CHAPITRE V
Nous avons admis deux formes d'urétrite : une forme aiguë et une forme chronique.
La forme aigiïe présente trois périodes : une période de début, une période d'acuité et une période de déclin.
La forme chronique, ordinairement très-tenace et trèslongue à se guérir, est susceptible d'éprouver des variations qui la font passer pour un temps indéterminé à l'état aigu.
Le traitement comporte donc : 1° les moyens propres à combattre l'urétrite aigiïe dans ses différentes périodes et dans ses accidents ; 2° les moyens que l'on doit diriger contre l'urétrite chronique.
En un mot, prévenir la blennorrhagie, la faire avorter quand elle débute , la traiter par des moyens réguliers lorsqu'on n'est plus à temps à la médication abortive , conjurer ses accidents et ses complications , s'opposera la forme chronique, indiquer enfin les différentes médications que l'on doit diriger contre cette forme, tels sont les six chefs principaux du traitement.
Prévenir la blennorrhagie urèlrale. — Pour ne pas nous exposer à des répétitions inutiles, nous renvoyons aux Généralités ( Prophylactiques, page 42).
Faire avorter la blennorrhagie quand elle débute. — Ce que nous avons dit du traitement abortif dans nos Généralité** {page 46 ) , est trop incomplet, pour que nous puissions nous dispenser de revenir sur cet important sujet.
Traitement abortif. — Le but du traitement abortif est d'arrêter la blennorrhagie à son début, et de prévenir ainsi tous
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les accidents que pourrait occasionner cette affection si on l'eut laissé se développer.
On jugule les pneumonies par les saignées coup sur coup , le tartre stibié , et les larges vésicatoires au niveau du poumon malade. On arrête la marche des phlegmons superficiels et de l'érysipèle avec des vésicatoires placés au centre de la maladie, on fait avorter les inflammations de la gorge avec des gargarismes astringents, ou par la cautérisation faite avec des caustiques liquides a différents degrés , ou bien encore avec le nitrate d'argent fondu. Enfin on arrête les ophtalmies purulentes, blennorrhagiques ou non, avec la cautérisation directe, pratiquée à l'aide du nitrate d'argent solide ou liquide; pourquoi reculerait-on devant l'emploi de celle méthode en présence d'une inflammation de l'urètre! On dirait en vérité que les organes génitaux sont les parias de la thérapeutique et que l'on se plaît à contempler les maladies qui les atteignent.
C'est au premier signe de fluxion et avant le début de la période aigiïe que l'injection à haute dose doit être employée. Mais la période aigùe pouvant débuter du 2« au 10e jour de la maladie et même plus tard , il est impossible de fixer invariablement l'époque à laquelle commencera ce traitement. Une fois la période aigùe déclarée, non -seulement cette méthode est infructueuse , mais elle peut être suivie d'accidents irès-graves, tels sont les préceptes de M. Ricord. Cependant M. Debney,.qui s'est occupé spécialement de celte matière, cite un grand nombre de faits pour prouver que l'injection de niirate d'argent à haute dose convient à loules les périodes de la maladie; il ajoute que si la cautérisation ne supprime pas toujours immédiatement l'écoulement, elle a pour effet ordinaire de faire avorter l'inflammation au début, ou de l'éteindre après son développement. Sur un relevé de 85 malades atteints de biennorrhagie , 17 ont été perdus de vue, 2 n'ont pas guéri ; tous les autres ont guéri , aucun n'a éprouvé d'accidents. (Mémoire sur le traitement aborlif de la blcnnorrhogie par Vazotate d'argent à haute dose et sur l'emploi des injections caustiques à toutes les périodes de Vurétrile , par M. Debney , chirurgien aide-major au 12^ de ligne).
