OR, ARGENT, PLATINE
D'après M. Reynaud, les traitements ordinaires sont de six à neuf séries de frictions, c'est-à-dire de 30 à 40 centigrammes (de 6 à 9 grains) de perchlorure d'or et de soude. Souvent, dans les cas graves surtout, ce praticien ajoute remploi de l'oxyde d'or en pilules, et compose quelquefois ces pilules avec l'extrait d'écorce de garou, mais le plus habituellement avec l'extrait de ciguë et l'extrait de douceamère à la dose de 5 centigrammes (1 grain) d'oxyde d'or, et 50 centigrammes (9 grains) de chaque extrait pour dix pilules contenant chacune un dixième de grain d'or. Deux pilules par jour, une le matin à jeun, et la seconde le soir, une heure avant le repas ou quatre heures après; on va ainsi jusqu'à 40, 50 ou 60 centigrammes (8, 40 ou 12 grains) d'oxyde d'or.
Les tisanes de saponaire, de chicorée ou de salsepareille sont prescrites comme accessoires. Il est bien entendu que l'hygiène complétera le traitement.
M. Reynaud dit n'avoir jamais observé, sous l'influence des traitements par les préparations d'or (et il les a employées au moins une centaine de fois), les affections de la bouche et les irritations gastrointestinales que leur attribuent quelques auteurs. Souvent elles n'ont pas paru exercer d'action notable sur l'économie ; souvent elles ont déterminé un peu d'excitation générale, et dans quelques cas seulement cette excitation s'est accompagnée d'un peu de céphalalgie ou d'un peu de réaction fébrile que la cessation momentanée du remède a bientôt fait disparaître. M. Reynaud dit, enfin, que presque toujours, sous l'influence de ce traitement, il a vu diminuer progressivement, et guérir tout à fait les accidents tertiaires de la syphilis l.
On le voit, je ne commence pas l'exposé des opinions, sur l'efficacité de l'or, par celles qu'on peut croire malveillantes. J'ai voulu, au contraire, débuter par l'opinion d'un auteur qui peut être considéré comme un partisan de l'or. Mais je ne puis me dispenser de faire remarquer que M. Reynaud est aussi un grand partisan de l'iodure de potassium, moyen qui triomphe, comme on le sait, des mêmes accidents que M. Reynaud cherche à combattre avec les préparations d'or.
Les grands avantages que Chrestien attribuait aux préparations d'or éveillèrent l'attention de la Société de médecine, et Cullerier (oncle) fut chargé de faire des essais à l'hôpital du Midi. Ces essais ne furent pas favorables à ce qu'on appelait alors la nouvelle méthode. Treize malades lui furent soumis, et treize malades furent confiés aux seules forces de la nature. Les lésions étaient les mêmes des deux côtés, et les
résultats définitifs furent identiques *. Selon M. Ricord, l'or a toujours été inutile, comme méthode générale, quand il s'est agi des accidents primitifs, contre les accidents généraux consécutifs, c'est la médication qui est la plus incertaine. Le plus grand nombre des accidents réputés guéris par ce médicament seraient loin d'avoir tous le cachet spécial incontestable de la vérole, et quand l'or a été administré dans des cas assez caractérisés, après l'essai d'autres méthodes et du mercure en particulier, cela prouverait, selon M. Ricord, non les vertus du médicament nouveau, mais les avantages de la suspension d'un traitement alors nuisible.
Les préparations d'argent sous toutes les formes, et d'après les indications de M. le professeur Serres (de Montpellier), ont paru à M. Ricord bien plus incertaines encore que les préparations d'or, et cela contre les accidents primitifs et contre la vérole confirmée. Elles furent données d'abord à petites doses, et poussées graduellement à la dose énorme de 14 à 16 grains par jour. M. Ricord dit n'avoir produit que des irritations des voies digestives qui en ont fait cesser l'emploi.
M. Cazenave et Biett expérimentèrent les préparations d'or. Selon ces praticiens, les résultats ont toujours été si douteux qu'ils n'ont dû conserver qu'une très-faible confiance dans la valeur de cet agent. Quant aux préparations d'argent, sur vingt malades traités soit avec le cyanure, soit avec le chlorure, soit avec l'iodure, soit avec le phosphate d'argent aucun cas de succès. Mais Biett et M. Cazenave n'ont pas traité ainsi des symptômes primitifs qui peuvent disparaître, on le sait, sous l'influence de tous les moyens possibles ; leurs essais portaient, au contraire, sur des accidents secondaires, ceux que l'on appelle symptômes de syphilis constitutionnelle ou confirmée.
