquefois il se bifurque, toujours il est diminué de volume. Si l'inflammation a gagné la prostate, il peut survenir une rétention complète d'urine.
La composition et l'aspect de l'écoulement varient. C'est un mélange de pus et de mucosité, et, comme on le dit maintenant, du muco-pus. Il est d'abord d'un blanc terne d'une consistance crémeuse, il donne sur le jaune, puis sur le vert; il est teint de sang dans les cas suraigus. Astruc dit que l'humeur est d'un jaune verdâtre, comme dans un certain degré de pneumonie. Le sang peut même sortir de l'urètre sous forme d'hémorrhagie.
1 Astruc, t. III, p. 2.
BLENNORRHAGIE URÉÏRALE.
Par les progrès de la maladie, le prépuce et le gland se tuméfient plus ou moins; le sommet de celui-ci ressemble à une cerise presque mûre. Les tissus sous-jacents à la muqueuse de l'urètre s'engorgent aussi. Les petites glandules où aboutissent les lacunes de Morgagni, les glandes de Cowper, la prostate elle-même, tous ces organes s'enflamment quelquefois; ils suppurent rarement, surtout la dernière glande.
On observe des érections pendant le cours de lablennorrhagie. Lorsque celle-ci est intense et que le sujet est très-nerveux, ces érections peuvent devenir très-fréquentes, douloureuses, très-opiniâtres. C'est alors un accident de la blennorrhagie qu'on appelle la cordée. Le malade qui a la cordée est souvent tourmenté quand il est au lit. Pendant les accès, la verge est dure, très-sensible, quelquefois même douloureuse. Elle conserve sa direction ordinaire, ou bien elle se courbe : dans le plus grand nombre des cas, c'est en bas, quelquefois sur un des côtés, rarement en haut. Astruc avait déjà signalé cette dernière courbure, B. Bell l'a observée deux foix; je l'ai constatée moi-même. La cordée peut avoir lieu à toutes les époques de la blennorrhagie ; mais c'est surtout quand l'inflammation est complètement établie, au second degré de B. Bell. On a vu persister la cordée, même après la disparition de tous les phénomènes inflammatoires.
Selon Hunter, la cordée a deux variétés : une inflammatoire, une spasmodique. Dans la première, l'inflammation ne se limite pas à la muqueuse et aux glandules , elle atteint le tissu réticulaire de l'urètre dans lequel s'épanche une lymphe coagulable ; les cellules adhèrent ensemble, les parois perdent leur souplesse , et le canal , ne pouvant suivre les corps caverneux dans leur développement, fait office de la corde qui retient l'arc; d'où la courbure de la verge. C'est pendant l'existence de cette forme de l'urétrite qu'il peut y avoir rupture partielle du canal au moment de l'éjaculation, et on sait que certains malades produisent cette solution de continuité par un coup sur la verge, et cela dans un but curatif. La cordée spasmodique ne serait qu'un phénomène nerveux; elle paraîtrait et disparaîtrait à des époques qui n'ont rien de constant.
Y a-t-il une blennorrhagie sèche? D'après Swediaur, l'inflammation de l'urètre devient quelquefois si forte, que la surface interne de cette partie et les orifices des glandes qui la tapissent ne fournissent aucune sécrétion, ce qu'on observe aussi quelquefois pendant l'inflammation de la membrane muqueuse du nez et des poumons. Dans les grands rhumes, tout écoulement est arrêté. Fabre prétend le contraire. C'est, selon lui, quand l'inflammation est plus intense. Il existe dans la
science un très-petit nombre d'observations bien faites , qui constatent Fabsence de l'écoulement avec tous les symptômes de la blennorrhagie. J'ai réellement observé des urétrites sans sécrétion morbide aucune. Cullerier et M. Ratier rapportent un fait qui est peut-être le plus authentique de ceux que la science possède. Du reste, cette forme d'urétrite n'est jamais sèche dans toutes ses périodes ; c'est seulement vers le commencement ou vers la fin que l'écoulement manque. C'est pendant cette période qu'elle est devenue sèche chez le malade dont parle Cullerier.
La durée des principaux symptômes de la blennorrhagie est de dix, quinze, vingt jours même : puis ils s'amendent ; alors les douleurs n'ont lieu que pendant l'émission des urines , les érections sont moins fréquentes et la matière de l'écoulement est en moins grande quantité. Du reste, cette humeur devient jaune, puis d'un blanc sale; elle tend enfin à prendre les caractères du mucus, ce qui est un signe d'une terminaison heureuse. Mais, quand après la cessation des principaux symptômes, la matière de l'écoulement ne revêt pas cette consistance, cette élasticité particulière qui caractérisent le mucus ; quand, au contraire, les gouttes se séparent facilement commes celles d'un lait un peu épais, il y a à craindre un état chronique. Alors l'écoulement prend quelquefois une forme intermittente , il cesse pour revenir encore : il est, comme on le dit vulgairement, à répétition. Il consiste parfois en une goutte qui sort tous les matins, si l'on presse le gland avant d'uriner. Les retours s'opèrent par le moindre écart de régime, par le coït, etc. Quelquefois, au contraire, le coït avec une femme saine les fait disparaître pour longtemps. Dans ces différents états, la douleur proprement dite n'existe pas, l'écoulement semble tout à fait passif, rien n'indique la moindre irritation de l'urètre : ce canal semble avoir contracté l'habitude d'une sécrétion anormale qui n'exige aucune congestion inflammatoire pour s'effectuer. C'est là la blennorrhée de Swediaur que je décrirai à part. Ordinairement alors l'urine impressionne le canal, et il semble qu'il n5y ait plus le même rapport entre la sensibilité de l'urètre et les propriétés de ce liquide.
Diagnostic. — Ici la question du chancre larvé surgit encore. Je l'ai déjà traitée en parlant de la blennorrhagie en général. Chez la femme, le spéculum bien appliqué fait reconnaître s'il y a des ulcérations sur le col de la matrice, sur les parois du vagin, ou bien s'il n'y a qu'une inflammation blennorrhagique. Chez l'homme, les difficultés sont grandes, si l'on veut établir le diagnostic d'un chancre profond de l'urètre. On a dit que le cathétérisme indiquerait, là où est le chancre, une inégalité. Mais un épaississement^ une lacune de la muqueuse,
BLENNORRHAGIE URÊTRALË.
pourraient aussi produire le même effet. Vient l'inoculation : or rien de plus incertain que ce moyen, puisque le pus du chancre n'est inoculable qu'à une certaine période, puisqu'au lieu d'inoculer le produit du prétendu chancre profond, on inoculerait surtout le pus fourni par la portion de l'urètre qui est en avant du chancre, là où, selon les partisans de ce procédé de diagnostic, l'inflammation serait simple. Ces difficultés ne sont pas niées par ceux qui ont fait jouer un si grand rôle au chancre urétral dans la production des écoulements virulents. Je répète que n'étant pas convaincu de l'existence du chancre profond, et n'admettant que celui du méat, celui de la fosse naviculaire, celui du commencement même de l'urètre, les difficultés, les incertitudes de l'inoculation me préoccupent moins. Le chancre de l'origine de l'urètre se distingue de la blennorrhagie par une dureté , un empâtement , une douleur sous le gland. En écartant les lèvres du méat, on peut voir quelquefois la surface ulcéreuse. L'humeur qui sort de l'urètre est peu abondante; c'est un pus mal lié, plutôt séreux que muqueux, et ordinairement il y a bubon inguinal plus ou moins prononcé.
Comme pour toutes les blennorrhagies, il est difficile de distinguer la blennorrhagie urétrale simple, celle qui n'est qu'une inflammation catarrhale, de la blennorrhagie virulente. Mais en parlant de la blennorrhagie en général, j'ai dit que l'incubation, l'écoulement avec une tendance à l'état chronique, devront faire pencher pour l'écoulement spécifique : au contraire, dans les cas où la blennorrhagie est la suite d'un excès de coït, quand sa marche est rapide , le début très-voisin de cet excès, si la terminaison est franche, rapide, il y a de fortes présomptions en faveur d'une blennorrhagie simple. S'il survient des accidents syphilitiques, le diagnostic est fait.
Pronostic. — Le pronostic de l'urétrite est relatif à son siège. Plus l'inflammation devient profonde et se rapproche du col vésical, plus elle est grave. Ce sont les blennorrhagies à tendance chronique, celles qu'on traite mal, qui marchent vers la vessie , qui compromettent la prostate et les vésicules séminales, qui préparent des rétrécissements; d'où la nécessité d'un traitement rationnel. Les urétrites, chez les vieillards, sont plus menaçantes pour la prostate et la vessie : chez les jeunes sujets, ce sont les testicules qui se prennent plus facilement.
