‹ Traité des maladies vénériennes [electronic resource]Chapitre 57 sur 90 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Accidents secondaires des muqueuses.

Longtemps connues sous le nom générique d'ulcération , et désignées aujourd'hui par les différentes dénominations qui suivent : papules muqueuses , plaques muqueuses, pustules plates, tubercules muqueux, etc. Ces éruptions sont les analogues de celles que nous avons observées sur la peau, et offrent autant de variétés que ces dernières. L'érythème, la papule , la pustule et le tubercule avec leur forme cerclée, annulaire, peuvent, avec une attention minutieuse, y être découverts. Quant à l'aspect particulier sous lequel elles se présentent ici , il lient à différentes causes qu'il est important de bien analyser. D'abord, la structure et les fonctions des muqueuses qui les rendent plus accessibles et plus aptes aux congestions , l'humidité permanente des surfaces, humidité qui s'oppose à la formation des squames et des croûtes, en transformant les premières en pseudo-membranes plus ou moins épaisses et adhérentes, et les secondes en matière purulente qui s'écoule constamment avec les humeurs sécrétées par ces membranes; enfin le contact et le frottement incessants des surfaces.

Pour ne citer que quelques exemples: telle éruption qui , sur la peau se présente avec la forme papulo-squameuse, sera représentée sur les muqueuses par une papule recouverte de matière pultacée plus ou moins épaisse qui , après avoir été abstergée , laissera une surface rouge pointillée comme granuleuse, Une éruption ayant sur la peau la forme

tuberculo-crustacée sera représentée sur la muqueuse par une ulcération à base dure , plus ou moins profonde , à fond anfractueux, quelquefois grisâtre et recouvert de matière purulente. Dans ces cas, la différence entre l'éruption cutanée et l'éruption muqueuse n'est qu'apparente et tient à des conditions tout à fait indépendantes de la nature de la maladie.

La forme érythémateuse , quoique aussi commune sur les muqueuses que sur la peau , est si éphémère et si peu marquée qu'elle parcourt souvent ses périodes sans être aperçue. Cependant , pour peu qu'on ait eu occasion d'observer des malades atteints de syphilis constitutionnelle , on doit avoir constaté, dans plusieurs cas, une sécheresse avec légère cuisson et rougeur pointillée ou plaquée à la gorge ou au palais, en même temps que le tégument externe était le siège d'une roséole syphilitique. On a pu remarquer que les téguments, habituellement en contact avec eux-mêmes et exposés au frottement , devenaient par îa même cause prurigineux et d'une couleur rouge érythémateuse. Plusieurs fois aussi nous avons noté cet état sur la peau qui entoure l'anus, la face interne des cuisses et externes des boursês.

L'erythème des muqueuses peut se terminer par résolution comme la roséole des téguments ; mais, cette dernière éruption, il peut aussi passer à l'état papuleux , c'est alors que l'on observe ces papules muqueuses , si variées dans leur aspect , eur siège , leur nombre et leur dimension ; papules qui vont être pour nous l'objet d'une description très- détaillée.

De la papule ou plaque muqueuse. — ta papule muqueuse est sans contredit l'accident secondaire le plus précoce ; dans un grand nombre de circonstances , elle suit de si près les rapports sexuels que beaucoup dé syphilograph.es ont cru qu'elle pouvait être primitive. Les parties qu'elle occupe ordinairement sont dans l'ordre de fréquence, l'anus, la vulve, le pli genilo- crural, les bourses dans la portion qui correspond à la face interne des cuisses , et vers l'angle rentrant que forment la verge et le scrotum , le gland et lâ face interne du prépuce, l'ombilic, les lèvres, les commissures buccales, le voile du palais et les amygdales, la face supé-

Heure et les côlés de la langue , la voûte palatine , les angles postérieurs de cette voûte, la face interne des joues, les ailes du nez , les fosses nasales, l'angle externe de l'œil , l'angle qui sépare l'oreille de la joue , le canal auditif, les commissures des orteils le col de l'utérus et le mamelon. Chez les personnes grosses, on en trouve quelquefois sur d'autres points où les téguments sont encore habituellement en contact avec eux-mêmes, comme sous les mamelles et au pli circulaire qui existe au cou.

