‹ Traité des maladies vénériennes [electronic resource]Chapitre 53 sur 134 · IODURE DE SODIUM · texte numérisé non relu

IODURE DE SODIUM

portent à des lésions moins caractéristiques de la diathèse syphilitique.

Dans ces diverses affections d'une efficacité l'iodure de sodium s'est montrée aussi rapide, aussi prononcée que l'iodure de potassium; il y eut plus tard quelques récidives, cela est vrai; mais outre qu'elles ne furent pas plus nombreuses, qu'après l'administration de l'iodure de potassium, il faut remarquer que la continuation du même remède a suffi pour guérir définitivement les symptômes qui avaient paru de nouveau.

Les avantages qu'offre l'iodure de sodium sont les suivants : il n'est pas aussi désagréable au goût que le sel de potassium, il réussit dans certains cas où celui-ci a échoué. Moins irritant pour l'estomac, il permet au praticien d'en augmenter les doses plus rapidement qu'on n'oserait le faire avec l'iodure de potassium (cette propriété est précieuse dans certaines circonstances où l'indication est pressante) ; enfin ce n'est qu'exceptionnellement qu'il détermine de l'irritation à la gorge, l'éruption iodique, le ptyalisme. Cependant M. Gamberini parle de quelques malades chez lesquels la salivation obligea de cesser cette médication durant deux ou trois jours. Cet accident est rare à ce degré pendant l'administration de l'iodure de potassium.

La première dose a été constamment de 12décigrammes dissous dans 90 grammes d'eau distillée, et pris en trois fois dans les vingt-quatre heures. On peut ensuite élever la quantité absolument dans les mêmes proportions et suivant les mêmes règles que pour l'iodure de potassium ; il en est ainsi de l'incorporation du sel à l'axonge, pour l'usage externe.

Les faits de M. Gamberini ne sont pas de nature à faire oublier l'iodure de potassium. Mais ils sont suffisants pour marquer une place à l'iodure de sodium dans la thérapeutique. Ce sel pourra peut-être combler les lacunes que l'iodure de potassium laisse forcément dans certains cas. On voit souvent un même remède qui, bien indiqué au début d'une maladie, perd par l'habitude de sa vertu curative. On s'estime alors très-heureux d'avoir à sa disposition un second médicament d'espèce et de propriétés analogues et qui quelquefois réussit à cette période uniquement parce qu'il est différent de celui qui avait d'abord été employé.

§ 7. — lodure de fer,

L'iodure de fer est employé quelquefois contre les accidents tardifs de la vérole. Selon M. Bouchardat, les médecins de PHôtel-Dieu emploient depuis dix ans cet héroïque agent à haute dose pour combattre

les accidents syphilitiques anciens, rebelles aux préparations mercurielles.

J'ai la conviction que l'iodure de fer est un agent thérapeutique d'une certaine puissance ; mais je suis certain que, dans le plus grand nombre des cas d'insuffisance du mercure, l'iodure de potassium aura beaucoup plus de succès.

L'iodure de fer pourra surtout être employé quand la cachexie syphilitique se prononcera, dans les états anémiques, chez les sujets affaiblis et quand il y aura complication scrofuleuse.

M. Baumès a observé que, dans des cas de défaut de plasticité du sang, d'ulcères interminables, les pilules de proto-iodure de fer produisent un effet très-prompt et très-remarquable.

Voici la formule de M. Bouchardat :

Iode 80 grammes.

Fer, un excès, environ 40 grammes.

Eau 100 grammes.

Laissez réagir à une température de 60 degrés jusqu'à ce que les liqueurs soient décolorées; décantez, évaporez alors rapidement dans un mortier de fer. Quand l'eau est à peu prés évaporée, ajoutez alors :

Miel 50 grammes.

Poudre de gomme et de guimauve.. q. s.

Faites s. a. 1000 pilules qui contiennent chacune 1 décigramme environ de protoiodure de fer. On en prescrit d'abord 4 par jour, on élève successivement celte quantité jusqu'à 20 et même 30.

C'est là une forme très-commode pour administrer le proto-iodure de fer. Mais il faut savoir qu'on ne peut faire supporter les quantités considérables d'iodure de fer ici indiquées que quand le sel ne contient point d'iode libre. Les médecins de l'Hôtel-Dieu ont souvent fait observer à M. Bouchardat qu'en ville ils ne pouvaient arriver à des doses aussi considérables qu'à l'hôpital. Ce chimiste attribue cette différence à la présence de l'iode libre dans les pilules qu'on fait dans les pharmacies ordinaires. On peut, selon lui, complètement éviter cet inconvénient par la formule suivante :

Proto-iodure de fer 10 grammes.

Carbonate de potasse 5 grammes.

Miel 5 grammes.

Poudre de gomme et de guimauve.. q. s. Faites 100 pilules. 1 à 10 par jour.

Ce qui vaut encore mieux, c'est de ne pas élever les doses de protoiodure de fer, et cela avec d'autant plus de raison que c'est un moyen

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qui doit agir longtemps sur la constitution avant d'avoir un effet réellement curatif.