Anaiomie pathologique. — Comme on a rarement l'occasion de faire des ouvertures de sujets ayant des blennorrhagies, l'anatomie est ici très-peu riche. Ainsi que je l'ai noté, en parlant de la blennorrhagie en général, on a observé des colorations d'un rouge vif de la membrane muqueuse, des épaississements de cette membrane, des
infiltrations plastiques du tissu cellulaire sous-jacent, des abcès. On observe aussi des ulcérations non syphilitiques dont la réparation par un tissu inodulaire peut donner lieu à un rétrécissement. Cet effet est produit par la réparation de la perte de substance ayant donné passage au pus qui, des tissus entourant l'urètre, est passé dans ce canal. Voyez d'ailleurs ce que j'ai dit sur le siège de la blennorrhagie.
Accidents. — J'ai déjà parlé de la cordée. Les autres accidents seront étudiés dans des articles à part et comme des maladies faisant suite à la blennorrhagie.
Traitement. — En parlant de la blennorrhagie en général, j'ai posé les bases de la thérapeutique; je vais maintenant entrer dans les détails et indiquer les procédés qui sont plus particulièrement applicables à la blennorrhagie urétrale. Il est bien entendu que je ne les décrirai pas tous. Il me serait impossible surtout de reproduire toutes les formules. Je choisirai.
1° Méthode abortive et injections. — La méthode abortive se présente ici avec ses plus grandes prétentions. 1° Elle se propose d'éteindre rapidement l'inflammation , ce qui préviendrait les accidents de cette maladie; 2° de neutraliser le virus, de le détruire sur place. J'ai fait connaître mon opinion sur cette méthode dans les généralités sur la blennorrhagie. J'ai dit qu'elle serait rationnelle , au début même du mal, avant l'établissement de l'inflammation, au moment de l'inoculation. Or le chirurgien n'assiste presque jamais à ce début. Elle ne serait donc applicable que dans des cas bien exceptionnels. M. Debeney la généralise et l'applique à toutes les périodes de la blennorrhagie, à la blennorrhée,et, selon lui, aucune, même des plus chroniques, ne résiste quand son procédé a été bien suivi. M. Debeney préfère les injections caustiques.
Un reproche très-ancien , très-général et presque populaire adressé aux injections, c'est de produire des rétrécissements. On a répondu que le rétrécissement n'était, en réalité, qu'une urétrite qui s'était trop prolongée; or, le meilleur moyen d'éviter cet accident, c'était de couper court à l'inflammation , de la faire avorter enfin. Cette réponse, déjà vieille, puisqu'elle a d'abord été faite par M. Bell , serait sans réplique si, réellement, on supprimait l'inflammation , si seulement on l'abrégeait. Or, rien de moins prouvé. Pendant une année entière, j'ai employé les injections caustiques contre la blennorrhagie, et une seule fois j'ai obtenu une guérison qui n'a exigé qu'une semaine de traitement. Dans presque tous les autres cas, la cure a été retardée, et trois fois l'urétrite a déterminé d'une manière très-rapide un rétrécissement qui m'a forcé de renoncer aux injections pour employer les antiphlo-
BLENNORRHAGIE URÉTRALE.
gistiques les plus soutenus, les plus énergiques. Un de ces malades a fini par guérir à la suite d'une dilatation modérée par les bougies de cire jaune; les deux autres, ennuyés des lenteurs du traitement , ont demandé leur exeat; six sont sortis avec des blennorrhées que je n'ai pu tarir. Parmi ces derniers /plusieurs ont eu probablement des coarctations. On me dira que j'ai opéré à tous les degrés de la blennorrhagie; c'est vrai; sans cela, je n'aurais pas par devers moi un nombre considérable d'observations. Je suis persuadé que ceux qui voudraient n'employer la méthode abortive que lorsque l'inflammation est à l'état d'imminence, l'emploieraient bien rarement, par la raison déjà donnée; il est toujours trop tard quand nous sommes consultés. Ce que je dis de l'inflammation qu'on veut prévenir, je puis le répéter pour l'infection syphilitique qu'on veut éviter. Encore ici, on arrive presque toujours tard. J'ai la conviction que beaucoup de praticiens qui croient n'opérer qu'à la première période de la blennorrhagie, opèrent en réalité à diverses périodes, et sous ce rapport, leur pratique s'éloigne bien moins qu'on ne pense de celle de M. Debeney.
Ainsi, ce que je reproche à la méthode abortive, c'est de ne pas faire avorter, c'est de faire le contraire. Quant aux orchites,aux abcès, aux arthrites, aux ophthalmies qu'on a voulu mettre sur le compte des injections caustiques, je crois qu'on a assombri le tableau, et même beaucoup. J'ai déjà dit qu'une injection caustique avait violemment enflammé l'urètre et la vessie dans une circonstance qui compromit, sinon la vie du malade, du moins la paix de son ménage. C'est d'ailleurs là le plus grave accident aigu observé par moi. Mais les accidents les plus fréquents, les plus redoutables, ne sont pas primitifs ; ils sont tardifs : ce sont, je le répète encore, les rétrécissements. Il est évident qu'une membrane muqueuse cautérisée, brûlée, subira une solution de continuité, une espèce d'ulcération dont la réparation se fera toujours, plus ou moins, au détriment des diamètres, de la souplesse du canal. Ce qui a trompé les médecins de bonne foi sur l'efficacité des injections caustiques, c'est que réellement, après la douleur et les effets instantanés de ce moyen, il y a suppression de l'écoulement, suppression d'un symptôme de la maladie. Mais, on n'a pas supprimé pour cela l'urétrite ; on l'a rendue sèche, voilà tout, et elle ne sera telle que passagèrement, provisoirement. Or, l'injection caustique n'est pas le seul moyen qui sèche ainsi une blennorrhagie ; on peut obtenir le même résultat par tous les moyens énergiques appartenant à la thérapeutique raisonnée ou empirique de la blennorrhagie. Ainsi, le copahu produit souvent cet effet, le cubèbe aussi, et j'ai supprimé plus d'une blennorrhagie par une application de sangsues au périnée. Mais, dans
le plus grand nombre des cas, il y a des retours, et ce sont ces retours» qu'il faut noter, qu'on doit savoir avouer, si Ton veut être utile à la science.
Dans les généralités sur la blennorrhagie, j'ai déjà prouvé que la prétention de la faire avorter était fort ancienne. En parlant de la thérapeutique de la blennorrhagie, en général, j'ai fait connaître quelques critiques très-justes d'Astruc. Je vais maintenant transcrire un passage de cet auteur qui prouve que Musitan se flattait de guérir à l'instant même : « Prenez de l'eau de plantain, huit onces. Dissolvez-y du mercure doux réduit en poudre impalpable; agitez le tout ensemble, et, avec une seringue d'ivoire, injectez trois fois par jour dans l'urètre une once de cette liqueur après l'avoir fait tiédir. »
M. Debeney, dans un cas qu'il a intitulé Blennorrhagie avec irritatation du col vésical, employa la formule suivante :
Selon M. Debeney, le chirurgien fera lui-même l'injection; il procédera d'abord à un lavage du canal pour que le muco-pus n'empêche pasl'action directe sur la muqueuse : ce lavage sera fait avec la solution d'azotate d'argent à la dose ordinaire d'un trentième; on laisse échapper le liquide. Immédiatement après il est pratiqué une autre injection qu'on retient environ une minute dans le canal, si l'on veut agir profondément. On fait progresser le liquide par des pressions avec les doigts, lesquelles sont dirigées vers la racine de la verge.
Voici la formule adoptée par M. Ricord et sa manière de procéder 1 :
Le malade est assis sur le bord d'une chaise ; la verge est légèrement tendue et l'extrémité de la seringue introduite dans le canal. On presse sur les lèvres du méat afin de les appliquer exactement sur la canule. L'injection sera brusque : on surprend ainsi la muqueuse ; autrement l'urètre pourrait revenir sur lui-même et s'opposer à la progression du liquide ; la moitié du contenu de la seringue suffit pour que tout le canal soit humecté. On avertira le malade des sensations qu'il doit éprouver, car il pourrait attribuer aux progrès de la maladie ce qui n'est qu'une conséquence passagère du traitement. Il éclate de vives douleurs après.
1 Af. Debeney a réclamé cette formule.
Azotate d'argent cristallisé, Eau distillée .
4 grammes.
30 grammes.
Azotate d'argent, Eau distillée
1 gramme.
30 grammes.