L'apparition des plaques muqueuses est singulièrement favorisée par certaines conditions tout à fait étrangères à là syphilis; le contact et le séjour des sécrétions acres tellesque la sueur, l'urine, la salive, etc., le défaut de propreté, et, comme nous l'avons déjà dit, le coniacthabituel des surfaces. L'embonpoint , l'usage de chaufferettes et celui de la pipe sont aussi des causes adjuvantes de cette manifestation.

Là plaque muqueuse est quelquefois soliiaire, mais le plus souvent elle est multiple dans la même région ou dans des régions différentes. Elle peut être la seule expression symptômatiqUe de la syphilis constitutionnelle, cependant elle est fréquemment accompagnée de quelque éruption, soit exanthématique , soit papuleuse ou squameuse dont, en réalité , elle n'est qu'une modification.

Il n'est pas toujours possible de saisir le délai qui sépare l'apparition de la plaque muqueuse du début du chancre » ce délai est en effet quelquefois tellement court, que beaucoup de syphilographes ont cru qu'elle pouvait être primitive. M. Rîcord ne l'a jamais vue bien caractérisée , avant te second septénaire qui suit un coït infectant. Elle est rigoureusement précédée d'un chancre induré. C'est là une loi immuable qui ne trouve d'exception que dans la syphilis héréditaire. Quant aux râp* ports du chancre avec ie siège de la plaque muqueuse, ils sont très-variables, et peuvent, dans certains cas, être causé d'erreurs de diagnostic très-graves. En effet , la plaque muqueuse peut siéger sur des régions éloignées d£ l'accident primitif comme aussi occuper les parties qui l'avoisinent, elle petit même s'enter sur le chancre tai-wême pfà une

transformation in situ. Dans le premier cas, les erreurs sont peu fréquentes, mais dans les deux derniers et surtout le dernier, on peut se méprendre sur le mode de début de cette manifestation. Qu'on se rappelle que le pus de la plaque muqueuse n'est pas inoculable, et que dans aucun cas cette éruption n'est suivie des accidents successifs si commun après le chancre. Une circonstance qui a pu faire croire à la transmissibilité de la plaque muqueuse, c'est l'apparition successive de celte manifestation sur deux parties en regard et habituellement en contact; comme sur les deux faces correspondantes de la rainure annale des deux lèvres buccales, etc. Mais est-il nécessaire, pour expliquer ce fait, d'invoquer l'inoculation? Non certainement, car aux éléments qui ont présidé à l'apparition de la première plaque, vient s'en joindre un autre : la matière irritante qu'elle sécrète pour favoriser le développement de la seconde. En résumé , la plaque muqueuse, hors le cas d'hérédité, est toujours précédé d'un chancre, et n'est transmissible ni par contact ni par inoculation de la sécrétion.

Nous avons dit que la plaque muqueuse pouvait succéder au chancre par une transformation in situ sur le lieu même occupé par l'accident primitif.

Voyons comment se fait cette transformation. « Lorsqu'un » chancre doit se transformer en plaque muqueuse , ce qui » arrive ordinairement du quinzième au cinquantième jour » de son existence , il paraît d'abord entrer dans la période » de réparation ; sa surface, de grisâtre qu'elle était , dex> vient bourgeonneuse et rouge de la circonférence au cen- » tre , de sorte que celui-ci est encore grisâtre et déprimé , » tandis que celle-là est déjà rosée. En même temps, l'auréole » ou le cercle inflammatoire qui circonscrivait le chancre , » devient plus manifeste et d'une teinte plus sombre ; on le » voit s'étendre en largeur, se tuméfier légèrement et former, » avec la circonférence du chancre , un disque périphérique » lisse, régulier , d'une coloration violacée, saillant au-des- » sus du niveau de la peau et de la dépression centrale. Ce » phénomène marchant simultanément avec la cicatrisation

» chancreuse , il résulte un disque plus saillant et plus large, » qui se recouvre d'une pellicule fine à la circonférence, » tandis que le centre non encore cicatrisé reste déprimé, » rougeâtre et même parfois grisâtre , ayant l'aspect vérita- » blement chancreux.