On a employé le sirop d'iodure d'après ces deux formules :

Prolo-iodure de fer , 5 grammes.

Sirop de sucre 500 grammes.

Mêlez. A prendre 5 ou 6 cuillerées par jour.

Ou bien :

Sirop sudorifique 500 grammes.

Prolo-iodure de fer 4 grammes.

2 cuillerées par jour : on peut aller jusqu'à G.

§ 7. — Autres préparations de fer.

D'autres préparations ferrugineuses sont encore employées contre les véroles invétérées. On sait que les anciens praticiens ne manquaient jamais de placer les martiaux sur la liste des agents antisyphilitiques. Ils y avaient recours surtout dans les cas où le mercure était insuffisant et même dangereux , c'est-à-dire dans les affections rebelles des tissus fibreux osseux, quand la cachexie se prononçait.

Swédiaur a écrit un chapitre très-instructif sur les maladies vénériennes incurables par le mercure, dans lequel on peut constater le cas que fait ce grand praticien des préparations ferrugineuses quand le mercure cesse d'être utile. Il administrait l'éthiops martial, le vin chalybé, et plus particulièrement une combinaison de fer et d'éther sulfurique.

Aujourd'hui les pilules ferrugineuses de Valette, celles au lactate de fer remplacent très-efficacement ces anciennes préparations.

§ 8. — Or, argent, platine.

L'or en poudre, combiné avec l'oxygène, l'antimoine, l'argent, ou amalgamé avec le mercure, a été proposé et administré comme antisyphilitique. On peut voir Ucay, dans son Nouveau traité de la maladie vénérienne (1699), dire : « Je ne saurais assez exagérer les vertus de ce remède. » Ucay n'était pas le seul admirateur de son époque ; cependant bientôt le silence, l'oubli le plus profond remplacèrent les éloges les plus pompeux. Mais, dans ces derniers temps (1811), Ghrestien ordonna l'or comme un nouveau remède dans les maladies vénériennes et lymphatiques. Serre (de Montpellier) essaya l'argent ; on voulut aussi tenter le platine. Ghrestien a employé surtout l'hydrochlorate d'or et de sodium, parties égales, pour une poudre ; il a aussi essayé l'oxyde précipité par l'étain ou la potasse et l'or métallique, mais extrêmement divisé. « Ces trois préparations ont complètement réussi, quelle que

fût la nature des symptômes syphilitiques contre lesquels on les a prescrites 4. » La poudre est administrée, d'après la méthode de Gare, en frictions sur les gencives, la face interne des lèvres et sur la langue. Ghrestien faisait aussi usage des pilules suivantes :

Pour 15 pilules. 1 par jour; aller progressivement jusqu'à 3 et plus.

L'or a toujours conservé' des partisans à Montpellier, surtout dans la famille de Ghrestien. Il a été expérimenté avec des préventions favorables, à Paris, par M. Legrand et à Toulon par M. Reynaud. Voici comment ce dernier chirurgien l'a employé et jugé. Je ferai connaître ensuite l'opinion de quelques autres syphiliographes sur le même modificateur, et je dirai, en passant, ce qu'ils pensent aussi de l'argent et du platine.

M. Reynaud se sert de la même combinaison que Chrestien : 5 centigrammes (1 grain) de sel et 10 centigrammes (2 grains) de poudre d'iris ou de lycopode traitée par l'eau et l'alcool, qu'il mêle exactement et divise en douze paquets égaux.

Un paquet en frictions sur la langue et la face interne des joues tous les matins. Le malade humecte le doigt indicateur droit avec de la salive, le charge de la poudre, et frictionne la langue pendant cinq à dix minutes; il essuie son doigt, à la fin, contre ies joues. On choisit cette dernière partie pour la friction, si quelque cause empêche de la pratiquer sur la langue. On pourrait faire la friction sur les gencives, mais il serait trop difficile, dans ce cas, de mettre les dents à l'abri de l'or et d'empêcher la coloration noire désagréable qu'il détermine sur leur collet.

La salive afflue avec abondance dans la bouche ; elle doit être avalée en entier, chargée qu'elle est toujours de quelques atomes de sel.

Après cette première série de frictions, M. Reynaud en prescrit une seconde en divisant les mêmes doses de muriate d'or et de poudre inerte en dix paquets, puis une troisième en huit paquets, une quatrième en sept, une cinquième en six, une sixième en cinq, une septième en quatre, une huitième en trois. Dans les cas les plus opiniâtres, on continue plusieurs séries à quatre ou à trois divisions, de manière à atteindre presque toujours des doses plus fortes que celles de Chrestien, et à pousser quelquefois jusqu'à 12 et 15 grains de sel d'or.

Hydrochlorate d'or et de soude Extrait de daphne mezereum..

Sirop simple ,

5 centigr.

8 déeigr.

1 Lagneau, t. II, p. 193.

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