RITIS SYPHILITIQUE. PRONOSTIC. TRAITEMENT
le diagnostic, surtout ceux qu'on puisera dans la marche, la nature des douleurs. Avant tout, examinez la peau, si vous voulez établir un diagnostic certain. En effet, on trouve presque infailliblement sur la peau une de ces éruptions ou des traces qui indiqueront son passage, et si elle n'a pas existé encore, elle apparaîtra bientôt avant que Tiritis soit très-avancée. Dans le cas où le tégument externe n'exprime rien , on trouvera probablement vers les muqueuses de la cavité buccale, de l'anus et des parties génitales, des lésions analogues aux syphilides. De sorte qu'en fin de compte la certitude du diagnostic devra être puisée en dehors des caractères physiques de l'iritis. Mais ce n'est pas une raison pour dédaigner les éléments que cette symptomatologie peut fournir, car ils peuvent nous mettre sur la voie et nous porter à un examen du tégument qu'on aurait peut-être négligé sans ces premiers avertissements.
Je ne chercherai pas à établir maintenant les variétés d'iritis syphilitiques. J'ai déjà dit que M. Ricord avait supposé une iritis pour chaque forme de syphilide. Il y aurait une iritis érythémateuse, une iritis papuleuse, une iritis pustuleuse. Les iritis les moins graves correspondraient ainsi aux formes légères des éruptions cutanées, tandis que les iritis graves correspondraient aux formes graves de ces mêmes éruptions. Tout ce que je puis dire, c'est que j'ai observé des iritis très-peu graves tout à fait érythémateuses avec les formes les plus profondes des éruptions cutanées.
Pronostic. — Le pronostic ne tire passa gravité de l'iritis syphilitique même, car, comme inflammation du diaphragme oculaire, c'est peut-être une des moins compromettantes pour la vision. Une circonstance qui doit rendre le pronostic au moins très-réservé, c'est la tendance évidente de cette iritis pour les récidives. Mais le danger vient surtout de l'altération que l'organisme en entier a subi par le fait de la vérole, c'est-à-dire du nouveau tempérament du malade. En etfet, l'iritis survenant quand la vérole est constitutionnelle, et après d'autres manifestations syphilitiques, le sujet est en général débilité, et par conséquent peu favorablement disposé à supporter les antiphlcgL tiques et les autres débilitants qui font partie principale de la thérapeutique de l'iritis.
Traitement. — Les évacuations sanguines sont souvent indiquées. Monteath insiste sur l'indispensable nécessité de ces moyens, surtout dans certains cas; il combat ceux qui placent toute leur confiance dans le mercure pour combattre cette espèce d'iritis, à l'exclusion de tous les autres moyens de traitement, tels que la saignée, les vésicatoires, etc. Ce praticien a vu en effet des iritis syphilitiques marcher
à grands pas vers un hypopion dangereux, malgré l'action pleine et entière du mercure , et s'arrêter d'emblée dans leurs progrès par une large saignée du bras et l'application d'un vésicatoire à la nuque. Mackensie, qui cite et approuve Monteath, dit avoir été obligé de saigner au bras à plusieurs reprises, indépendamment des applications de sangsues, avant de voir céder suffisamment les symptômes pour qu'on pût attendre beaucoup d'avantages du mercure qui était administré l. Malheureusement l'iritis syphilitique se déclare souvent dans des cas où la constitution, fortement débilitée, se prête peu aux saignées.
Les applications autour de l'orbite, sur les paupières, sont très- usitées, soit pour calmer les douleurs, soit pour empêcher les rétrécissements, les oblitérations de la pupille, soit comme antiphlogistique hyposthénisant, soit enfin comme antidiathésique.
Des frictions opiacées sont faites ordinairement pour empêcher les douleurs nocturnes : on les pratique environ une heure avant l'attaque des douleurs. On couvre ensuite l'œil avec une compresse pliée en plusieurs doubles qu'on fait préalablement chauffer devant le feu. Toutes les fois que la douleur menace de se reproduire, et elle tend à se faire sentir particulièrement vers minuit, on doit renouveler les frictions opiacées. On a employé aussi l'onguent mercuriel opiacé, ou enfin la teinture de tabac, suivant les circonstances et l'opinion du praticien. L'extrait de belladone sous forme de pommade est beaucoup plus employé d'après la formule suivante :
Extrait de belladone 4 grammes.
Axonge 30 grammes.
On applique aussi moitié extrait de belladone et moitié onguent mercuriel. Il y a des précautions à prendre quand la belladone est employée à une dose un peu forte. C'est ici le lieu de parler d'un phénomène qui a souvent été observé et dont M. Velpeau fait mention. On prescrit ordinairement l'extrait de belladone pour s'opposer au rétrécissement de la pupille et pour favoriser la déchirure des fausses membranes qui peuvent se développer dans le champ de la pupille rétrécie. Mais on a observé que la pupille n'obéissait pas à l'action dilatatrice de la belladone, dans les cas d'inflammation très-intense de l'iris ; c'était seulement quand l'inflammation tombait, et pendant que la congestion diminuait, que la dilatation de la pupille pouvait s'opérer et amener la déchirure et la séparation des fausses membranes grisâtres et très-minces qui avaient pu se développer. Ceci implique la nécessité préalable des antiphlogistiques.
