CHAPITRE PREMIER
Effets consécutifs à l'absorption du virus syphilitique.
En suivant les effets du virus syphilitique , nous l'avons vu d'abord , épuisant sa virulence sur le seuil de l'organisme après avoir inutilement frappé aux portes de la constitution , plus tard pénétrant nos tissus par les lymphatiques , mais toujours arrêté et contraint de se frayer une voie pour s'écouler au-dehors, enfin triomphant des efforts de la réaction vitale abritée trop tard sous l'égide de l'induration , et soumettant notre organisation normale à son action morbide. Il nous reste, pour remplir notre programme, à décrire les troubles organiques qui accompagnent fatalement l'intoxication syphilitique , en d'autres termes, à étudier la syphilis constitutionnelle.
La doctrine que nous exposons n'admet que deux modes d'infection: l'infection par un chancre préalablement inoculé sur nos tissus , et l'infection par voie d'hérédité. « Pas de vérole constitutionnelle sans chancre ou sans père ou mère vérolé , » a dit M. Ricord. Cependant telle n'est pas l'opinion de tous les syphilographes , et d'abord parmi ceux même qui considèrent le chancre comme l'antécédent obligé de la syphilis , un grand nombre veulent que tout chancre, sans distinction d'espèce, ait le pouvoir de la développer. C'est même
une opinion généralemenl reçue que lout ulcère chancreux est fatalement suivi de syphilis, aussi, pour beaucoup de praticiens, même très-distingués, avoir un chancre, c'est avoir îa vérole, de là, cette thérapeutique déplorable, arrêtée d'avance et toujours la même quelle que soit la forme de l'accident primitif^ mais cette doctrine est loin d'être conforme aux faits. L'observation nous apprend en effet qu'un grand nombre de chancres peuvent guérir sur place sans infecter la constitution , ni même occasionner des accidents successifs , et que le chancre induré est fatalement suivi d'adénopathie et d'accidents constitutionnels. Quant aux exceptions que l'on a admises à cette règle, il n'y a qu'à se rappeler la difficulté qu'offre quelquefois la recherche de l'induration spécifique pour se convaincre de leur peu de valeur : que l'induration soit superficielle, mal formulée , on ne la constate pas et l'on attribue les accidents constitutionnels au chancre simple; qu'un chancre simple soit inoculé et parcoure ses périodes sur un tissu de cicatrice , on prend l'induration de la cicatrice pour l'induration spécifique , et comme dans ce cas l'accident primitif guérit sur place sans occasionner de symptômes généraux , on croit avoir observé un chancre induré non suivi d'infection syphilitique. En présence de tant de causes d'erreur , n'est-il pas plus rationnel de faire rentrer ces quelques exceptions dans la règle générale, que de les grouper ensemble pour la renverser?
Transmission de la syphilis par l'inoculation des accidents secondaires. — C'était peu que d'avoir attribué à tout chancre primitif la propriété d'infecter l'économie ; il fallait multiplier encore les moyens propagateurs de la syphilis, en étendant ce pouvoir aux accidents secondaires. On a semé à profusion sur le corps des malheureux patients la sécrétion de toutes les variétés de syphilides , on a inoculé de malade à malade, de malade à individu sain, tantôt les plaques muqueuses, tantôt des ecthymas, enfin des accidents tertiaires et même le sang des syphilitiques, et tout cela pour arriver à contredire une opinion que l'expérimentation avait mille fois sanctionnée; et chez qui constatons nous celle monomanie furieuse
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des inoculations? chez ceux qui naguère auraient voulu immoler aux fureurs du parquet l'expérimentateur le plus célèbre de notre époque.
Pourquoi revenir sans cesse à des questions tant de fois résolues. M. Ricord, M. Cullerier, M. Pacbe n'ont-ils pas déjà prouvé maintes fois que les accidents secondaires n'étaient pas inoculables, et que par cela même ils ne pouvaient donner lieu à l'infection? Quant aux observations publiées dans ces derniers temps par M. Waller sur la transmissibiliîé de la syphilis par les accidents secondaires et par le sang des syphilitiques , elles sont pour la plupart si incomplètes , susceptibles de tant d'interprétations diverses qu'on ne peut les prendre au sérieux, et d'ailleurs leur auteur a été si pénétré de leur peu de valeur qu'il s'est laissé aller jusqu'à en appeler à la foi , toujours si dangereuse en matière de science. Et M. Vidal (de Cassis ) a-t-il été plus heureux? On se rappelle le désapointement qui saisit l'infortuné compétiteur du syphilographe de Prague, lorsqu'on lui prouva que le prétendu ecthyma secondaire auquel il avait emprunté le pus d'inoculation, était un chancre primitif induré à forme ecthyma teuse, que le résultat de cette inoculation n'était autre chose qu'un chancre devenu induré; suivi plus tard d'adénite multiple mixte et de manifestations secondaires.