BLENNORRHAGIE URÉTRALE.
cette injection, l'écoulement augmente, une exhalation séreuse, sérosanguinolente ou sanguine se fait à la surface de la muqueuse ; elle est bientôt remplacée par la sécrétion d'un pus phlegmoneux formant bouchon dans Furètre. La première émission d'urine est extrêmement douloureuse, les douleurs sont au maximum dans la portion de l'urètre qui correspond au gland. Le jet d'urine peut affecter toutes les variétés de formes qu'on observe dans les rétrécissements. Les douleurs peuvent être amoindries si l'on fait uriner les malades, la verge plongée dans l'eau fraîche et s'ils ne font pas d'efforts. Ces accidents cessent dans les vingt-quatre heures. Si l'exhalation sanguine et la suppuration persistent, les injections ne seront répétées qu'après la disparition de ces symptômes.
Chez certains malades la blennorrhagie cesse brusquement après la sortie de quelques globules, la guérison est précédée de la sortie d'un mucus filant qui disparaît bientôt. Quelquefois le muco-pus verdâtre reparaît; on doit s'attendre alors à la persistance de la blennorrhagie.
Si ce traitement dit abortif échoue, on voit, au troisième jour, que les caractères de la blennorrhagie se reproduisent. Ce temps de répit est quelquefois plus prolongé, et il se passe ainsi cinq à six jours sans que l'écoulement reparaisse. Ce sont ces cas qui ont le plus contribué à faire croire à une guérison complète, quand il n'y avait de supprimé qu'un élément de la maladie, le muco-pus. Mais l'observateur attentif qui suit ces malades, et les interroge avec soin, apprend d'eux qu'il reste dans l'urètre des modifications de la sensibilité^ de la chaleur insolite, surtout au moment de l'émission des urines; quelquefois c'est une véritable douleur, ou bien un prurit et les besoins d'uriner sont plus fréquents. Les faits démontrent enfin que l'urétrite persiste, qu'il reste une urétrite sèche, laquelle reprendra bientôt tous les caractères de la vraie blennorrhagie.
C'est quand l'écoulement revient qu'on répète l'injection, si toutefois elle n'a pas perdu crédit auprès du praticien ou du malade. M. Ricord avoue que l'injection au nitrate d'argent selon la formule qu'il a employée si longtemps peut déterminer des lipothymies, des syncopes, une hémorrhagie, une rétention d'urine. Ajoutez à cela la douleur qui éclate au moment de l'injection, et déjà les inconvénients d'une pareille méthode ne seront plus douteux.
Ce qu'il faut bien savoir, c'est que la méthode abortive de M. Ricord ne se composait pas seulement d'injections plus ou moins violentes, car ce praticien y joignait les balsamiques dont je vais parler bientôt. Or, comme ces balsamiques sont donnés à haute dose, comme ils sont très-énergiques, et peuvent à eux seuls guérir avec rapidité les bien-
norrhagies, on comprend que les auteurs qui ont confondu les résultats de M. Ricord avec les faits de M. Debeney dans une même statistique, ont fourni une preuve bien complète de leur ignorance des règles les plus vulgaires de la véritable numération médicale.
Ce que je viens de dire sur la pratique de M. Ricord est extrait de ses leçons insérées dans la Gazette des hôpitaux. Aujourd'hui je trouve dans les additions de la seconde, édition de Hunter *, que cet expérimentateur reconnaît enfin les inconvénients des injections au nitrate d'argent à forte dose, et y a presque entièrement renoncé. M. . Ricord préfère aujourd'hui la formule suivante :
On a tenté les injections au chloroforme. Il a été publié des guérisons qui ressemblent aux faits qu'on a donnés comme favorables aux injections de nitrate d'argent à haute dose. C'est au début que le chloroforme serait employé, c'est-à-dire à la période de la maladie qui n'est presque jamais observée par le médecin.
2° Balsamiques. — Je vais étudier maintenant les balsamiques. II faut placer en première ligne le copahu. C'est un oléo-résineux qui découle d'un arbre d'Amérique, des Antilles, et qu'on cultive encore ailleurs. M. Guibourt préfère, pour l'administration intérieure, le copahu de Cayenne. Il peut être administré depuis la dose de 10 gouttes jusqu'à celle de 60 grammes par jour. Mais la dose la plus convenable est celle qui va de 15 à 30 grammes par jour. On la divise en trois prises, chacune est administrée à une heure la plus éloignée possible des repas. On continue jusqu'à cessation complète de la blennorrhagie et même alors on ne discontinue pas complètement le balsamique; la dose est seulement diminuée pour ne la supprimer complètement que huit à dix jours après la guérison apparente. Pur et liquide, le copahu a une action prompte et énergique. Mais le dégoût, les renvois, les vomissements ont obligé les praticiens à avoir recours aux correctifs, aux adjuvants, afin de le faire tolérer par l'estomac. On a donc solidifié le copahu avec la magnésie pour en faire des pilules. Il a été incarcéré dans des capsules. Les pilules, très-dures, sont difficiles à digérer, et sont quelquefois rendues entières par les selles. Les capsules ont quelquefois cet inconvénient. D'ailleurs, sous cette forme, il est difficile d'administrer de fortes doses de copahu, à moins de mul-
Eau de rose
Sulfate de zinc. . .
Acétate de plomb
200 grammes.
2 grammes.
2 grammes.
i P. là?.
BLENN0RRHAG1E URETRALE.
tiplier considérablement le nombre des pilules ou capsules, ce qui serait au préjudice de l'estomac. La potion est une forme plus sûre, mais il faut encore ici des correctifs. Je vais les indiquer par des formules. La plus célèbre est celle-ci qui porte le nom de Choppart :
Copahu GO grammes.
Alcool rectifié GO grammes.
Sirop de baume de Tolu GO grammes.
Eau de menthe poivrée GO grammes.
Eau de fleurs d'oranger 60 grammes.
Alcool acétique 8 grammes.
Malgré ces correctifs, il est des malades qui ne peuvent supporter le copahu ainsi administré. J'en ai vu cependant qui le prenaient sans répugnance; un d'entre eux en était presque gourmand. On donne cette potion par cuillerées, de deux à six par jour.
A l'hôpital du Gros-Caillou, on se trouve bien de la formule de M. Gimelle, que voici :
Copahu 12 grammes.
Cubèbe 8 grammes.
Vin aromatique 125 grammes.
A prendre en une seule fois après avoir fortement agité la fiole.
Le vin aromatique est là pour prévenir les vomissements.
On a aussi donné le copahu en lavement d'après la formule suivante :
Copahu 22 grammes.
Jaune d'œuf n° l .
Extrait gommeux d'opium 5 centigram.
Eau 192 grammes.
A garder.
Avant le lavement au copahu, on devra administrer un lavement simple, pour vider l'intestin.
J'ai l'habitude de combiner le copahu avec le cubèbe de la manière
suivante :
Copahu 1 tiers.
Cubèbe 2 tiers.
Essence de menthe q. s.
Faites s. a. un électuaire de GO grammes à prendre en cinq jours.
Les bols sont faits par le malade; il les revêt de pain azyme. Il est ordinairement guéri après avoir épuisé deux fois cette quantité d'électuaire, bien entendu quand il a été convenablement préparé par les moyens que j'indiquerai bientôt.
Quelques praticiens commencent par de petites doses de copahu, qu'ils élèvent lentement, progressivement, mais jamais très-fortes. Ce mode d'administration est moins efficace et plus compromettant pour le tube digestif.
Les malades auxquels on vient d'administrer le copahu sont pris d'abord d'une soif très-vive, ils ont une sécheresse très-marquée à la gorge, ils boivent abondamment. Il faut les contenir, afin que, rendant moins souvent leurs urines, celles-ci soient pour ainsi dire plus balsamiques, plus imprégnées des principes que le sang leur transmet. Ce ne sont pas là les seuls effets du copahu. Quelquefois il agit sur l'estomac de manière à provoquer des vomissements par le dégoût. Ces vomissements arrivent parfois plus tard et sont dus à une autre modification du ventricule; ils seraient plutôt Feff et alors d'une irritation de cet organe.
Plus souvent c'est l'intestin qui souffre, et les selles sont quelquefois assez copieuses pour constituer une superpurgation. On a observé aussi des vomissements et des selles en même temps, enfin des accidents cholériformes. Quelquefois, au contraire, il y a constipation. Il peut arriver, et ceci est plus heureux, qu'il ne se passe rien d'insolite du côté des voies digestives. Dans les trois cas la blennorrhagie peut être supprimée, et même rapidement. Ce résultat, il faut en convenir, est plus fréquent, plus complet quand les voies digestives ont bien toléré le copahu.