1 Maladies des yeux, traduction française.
IRITIS SYPHILITIQUE. TRAITEMENT.
On étendra la belladone largement tous les soirs sur les sourcils et sur les paupières. Après la cessation des symptômes aigus, on peut faire tomber plusieurs fois par jour sur la conjonctive la solution aqueuse filtrée de cette substance. L'emploi de ce médicament doit être continué régulièrement pendant des mois, à moins que la pupille n'ait complètement recouvré sa mobilité naturelle.
Le meilleur de tous les moyens, c'est encore le mercure. C'est sur ce médicament, dit Mackensie, que l'on doit fonder ses principales espérances pour arrêter les progrès de l'inflammation syphilitique de l'iris et dissiper les changements morbides qui peuvent s'être déjà produits dans cette membrane et dans la pupille. Et ici ce n'est pas le cas de l'administrer à petites doses et comme altérant; il faut que la constitution en soit pleinement imprégnée, et surtout que la bouche soit manifestement affectée. Dans beaucoup de cas, on ne voit que peu d'effets produits tant qu'une salivation assez abondante n'est point établie.
Je fais frictionner deux fois par jour les paupières, les sourcils, avec une pommade composée de deux tiers d'onguent napolitain et d'un tiers d'extrait de belladone; puis on frictionne sous les angles maxillaires avec l'onguent napolitain seul. De plus, j'administre à l'intérieur deux, trois, jusqu'à quatre pilules de proto-iodure par jour. La bouche ne tarde pas à s'affecter, même gravement, d'où une fluxion substitutive et la résolution prompte de l'iritis. Je ne connais pas une pratique plus salutaire, plus rapide.
Mackensie parle d'un cas où le mercure fut mis de côté par le médecin de la famille; ayant été repris, il ne produisit que peu d'avantages, enfin le malade ayant pris 10 grains de calomel et 5 grains d'opium chaque jour, pendant plusieurs jours de suite, la bouche s'affecta tout à coup et l'iritis se dissipa comme par enchantement. C'était un cas positivement syphilitique; le corps était couvert par une éruption cuivrée.
Mackensie préconise beaucoup l'union du calomel à l'opium. On peut donner une pilule composée de 1 décigramme du premier et de 2 à 6 ou 8 centigrammes du second, le matin, au milieu du jour et le soir, jusqu'à ce que les gencives soient décidément affectées ; ensuite on peut continuer deux pilules par jour pendant quelque temps, et quand la salivation mercurielle est plus avancée, on n'en donne qu'une le soir. Cette médication est destinée aux cas graves, quand on doit se hâter d'arrêter les progrès de la maladie, de prévenir l'épanchement de la lymphe dans la pupille ou d'en déterminer l'absorption si elle est déjà déposée. Pour les cas légers, on peut se contenter de donner une pilule matin et soir, dès le début.
Le mercure, surtout le proto-iodure, devra être continué très-longtemps, non-seulement pour que Firitis soit enrayée et ses effets dissipés^ mais encore pour guérir la syphilis constitutionnelle, car il ne faudrait pas conclure de la cessation de Firitis à la guérison de la syphilis, et Ton n'oubliera pas ici les faits qui prouvent que la maladie constitutionnelle est ou paraît être guérie, bien qu'il reste encore beaucoup à faire, et cela principalement par Faction du mercure, pour que Fœil soit délivré de Firitis et de ses effets consécutifs.
Je vais parler d'un moyen qui a beaucoup été vanté, c'est la térébenthine. Carmichaël, de Dublin, a rapporté dans son mémoire des cas qui offriraient la preuve que ce médicament a guéri quelquefois Firitis syphilitique. Après Fépanchement de la lymphe dans la pupille et après la formation des condylomes à la surface de l'iris, il a ramené ces parties à leur état normal. Ce qui porta Carmichaël à employer la térébenthine contre Firitis, ce fut l'influence reconnue de ce moyen sur la péritonite et l'analogie qui existerait entre ces deux maladies sous le rapport des effets morbides, puisque dans l'un et dans l'autre cas une membrane séreuse se trouverait affectée, et que dans toutes deux également il s'établit des adhérences entre des surfaces qui sont destinées à être isolées l'une de l'autre. Ce moyen, que je n'ai pas administré d'ailleurs, pourrait convenir dans des cas où diverses circonstances empêcheraient l'administration du mercure.
On donne l'huile de térébenthine à la dose d'un drachme trois fois par jour. On évitera sa saveur désagréable et les nausées qu'elle produit en la prenant sous forme d'émulsion . S'il survient de la strangurie on peut donner l'infusion de graine de lin ou un julep camphré; on suspendra la térébenthine pendant quelque temps. Pour prévenir les chaleurs d'estomac, on a conseillé l'addition de 25 à 30 centigrammes aux 240 grammes d'émulsion contenant 30 grammes de térébenthine.
Concurremment avec tous ces moyens et même avec les applications opiacées dont il a déjà été question, on devra employer le sulfate de quinine, si les douleurs nocturnes sont marquées. On donnera donc une pilule de 1 décigramme de quinine à l'heure du coucher, et une autre pilule une heure avant l'accès.
ARTICLE V
Maladies des testicules.
Dans la première section de ce livre, j'ai décrit une affection des testicules qui est une des maladies vénériennes dites primitives; c'est