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CHAPITRE IV

Urétrite chronique.

Nous avons vu que la dernière période de la blennorrhagie aiguë, tant par sa durée que par la physionomie de ses symptômes se rapprochait souvent de la forme chronique. En effet, la seule expression de la maladie consiste dans un écoulement jaune verdâtre ou d'un blanc opaque; il n'y a plus ni cuisson en urinant, ni érections cordées , signes propres à l'état aigu; c'est à peine si les malades accusent une légère chaleur et un peu de prurit au niveau de la fosse naviculaire. Eh bien , cet état sémi- chronique qui constitue la dernière période , souvent très longue, de la blennorrhagie aiguë, peut se montrer d'emblée au commencement de la maladie. L'urétrite est alors d'emblée chronique.

Causes, — Les causes de la blennorrhagie chronique sont celles de la blennorrhagie aiguë, seulement elles sont portées à un degré moins élevé , et agissent sur des tissus dont la sensibilité a déjà été émoussée par plusieurs inflammations successives mal traitées et incomplètement guéries. Chez ces malades, la muqueuse urétrale, habituellement injectée, passe facilement à l'état de sub-inflammation , et devient la source d'un suintement muqueux plus ou moins abondant, c'est là l'histoire des rhumes négligés qui, à la moindre variation de température , à la moindre fatigue des bronches , sont suivis d'une expectoration très-abondante. Le tempéramment lymphatique, la prédisposition aux affections de la peau et des muqueuses , l'habitation des lieux humides et froids, la privation de lumière, le refroidissement des pieds et du corps, l'abus des bains et des boissons fermemées,la fatigue à cheval,

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les excès vénériens, les veilles, la diaihèse rhumatismale , scrofuleuse, syphilitique, favorisent la forme chronique des écoulements. En dehors de l'inflammation chronique simple, nous trouvons d'autres causes locales capables d'entretenir la blennorrhée pendant très-longtemps : les rétrécissements, par exemple. A la vérité, le rétrécissement n'est autre chose qu'une inflammation chronique avec altération plus ou moins profonde de la muqueuse urétrale ; maïs il est indispensable de tenir compte du fait même de la coarctation , afin de poser les indications du traitement. L'inflammation des cryptes infundi buliformes qui viennent s'ouvrir à la surface de la muqueuse urétrale est quelquefois aussi la source d'écoulements très-opiniâtres. Plusieurs fois nous avons fait cette remarque en examinant les cryptes qui siègent à l'entrée du méat , et il nous a été permis d'en extraire , par la pression, un liquide blanchâtre en tout semblable au pus de la blennorrhagie chronique. Cette persistance de la maladie lient probablement à ce que ni les injections , ni l'urine chargée des principes balsamiques du cubèbe ou du copahu , ne pénètrent dans leur cavité; la présence de calculs dans la vessie ou le long du canal de l'urètre, l'introduction passagère mais souvent répétée de sondes ou de bougies , dans le canal ; l'inflammation chronique de la prostate , les tubercules de cette glande et des vésicules séminales , peuvent compter au nombre des causes de la blennorrhée.

Un de mes jeunes confrères M. Bouffier , m'a montré dernièrement un malade affecté d'écoulement chronique, chez lequel le canal de l'urètre était parcouru de nodus moliniformes; c'était là un exemple bien tranché d'inflammation chronique.

Symptômes. — Le caractère le plus patent de l'urétrite chronique, celui que tout le monde peut constater, c'est l'écoulement. Dans les cas ordinaires, il est peu abondant et disparaît presque entièrement pendant le jour, ou du moins n'est-ce que par des pressions méthodiques d'arrière en avant, que l'on exprime du canal une gouttelette de mucus opaque , adhérente aux lèvres du méat ; souvent même la

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chemise n'est pas lâchée. Pendant la nuit, la matière de l'écoulement, n'étant chassée ni par les pressions répétées du malade, ni parla miction, s'amasse en assez grande quantité^ aussi le matin, la moindre pression fait sortir une ou plusieurs gouttes d'un mucus visqueux blanc ou verdâtre , et plus ou moins consistant, quelquefois incolore et filant comme le mucus prostatique. Cette goutte de liquide, déposée sur le linge , y laisse une tache dont l'aspect varie : tantôt verte , tantôt jaune, quelquefois elle est grise sur les bords, avec un point vert au centre, et le linge sur lequel elle est desséchée semble empesé comme au contact de la liqueur spermatique. L'écoulement se présente aussi sous forme de filaments allongés qui sont entraînés par l'urine pendant la miction. La qualité de l'écoulement n'offre pas moins de variétés que sa forme ; souvent ce n'est qu'au réveil et après des pressions exagérées que les malades découvrent un peu de suintement muqueux , dans d'autres cas, la sécrétion , beaucoup plus abondante, peut être constatée le matin et dans la journée, et tache la chemise sans l'aide de la pression. Chez la plupart des malades la blennorrhée présente des intermittences irrégulières dont il n'est pas toujours possible de déterminer la cause.

