DIAGNOSTIC DES SYPHIL1DES
jours sans inconvénient; l'erreur contraire porte le praticien à abandonner à elle-même une maladie dont la cure naturelle est très-rare, qui va en progressant et dont les ravages peuvent laisser des stigmates, des mutilations quelquefois hideuses.
L'habitude de voir des syphilides peut conduire le praticien à des succès qui Félèvent dans la confiance des clients et lui procurent une des plus douces satisfactions : celle de guérir sans que la cure puisse être attribuée à la nature. Dernièrement je fus consulté par un commis qui éprouvait une difficulté extrême à mouvoir son bras, surtout à le soulever. Avec cette espèce de paralysie, il y avait un endolorissement de tous les muscles de l'épaule. Il ne pouvait plus auner et avait quitté le magasin depuis un an pendant lequel il avait consulté plusieurs praticiens et avait subi vésicatoires, sinapismes, électricité, bains de vapeur, etc. En l'examinant bien, j'aperçus au haut du front et à demi cachée par les cheveux une légère couronne brune, formée par une syphilide pustulo-papuleuse. Je promis au malade une guérison prompte , et vingt jours après il était rentré dans son magasin se servant parfaitement de son bras. J'employai immédiatement Fiodure de potassium, d'abord à deux grammes, puis à quatre grammes. Le malade finit par se rappeler qu'il avait eu une blennorrhagie à l'âge de 18 ans. Il avait 40 ans quand je le vis. Que ceci ne sorte pas de la mémoire du jeune praticien.
Pour établir le diagnostic, il faut avoir égard aux caractères communs et aux caractères qui constituent les formes, les variétés décrites à part. J'ai fait cette double étude avec assez de soin pour me permettre d'être bref ici. Ce sont surtout les caractères communs, ce qui tient à la couleur, à la forme, dont on tirera le meilleur parti dans les cas embarrassants. On sera singulièrement éclairé par les autres affections syphilitiques qui marchent avec les syphilides ou les précèdent : ainsi les pustules muqueuses ou d'autres affections du tégument interne ou externe, car il est rare qu'une syphilide soit le seul symptôme syphilitique et qu'elle ne soit pas accompagnée par une autre syphilide. Alors ces deux affections de la peau se dénonceront mutuellement. Les antécédents devront être interrogés avec soin. Mais l'infection première peut s'être opérée de manière à pouvoir être ignorée des malades : il en est qui ont gagné par un baiser qu'ils croyaient innocent une affreuse syphilide. Le temps qui s'est passé entre la contagion première et la syphilide peut avoir fait oublier celle-ci. Elle peut aussi être niée par le malade qu'une fausse honte porte au mensonge, et il est des conditions sociales qui ont empêché les médecins de porter leurs investigations jusqu'à la vie intime. Ainsi, pour plusieurs causes, les an-
técédents peuvent nous faire défaut, ce qui n'est pas une raison de leur enlever leur valeur et de négliger d'aller à leur recherche.
Pour confirmer ou infirmer les soupçons qui naissent des antécédents, et lever les doutes sur les caractères de l'éruption, on a proposé un traitement spécial, un traitement mercuriel. Il est très-vrai que c'est surtout contre les syphilides que le mercure agit et agit activement; cependant ses effets ne sont pas assez nets, assez prompts, pour les faire servir au diagnostic, car on a vu la syphilide la plus manifeste, la moins contestée, résister à toutes les préparations mercurielles connues, et il en est qui ne sont modifiées par ces préparations qu'après un temps très-long. Bien plus, il est des éruptions nullement vénériennes sur lesquelles le mercure a un effet d'une prompte efficacité. Du reste, c'est toujours une mauvaise manière que de demander la lumière là où il faut la porter ; or, on sait que la thérapeutique est remplie d'obscurités. C'est dans un autre ordre de moyens qu'il faut chercher un diagnostic précis, utile. Ces moyens sont puisés dans l'étude approfondie des caractères qui distinguent les syphilides, dans leur connaissance, dans leur appréciation pratique. On s'efforcera d'abord d'établir la nature spéciale de la maladie ; on cherchera si elle offre ces caractères communs qui rendent les affections vénériennes si remarquables; on consultera donc la physionomie syphilitique. Je crois avoir suffisamment établi ces caractères communs. C'est une couleur toute spéciale de l'éruption elle-même, c'est une teinte particulière aussi des parties saines, teinte qui s'harmonise avec la coloration des places malades; une disposition, un dessin qui semble appartenir surtout aux syphilides, et qui, joint aux autres caractères, devient la base du diagnostic. Si l'on a bien connu les caractères communs à toutes les éruptions syphilitiques, si Ton a pu les observer de près plusieurs fois, ils deviennent tellement manifestes que l'on peut, au premier aspect, et même à distance, reconnaître une syphilide. Je rappellerai ce que j'ai déjà dit de la coïncidence des syphilides avec d'autres affections de même nature sur le tégument interne, externe ou ailleurs, enfin, je signalerai l'importance de ce qu'on a appelé les symptômes concomitants.
Cette première partie du diagnostic est la plus importante; c'est par elle que l'on arrive à préciser la nature, la forme spéciale de l'éruption. Une fois ce point établi, on étudie la forme, on cherche à quel ordre Féruption appartient. « C'est alors, dit M. Cazenave, que l'on doit appliquer avec fruit la méthode de Willan; c'est alors aussi qu'il faut s'armer d'une attention scrupuleuse, s'étayer de toutes les connaissances acquises par l'observation. En effet, le diagnostic de forme est souvent