» Quelquefois la pellicule ne se montre pas tout d'abord au » moment où l'élévation de l'auréole et du fond chancreux » est complète; alors on voit le signe diagnostique important » signalé par M. Ricord , savoir le bord déchiqueté, le liseré » qui existe à la circonférence de la plaque muqueuse , dont » toute la surface est bourgeonnante et qui indique la trace » d'une ulcération antécédante de la peau : mode de déve- » loppement beaucoup moins commun que le précédent.

» Enfin l'élévation et la cicatrisation continuent à marcher » de la circonférence au centre, les dernières traces du » chancre primitif disparaissent peu à peu, et il en résulte la » saillie granuleuse, régulière , recouverte entièrement de la « pellicule membraniforme et qui constitue la plaque mu- » queuseau dernier terme du développement.

» Les caractères principaux de celte transformation d'un » chancre en papule muqueuse sont : 1° le disque saillant, » violacé ou rosé de la circonférence ; 2° l'état encore granu- » leux et ulcéré de la partie centrale ; 3° la présence d'une » pellicule qui se développe de la circonférence au centre; » 4° dans quelques cas, à la place de la pellicule, le liseré ou » bord déchiqueté; 5° la coloration violacée de la circonfé- » rence.

» Cette transformation est de beaucoup plus fréquente chez » la femme que chez l'homme , dont les chancres se transfor- » ment plutôt en chancres indurés.» (Davasse et Deville, Archives générales de médecine, 1845.)

Je n'ai pas eu l'occasion de suivre pas à pas la transformation irt situ. Mais j'ai souvent observé des chancres indurés qui , à leur période de réparation , devenaient saillants et se recouvraient de granulations rouges, de telle sorte qu'on ne pouvait distinguer au premier abord si l'on avait affaire à un chancre ou à une plaque muqueuse. Je dois dire cepen»

dant que, dans ces cas, l'induration et les adénites multiples m'ont constamment remis sur la voie du diagnostic.

La plaque muqueuse débute ordinairement par une petite saillie papuleuse, dont la surface, bientôt dépourvue de l'épiderme ou de l'épithélium , présente l'aspect d'une érosion ou d'une ulcération très -superficielle, granuleuse et d'une couleur violacée.

D'autres fois, son début est une tache érythémateuse arrondie^ vide ou remplie au centre, dont l'épiderme ramolli se déiache sous forme de muco-pus et laisse à découvertune Surface rouge violacée et sécrétante, qui prend bientôt l'aspect granuleux.

Quelque soit, du reste, le mode de début de celte affection, si on l'abandonne à elle-même elle s'accroît et prend des proportions énormes. Les papules s'élèvent. en hauteur, gagnent en largeur et se réunissent par leur circonférence, de manière à former des plaques très- larges auxquelles on donne avec raison le nom de plaques muqueuses. Ces plaques, à circonférence irrégulière, à surface sillonnée de rainures profondes, sont constamment recouvertes d'un muco-pus plus ou moins éjpais et d'une odeur repoussante lorsqu'elles siègent aux organes génitaux , à l'anus et surtout entre les orteils. Si On les prive de leur sécrétion, on découvre une surface granuleuse quelquefois mamelonnée et d'une couleur Violette plus OU moins foncée. Lorsqu'elles siègent sur des parties soumises aune compression inégale , elles deviennent avec le temps très-irrégulière , c'est ainsi qu'on les voit s'étendre du côté où la compression fait défaut et rester affaissées sur les points comprimés. Le frottement développe à leur surface des ulcérations plus ou moins profondes ; dans ce cas, la plaque muqueuse qui, jusqu'alors avait été insensible , devient le siège de douleurs et de vives cuissons et peut même s'entourer d'une auréole inflammatoire.

Livrée à elle-même , la plaque muqueuse prend la forme végétante , chaque granulation qu'on avait remarquée à sa surface se développe outre mesure, sa sécrétion diminue, l'on dirait alors d'une végétation framb^sfêè. Ce sont proba-

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blenïënt ces cas qui ont fait croire à quelques syphilographes que la végétation était dénature syphilitique.