On a voulu expliquer le mode d'action de cette substance. L'école française, en majorité, a attribué, la guérison à un déplacement d'une irritation qui se serait portée de l'urètre dans le canal intestinal. L'école italienne ne voit dans le copahu ni irritant ni spécifique, c'est un hyposthénisantantiphlogistique; au lieu d'accélérer le pouls, de lui donner plus de force, comme on le dit généralement, le copahu, au contraire, ralentit et affaiblit le pouls. Selon M. Ricord, il y a un élément du copahu qui passe dans le sang, va dans les reins, lesquels alors sécrètent une urine ayant des propriétés médicatrices qui agissent avantageusement sur la muqueuse de l'urètre. L'action du copahu sur les reins est quelquefois accusée par des douleurs contusives vers les lombes, douleurs qui cessent dès qu'on suspend le copahu, ce qui prouve qu'il ne s'agit pas alors d'une néphrite blennorrhagique.
Peu importent le mode d'action et l'explication, ce qu'il faut retenir, c'est que le copahu est le plus puissant des antiblennorrhagiques. S'il n'est pas souvent employé, c'est qu'il est réellement antipathique à beaucoup de malades, auxquels il inspire un dégoût insurmontable.
Il y a un accident dont je n'ai rien dit encore, et qui pourrait tromper
BLENNORRHAGIE URÉTRALE.
le jeune praticien : il se passe du côté de la peau. C'est quelquefois un érythème, une variété de roséole, ou une urticaire. On observe plus fréquemment ces effets du copahu au printemps et en automne. Dans le plus grand nombre des cas, cette éruption, qui varie selon les indi vidus, est avec prurit plus ou moins marqué. Le rouge des taches est comme vineux. On rencontre plus souvent cet exanthème comme groupé au niveau des jointures et du côté de l'extension. Il devient très-rarement général. On Ta vu envahir les oreilles, la nuque, le cuir chevelu. Il y a rarement fièvre. Sa guérison est rapide; elle a quelquefois lieu deux jours après la suspension du copahu, il est rare qu'elle se fasse attendre huit jours. Le printemps et l'été de 1854 ont été fertiles en éruptions de ce genre. L'électuaire que j'administre ordinairement et qui ne contient qu'un tiers de copahu en produisait souvent. Comme il est prouvé que cette éruption ne favorise pas la guérison de la blennorrhagie et qu'elle l'aggraverait plutôt, on fera bien alors de supprimer le copahu, de laisser reposer le malade, auquel on donnera pendant quelque temps une boisson acidulée avant de le soumettre à un autre antiblennorrhagique.
Étudions maintenant le cubèbe. C'est une variété de poivre réduit en poudre, laquelle rappelle un peu l'odeur du copahu. Sa saveur est chaude, piquante et un peu amère. Comme je l'ai déjà dit, je mêle souvent cette poudre au copahu pour en composer un électuaire. On en a fait aussi un extrait et on l'a infusé. C'est en poudre que ce poivre est le plus fréquemment administré. On donne deux paquets de 10 et quelquefois de 20 grammes par jour. On est allé quelquefois jusqu'à 70 grammes par jour.
Le cubèbe ne soulève pas l'estomac, n'inspire pas de la répugnance comme le copahu ; il produit moins souvent des vomissements et surtout ne purge pas. Il produit même souvent un effet contraire à ce dernier. Quelquefois l'estomac est tonifié ; l'appétit devient vif et la nutrition plus active. Il est très-rare que le cubèbe produise des éruptions cutanées comme celles du copahu. Cependant il est des cas, peu fréquents à la vérité, où le cubèbe n'est pas mieux supporté que le copahu. Certains sujets ne peuvent même tolérer aucun antiblennorrhagique administré par la bouche et même parle rectum; ce qu'il y a de plus malheureux, c'est que quelquefois alors les injections ne réussissent pas. Je traite dans ce moment-ci un sujet très-nerveux qui m'offre toutes ces antipathies. Quand on veut administrer le cubèbe, on vide le paquet de poudre dans un demi-verre d'infusion de tilleul et de feuilles d'oranger, ou bien on l'enveloppe dans du pain à cacheter^ ou bien on peut l'incarcérer dans des capsules, en faire des dragées.
3° Traitement de l'auteur. — Voici ma manière de procéder quand j'ai à traiter une blennorrhagie. Je commence toujours par lesantiphlogistiques que je gradue selon la période et l'intensité de la blennorrhagie. Ainsi, dans le plus grand nombre des cas, j'administre d'abord des bains, une tisane adoucissante, et je recommande le repos. Si le sujet est vigoureux, sanguin, si la blennorrhagie est intense, douloureuse, avec érections fréquentes, j'ajoute une émission sanguine : c'est ordinairement une application de vingt sangsues au périnée. Il arrive quelquefois que ces moyens, aidés d'un régime doux, suffisent, c'est-à-dire qu'après huit jours de leur emploi, il y a déclin de la blennorrhagie. Si l'écoulement persiste, j'en viens aux antiblennorrhagiques indirects, au copahu ou au cubèbe, mais le plus souvent, à une combinaison des deux, c'est-à-dire à l'électuaire dont j'ai déjà donné la formule. Après le repos, les bains seuls, ou aidés des sangsues, l'électuaire agit très-rapidement et très-énergiquement; il est extrêmement rare qu'il produise sur le col de la vessie ces effets qu'on observe, quand il est employé sans antiphlogistiques préalables, effets qui sont marqués par des envies fréquentes d'uriner, par des urines rougeâtres, quelquefois sanguinolentes, ou par une dysurie plus ou moins prononcée.
Jamais je n'en viens, du premier coup, aux injections. Ce moyen n'est employé par moi qu'en troisième lieu, c'est-à-dire quand les antiphlogistiques, quand les antiblennorrhagiques indirects, n'ont pas complètement fait cesser l'écoulement. Alors seulement je permets des injections non caustiques, mais astringentes. Je me sers beaucoup de la formule suivante, qui est ancienne, très-peu en rapport avec les principes de la chimie, mais qui est excellente au point de vue pratique:
Agitez la fiole. Au moins deux injections, quelquefois quatre par jour.
Quand j'ai recours à l'azotate d'argent, c'est en général comme astringent, et alors je préfère la formule suivante :
Le nitrate d'argent, comme caustique, sera préférablement employé à l'état solide. On se servira d'un porte-caustique droit pour la première portion de l'urètre, et du porte-caustique courbe de Lallemand pour les portions membraneuse et prostatique. Tl ne faut avoir recours
Eau de rose
Sous-acétate de plomb Sulfate de zinc. ......
150 grammes.
50 centigram.
50 centigram.
Eau de rose. . . .
Azotate d'argent
200 grammes.
2 décigram.
BLENNORRHAGIE URÉTRALE. 89
à ce moyen que dans l'état chronique, quand il y a lieu de croire que la blennorrhagie s'est cantonnée sur un point limité de l'urètre.
Un long et fréquent usage de la méthode de traitement que je viens d'exposer, soit à l'hôpital, soit en ville, me permet de soutenir que ses résultats sont plus certains et même plus rapides que ceux qu'on a pu obtenir par les méthodes dont la prétention est de marcher beaucoup plus vite. Dans tous les cas, il est facile de voir que cette méthode n'a ni les inconvénients ni les dangers de celle qu'on appelle abortive.
Il est un phénomène bien impatientant pour le malade, et dont j'ai parlé dans la symptomatologie, la cordée; c'est une roideur de l'urètre qui ne lui permet pas de suivre les corps caverneux pendant l'érection. Encore ici, dans le plus grand nombre des cas, le premier et le meilleur moyen, c'est une application de sangsues au périnée. Viennent ensuite les calmants proprement dits, l'opium, le camphre, lajuFquiame. On combine souvent les deux premiers moyens ainsi :
Camphre 5 décigram.
Extrait d'opium 5 .décigram.
Jaune d'œuf n° 1.
Eau 160 grammes.
Pour un lavement.
Autre lavement :
Eau 200 grammes.
Camphre 50 grammes.
Jaune d'œuf n° 1 .
On préfère en général les pilules suivantes :
Camphre de 10 à 30 centigram.
Extrait d'opium de 2 1/2 à 5 centigram.
Mucilage q. s.
Une , deux ou trois pilules par jour en commençant après midi.
On peut aussi administrer à l'intérieur 30 ou 40 gouttes de laudanum au moment du coucher, ou quand les premières érections ont lieu. La thridace a été aussi administrée avec le camphre d'après la formule suivante :
Thridace 2 grammes.
Camphre 2 grammes.
Faire 15 pillules : en prendre deux par jour.
M. Debout a obtenu de bons effets du lupulin. Je l'ai employé
deux fois avec avantage ; d'autres fois il a produit des effets insignifiants ou nuls.
