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CHAPITRE II

Prodromes des accidents secondaires.

Jusqu'à présent nous n'avons eu pour indice de l'infection générale que l'induraiion du chancre et l'adénite multiple qui lui succède. Mais à une époque plus avancée, variant de six semaines à trois mois et, en tous cas, ne dépassant jamais six mois, apparaît une série de symptômes qui annonce, d'une manière incontestable, un trouble profond dans tout l'organisme.

Le malade éprouve des lassitudes dans tout son corps , la couleur de sa peau devient terne; ses yeux s'enfoncent légèrement dans les orbites, quelquefois il devient triste et solitaire; ses cheveux se dessèchent, abandonnent leur lustre et leur souplesse , et cèdent facilement à la moindre traction.

Il éprouve des pesanteurs, des lourdeurs dans la tête et une migraine plus ou moins intense. Celle migraine est réveillée ou augmentée par la chaleur du lit , ce qui lui a valu l'épithète de nocturne; mais on l'observe fréquemment, dans le jour, chez les personnes que leur état oblige à faire de la nuit le jour. Son siège habituel est la région sus-orbilaire, cependant on l'observe aussi sur d'autres parties du crâne ; les points douloureux ne présentent ni rougeur, ni gonflement , ni exaspération à la pression. La migraine syphilitique secondaire est symétrique ou occupe un seul côté, comme les hémîcranies et les névralgies intermittentes faciales; pendant son existence , quelques malades éprouvent une photophobie portée à un très-haut degré. Les douleurs secondaires suivent , dans certains cas , le trajet des nerfs de la face ; on a même observé la paralysie des muscles de celte région, Après lacé-

phalée nocturne, viennent les douleurs rhumatismales secondaires ( courbature syphilitique ) ; ces douleurs ont leur siège dans le voisinage des articulations , aux atiaches des muscles, mais n'ont rien de commun avec l'article lui-même, et, ce qui le prouve , c'est que , loin d'être augmentées par les mouvements, elles éprouvent une notable diminution sous leur influence. D'ailleurs elles n'occasionnent ni rougeur, ni gonflement et n'augmentent pas par la pression; elles sont vagues, erratiques et nocturnes au même titre que la céphalalgie. Les muscles de la région postérieure du cou deviennent fréquemment le siège de douleurs intenses et d'une raideur qui entravent les mouvements latéraux de la tête. C'est en quelque sorte un torticoli syphilitique. Bagîivi a signalé une douleur sous-sternale qu'il regardait comme un signe de syphilis larvée; nous avons nous- même observé une douleur dans la région splénique, qui n'a cédée qu'à l'administration des mercuriaux.

Comme un des prodromes les plus constants et que l'on rencontre 90 fois sur 100, nous citerons l'adénopalhie cervicale postérieure que nous avons déjà décrite sous le nom de bubon secondaire. L'adénite cervicale a pour nous une trèsgrande valeur, et est d'autant plus significative qu'elle se rapproche davantage des gouttières cervicales et de la racine des cheveux ; la région mastoïdienne en est très-fréquemment le siège.

Ces engorgements peu volumineux , indolents et élastiques ne suppurent pas , viendraient- ils à abcéder que leur pus ne serait pas inoculable. Leur siège sur la région mastoïdienne les a quelquefois fait confondre avec la périostile.

On a voulu les rapporter à différentes éruptions, mais nos observations particulières nous ont démontré qu'il n'y avait aucune liaison directe entre ces deux symptômes.

Au début de la vérole constitutionnelle, on rencontre assez souvent un symptôme que des observateurs peu expérimentés ont regardé comme un signe de syphilis invétéré, ou comme un résultat de la saturation mercurielle, je veux parler de l'alopécie : l'aiopécie est un des premiers prodro-

mes de l'infection , et si on l'a confondue avec la calvitie ordinaire que M. Ricord a quelquefois appelée calvitie honnéle , c'est- faute d'observation ; cette dernière, en effet, ne s'attaque qu'aux cheveux qui couvrent le sommet et la partie coronale de la tète, tandis que ia première frappe indistinctement sur toutes les régions , quelquefois même elle fait tomber les sourcils et la barbe.

Une des preuves les plus patentes des modifications que subit l'organisme sous l'influence de la syphilis constitutionnelle , c'est le trouble qu'éprouve la circulation, soit dans son élément matériel, soit dans ses mouvements. En effet, d'après les analyses de M.Grassi, pharmacien en chef de l'hôpital du Midi, ie sang éprouve une diminution notable dans sa partie globuleuse, d'où résulte une chloro-anémie plus ou moins prononcée. Nous avons d'ailleurs constaté quelquefois un affaiblissement dans l'énergie des battements artériels et cardiaques, et un bruit de souffle assez prononcé, coïncidant avec la pâleur de la peau et des muqueuses, la dilatation de la pupille, les palpitations et les vertiges, symptômes si communs chez les sujets chloro- anémiques.

En résumé : céphalée nocturne , douleurs rhumalhoïdes prse-articulaires ou cerviales postérieures, alopécie, adénite cervicale postérieure , douleur sous-sternale de Baglivi , souffle artériel et cardiaque , symptômes réunis en plus ou moins grand nombre et coïncidant avec un chancre induré que l'on peut constater , ou auquel on peut remonter soit au moyen des traces qu'il a laissé , soit au moyen de l'adénite multiple qui lui succède fatalement; tels sont les signes prodromiques des accidents secondaires.

Mais aucun de ces phénomènes pris isolément n'a de valeur absolue , ce n'est qu'en les groupant 5 les comparant entre eux , et les rattachant à leur véritable point de départ que l'on peut acquérir quelque certitude sur leur nature.

Us sont rarement réunis chez le même sujet, et quelquefois si peu marqués qu'ils passent inaperçus. On ne saurait expliquer ces différences par la nature des accidents , le tempérament du malade ou son idiosyncrasie.

L'adénite cervicale postérieure est un des signes les plus constants et les plus caractéristiques-, cependant il ne faut pas la regarder non plus comme un signe pathognomonique. D'abord passé la quarantaine on la rencontre rarement; d'un autre côté, en examinant indistinctement tous les malades qui rentraient dans notre service, il nous est arrivé plusieurs fois de trouver des glandes engorgées derrière le cou chez plusieurs d'entre eux qui ne présentaient aucun symptôme syphilitique, et dans les antécédents desquels on ne découvrait aucun indice de cette affection.

Ainsi, tout en attachant une grande importance à l'ensemble des prodromes , il faut encore être très-réservé dans leur interprétation lorsqu'il s'agit de cas douteux.

La plupart des signes prodromiques se prolongent et se joignent aux manifestations secondaires, l'engorgement cervical postérieur est de tous le plus tenace : nous l'avons observé un an et deux ans après l'infection; c'est là un fait qu'il faut utiliser pour le diagnostic; mais une fois éteint cet engorgement ne se reproduit plus par l'influence seule de la diathèse.

I/'apparition des prodromes est bientôt suivie des manifestations secondaires que nous allons décrire.

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