Eh bien, presque toutes les inoculations d'accidents secondaires se réduisent au fait de M. Vidal. Si l'on a obtenu des résultats positifs après l'inoculation des plaques muqueuses, c'est que la plaque muqueuse était simulée, ou avoisinée par un chancre ; après l'ecthyma, c'est que cet ecthyma était un chancre à forme eclhymateuse , ou bien un ecthyma secondaire contaminé après coup. D'autres fois on a cru avoir développé une pustule lorsqu'on n'avait produit qu'un bouton furonculeux simple, effet de l'irritation mécanique due à l'inoculation, et l'on a regardé comme consécutifs à cette inoculation, des accidents syphilitiques survenus après une infection précédente ou postérieure. Quant à nous, le peu d'inoculations que nous avons pu pratiquer avec le pus de l'ecihyma, nous ont toujours donné des résultats négatifs»,
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nous avons môme poussé l'amour de la vérité jusqu'à implanter le pus secondaire sur nos téguments. L'inoculation a toujours été négative, il est vrai que rien n'avait été négligé pour établir la nature secondaire des accidents auquels nous empruntions le pus à inoculer.
Nous avons pratiqué il y a quelques jours deux nouvelles inoculations, l'une avec du pus pris sur une ulcération secondaire de l'amygdale droite, l'autre avec du pus d'une plaque muqueuse ulcérée située sur la lèvre supérieure. Ces deux inoculations ont été négatives.
Les preuves de la transmissibilité des accidents secondaires n'ont pas été tirées seulement des inoculations artificielles, on a cru les trouver aussi dans les contagions ordinaires, le coït , l'allaitement et mille autres modes de contact.
Ici encore , même faute; défaut d'analyse, erreur de diagnostic. Un individu présente des accidents secondaires, ore remonte à la source de la contagion un mois ou deux mois après le contact , et l'on trouve sur les parties génitales de la femme des plaques muqueuses; il n'en faut pas davantage pour rapporter l'infection aux plaques muqueuses. Mais ignore-t on qu'il s'est écoulé depuis le coït, un temps plus que suffisant pour que le chancre ait pu guérir et disparaître sans laisser de traces, ou se transformer en plaques muqueuses , ce qui est si commun aux parties génitales de la femme? Si l'on examinait les aines, en supposant toujours que le chancre ait eu pour siège les parties génitales , ne trouverait-on pas l'adénite indurée, satellite obligé du chancre de même nature, que n'occasionnent jamais par ellesmêmes les plaques muqueuses? Or , ces investigations si indispensables au diagnostic différentiel sont presque toujours négligées, comment alors veut-on avoir raison dans une question d'une si haute importance. D'ailleurs , le chancre laisse quelquefois des cicatrices, des noyaux indurés faciles à constater pour tout praticien expérimenté, et qui sont là , comme l'adénite, pour mettre sur la voie du mode de contagion; pourquoi dédaigue-l-on de les prendre en considération ?
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Les mêmes fautes ont été commises dans les observations citées à l'appui de la communication des accidents secondaires de la nourrice au nourisson et vice versa. On a constaté des plaques muqueuses sur le mamelon de la nourrice et sur les lèvres de l'enfant, et, sans se livrer à d'autres investigations, on a conclu qu'elles s'étaient inoculées d'un de ces organes à l'autre pendant l'allaitement. Nous ne nions pas que le contact fréquent et prolongé entre les lèvres et le mamelon ne prédispose ces deux parties aux plaques muqueuses, mais ce n'est là qu'une influence de second ordre , dont le résultat est de favoriser l'action d'un principe plus profond, la diathèse syphilitique. Les faits qui ont le plus contribué à accréditer l'opinion de la transmissibiliié des accidents secondaires de la nourrice au nourrisson sont ceux dans lesquels les lèvres de l'enfant infectées au contact du mamelon atteint d'un chancre induré, tranformé in situ en plaque muqueuse, sont devenues le siège d'un accident semblable. Dans ces cas, en effet, le frottement répété et prolongé des surfaces ulcérées manque rarement de transformer le chancre induré en plaque muqueuse, et si l'on s'en tient à un examen superficiel , on attribue à la plaque muqueuse une contagion qui, en réalité , appartient au chancre. Si l'on se donnait la peine de toucher la base de l'ulcération et d'examiner la pléiade ganglionnaire la plus voisine, on trouverait d'un côté une induration caractéristique, et de l'autre les engorgements adéniques multiples et indolents , signes qui ne laissent aucun doute sur l'existence d'un chancre.