Les réfrigérants sur les parties génitales, sur les pieds, une promenade sur des dalles froides ; ces moyens ont quelquefois réussi. Le malade sort de son lit, se promène pieds nus et se soulage ainsi. Mais il arrive quelquefois que l'érection n'en devient que plus forte une fois que le malade, remis au lit, s'est réchaufïé.
La jusquiame noire a quelquefois été administrée avec succès par B. Bell, et cela quand l'opium avait échoué. Le chirurgien anglais a donné depuis un grain d'extrait jusqu'à huit grains, trois fois le jour; il est arrivé à cette dernière dose, après avoir accoutumé le malade à ce moyen pendant quelques semaines1. Mais, si pendant ces quelques semaines, le malade a souffert de la cordée, je crois qu'il eut été préférable de passer à un autre moyen.
On a employé aussi une foule de topiques. J'ai une fois réussi à calmer une cordée avec érection très-douloureuse par des onctions mercurielles sur le trajet de l'urètre au-devant des bourses. Je laisse une couche épaisse d'onguent sur la verge après les frictions. On peut appliquer des compresses trempées dans moitié eau fraîche, moitié laudanum; on en couvrira la verge, le scrotum, le périnée. L'eaude-vie, l'huile camphrées ont été appliquées de la même manière, ainsi que l'eau blanche. Quand il n'y a qu'érection, qu'un spasme compliquant l'urétrite superficielle, ces moyens réussissent. Mais si la cordée dépend d'une inflammation qui gagne les tissus recouverts par la muqueuse, si déjà de la lymphe plastique se répand dans le tissu cellulaire, les antispasmodiques, les calmants pris dans la classe des moyens que je viens d'indiquer échouent; il faut alors en venir aux antiphlogistiques proprement dits, aux saignées locales et quelquefois à la saignée du bras, surtout si le sujet est jeune, vigoureux, pléthorique. M. Bell a proposé, comme d'autres médecins, d'abaisser la verge, de la lier contre une cuisse. Dans ces derniers temps, on a conseillé de tirer sur le prépuce, de presser sur son extrémité, de le lier même afin d'exercer une espèce de compression sur le gland et la verge par son fourreau. Ces moyens, qui peuvent avoir réussi dans certains cas d'érections non très-douloureuses, seraient insuffisants et pourraient même produire un effet contraire à celui qu'on attend, et cela dans les cas de cordées réellement inflammatoires et douloureuses. Il faut défendre aux gens du peuple ces pratiques barbares qui consistent : 1° à placer la verge sur un corps solide pour la frapper avec le
BLENNORRHAGIE URÉTRALE.
poing et rompre ainsi la corde, 2° ou bien à se livrer à la masturbation, 3° enfin au coït. Il arrive quelquefois que, par ces manœuvres, il s'opère une rupture d'un point de l'urètre avec une perte de sang qui semble soulager le malade. Mais le malheureux se prépare ainsi un rétrécissement et s'expose à des accidents immédiats qui peuvent devenir mortels. Un infirmier militaire, âgé de 23 ans, atteint depuis plusieurs mois d'une urétrite qui avait résisté au copahu et aux injections, avait essayé de rompre la corde en voyant la même femme qui l'avait infecté. Le coït fut suivi d'une hémorrhagie considérable et d'une aggravation immédiate des accidents inflammatoires : tuméfaction de la verge, ecchymose sous-cutanée très-manifeste, émission des urines suspendue; puis inflammation gangréneuse de la verge, cystite, état typhoïde, et mort au bout de huit jours. Telle fut la marche de la maladie. Les désordres constatés par l'autopsie démontrèrent une inflammation violente de l'appareil urinaire compliquée de péritonite et une déchirure de l'urètre ayant deux centimètres de longueur sur un centimètre et demi de largeur. Cette ouverture aboutissait à une cavité en cul-de-sac creusée par la gangrène et la suppuration entre la paroi urétrale et le tégument pénien K
L'hygiène devra être recommandée. Ainsi, on diminuera la quantité des aliments qui seront choisis parmi ceux qui n'excitent pas. On devra dire au malade de ne pas trop se couvrir quand il sera couché, et de faire alors quelques lotions fraîches sur la verge.
Le malade ne manque presque jamais de demander à son médecin l'époque à laquelle il pourra approcher les femmes. Il faut se rappeler ici que rien ne récidive plus facilement que la blennorrhagie et que souvent il reste encore un foyer d'irritation, quand rien ne peut être observé par le médecin, quand rien n'est éprouvé par le malade. On verra souvent un écoulement disparu depuis huit jours se renouveler après une pollution nocturne ou une autre excitation. Ainsi le mé-decin ne pourrait guère permettre les rapports sexuels qu'après quinze jours d'une disparition entière des symptômes.
§ 1. — Maladies qui peuvent être considérées comme des accidents, des suites de la blennorrhagie urétrale.
Ces maladies sont nombreuses, puisque par le fait d'une urétrite, toutes les pièces de l'appareil génito-urinaire peuvent être affectées. Je ne dois cependant m'occuper ici que des accidents les plus prochaine-
1 Dufour, Journal de médecine de Bordeaux , 1853.
ment liés à l'affection primitive, les autres étant étudiés dans tous les livres de chirurgie. Ainsi, les rétrécissements de l'urètre, les affections chroniques de la prostate, les maladies des voies séminales, ne pourraient entrer dans mon cadre qu'en l'élargissant d'une manière disproportionnée '. Mais je traiterai successivement de la blennorrhée, qui est, pour ainsi dire, une continuation de la blennorrhagie ; des abcès peri-urétraux ; des douleurs, des sensations perverties de l'urètre; puis de l'orchite, de la prostatite, de la cystite, de la néphrite, de l'arthrite, de l'ophthalmie blennorrhagiques, accidents quelquefois très-graves qu'il faut chercher à prévenir, qu'on doit souvent combattre, et dont l'étude ne peut être séparée de la lésion urétrale.
BLENNORRHÉE .
D'après Swediaur, la blennorrhée est l'écoulement passif (fluxus pissivus), comme la blennorrhagie est l'écoulement actifs inflammatoire (fluxus activus). Tout en acceptant la dénomination de Swediaur, parce qu'elle est généralement admise, je ne puis lui conserver, au moins pour la majorité des cas, le sens que lui donne le syphiliographe anglais, parce que, dans mon opinion, la blennorrhée, c'est-à-dire l'écoulement qui survient, en général, après l'écoulement blennorrhagique, ou qui le continue, qui est plus muqueux et moins abondant, écoulement qui persiste ou cesse momentanément pour revenir encore, enfin cet état qu'on a appelé aussi suintement habituel, goutte militaire', cela n'est autre qu'une inflammation chronique de l'urètre avec ou sans complication d'une inflammation analogue dans les annexes de ce canal. J'ai déjà fait entendre que cette opinion ne doit pas être acceptée dans son sens le plus absolu, car il peut s'établir des suintements sans blennorrhagie préalable, c'est-à-dire sans écoulement aigu. Je ne voudrais donc pas nier l'écoulement passif ou du moins tout à fait indépendant d'une urétrite actuelle ou déjà éteinte.
Le point où la blennorrhagie cesse et où la blennorrhée commence n'est pas facile à fixer. Il est des auteurs qui professent que l'écoulement cesse d'être blennorrhagique et devient su in tement quand il n'est plus contagieux. Pour d'autres, ce serait quand il n'est plus trouble, quand il devient transparent, gluant -comme du mucus. Mais on sait combien sont infidèles les moyens de constater la contagion d'un écoulement urétral, et quant à la transparence, à son état muqueux, il est d'observation que ce caractère peut changer d'un jour à l'autre. En
1 Voyez d'ailleurs mon Traité de pathologie externe et de médecine opératoire.
BLENNORRHÉE. 93
effet, la goutte, qui aujourd'hui sera transparente, muqueuse, pourra demain être opaque et plus ou moins purulente, et cela sous l'influence du moindre écart de régime. Du reste, l'idée qu'on doit se faire de la blennorrhée sera mieux comprise quand j'aurai exposé ses causes.
Causes.- La principale, la plus fréquente cause du suintement est la permanence de l'urétrite qui produisait l'écoulement blennorrhagique, mais avec le caractère de chronicité. Pour moi, la blennorrhée est surtout une blennorrhagie chronique. En effet, lorsque après quarante, cinquante jours, l'écoulement blennorrhagique ne cesse pas ou cesse pour se reproduire, l'état chronique est à craindre. Alors, si l'on observe bien et le malade et ce qui l'entoure, on trouve que son hygiène n'est pas régulière, qu'il a abusé des bains, des liqueurs fermentées, de l'équitation, que son tempérament est lymphatique ou bilieux ; ou bien il y a en lui un vice scrofuleux, rhumatismal, dartreux ou syphilitique.