On voit déjà que les expériences de Cullerier, Biett, MM. Ricord, Cazenave, sont loin d'être concordantes avec celles de Chrestien. A ces praticiens on pourrait en joindre une foule d'autres qui sont arrivés aux mêmes résultats. M. Payan, après avoir examiné les faits, pesé les opinions, se résume ainsi : « Le traitement par l'or ne peut être érigé en méthode générale; il convient de le réserver : 1° pour les cas de syphilis dans lesquels les mercuriaux ont échoué, le mal persistant alors à être réfractaire à son action ; 2° pour ceux où une intolérance marquée des préparations mercurielles ne permet pas à l'économie de les supporter convenablement; 3° pour ceux où l'inefficacité du mercure paraît tenir à une complication scrofuleuse; 4° pour ceux encore où les accidents dépendent moins de la syphilis que d'une
1 Voyez le détail des expériences dans le tome 11, p. 195 et suivantes de M. Lagneau.
ACCIDENTS ATTRIBUÉS A l'iODURE DE POTASSIUM. 353
hypersaturation mercurielle qui est capable d'engendrer des accidents parfois analogues à ceux de la syphilis tertiaire. »
Quant à moi., je pense que la thérapeutique n'est pas assez riche pour qu'on rejette trop facilement un de ses moyens, surtout quand il s'offre avec les honorables témoignages que l'or a pu recueillir; mais on remarquera que ceux qui se sont efforcés de conserver à la pratique les préparations d'or ont surtout marqué sa place vers la période ultime de la vérole, quand le mercure a été suffisamment employé ou quand il avait échoué. Eh bien, cette place est largement occupée aujourd'hui par l'iodure de potassium dont les avantages ne sont ni contestables ni contestés. Que reste-t-il aux préparations d'or ? Les cas réfractaires à l'iodure de potassium.
§ 9. — Sels doubles.
En faisant connaître les iodures, j'ai déjà parlé d'un sel double employé par M. Puche : c'est l'iodhydrargyrate. D'autres ont été usités très-anciennement; celui qui est venu jusqu'à nous, en conservant toujours une certaine réputation, c'est le mercure soluble de Hahnemann. M. Cazenave va jusqu'à dire que c'est là une des préparations les plus utiles dans le traitement des syphilides. Elle est plus facile à manier et plus facile à supporter, ce qui fait que les sujets faibles, délicats s'en trouvent bien. L'activité du mercure soluble n'est pas grande, mais il suffit dans les syphilides superficielles et peut être longtemps continué, et cela avec avantage. Quand les formes profondes se manifestent, il vaut mieux recourir au proto-iodure de mercure.
Le mercure soluble de Hahnemann est composé de :
92,2 de protoxyde de mercure.
1,9 d'ammoniaque.
5,9 d'acide azotique.
Gomme ce sel se décompose avec facilité, Hahnemann préférait le donner en poudre, d'après la formule que voici :
Poudre de mercure soluble de Hahnemann.
Mercure soluble 5 centigram.
Opium 5 centigram.
Poudre de gomme adragante ou de réglisse 25 à 50 centigr.
M. Cazenave se sert des pilules suivantes :
Mercure soluble de Hahnemann 2 grammes.
Thridace 2 grammes.
- Pour 40 pilules. Une pilule matin et soir. M. Cazenave dit aller souvent jusqu'à 4 par jour.
§ 10. — Bois sudorifiques.
Deux circonstances qui frappent toujours le vulgaire donnèrent un instant la vogue et la suprématie aux bois sudorifiques et ruinèrent pour quelque temps le crédit du mercure. En 1517 des marchands portugais apportèrent en France du bois de gaïac. Comme ils voulaient bien le vendre et qu'ils venaient de loin (de Saint-Domingue), ils ne leur fut pas difficile de mentir, ils attribuèrent à ce bois des guérisons miraculeuses dans les cas les plus désespérés. Et ils eurent un grand succès et un grand lucre. Plus tard on fit venir un spécifique végétal de bien plus loin encore et on proclama une guérison qui à elle seule valait toutes celles du nouveau monde. Charles-Quint avait été sauvé par la squine ! Le mercure succomba, mais pour revivre aussitôt, et les bois prirent une place très-secondaire dans la thérapeutique.
Le gaïac est un des bois qui a le moins été abandonné, mais il n'est presque jamais administré seul.
Tisane de gaïac.
Gaïacrâpé 120 grammes.
Eau commune 2 kilogr.
Faire macérer pendant douze heures, réduire à moitié, et ajouter à la fin : Racines de réglisse 30 grammes.