Pour nous , la question est jugée , et notre conviction ne saurait être ébranlée par aucun des faits prétendus contradictoires publiés jusqu'à ce jour. Que penser maintenant de l'humeur guerrière qui s'est manifestée tout récemment chez les principaux chefs du camp opposé , MM. Velpeau et Lagneau en tête. A voir leur impatience et leur ardeur, nous devions nous attendre à l'exhibition de faits nouveaux ou tout au moins à une argumentation nouvelle et irréprochable. Mais quelle n'a pas été notre surprise lorsque nous avons vu ces deux praticiens entrer dans la lice avec une pacotille de
faits mille fois trouvés en défaut , avec des arguments déjà vermoulus et incapables d'opposer la moindre résistance. Aussi , hâtons-nous de le dire , M. Ricord n'a pas eu de peine à renverser cet échaffaudage de preuves, quoiqu'il fut habilement dressé ; et son discours a démontré une fois de plus qu'aucun raisonnement, qu'aucune forme de langage , quelle que fut l'habileté de l'orateur, ne pouvaient résister à une argumentation basée sur des études longues et sérieuses, sur l'expérimentation scientifique et sur l'observation clinique.
Transmission de la syphilis par Vingestion d'un lait venant d'une nourrice atteinte de syphilis. — On a prétendu aussi que l'absorption d'un lait provenant d'une nourrice atteinte de la diathèse syphilitique , quoique exempte de symptômes locaux secondaires ou tertiaires, pouvait communiquer la syphilis constitutionnelle au nourrisson. Sans nous livrer à de longues dissertations sur ce point intéressant de syphilographie, nous répondrons de suite par la négative à cette assertion , en basant notre manière de voir sur les faits observés par des praticiens expérimentés. En effet, il résulte des observations relatées par M. Venot, de Bordeaux, dans YUnion médicale du 8 avril 1852, que des nourrices atteintes de la diathèse syphilitique, présentant même des accidents secondaires, et des accidents tertiaires, ont pu allaiter longtemps sans communiquer la maladie à leur nourrisson. M. Venot rapporte « qu'une nourrice couverte de taches eczémateuses , avec » ulcérations secondaires du mamelon , a impunément fait » téter un enfant pendant six mois , terme au bout duquel on » lui retira ce nourrisson , qui n'a jamais justifié, par un état » maladif quelconque , les appréhensions de sa mère. »
Quant à la répugnance qu'une mère éprouve pour une nourrice affectée de syphilis constitutionnelle, ou qu'une nourrice manifeste pour un nourrisson atteint d'accidents secondaires , nous la comprenons parfaitement , mais des inquiétudes d'une mère et des appréhensions d'une nourrice, à l'acte de foi des contagionistes quand même il y a, comme l'a dit M, Venot, tout un abîme.
Transmission de la syphilis par l'inoculation des accidents
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tertiaires. — Après tout ce qu'on vient de lire sur l'inoculation des accidents secondaires , il serait superflu de se livrer à de longues discussions pour prouver que les accidents tertiaires sont impropres à la transmission de la syphilis. Cependant comme nous ne voulons pas baser notre opinion sur une simple assertion, nous ferons observer que des inoculations comparatives , faites en notre présence par M. Ricord avec le pus primitif et le pus tertiaire , ont démontré que le premier de ces liquides était constamment suivi de la pustule caractéristique, tandis que le second ne la développait jamais. L'inoculation du sang des tertiaires n'a pas été suivi de plus de succès.