M. Cazenave fait un# large part à la syphilis dans l'étiologie de la blennorrhée. Selon lui, tous ces écoulements peu abondants qui se perpétuent, qui se répètent, sont dus à une disposition morbide laissée par le virus qui a d'abord impressionné l'urètre : les blennorrhées, enfin, ne seraient que des restes d'une blennorrhagie virulente non entièrement guérie.
Quand on ne peut supposer une diathèse ou un vice particulier, on trouve que le malade ne s'est pas soumis aux règles de l'hygiène ; pendant le traitement, au déclin de la blennorrhagie, il n'a pu garder le repos nécessaire, il n'a pas su s'abstenir de certains aliments, de certaines boissons; enfin son hygiène a été irrégulière, comme je l'ai déjà dit. Il faut surtout noter la fréquentation des femmes même sans coït et l'abus des plaisirs solitaires. Parmi les blennorrhées que j'ai traitées en ville, j'en compte beaucoup que je puis attribuer à la présence d'une compagne auprès de laquelle le malade ne pouvait pas toujours rester insensible, et dans mon hôpital, j'ai pu savoir que les malades les plus jeunes, qui avaient des écoulements opiniâtres, étaient enclins à la masturbation.
Il ne faut pas omettre dans l'étiologie l'absence de toute thérapeutique ou un traitement mal dirigé. En parlant de celui de la blennorrhagie, j'ai signalé comme cause d'urétrite chronique le traitement dit abortif, parce que c'est, selon moi, celui qui fait le moins avorter et qui prolonge le plus la maladie.
Si l'on jette un coup d'œil général sur ces causes, on trouve qu'elles sont de deux ordres : les unes diathésiques, les autres irritantes, excitantes. Les premières sont celles qui impriment aux blennorrhagies un
caractère de chronicité et de spécificité qui les rend extrêmement rebelles au traitement. Ce sont alors des cas compliqués, car il y a eu d'abord l'élément inflammatoire auquel s'est ajouté l'élément rhumatismal, dartreux, strumeux ou syphilitique. On prévoit déjà ici les embarras de la thérapeutique, qui sera surtout en défaut si la complication a sa source dans la constitution même de l'individu. Ainsi il est des sujets à dispositions catarrhales, à écoulements, sans provocation aucune, par les oreilles, le nez, les yeux, qui, une fois atteints de blennorrhagie, ne voient plus la fin de l'écoulement. Ce sont ces malades qui peuvent avoir des suintements d'emblée, c'est-à-dire des blennorrhées qui n'ont pas été préalablement des blennorrhagies. Les causes excitantes sont surtout dans les écarts d'hygiène. Le malade se livre trop à son travail, ne cesse pas ses rapports plus ou moins luxurieux, et ne choisit pas ses aliments.
Siège et caractères anatomiqaeis, — J'ai déjà établi que le siège premier de la blennorrhagie était au commencement de l'urètre, sur le point le plus voisin du gland. Le siége^le pins ordinaire de la blennorrhée est, au contraire, vers la fin de l'urètre, sur le point le plus voisin de la prostate. M. Baumès est très-explicite sur ce point. Cependant, on a vu des blennorhées dont le point de départ était moins profond. Il en est même dont le siège est semblable à celui de la blennorrhagie commençante. Il arrive, en effet, que Furétrite devient chronique là où elle a été primitivement aiguë. J'en ai la conviction ; car, en touchant la fosse naviculaire avec Fazotate d'argent, j'ai dompté des blennorrhées très-tenaces. Quand la blennorrhée est le symptôme d'un rétrécissement, c'est en général versla courbure de l'urètre qu'on trouve la lésion matérielle, c'est-à-dire l'épaississement, l'induration du tissu cellulaire sous-muqueux. Il est quelquefois difficile d'assigner le siège, les caractères anatomiques de la blennorrhée ; alors elle résulte de cette disposition aux sécrétions muqueuses dont je viens de parler en traitant des causes. La muqueuse de l'urètre peut dans ces cas conserver l'aspect normal, comme on le voit pour la muqueuse nasale, même pendant qu'elle est dans un état d'hypersécrétion très-marqué.
Sympiomos. — Le suintement n'est pas toujours continu; souvent il offre une espèce d'intermittence. Ainsi il arrive que le méat urinaire est toujours humecté, et les linges en contact avec lui sont toujours plus ou moins tachés, ou bien l'humeur paraît plus particulièrement à certains moments : ce sera le matin, ou après un léger exercice, ou après le repas. Quelquefois ce n'est que quand, par des pressions de l'urètre d'arrière en avant, on ramène l'humeur dans ce sens. C'est ce qui arrive lorsque le suintement a pour point de départ les parties
^BLENNORRHÉE .
profondes du canal. Il est alors épais, visqueux, en très-petite quantité; étant entraîné de temps en temps par l'urine, il se présente rarement de lui-même au méat, ou ce n'est tout au plus que le matin, lorsque l'urine n'a pas été expulsée pendant la nuit. Si le siège de la blennorrhée est à la fosse naviculaire, on peut, en quelque sorte, obtenir à volonté la goutte; il n'y a qu'à presser sur le gland. Cette partie est alors assez souvent sensible à cette pression. Elle est un peu engorgée; l'une ou l'autre des lèvres du méat, et quelquefois les deux, sont violacées ; en les écartant, l'urètre paraît d'un rouge violet. Si le siège de la sécrétion est dans les parties profondes du canal, il peut paraître sans pression, le long du canal; mais il faut pour cela une certaine abondance de la matière sécrétée. Ainsi la quantité, la consistance, la viscosité de l'humeur, l'excrétion plus ou moins fréquente de l'urine, peuvent avoir de l'influence sur la manière dont l'écoulement se présente à l'observateur. Dans tous les cas, les diverses positions de la verge doivent plus ou moins favoriser l'apparition au méat de la matière du suintement.
L'humeur peut être tout à fait transparente, gluante, comme le dit B. Bell, et c'est alors qu'on la croit non contagieuse ; elle peut être d'un blanc grisâtre, d'un blanc laiteux; le pus est plus ou moins combiné, plus ou moins séparé du mucus. Les taches du linge sont ordinairement d'un jaune très-pâle; quelquefois elles paraissent à peine sur la chemise ; elles sont d'un blanc grisâtre; le plus souvent il y a un point central un peu foncé, le reste est très-clair. Quelquefois le linge qui vient d'être imprégné a une odeur fade et aigrelette. D'après Hunter, quand les globules du pus, au lieu de nager dans la sérosité, sont suspendus dans un mucus filant, on ne doit plus craindre la contagion. M. Baumès est moins rassurant. Selon le médecin de Lyon, lorsque l'écoulement est simplement muqueux, transparent, limpide, incolore, filant, glaireux, il paraît moins contagiéux; mais, même avec ces caractères, et sans globules purulents, l'écoulement peut encore être contagieux ; seulement la contagion est alors moins fréquente, voilà tout.
En général, la blennorrhée n'est pas douloureuse; cependant la sensibilité de l'urètre n'est pas normale; le malade parle de démangeaisons dans le canal, vers le périnée où il y a aussi une certaine pesanteur, ou bien il éprouve une sensation vermiculaire qui de l'urètre s'étend au rectum, et qu'il rapporte surtout à cette partie. Quelquefois même c'est pour cette incommodité, et non pour la lésion de l'urètre, qu'il consulte. Il croit, le plus souvent, avoir des vers ascarides dans le rectum. Je le répète, dans la blennorrhée, il y a absence
de douleur proprement dite, et quand, à la suite d'un excès, elle se manifeste, elle a lieu vers le gland, au moment où l'urine arrive à la fosse naviculaire, ou lorsque les dernières gouttes sont rendues. C'est alors le commencement de l'urètre qui est enflammé chroniquement. Les mêmes douleurs peuvent exister dans les cas d'inflammation de la portion la plus profonde de l'urètre, là où est le siège le plus fréquent de la lésion quand l'urétrite est devenue ancienne. Mais alors aux douleurs se joignent des ardeurs vers le col de la vessie, des besoins fréquents d'uriner; il y a plus ou moins de dépôt dans les urines; on observe des symptômes de la cystite du col. Du reste tous les symptômes peuvent varier, surtout celui qui porte sur la couleur de l'écoulement, sur la quantité. Il arrive même quelquefois que la blennorrhée la plus chronique passe subitement à l'état aigu. Les malades, en général, sont enchantés de ce changement qui peut amener leur guérison. Leur espoir n'est pas toujours trompé. Au moment où ceci est écrit j'ai sous mes yeux un sujet qui a vu une blennorrhée des plus désespérantes passer à l'état de blennorrhagie , laquelle ayant été promptement guérie rien n'a plus reparu. Mais en général, après la blennorrhagie la blennorrhée revient pour s'éterniser, surtout si l'inflammation intermittente n'est pas convenablement traitée . Le sujet dont je viens de parler fut traité de sa blennorrhagie avec énergie. C'est ce qui assura sa guérison. Du moins, je le crois.