La salsepareille est encore employée en décoction pendant l'administration du mercure et surtout quand il s'agit du traitement des accidents consécutifs : pour certains praticiens même, c'est plutôt par habitude que par une conviction bien faite des vertus de cette racine qu'elle est employée. Elle entre d'ailleurs, comme je le montrerai plus tard, dans la composition de certaines tisanes, de certains sirops composés : ainsi la tisane d'Arnoud, le sirop de Cuisinier.
La tisane de salsepareille seulement se prépare d'après la formule que voici :
Salsepareille 120 grammes.
Eau commune 2 kilogr.
Faire macérer pendant douze heures, broyer les racines ensuite dans un mortier de marbre, et réduire à moitié.
Les tisanes de squine, de sassafras, au'res bois sudorifiques, se préparent de même. Les racines de lobélia, d'astragale, sont complètement mises de côté. Quant à la saponaire, on se sert beaucoup aujourd'hui de ses feuilles pour faire une tisane dans laquelle on dissout de l'iodure de potassium. J'ai mêlé souvent à cette tisane du sirop de fumeterre ou de bardane.
ACCIDENTS ATTRIBUÉS A l'iODURE DE POTASSIUM.
§ 11. — Préparations composées en général de parties minérales et végétales.
Si Ton examine de près et sans prévention la plupart de ces composés, on sera bientôt convaincu que leur efficacité vient de l'élément minéral qu'elles contiennent. Ainsi, le sirop de Cuisinier seul est à peu près insignifiant; il a, au contraire, une action réelle quand il est additionné avec le sublimé. La tisane de Rittmann a une influence thérapeutique réelle par le protochlorure et le sulfure de mercure qu'elle contient; celle de Feltz, par le sulfure d'antimoine; et ainsi de suite pour toutes les tisanes, tous les sirops composés et tous les robs : s'ils ne sont pas additionnés, ils n'ont qu'une action médiocre.
Je vais donner la formule des deux composés qui ont eu le plus de réputation et dont l'absence dans cet article semblerait une lacune regrettable ; je veux parler du sirop de Cuisinier et de la tisane de Feltz.
Sirop de Cuisinier.
Salsepareille 1 kilogr.
Eau commune 12 kilogr.
Faire macérer pendant vingt-quatre heures et réduire à 4 kilogrammes. Répéter la même opération deux fois sur le moût, après avoir décanté la liqueur. Mêler ces trois décoctions et ajouter:
Fleurs de bourrache 69 grammes.
Roses blanches 60 grammes.
Anis 60 grammes.
Séné. .'« SO grammes.
Faire bouillir jusqu'à réduction de moitié ; passer et ajouter :
Sucre 1 kilogr.
Miel 1 kilogr.
Un demi-verre trois fois par jour, et en même temps tisane de salsepareille.
Il y a le sirop de Cuisinier de première cuite, de seconde cuite et de troisième cuite, c'est-à-dire qu'on ajoute 5, 10 ou 15 centigrammes de deutochlorure de mercure pour 500 grammes de sirop, selon qu'on veut augmenter ou, pour mieux dire, réaliser sa vertu antisyphilitique.
M. Baumès donne, avec deux ou quatre cuillerées de sirop de Cuisinier, le matin et le soir, une demi-cuillerée ou une cuillerée à café de liqueur de Van-Swieten, en augmentant la dose progressivement.
Au lieu du deutochlorure, on peut introduire dans le sirop de Cuisinier le cyanure de mercure dont la décomposition est moins facile. Mais M. Baumès fait remarquer qu'il faut alors surveiller attentivement l'administration du sirop ainsi additionné, son action sur les voies digestives étant violente.
Tisane de Feltz.
Salsepareille 60 grammes.
Colle de poisson 10 grammes.
Sulfure d'antimoine lavé 90 grammes.
Eau 4 litres.
F. s. a. réduire à 1 litre. A prendre dans la journée par verrées. On lave ordinairement le sulfure d'antimoine à l'eau bouillante.
M. Rayer, qui emploie très-souvent cette préparation, fait observer qu'en procédant ainsi on enlevait une grande partie de l'arsenic contenu dans le sulfure d'antimoine, ce qui lui fait perdre une partie de son utilité. Mais comme la proportion d'arsenic contenue dans la tisane, en employant de l'antimoine non lavé, est quelquefois trop considérable, M. Rayer prescrit souvent, au lieu de la tisane de Feltz, la suivante :
Tisane de Felz modifiée par M. Rayer.
Décoction de salsepareille 600 grammes.
Arséniate de soude 3 milligram.