La blennorrhée n'est pas complètement exemple de symptômes subjectifs. Les malades accusent de la douleur, une cuisson, un prurit incommode vers la fosse naviculaire, et de l'ardeur vers la région prostatique ; ces symptômes augmentent pendant la miction. Sous l'influence des variations de température et des excès de quelque nature qu'ils soient, l'inflammation chronique de l'urètre reçoit une nou- Velle impulsion et passe pour un temps à l'état aigu. Les malades voient en général arriver cette recrudescence avec un certain plaisir, espérant se débarrasser ainsi de l'affection ancienne. Quelquefois leur espoir n'est pas trompé; et, après les symptômes aigus, la maladie marche vers la guérison. Mais, plus souvent après s'être prolongé quelque temps et avoir ajouté aux souffrances et aux ennuis du malade, l'état aigu disparaît laissant a sa place l'ancien mal dont il n'était

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que la doublure. Cette perspective est pour le malade un des tourments les plus cruels, aussi n'ose-l-il plus rien entreprendre sans craindre de nuire à sa guérison : les bals, les cavalcades et tant d'autres plaisirs sont perdus pour lui ; l'ennui, le dégoût du monde s'emparent de son esprit, il tombe enfin dans une espèce de manie voisine de l'hypochondrie.

Diagnostic. Le diagnostic de l'écoulement chronique n'offre par lui-même aucune difficulté; ce qui est plus difficile et cependant presque toujours indispensable pour le traitement -, c'est de découvrir la véritable cause qui l'entretient. Or , nous savons que ces causes peuvent être locales ou générales, il faudra donc examiner avec attention le canal de l'urètre et la vessie , afin de s'assurer s'il n'y a pas quelque lésion locale, interroger ensuite le tempérament, les habitudes et les maladies antérieures du sujet qui est soumis à l'observation. Par cet examen , on trouvera le plus souvent la cause de la maladie, et l'on se mettra ainsi en mesure de l'attaquer.

Marche et durée. — La bîennorrhée arrivée à une certaine période peut rester stationnaire pendant un temps très-long, ou subir de temps à autre des recrudescences qui naissent sous l'influence de mille causes; sa durée est très-variable: elle est d'un an , deux ans , dix ans et même plus. En 1840 , M. Ricord traitait un malade dont l'écoulement datait de la paix d'Amiens, 1800.

Pronostic. — L'expérience nous apprend que quelques malades peuvent vivre avec un suintement habituel ou une goutte militaire, sans éprouver le moindre dérangement; néanmoins, l'écoulement n'étant que le symptôme d'une sub-inflammation du canal, il faut craindre ses conséquences. On n'ignore pas, en effet , que la blennorrhagie chronique est la cause des rétrécissements , des cystites, des blennorrhagies aiguës, des épididymites à répétition , et des arthrites biennorrhagiques chroniques,* du reste, la présence continuelle d'un écoulement peut, à elle seule , détériorer la santé du malade.

Appendice à l'urétrite.

Écoulements passagers, anomaux. — Sous ce litre, nous comprenons les écoulements qui n'ont qu'une durée éphémère , généralement connus sous le nom d'échauffements. Ils reconnaissent pour cause un excès de coït entre deux individus sains, leurs sympiômes sont : un écoulement peu abondant, une sensation de prurit à l'extrémité du gland , et une légère chaleur pendant la miction. On voit par là que cette aflection s'annonce de la même manière qu'une véritable blennorrhagie.

Quand on la laisse marcher , elle disparaît d'elle-même au bout de sept à huit jours. Cependant les malades, impatients de savoir à quoi s'en tenir , se livrent quelquefois à des excès de boissons, ou usent demetsirès-excitants, afin, disent-ils, de faire déclarer la maladie le plus tôt possible , dans le cas où elle existerait. Ils parviennent ainsi très- souvent à déterminer dans le canal une inflammation aigiie et par cela même une véritable blennorrhagie. On voit donc que ces écoulements passagers ne sont, dans la plupart des cas, que le premier terme d'une urétrite aigùe, ce sont des blennorrhagies incomplètes, qui, au moindre écart de régime , reçoivent une impulsion qui les assimile aux blennorrhagies aiguës. 11 faut donc avoir pour elles les mêmes égards que pour les dernières.

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