En résumé , nous voyons que ni les accidents secondaires , ni les tertiaires , ni le sang des syphilitiques , ni le lait provenant de nourrices infectées, ne jouissent de la propriété de donner la syphilis par inoculation, ou par tout autre mode d'absorption.
Il n'y a en dehors du chancre qu'un seul mode d'infection , l'hérédité.
Transmission de la syphilis par hérédité. — La question de l'hérédité en matière de syphilis se réduit aux propositions suivantes :
1° Pour que le père transmette la syphilis à l'enfant , il faut qu'il soit sous l'influence de la diathèse au moment de la fécondation ; un accident primitif purement local, quel que soit son siège, ne peut suffire ;
2° L'hérédité par la mère peut venir d'une syphilis constitutionnelle antérieure à la conception , ou consécutive à un chancre induré contracté pendant la gestation; dans ce dernier cas, la syphilis de l'enfant est dite congéniale;
3° Des accidents primitifs contractés par la mère pendant la gestation , n'ont, s'ils ne s'indurent pas, aucune influence sur l'enfant ;
4° Il n'est pas besoin pour que le père et la mère transmettent la syphilis au produit, qu'ils soient actuellement sous l'influence d'une manifestation , la diathèse seule suffit ;
5° La diathèse syphilitique n'est transmissible au produit
de par le père ou îa mère, que pendant la période secondaire, si l'enfant est procréé durant la période tertiaire, il vient au monde avec le tempéramment scrofuleux ;
6° L'enfant procréé syphilitique par le père peut infecter la mère pendant la gestation ;
7° Un traitement subi pendant la gestation, par la mère infectée, ou antérieurement à la fécondation par le père syphilitique, influe beaucoup sur l'état de santé du produit.
Nous savons bien que la mère peut infecter l'enfant pendant la gestation ; mais nous ignorons encore quel est le dernier terme de la grossesse, auquel la femme venant d'être infectée , peut transmettre la diathèse syphilitique au fœtus. Si , par exemple, la syphilis constitutionnelle contractée pendant le huitième ou le neuvième mois de la gestation se transmet à 1'enfent; les faits manquent encore à ce point de doctrine.
De tout ce que nous avons dit sur la transmission de la syphilis, il résulte qu'on ne peut acquérir la diathèse syphilitique que de deux manières à savoir : par hérédité , ou par inoculation directe de la sécrétion du chancre; et que le principe suivant, proclamé par M. Ricord : « pas de vérole constitutionnelle sans chancre ou père et mère vérolé, » est inattaquable.
Peut-on avoir plusieurs fois la vérole constitutionnelle? Aux yeux d'un grand nombre de praticiens et des gens du monde, cette question paraîtra peut être un peu oisive, car il est d'usage de faire rentrer dans la classe des véroles , tout accident primitif qui se déclare après un coït infectant. Pour beaucoup de personnes étrangères ou non à l'art de guérir, la blennorrhagîe est une vérole, le chancre, quelle que soit sa forme, est delà vérole, les végétations, les bubons, quelquefois même les écorchures les plus simples sont autant de véroles; avec ce système, il n'est pas étonnant que l'on entende dire tous les jours d'un individu qu'il a eu plusieurs véroles les unes après les autres, ou même , suivant l'expression des virulents quand même , qu'il a entassé vérole sur vérole. Quand on observe superficiellement sans se rendre compte de l'en chaînement des manifestations syphilitiques et surtout avec
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la croyance qu'une fois les manifestations actuelles éteintes par un traitement spécifique, la syphilis est guérie ; on se laisse facilement1 aller à cette doctrine. On va voir par un exemple où peuvent conduire le défaut d'observation et l'ignorance de l'évolution de la syphilis.
Un malade est atteint d'une syphilis constitutionnelle récente, survenue après un chancre bien constaté, on lui administre un traitement spécifique qui fait disparaître le chancre et on le renvoie avec l'assurance d'une guérison radicale. Au bout de cinq à six mois ou plus tard encore, des symptômes de syphilis secondaire se manifestent, c'est une roséole, ce sont des plaques muqueuses ou d'autres accidents secondaires; mais il n'y a aucun symptôme de contagion récente. Quel raisonnement tient-on? au lieu de rapporter ces manifestations à l'infection précédente , on s'arrête à un coït plus ou moins rapproché que l'on juge suspect, et l'on fait de toute pièce une syphilis d'emblée. Un nouveau traitement fait disparaître ces accidents et l'on renvoie le malade avec l'assurance d'une seconde guérison radicale.
