‹ Traité des maladies vénériennes [electronic resource]Chapitre 68 sur 134 · MUQUEUSE DU NEZ · texte numérisé non relu

MUQUEUSE DU NEZ

purulente, et de temps en temps il s'y joint des croûtes noirâtres, minces. L'odorat s'affaiblit, se perd d'un côté ou des deux côtés. Souvent c'est alors seulement que le médecin est consulté. Il constate une rougeur avec gonflement plus ou moins fongueux de la muqueuse des narines, en dehors, en dedans, ou des deux côtés à la fois, s'étendant plus ou moins haut, au delà du point que l'œil peut atteindre. Avant toute ulcération de cette muqueuse, il y en a eu dans celle de la cavité buccale, et on a observé des syphilides. L'affection de la muqueuse nasale est alors considérée comme une blennorrhagie qui a été le symptôme précurseur des ulcérations de la bouche. Mais d'autres fois des ulcérations ne tardent pas à se produire dans les narines, en dedans des ailes du nez ; ou bien c'est plus haut, plus profondément à la surface des cornets, de manière qu'il est plus difficile de les apercevoir. Ces ulcères peuvent avoir la marche phagédénique ; divers os entrant dans la composition du nez, de ses cavités, peuvent être compromis à la suite de la muqueuse ou en même temps qu'elle.

Souvent l'affection commence par les os; la lame verticale de l'ethmoïde, les cornets, peuvent se nécroser ou se carier. Si les os propres et les cartilages sont atteints, le nez se laisse déprimer, s'affaisse ; on détermine, en le comprimant, une espèce de crépitation; les fragments d'os sortent avec le mucus quand le malade se mouche. C'est alors qu'arrivent aussi ces ulcères plus profonds des fosses nasales qui se creusent avec ou sans carie des os, sans grande suppuration ou même sans suppuration, mais avec une odeur fétide qui caractérise ce qu'on appelle l'ozène. Selon M. Baumès, il peut aussi se former des végétations plus ou moins fongueuses dans le nez, sous l'influence de la diathèse syphilitique, et plus d'un polype vésiculaire, spongieux, plus ou moins vasculaire, serait dû à cette cause. Ceci est en dehors de tout ce que j'ai observé.

L'inflammation consécutive de la muqueuse nasale passe souvent inaperçue, ou parce qu'elle ne cause bien des fois qu'une gêne sans douleur, ou parce que, ayant de l'analogie avec le coryza, avec l'embarras du nez qui peuvent être dus à bien d'autres causes, le malade y attache peu d'importance. Sous ce rapport, ces phénomènes ressemblent à quelques autres, comme une sensation de gêne, de roideur dans le gosier, un écoulement par le conduit auditif, avec ou sans difficulté d'ouïe ; une légère cuisson à l'anus, symptômes qui peuvent tenir, le premier à des ulcères syphilitiques consécutifs dans la gorge, le second à une inflammation blennorrhagique consécutive de la muqueuse du conduit auditif, le troisième à une rhagade, sans que le malade qui en souffre peu ou qui n'en souffre pas du tout, qui ne s'en

porte pas moins bien en apparence, attache à ces symptômes leur véritable cause. Mais il arrive que ce même malade, un an ou deux après la guérison des symptômes primitifs, consulte son médecin pour des symptômes évidemment constitutionnels qui viennent de se présenter. Alors il ne fait nulle mention de tous les phénomènes précédents, parce qu'il était bien loin de les attribuer à la vérole, et qui, pendant même un long laps de temps, ont pu subir des alternatives d'augmentation, de diminution, de cessation ou de remplacement, par d'autres phénomènes morbides, du côté du système nerveux, vers certains viscères. Cependant tous ces phénomènes annonçaient depuis longtemps l'existence de la diathèse syphilitique, qui, pour se réveiller plus terrible, plus évidente, a attendu une occasion favorable. « Examinez avec soin les antécédents du malade, et vous constaterez, dit M. Baumès, le plus souvent l'existence antérieure, et même présente encore, de ces affections morbides, peu graves, véritablement syphilitiques, qui ont servi en quelque sorte de transition pour arriver à la production des symptômes syphilitiques actuels. C'est là ce que j'ai vu un grand nombre de fois dans ma pratique, et ce qu'un grand nombre de praticiens ont vu sans doute comme moi; aussi j'ai reconnu que, lorsque trois, quatre, cinq ans après la guérison des symptômes primitifs, un individu se plaint d'éprouver pour la première fois des maux que l'on reconnaît être véritablement syphilitiques, il est bien rare qu'il n'ait pas existé antérieurement des phénomènes analogues aux précédents, quelquefois d'une manière continue, le plus souvent d'une manière intermittente, irrégulière ou périodique, au renouvellement des saisons, etc. Je n'ai jamais vu, par exemple, la dartre rongeante syphilitique s'établir sur les ailes du nez par des tubercules sans qu'il eût existé antérieurement, depuis plus ou moins longtemps, un coryza chronique plus ou moins rebelle qui s'était certainement développé sous l'influence de la même diathèse syphilitique l. »

Il est évident qu'ici, comme pour la cavité buccale, il y a deux périodes, deux variétés d'ulcérations: 1° les plus superficielles, celles qui précèdent et qui accompagnent ensuite les syphilides, ulcérations qui dépassent rarement la muqueuse ; 2° celles qui arrivent tardivement, qui appartiennent aux dernières périodes de la vérole, qui sont profondes et qui ici compromettent toujours ou les os ou les cartilages.

On devra, pour le traitement, se soumettre aux règles que j'ai posées quand il s'est agi des affections de la gorge, c'est-à-dire employer le proto-iodure à l'intérieur pour la première variété, et l'iodure de potassium pour la seconde.

1 Baumès, t. II, p. 403.

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