Diagnostic. — Le diagnostic de la blennorrhée, en général, n'est pas difficile. La difficulté est dans la distinction des cas qui sont contagieux de ceux qui ne le sont pas. Ce qu'on peut dire de moins incertain, c'est que, quand l'écoulement est tout à fait muqueux, sans mélange de pus, la contagion est moins à craindre; ce qu'on peut avancer de plus hasardé, c'est que, quand l'écoulement revêt ces caractères, il y a déjà longtemps qu'il n'est plus contagieux. 11 est évident que beaucoup de suintements, même très-troubles , très-peu tenaces , comme laiteux, quelquefois même manifestement colorés, sont souvent inoffensifs, et que les femmes n'ont nullement été compromises par leurs rapports avec certains porteurs de gouttes. Mais, à côté de ces faits assez nombreux, on trouve des exceptions qui ont été la cause de plus d'un malheur domestique. Je connais deux cas de contagion par des gouttes qu'on traitait très-légèrement, malgré lesquelles le mariage fut permis. Ils ont été cependant la cause de deux séparations. Une des femmes contaminées a mis au jour un enfant qui a succombé à trois mois et couvert de pustules. Ainsi la plus grande incertitude régnant sur les moyeus de distinguer si un suintement est contagieux ou non, le praticien devra toujours le consi-
BLENNORRHÉE.
érer comme contagieux , quand il sera consulté par un homme iortant la goutte et demandant s'il peut se marier.
Pronostic. — La blennorrhée étant, dans le plus grand nombre es cas, une urétrite chronique dont le siège est à la partie la plus proonde du^canal, là où sont les orifices des canaux éjaculateurs et touchant . la prostate et au col vésical, on comprend que, sous une excitation [uelconque, une cause provocatrice, cette inflammation peut s'étendre ,ux vésicules séminales , à la vessie et à la glande que je viens de tommer. Ainsi , il n'est pas rare d'observer des désordres du côté des ésicules séminales, des pertes nocturnes, diurnes, à la suite de ces nflammations d'abord urétrales qui se sont propagées dans le voisitage. Plus d'un catarrhe vésical a été causé par une blennorrhée surîxcitée. Les engorgements prostatiques ont souvent ce point de départ; l'est incontestable pour l'âge adulte. Chez les vieillards, ils peuvent ;tre dus à l'hypertrophie spontanée sans inflammation préalable de 'urètre ; c'est là une vérité reconnue. Mais prétendre , comme II. A. Mercier, que l'urétrite est absolument étrangère au développenent de cette hypertrophie, ce serait aller trop loin. Je pense, au conraire, que dans l'étiologie des engorgements prostatiques des vieillards, l faut tenir grand compte de l'urétrite. Si, pendant l'examen des antéîédents, on ne l'a pas trouvée, c'est quelquefois parce qu'elle était trèsîloignée, parce qu'elle avait existé à un âge oublieux, ou dont on veut oublier quelques détails. Le pronostic de la blennorrhée est donc grave, iu point de vue de la femme qui doit avoir des rapports avec l'homme affecté de blennorrhée, au point de vue de la santé, de la constitution des enfants qui peuvent naitre de ces rapports, au point de vue du porteur lui-même de ce suintement.
J'ai déjà parlé des dangers de l'urétrite lorsqu'elle devenait extensive : elle est encore très à craindre quand elle se concentre sur un point trèslimité, car c'est alors que le tissu cellulaire sous-muqueux s'engorge, se condense, et qu'il se forme des rétrécissements.
Le suintement, même inoffensif au point de vue de la contagion , celui qui n'a en rien entravé les fonctions des organes génito-urin aires, peut avoir une influence désastreuse sur le moral. On ne saurait croire ce que peut, quelquefois, sur l'esprit la circonstance seule d'une goutte d'humeur qui apparaît dans un moment de la journée au méat urinaire. Tous ceux qui sont souvent consultés pour des affections vénériennes savent le désespoir de certains malades et possèdent des lettres écrites par eux dans les termes les plus sombres. D'autres, au contraire, sont trèsinsoucieux de cet état : ce sont les plus compromettants pour les femmes.
Tracement. — Ici, on devra prendre en grande considération
toutes les causes que j'ai fait connaître en commençant. Mais la base principale sera fournie par l'idée que j'ai constamment cherché à mettre en relief, Fidée de l'urétrite. Tout praticien qui s'inspirera de cette idée peut compter sur des succès bien plus fréquents, bien plus assurés que celui qui choisira l'idée contraire. Ainsi, pour moi, la base principale de la thérapeutique de la blennorrhée n'est autre que celle de la thérapeutique de la blennorrhagie. Dans les deux cas, c'est Furétrite que je poursuis. Je me conforme surtout à ce principe quand la blennorrhagie n'a pas été traitée ou quand elle a été mal traitée, si l'on n'a pas employé d'abord des antiphiogistiques, si les règles de l'hygiène n'ont pas été observées, et quand la convalescence de la blennorrhagie n'a pas été observée. Dans les cas où ces principes ont été observés, si l'on s'est soumis à ces règles, je n'insiste pas sur les antiphiogistiques, et j'ai plutôt recours aux astringents directs, aux dérivatifs, enfin aux moyens qu'on met généralement en usage pour combattre la blennorrhée, non comme symptôme d'une inflammation, mais comme maladie essentiellement catarrhale.
Ce n'est pas le lieu de tracer les règles du traitement qui s'adresse à toute la constitution, aux diathèses. Je dirai seulement que quand on peut soupçonner l'élément rhumatismal, alors le changement de climat, une habitation sèche et chaude, les bains de vapeur, les aloetiques, devront avoir de très-bons résultats. Ce sont surtout les blennorrhées de cette catégorie qu'on a vues disparaître à la suite de l'exercice du cheval, après une saison de chasse, après un voyage dans un climat chaud, surtout quand une sueur supprimée a été rappelée ou quand une nouvelle s'est établie. Si l'élément strumeux est soupçonné, on pourra avoir recours aux préparations d'iode. C'est dans cette catégorie que doivent être rangés les cas de succès des bains de mer si vantés par Hunter. Dans les cas où le principe dartreux vient compliquer la blennorrhagie et la faire passer à l'état de blennorrhée très-rebelle, on devra répéter les purgatifs, préférer les sels, éloigner le régime irritant, tout excitant diffusible , sans cependant proscrire les toniques proprement dits. C'est dans quelques cas de blennorrhée coïncidant avec l'eczéma et avec le tempérament muqueux dont j'ai parlé tantôt, c'est alors que j'ai recours avec avantage aux préparations ferrugineuses administrées à l'intérieur : ainsi les pilules de Valette ou des dragées ferrugineuses que je fais faire. Celles-ci contiennent 5 centigrammes chacune de lactate de fer. J'en donne d'abord trois par jour, et les malades vont jusqu'à six, huit, si Festomac se montre tolérant, si la constipation n'est pas très-opiniâtre.
Les dérivatifs, tels que vesicatoires, cautères, appliqués plus ou moins
BLENNORRHÉE.
près de l'urètre, doivent être préférés dans les cas où le rhumatisme et les dartres entrent comme élément complicatif. B. Bell louait beaucoup le vésicatoire appliqué sur le périnée. Dans ces derniers temps, on est revenu à l'emploi de ce moyen, même pendant les périodes aiguës de Furétrite. Dans la blennorrhagie, on l'appliquerait sur le trajet de l'urètre au-devant des bourses. Mais, ce moyen il a été employé concurremment ou immédiatement après certaines injections, on ne peut rien dire sur ses effets réels. Il faudra toujours le considérer comme un moyen à employer après les autres, qui sont moins douloureux et ont moins d'inconvénients.
Quand il y aura lieu de supposer que la blennorrhée est un accident syphilitique primitif qui s'est prolongé ou un accident consécutif, on devra suivre le traitement général de la vérole.