Un an ou deux après , de nouveaux accidents , cette fois plus profonds, se manifestent, ce sont des ecthymas des tubercules dans l'épaisseur des téguments. Le malade présente en même temps une adénite consécutive à un excès de coït ou à la marche forcée, on diagnostique, un bubon d'emblée avec syphilis constitutionnelle.
Quelques années après, arrivent des exostoses en même temps qu'une blennorrhagie , et le médecin d'attribuer l'exoslose à la blennorrhagie.
On voit qu'en diagnostiquant de la sorte on pourrait multiplier a l'infini le nombre des véroles chez le même individu.
Nous savons qu'il n'est pas donné à tout le monde d'établir la filiation des symptômes, et que même pour les praticiens les plus intelligents il est souvent difficile, un accident secondaire ou tertiaire étant donné comme point de départ , de remonter jusqu'à sa cause première. Néanmoins, un fait qui, dans l'exemple que nous avons cité, devrait engager à nier tout rapport de cause à effet entre les accidents de contagion
récente et les accidents constitutionnels co-existants , c'est la forme de plus en plus profonde de ces derniers coïncidant avec des contagions récentes. Cette circonstance indiquerait à elle seule que ces accidents se rattachent à un principe unique tout à fait étranger à ces contagions , principe qui va en se modifiant à mesure qu'il vieillit dans l'organisme.
En observant attentivement les troubles qui se manifestent au début de l'infection, et suivant pas à pas les transformalions que subissent les manifestations constitutionnelles , on est bientôt convaincu que celte série de symptômes, qui marque le début de l'infection, ne se montre jamais deux fois chez le même individu , et que les accidents qui apparaissent successivement à des époques plus ou moins éloignées , se rattachent tous à la même infection. Aurait-on quelque doute^ sur l'unité de la diathèse , qu'il ne serait plus permis de le conserver en présence de cette loi qui fait que l'on a qu'une fois des chancres indurés en sa vie, et en se rappelant que l'induration est l'avant- coureur obligé des symptômes secondaires, à moins de syphilis héréditaire. Sous ce rapport, la syphilis a de grandes analogies avec la vaccine, la variole, la rougeole et quelques autres maladies dont les principes détruisent , soit pour un temps soit pour toujours , dans l'individu qui en a éprouvé les effets, l'aptitude à en être affecté. La syphilis détruit donc l'aptitude à la syphilis ; on ne l'a qu'une seule fois en sa vie, et l'expression : entasser vérole sur vérole , est un contre-sens.
Y a-t-il des individus réfractaires à la syphilis constitutionnelle? Oui ! l'on voit des individus contracter impunément un grand nombre de chancres , sans éprouver les atteintes de la diaihèse; sont à l'abri de l'infection ceux qui sont actuellement sous l'influence d'une syphilis antérieure acquise; mais, même en dehors de cette catégorie, il est d'autres personnes qui ont une ou plusieurs fois des chancres qui restent locaux avant d'en avoir un qui s'indure. A quoi tient cette immunité temporaire ? ne pourrait-on pas l'attribuer à un restant de diathèse acquise par hérédité ? les observations manquent encore à l'appui de cette opinion. D'autres fois l'induration ,
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signe pathognomonique de la diathèse syphilitique, se développe à la première contagion. L'aptitude , précoce à la syphilis de certains individus , indiquerait- elle que leurs ascendants , ou n'ont pas été atteints de cette maladie , ou ne l'ont eu que longtemps avant la procréation? C'est ce que tendrait à faire penser la prédisposition fatale dont semblent jouir les membres d'une même famille; il nous est arrivé de traiter, à peu près en même temps, plusieurs jeunes gens , tous descendant du même père, chez lesquels des accidents primitifs, contractés pour la première fois, se sont indurés et ont été suivis d'accidents syphilitiques.
En résumé , sont réfractaires à la syphilis , ceux qui sont sous l'influence d'une diathèse syphilitique acquise par contagion.
Jouissent d'une immunité temporaire ceux dont les parents étaient sous l'influence de la diathèse syphilitique au moment de la procréation.
Cette immunité est d'autant plus durable chez l'enfant, que la syphilis s'est développée chez le père ou la mère à une époque plus rapprochée de la procréation.
