IRITIS SYPHILITIQUE. SYMPTOMES. DIAGNOSTIC
Les Allemands, Beer en tête, donnent comme caractères matériels appartenant à Firitis spécifique une déformation particulière de la pupille, et ce qu'ils appellent des condylomes qui naîtraient de l'iris. Le premier caractère consisterait en un mouvement graduel de la pupille en haut et en dedans; cette ouverture alors, au lieu d'être au centre de l'iris, se trouverait beaucoup plus, près du bord interne supérieur de ce diaphragme, ce qui constitue une déformation de la pupille, qui rend son grand axe oblique de bas en haut et de dehors en dedans. Cette déformation peut certainement exister pendant Firitis syphilitique, mais on Ta observée aussi pendant Firitis rhumatismale. Bien plus, on peut , en suivant les diverses phases de Firitis syphilitique, observer et cette déformation et la déformation opposée. Ce caractère n'est donc régi par aucune loi ; il peut dépendre des rapports des adhérences avec la capsule cristalline et des effets de la belladone souvent employée dans le traitement de Firitis. Si les adhérences n'existent pas encore quand la pommade belladonisée est appliquée, la pupille se dilatera également en tous sens et n'offrira aucune déformation. S'il existe déjà des adhérences, on voit la pupille se dilater inégalement, et c'est alors seulement qu'on observe des déformations de la pupille ; elles sont donc le résultat de l'action de la belladone, dilatant les portions d'iris libres d'adhérences, et laissant dans la même situation les parties rendues fixes par de fausses membranes ou des adhérences; de là des déformations qui ne présentent rien de constant, et par conséquent rien de pathognomonique. C'est ainsi que M. Legendre a vu deux fois des pupilles rétrécies et circulaires s'agrandir par l'action de la belladone, et prendre une forme oblique de bas en haut et de dedans en dehors, direction opposée à la forme que l'on a regardée comme pathognomonique; une autre fois la pupille était verticale et losangine ; enfin, dans les autres cas, la pupille déformée ne pouvait pas être ramenée à une figure déterminée. La déformation de la pupille que Faction de la belladone met accidentellement en évidence est reproduite, mais d'une manière permanente, par la guérison de Firitis. En effet, lorsque la coarctation circulaire cesse avec la disparition de l'inflammation de l'iris, la pupille tend à reprendre son diamètre habituel ; mais si, pendant la durée du rétrécissement de la pupille, des adhérences se sont formées, la dilatation ne pourra s'opérer que sur les points restés libres ; de là une déformation habituelle de la pupille déterminée par les adhérences.
Quant aux condylomes, ce seraient, d'après les meilleurs ophtalmologistes, des abcès qui arrivent plus fréquemment dans Firitis syphilitique que dans les autres iritis. On devra donc prendre en considéra-
tion la circonstance de leur apparition, surtout s'ils coïncident avec une syphilide^ laquelle aura plus de valeur dans rétablissement du diagnostic.
Mackensie a noté une couleur rouillée de l'iris auprès de son bord pupillaire, phénomène, dit-il, que l'on observe certainement dans l'iritis syphilitique. Mais M. Desmarres a vu cette coloration dans des cas d'iritis sans complication spéciale.
La marche, le caractère des douleurs de l'iritis syphilitique méritent la plus grande considération. La marche de l'iritis syphilitique est plus lente et moins aiguë que celle de l'iritis traumatique, qui, assez fréquemment, se termine par l'oblitération rapide et complète de la pupille. La cause de l'iritis traumatique étant toute locale, elle semble s'épuiser sur l'œil atteint. Rien n'est plus fréquent au contraire que de voir l'iritis syphilitique passer d'un œil à l'autre, et, à peine terminée, reparaître de nouveau, et cela jusqu'à trois ou quatre reprises différentes. Souvent ce n'est qu'à la suite de plusieurs inflammations du même iris que se développent de fausses membranes qui oblitèrent rarement la pupille. Les désorganisations de l'œil, les staphylomes sont très-rares à la suite de cette iritis spécifique. La photophobie existe pendant l'iritis syphilitique ; mais elle peut être absente, et elle a rarement l'intensité que l'on constate dans les autres formes d'iritis.
Il est évident qu'il y a des accès de douleur pendant l'iritis syphilitique ; ces accès sont nocturnes, et quand ces douleurs existent pendant la journée il y a toujours une heure de ia nuit marquée par une exacerbation. Il est rare que l'accès ou l'exacerbation arrive avant onze heures du soir, c'est plus souvent à minuit ou à une heure du matin. Ces douleurs ont pour siège non-seulement l'œil où elles sont compressives, l'orbite, mais la moitié correspondante de toute la tête ; quelquefois il y a un retentissement vers l'occiput. Je sais parfaitement que d'autres iritis sont avec douleurs nocturnes : ainsi l'iritis rhumatismale et même l'iritis simple; mais je crois ce phénomène beaucoup plus marqué dans l'iritis syphilitique. J'accorde à cette circonstance bien plus de valeur qu'aux condylomes, car je les ai rarement observés, tandis que les douleurs nocturnes n'ont jamais fait défaut toutes les fois que l'iritis syphilitique a eu un certain degré d'intensité. J'ajouterai que le sulfate de quinine a une grande influence sur ces douleurs : ainsi l'heure des accès peut être changée par ce puissant modificateur qui finit par les faire disparaître.
Aucun des caractères de l'iritis, pas plus les caractères anatomiques que les physiologiques, aucun pris isolément, ne pourra indiquer la nature syphilitique. Mais réunis ils devront avoir une valeur réelle dans