Les antiblennorrhagiques directs et indirects ont dû nécessairement être dirigés contre la blennorrhée : ainsi le cubèbe , le copahu. Si la blennorrhée fait suite à une blennorrhagie manquée, c'est-à-dire dont la guérison n'a pu s'effectuer , soit parce que le traitement a été mal institué ou mal suivi, soit parce que la convalescence n'a pas été faite, alors, après des applications de sangsues au périnée, sur le trajet de la portion antiscrotale de l'urètre, on donnera le copahu, le cubèbe, et plus souvent la combinaison des deux avec lesquels je compose un électuaire suivant la formule que j'ai fait connaître quand il s'est agi du traitement de la blennorrhagie. Mais on n'enlève pas une blennorrhée comme une blennorrhagie, et ces moyens longtemps continués, à la dose que j'ai indiquée, pourraient singulièrement fatiguer les voies digestives; il faut donc affaiblir les doses, suspendre même de temps en temps ces médicaments, ou leur substituer la térébenthine dont le malade prendra jusqu'à 4 grammes par jour. Si l'estomac est encore intolérant, on en vient aux injections. On les a énormément variées. Ici je reprends celles que j'ai formulées au traitement de la blennorrhagie. Tantôt j'injecte 150 grammes d'eau avec 50 centigrammes de sulfate de zinc et d'acétate de plomb; tantôt je me sers de l'azotate d'argent; 5 centigrammes de ce sel pour 50 grammes d'eau. Les injections seront plus souvent répétées que pour la blennorrhagie. Dans certains cas rebelles, on n'injectera pas seulement deux fois, quatre fois par jour, mais on pourra employer les injections coup sur coup. Je dois plus d'un succès à cette manière de se servir du liquide astringent. Je préfère alors l'injection au sulfate de zinc et à l'acétate de plomb. Quelquefois j'ai seulement employé l'eau fraîche.
On peut aussi se servir de la formule n° 18 de B. Bell, qui doit être traduite ainsi ;
JOO
Sulfate de zinc Eau distillée. . ,
2 grammes.
280 grammes.
On pourra faire suivre cette injection de celle-ci :
Sulfate d'alumine et de potasse. . 1 à 2 grammes. Eau distillée 60 grammes.
On a beaucoup employé les injections vineuses avec des astringents végétaux, selon les formules que voici :
Faites macérer pendant quarante-huit heures.
On s'est proposé aussi d'agir par les injections sur la cause , sur le vice qui entretenait la blennorrhée. Dans le cas où Ton supposait les scrofules, M. Ricord a expérimenté les injections à l'iodure de fer (1 grain d'iodure de fer par once ) ; puis il est allé jusqu'à 18 grains pour la même quantité de liquide. Certains malades, porteurs de blennorrhées tenaces, ont été guéris en quatre ou cinq jours. Chez d'autres, l'injection a ramené l'état aigu ; au lieu du muco-pus, on a vu couler une sérosité sanguinolente, et après la cessation de ces injections, l'écoulement a tari. D'autres malades ont été très-irrités et non guéris. Il est très-probable que ces injections iodurées sont tout simplement des injections irritantes et non antidiathésiques.
L'injection la plus douce peut irriter le canal au point d'obliger le praticien à les suspendre pour y avoir recours de nouveau quelques jours après. Si, à cette reprise, l'irritation revient, si surtout elle se reproduit plus vive, il faut renoncer aux injections, ou du moins à la formule qui a donné de pareils résultats.
Il arrive souvent, lorsque les moyens préalables ont été employés et que l'injection a été bien choisie, que le suintement diminue ; on continue alors à injecter jusqu'à cessation complète. On en fera même encore une dizaine environ, en les éloignant de manière à mettre, entre elles, deux ou trois jours d'intervalle. Quelquefois, sans augmenter l'irritation urétrale, sans faire renaître l'inflammation, l'injection a pour premier effet d'augmenter l'écoulement ; il faudra la suspendre alors après quatre ou cinq jours d'expérience. Si, après ce temps, on
Gros vin rouge du Midi Tannin pur
60 grammes.
5 centigram.
Gros vin rouge. .
Quinquina rouge
60 grammes.
4 grammes.
BLENNORRHÉE.
constate une diminution de suintement, on reprend l'injection, et il est probable qu'alors le succès sera complet.
J'ai déjà dit que les injections caustiques étaient employées non-seulement contre l'état aigu, la blennorrhagie, mais aussi contre l'état chronique , la blennorrhée. Il arrive souvent alors qu'après les effets instantanés , primitifs du caustique , on observe une disparition de la goutte. Mais prenez-y garde, la maladie peut n'être que masquée; on a alors une blennorrhagie sèche , une inflammation urétrale sans sécrétion, qui , en devenant moins intense, reproduira les effets qui n'avaient été qu'ajournés ; car la cause revenant, c'est-à-dire l'irritation de l'urètre ramenée à son premier état, reproduira le même suintement avec son même caractère de ténacité, si même il n'est pas encore plus persistant.
Je ne proscris pas les caustiques du traitement des écoulements urétraux, même de ceux qui sont liés à un état inflammatoire , car l'analogie me force à les admettre et la clinique m'a déjà fourni assez de faits pour confirmer l'analogie. Ainsi, la cautérisation légère du commencement de l'urètre, la cautérisation de la portion profonde de ce canal, est rationnelle, car alors on n'agit que sur le point, malade ; c'est de cette manière qu'on modifie la muqueuse oculaire dans certaines de ses inflammations. Quand le siège de la blennorrhée est profond , il est difficile de bien le préciser, de bien l'attaquer et de n'attaquer que lui. On devra, avant d'avoir recours au porte-caustique , explorer le canal de l'urètre avec des sondes ordinaires, avec des bougies. Au moment où l'instrument explorateur passe sur le point enflammé ou induré, le malade accuse une douleur quelquefois vive, et le chirurgien sent que le bout de l'instrument ne glisse pas aussi facilement ; son trajet est moins égal , il rencontre un petit embarras , une rugosité. J'avoue que cette exploration n'est pas facile ; je crois qu'on n'arrive à en tirer parti qu'après une longue habitude; mais on y arrive. M. Baumes, par exemple, en fait un guide de sa pratique. On évitera de confondre les deux sensations mentionnées , celle que le malade éprouve et celle du chirurgien, avec les sensations qui ont lieu aussi au moment où l'instrument franchit la courbure de l'urètre , au moment où il pénètre dans la vessie, quand on va trop loin. Une fois le point sensible et rugueux atteint par l'instrument explorateur, il faut mesurer sur lui la distance, la rapporter au porte-caustique , et introduire celui-ci dans l'urètre. Quand on a démasqué le caustique, on le fait tourner rapidement sur son axe, pour que la cuvette agisse circulairement. Un bain sera donné après cette petite opération, qu'on peut répéter à deux, trois ou quatre jours d'intervalle, selon les effets produits.
Il a été fait quelquefois usage de bougies enduites d'une pommade plus ou moins irritante, ou calmante , ou sédative : ainsi la pommade d'azotate d'argent (5 centigrammes azotate d'argent par 4 grammes axonge), puis celle au camphre. J'ai quelquefois employé utilement la pommade suivante :
On s'est borné, dans certains cas, à l'onguent mercuriel ou au cérat mercuriel.On applique aussi les bougies à nu : elles agissent alors comme agents physiques ; elles modifient la sensibilité de l'urètre , tannent , pour ainsi dire, la membrane muqueuse qui change alors son mode de sécrétion. J'ai employé ce moyen avec le plus grand avantage, surtout dans deux cas qui m'ont été offerts par deux malades très-bien placés dans la société , et préoccupés de cette goutte au point de considérer la vie comme un fardeau. Je me sers ordinairement de bougies de cire jaune.
Le vésicatoire au périnée et les bougies étaient considérés par B. Bell comme les moyens les plus efficaces. Ce praticien a insisté sur leur usage et a tracé quelques règles d'application. Il faut, selon lui, choisir des bougies fort douces qui stimulent légèrement les parties sans exciter d'inflammation : elles deviennent souvent extrêmement utiles, non-seulement en stimulant ainsi les parties affaiblies, mais en les soutenant par leur volume et par leurs formes ; elles sont moins dangereuses que les injections, lors même qu'elles stimulent plus qu'on ne le voulait ou qu'on ne s'y attendait , car l'inflammation qui peut alors survenir est toujours accompagnée d'un écoulement passager très-propre à prévenir les inconvénients qui pourraient résulter de leur usage.
Les bougies seront aussi grosses que peut le permettre la capacité de l'urètre. Selon B. Bell, il est plus essentiel dans cette variété de suintement que dans toute autre maladie, que les bougies soient d'une grosseur raisonnable , car c'est surtout en raison de leur volume qu'elles réussissent dans ce cas. On reconnaît, en général, au bout de peu de jours, si les bougies devront être utiles ou non ; on ne doit néanmoins jamais en espérer un avantage durable, si on ne les continue fort longtemps. Les suintements anciens exigent l'usage des bougies pendant dix ou même douze semaines ; elles ne sont abandonnées que quand la guérison est accomplie. Il est bon cependant de les suspendre à différents intervalles pour reconnaître leurs effets. Tant qu'on les in-
Onguent mercuriel..
Extrait de belladone
1 tiers.
2 tiers.