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M. Debney n'employait que les injections , mais M. Ricord „ pour obtenir une guérison plus sûre et plus durable associa, aux injections l'usage du copahu et du cubèbe. Notre collègue et ami M. le docteur Foucart, dans un travail inséré, en 1845, dans la Gazelle des Hôpitaux , pour démontrer les avantages de la méthode abortive , se range à l'avis de M. Ricord, et recommande d'employer, concurremment aux injections, les bols de cubèbe, d'alun et de raianhia. Dans les cas où nous avons pu pratiquer les injections à hautes doses , nous avons toujours secondé leur effet avec l'opiat au cubèbe. Néanmoins , tout en préconisant cette méthode mixte , nous sommes loin de contester à l'injection seule le mérite de juguler l'urétrite blennorrhagique.
Le caustique, généralement employé pour modifier la muqueuse urétrale, est le nitrate d'argent solide ou en solution. Le nitrate d'argent solide réussit à merveille dans les inflammations des muqueuses qui peuvent être mises à découvert. On peut aussi le conduire, au moyen du porte caustique de M. Lallemand, dans les profondeurs de l'urètre; mais ce moyen répugne souvent aux malades , et la cautérisation que l'on en obtient est irrégulière : aussi est-il plus avantageux de recourir aux injections.
La solution contient un gramme de nitrate d'argent sur 30 grammes d'eau distillée , la seringue doit être en verre et fonctionner à merveille sous tous les rapports. Après avoir uriné, le malade s'asseoit sur le bord d'une chaise, saisit la verge de la main gauche et la tend légèrement en avant, introduit la canule de la seringue qu'il tient de la main droite, dans l'orifice de l'urètre, applique sur cette canule les lèvres du méat, en pressant l'extrémité du pénis du haut en bas, au moyen du pouce et de l'index placés transversalement, l'un au- dessus et l'autre au-dessous de l'extrémité du canal; l'injection est ensuite poussée brusquement. De celte manière, l'urètre n'a pas le temps de se contracter et ne s'oppose pas a la progression du liquide , une demi-seringuée suffit pour cautériser le canal dans toute sa longueur; nous ne recommandons jamais la compression du périnée au moyen de
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tampons ; car cette précaution est superflue et paraît devoir s'opposer à la pénétration du liquide jusqu'à la limite de l'inflammation.
L'injection à haute dose occasionne des sensations qu'il est bonde faire connaître d'avance aux malades, pour qu'ils n'aient pas à maudire un moyenaussi précieux. Nous ne pouvons mieux faire, pour donner une idée des phénomènes immédiats occasionnés par le contact du nitrate d'argent sur la muqueuse urétrale, que de reproduire ce qu'a écrit M. Debney, qui a pratiqué cette expérience sur lui-même : « L'introduc- » tion de l'injection ne produit d'abord aucune autre sensa- » tion que celle d'un liquide froid ;au bout de 25 à 30secon- » des, une douleur atroce éclate et retentit le long des cor- » dons, elle dure près de cinq minutes avec la même violence; » alors elle commence à diminuer , et au bout d'une heure » elle est très-supportable; la matière d'une sécrétion épaisse » et blanche est excrétée assez abondamment pendant la nuif , » (l'injection étant pratiquée à 9 heures du soir) ; à 7 heures » du matin, les urines, rendues avec difficulté et avec une vive » cuisson , expulsent en débris de pellicules blanches l'escha- » re delà muqueuse ; à 10 heures du malin , il y a encore un « peu d'écoulement moins épais, la miction a lieu libre- » ment et sans douleur ; à, midi , le canal est sec et les choses » restent dans cet état. »
D'après M. Debney, « l'injection caustique produit, sur la » membrane muqueuse de l'urètre, un effet constamment le » même à l'état sain et aux divers degrés de la phlegmasie, » inflammation plus ou moins violente, plus ou moins vive- » ment sentie, suivant le degré de sensibilité des individus , » qui se dissipe dans une durée de douze à quinze heures; » celte loi se fonde sur plus de 80 cas. » Voici les phénomènes que nous avons constatés dans le service de M. Ricord: Après les injections , des douleurs intenses se développent ; la surface muqueuse exhale un liquide séreux quelquefois sanguinolent qui sort par l'urètre ; à celte exhalation succède bientôt une suppuration phlegmoneuse crémeuse qui forme bouchon dans l'urètre; la première émission d'urine cause
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des souffrances excessives dont le maximum est à la région balanique; mais les malades peuvent appaiser ces douleurs en urinant dans l'eau fraîche et en modérant leurs efforts. Le jet d'urine affecte ici toutes les variétés de forme que l'on observe pendant les rétrécissements. La plupart de ces accidents cessent au bout de vingt quatre heures. L'exhalation et la suppuration crémeuse persistent seules.
