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ACCIDENTS ATTRIBUÉS A LIODURE DE POTASSIUM

A la rigueur, ce ne sont pas de véritables accidents que j'ai à décrire ici ; ce sont, dans le plus grand nombre de cas, des effets pathogéniques qui disparaissent dès qu'on cesse l'administration de ce remède et qui n'ont presque jamais une véritable gravité. Ces effets se produisent du côté des muqueuses du nez, des yeux, de la bouche, de l'estomac, des intestins ; ils peuvent être observés aussi du côté des voies urinaires, de la peau et du système nerveux.

L'action la plus prompte et la plus fréquente se produit du côté des muqueusespituitaire et oculaire. Souvent les malades sont pris, au début de Fiodure de potassium à une dose un peu forte, d'un coryza quelquefois assez aigu. On observe en même temps des symptômes prononcés d'ophthalmie catarrho-œdémateuse avec chémosis séreux plus ou moins prononcé et œdème des paupières ; ce n'est quelquefois qu'une simple rougeur. Il est rare que ces deux muqueuses deviennent le siège d'une sécrétion muco-purulente. J'ai observé un malade aux chambres payantes de l'hôpital du Midi, dont la conjonctive se boursoufla d'abord, puis survint une effusion sanguine du tissu cellulaire des paupières qui teignit ces voiles absolument comme une ecchymose. Le malade, vu de loin, semblait porter de larges lunettes d'un bleu violacé. Je le traitais pour un engorgement chronique d'un testicule ; il était fort débilité ; il ne prenait qu'un gramme d'iodure par jour.

La salivation est assez fréquente ; elle est très-analogue à celle des femmes enceintes ; c'est une sorte de régurgitation d'une salive salée d'un goût métallique et amère. Elle simule, jusqu'à un certain point, la salivation mercurielle, car on rencontre chez quelques malades un peu de gonflement érythémateux, œdémateux des gencives; mais cette congestion ne va jamais jusqu'à l'inflammation comme dans la salivation mercurielle. D'ailleurs le ptyalisme iodique n'est jamais avec ulcé-

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ration de la muqueuse buccale ; il n'y a pas d'odeur particulière, de fétidité de l'haleine. Selon M. Payan, la chimie a pu démontrer la présence de l'iodure dans la salive *.

Les voies digestives tolèrent bien l'iodure, dans le plus grand nombre des cas, et Ton a vu souvent l'appétit augmenter pendant son administration, surtout à petites doses; mais quelquefois les malades se plaignent d'une douleur, d'un sentiment de gêne dans la région du grand cul- de-sac de l'estomac. Cette douleur a parfois de l'analogie avec la pleurodynie. Wallace avait déjà fait cette remarque; il parle de la toux, de la gêne de la respiration. Mais ici la douleur est plus profonde que dans la pleurodynie. Dans certains cas, la soif est augmentée, quoique le plus ordinairement l'appétit seul soit accru et la nutrition fortement activée, de manière que les malades prennent bientôt de l'embonpoint. On a observé, mais rarement, des vomissements et de la diarrhée. M. Payan cite un enfant scrofuleux chez lequel l'iodure de potassium aurait produit une gastro-entérite chronique qui a mis près d'un mois à se dissiper. Je dirai d'abord qu'une gastro-entérite chronique qui ne persiste pas plus longtemps est un accident fort peu grave, et j'ajouterai que M. Payan signale une mauvaise nourriture comme ayant pu jouer un rôle ici.

J'ai noté quelquefois des douleurs vives dans les oreilles. J'ai supposé alors que l'irritation de la gorge avait passé dans l'oreille par la trompe d'Eustache. Je traite actuellement un jeune artiste dramatique très-nerveux, qui par la moindre dose d'iodure de potassium a un resserrement de la mâchoire, une espèce de trismus avec tendance au délire. Il y a dans la salle 10 de mon service, à l'hôpital du Midi, un malade chez lequel un gramme d'iodure par jour produit une céphalalgie intolérable.

On a signalé aussi, mais rarement, des symptômes de bronchite. Quelques phénomènes peuvent se présenter du côté de la peau : ce sont, le plus souvent, des éruptions qui se rapportent à l'acné, à la forme ecthymateuse à très-petites pustules. Je traite en ville un malade dont le visage se couvre d'une éruption semblable à celle du début de la variole, et cela le lendemain de l'administration de l'iodure, si l'on dépasse 1 gramme. Il est bien plus rare d'observer la maladie tachetée de Weslohl. M. Payan en cite un exemple dans son mémoire. Le sujet était lymphatique. Il prenait de l'iodure depuis deux mois. Il apparut aux deux jambes des taches comme des ecchymoses résultant d'une contusion.

i Voyez le travail de ce médecin sur l'emploi de l'iodure de potassium, etc., p. 221.

Les voies urinaires sont très-influencées chez quelques sujets, et la sécrétion de l'urine fortement accrue, dans la plupart des cas; M. Payan a vu un malade rendre 7 litres d'urine en vingt-quatre heures. Il prenait 1 gramme i/4 par jour d'iodure. Il faut dire que ce malade avait une affection chronique de la vessie et peut-être des reins.

La circulation n'est pas manifestement impressionnée. L'école italienne prétend que le pouls est ralenti. M. Payan assure qu'il y a activité plus grande de la circulation. Aussi les hémorrhagies exceptionnelles qu'on a observées ont été considérées tantôt comme passives, tantôt comme actives. J'ai vu un malade qui eut un saignement du nez après avoir pris pendant deux jours 2 grammes d'iodure : il était très-débilité. « Du côté du système nerveux, dit M. Ricord, quelques malades ont éprouvé ce qu'on a désigné sous le nom d'intoxication iodique, caractérisée par un peu d'incertitude dans les mouvements volontaires , quelques soubresauts dans les muscles , des pesanteurs de tête, une sorte de paresse intellectuelle, et quelquefois par un léger trouble de l'intelligence.

« On a reproché à l'iodure de potassium de déterminer l'atrophie des glandes, des mamelles et des testicules en particulier. L'iodure de potassium est, en effet, un des plus puissants résolutifs que je connaisse, mais son action ne se manifeste que sur les organes malades dont elle n'empêche pas, dans tous les cas, l'atrophie, atrophie qu'elle peut même favoriser, mais qu'elle ne saurait produire à elle seule 4. »

§ 6. — Iodure de sodium.

Dans ces derniers temps M. Gamberini a voulu placer l'iodure de sodium au-dessus de l'iodure de potassium 2. Il l'a administré à 116 malades, savoir : 12 qui avaient simultanément des accidents syphilitiques secondaires et des tertiaires, 17 atteints de seuls symptômes tertiaires et qui avaient déjà pris du mercure (il remarque, à ce sujet, qu'il fallut pour obtenir une guérison complète leur donner d'autant plus d'iodure de sodium qu'ils avaient précédemment absorbé moins de mercure) , enfin 87 affectés uniquement de symptômes tertiaires chez qui on n'employa que l'iodure de sodium. Cette dernière classe, la plus intéressante au point de vue de l'expérimentation clinique, comprend 37 cas de douleurs ostéocopes, k de périostoses,4 d'exostoses avec des douleurs ostéocopes. Les autres cas se rap-

1 Additions à Hunter, 2e édition.

2 Corrispondenza scient ifica in Roma, mars 1852.

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