L'aptitude précoce à la syphilis chez les enfants indique, ou que les parents ont été exempts de la syphilis , ou qu'ils Font contractée à une époque antérieure très-éloignée de la procréation.
La première de ces propositions est un fait démontré. Quant aux autres , nous ne les énonçons qu'avec réserve , espérant que des recherches viendront tôt ou tard leur donner une certaine importance en syphiîographie.
Mécanisme de l'infection. — Nous serions très- embarrassé d'expliquer les phénomènes intimes qui se passent dans l'économie au moment de l'absorption du virus syphilitique. Tout ce que nous pouvons dire c'est que , pris par les veines ou les lymphatiques ou par ces deux systèmes à la fois , il passe dans l'économie et y développe, dans un laps de temps que l'on peut déterminer approximativement, une série de symp tômes caractéristiques.
Il sembleraitfau premier abord , en suivant lajmarche des
manifestations , que le virus se transmet couche par couche de la superficie vers la profondeur des tissus. Mais la cause première est dans tout l'organisme , et le mode particulier d'apparition des symptômes est inhérent à la nature de la maladie.
Une fois la diathèse établie , ses manifestations apparaissent dans une limite de temps obligée ; limite que l'on peut déterminer d'avance lorsque la maladie n'a point été contrariée par un traitement spécifique. Dans ce cas, en effet, il ne se passe jamais six mois sans qu'il survienne des manifestations de l'intoxication syphilitique. C'est encore là une loi fatale que le traitement seul peut modifier. Dans les circonstances ordinaires, c'est du second au troisième mois qu'apparaissent les premiers symptômes de la syphilis constitutionnelle, bien entendu que nous faisons une exception pour l'induration qui, pour nous, en est le premier signe.
Les premiers symptômes de la syphilis constitutionnelle sont , pour la plupart , subjectifs , c'est-à-dire qu'ils ne sont en général constatés que par le sujet qui les éprouve ; aussi ne les rangerons-nous point dans la classe des syphilides , et les décrirons-nous à part sous le nom de prodromes. Après ces prodromes, apparaissent les symptômes objectifs. Ces symptômes se montrent le plus souvent dans un ordre si régulier que l'on pourrait, en quelque sorte, assigner à chacun d'eux leur moment d'apparition. Observons , néanmoins, que cette régularité n'existe que chez les sujets qui n'ont subi aucun traitement. Pour exprimer l'ordre de succession régulière des manifestations syphilitiques, M. Ricord compare la syphilis « à un ruban qu'on déroule plus ou moins vite, » mais dont les nuances changent après un certain nombre » de tours , et dont le bout libre , qu'a tenu la personne qui a » communiqué la maladie , ne ressemble plus à l'autre ex- » trémité adhérente à la bobine, ou, si vous l'aimez mieux, » au squelette de l'individu affecté. »
L'en&embledes manifestations consécutives comprend deux périodes distinctes autant par leurs caractères que par le traitement qu'elles réclament :
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1° La période secondaire , dont les symptômes siègent sur la peau , les muqueuses et leurs annexes; 2° La période tertiaire, dont les symptômes ont pour siège le tissu cellulaire sous-cutané ou sous-muqueux , le tissu fibreux osseux et musculaire, certains organes: testicule, cœur, cerveau, poumon , foie, etc.
Entre la période secondaire et la tertiaire apparaissent quelquefois des accidents, dont le siège spécial est dans l'épaisseur de la peau et des muqueuses. Aussi M. Ricord les a-t-il appelés accidents de transition.
Aucun des accidents de cette période ne peut être reproduit par inoculation ; ils ne sont donc point contagieux à la manière du virus syphilitique. Les accidents secondaires sont transmissibles par voie d'hérédité , quant aux tertiaires , ils ont d'autant moins d'influence sur l'hérédité, qu'ils sont plus tardifs, et il paraîtrait, d'après l'observation de M. Ricord, qu'ils se bornent à transmettre la prédisposition scrofuleuse.
La syphilis , dans son évolution complète , présente donc trois périodes bien caractérisées : 1° Accident primitif; 2° Accidents secondaires; 3" Accidents tertiaires.
Entre les deux premières s'intercalent les accidents successifs.
Entre les deux dernières apparaissent les accidents de transition.