Il faut se garder de recourir de nouveau aux injections avant que l'exhalation sanguine et la sécrétion du mucus épais aient disparu.
Chez un certain nombre de malades , la blennorr hagie cesse brusquement après la sortie de quelques globules de mucopus très-épais; chez d'autres, la guérison est précédée de la sortie d'un mucus filant qui ne tarde pas à disparaître ; chez d'autres enfin le muco-pus verdàtre reparaît; c'est là un indice de la persistance de la blennorrhagie.
Quand l'injection ne réussit pas, les premiers caractères de la maladie se dessinent au troisième jour ; ce sera donc , comme terme moyen , au bout de deux jours , que l'on pourra pratiquer la deuxième injection abortive , à moins cependant que la première injection ne produise les effets précédents , au quel cas il faudrait la renouveler dans la même journée.
M. Debney attend vingt-quatre heures et si , au bout de ce temps, l'écoulement n'est pas terminé , il recommence. Lorsque la blennorrhagie est à son début, l'inflammation est ordinairement bornée à une petite étendue du canal de l'urètre, à partir de l'orifice du méat; il a remarqué qu'il suffit alors de cautériser cette surface circonscrite au moyen d'une très-petite quantité de liquide (1|4 de seringue ), pour faire avorter la maladie. Lorsqu'elle a passé la période de début , il est nécessaire de pousser l'injection dans toute l'étendue du canal.
Quant au temps pendant lequel doit être conservée l'injection , ce que nous n'avons trouvé nulle part malgré son importance , nous le fixons à une minute , a moins que des douleurs trop vives n'obligent à expulser le liquide.
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Les injections à haute dose déterminent quelquefois des accidents de différente nature: c'est ainsi qu'elles sont suivies de lypoihimies, de syncopes, d'hémorrhagies plus ou moins abondantes et quelquefois de rétention d'urine, causée parle gonflement de la muqueuse du canal ; mais tous ces accidenis cèdent souvent aux moyens les plus simples et ne constituent pas une raison suffisante pour abandonner un moyen si énergique et si efficace.
Nous avons dit que le nitrate d'argent était le modificateur le plus puissant des muqueuses, l'agent par excellence de là médicaiion abortive. M, Venot, chirurgien en chef de l'hospice de Saint-Jean de Bordeaux , vient d'expérimenter avec succès un autre liquide déjà si avantageusement connu en chirurgie , par ses propriétés anesthésiques. Ce chirurgien rapporte plusieurs cas de blennorrhagies traifées , à leur début par l'injection au chloroforme et qui ont été guéries au bout de quelques jours. Comme nous ne pouvons suivre l'auteur dans toutes ses considérations, nous nous bornerons à transcrire textuellement les conclusions qu'il lire de ses expériences :
1° Le chloroforme en injection dans l'urètre peut faire avorter la blennorrhagie;
2° Pour que cette action ait son plein effet, la blennorrhagie doit être à sa période d'invasion;
3° L'action abortive du chloroforme n'entraîne ni primitivement , ni consécutivement , aucun des accidents auxquels les injections caustiques d'azotate ont souvent donné lieu. (Journal de médecine de Bordeaux , décembre 1850.)
N'ayant pas nous-même expérimenté ce moyen , nous sommes obligés de suspendre notre jugement sur les effets qu'il produit. Pour jouir de tous les bénéfices du traitement aborlif, il ne faut pas s'en tenir aux injections, car si elles réussissent souvent sans le secours d'autres moyens , elles peuvent aussi être infidèles. Le copahu et le cubèbe doivent être employés simultanément avec elles.
Par cette médicaiion mixie , on obtient , au moyen des injections, la modification directe de la surface muqueuse cfc