Les plaques muqueuses végétantes forment des saillies de forme différente . elles ressemblent à des champignons * à des crêtes de coq, à des choux- fleurs , etc. 5 à l'anus , elles offrent souvent l'aspect condylomateux.

Les plaques muqueuses qui apparaissent à une époque éloignée de l'infection, sont ordinairement recouvertes d'une pseudo- membrane nacrée très-adhérente au-dessous de laquelle existe une ulcération granuleuse.

Nous ne terminerons pas la description des papules muqueuses sans les suivre dans les régions principales qu'elles occupent ordinairement. Mais nos descriptions seront ici très -succinctes, et elles ne mentionneront que les changements qu'éprouve cet accident d'une région à l'autre.

Plaques muqueuses de la bouche. — Les plaques muqueuses occupent fréquemment les organes de la bouche, depuis l'entrée de cette cavité jusqu'aux piliers postérieurs du voile du palais.

Aux bords des lèvres, elles se présentent sous forme de petites saillies aplaties, souvent fendillées dans le sens vertical, à fond rosé ou jaunâtre, en général peu humide et presque toujours recouvert d'une croûte jaunâtre. Aux commissures, elles sont d'un blanc laiteux , granuleuses et parcourues de fissures radiées, elles s'étendent toujours aux deux lèvres et sont séparées , au niveau de la fente buccale , par un sillon profond qui persiste après la guérison de la maladie, leur sécrétion forme, en se desséchant, une croûte jaunâtre plus ou moins épaisse sous laquelle on trouve quelquefois une ulcération superficielle. L'écartement des lèvres y détermine des éraillements suivis d'un léger suintement san guin, qui retardent sa guérison et la rendent par cela même très-opiniâtre,

A la face interne des lèvres, l'éruption papuleuse présente divers caractères selon l'époque à laquelle on l'examine. Elle débute assez souvent par une tache d'un violet foncé , arrondie , au centre de laquelle répithêlîum détruit est remplacé

par une pseudo -membrane mal formée, peu consistante et de couleur jaunâtre; si la maladie n'est point arrêtée, toute la largeur de la plaque s'ulcère, ses bords perdent leur régularité et s'étendent sur les parties environnantes. Plus tard , la surface ulcérée, parsemée de granulations et même de points végétants, est dure et raboteuse au toucher. La présence de cette affection gêne le mouvement des lèvres, rend très- douloureuse l'introduction des aliments et cause une ardeur continuelle dans tout le vestibule de la cavité buccale.

La plaque muqueuse des lèvres débute quelquefois par une tache blanche semblable à celle que produit le contact du nitrate d'argent, cette tache s'entoure bientôt d'une auréole violacée très-limiiée, et au bout de quelques jours on constate au centre une érosion qui résulte de la fonte de l'épithélium. L'éruption papuleuse des lèvres est très-commune et presque constante chez les malades qui fument beaucoup et en particulier chez ceux qui font usage de la pipe nommée vulgairement brûle gueule. C'est presque toujours sur les points des lèvres qui sont habituellement en contact avec le tuyau de la pipe qu'on la voit pousser, la gencive correspondante en est aussi fréquemment atteinte. Les plaques muqueuses des joues ne présentent rien de particulier, elles s'annoncent et marchent en général comme celles delà face interne des lèvres, il nous a semblé seulement qu'elles affectaient plus souvent la forme cerclée. L'éruption papuleuse des lèvres coïncide souvent avec une éruption semblable située sur les piliers du voile du palais et sur les organes génitaux.

Les papules muqueuses peuvent se montrer sur tous les points de la surface de la langue. Mais c'est particulièrement sur sa face supérieure et le long de ses bords qu'on les observe. Leur début se fait souvent par des plaques arrondies ou ovales à grand diamètre antéro-postérieur au niveau desquelles l'épithélium de la langue disparaît. Ces taches ainsi privées de leur épithélium , présentent une couleur violacée très- vive qui tranche avec Ja couleur pâle rosée des

parties saines de la langue , elles sont lisses et légèrement déprimées. Si la maladie est abandonnée à elle-même les plaques ne tardent pas à se recouvrir de granulations , atteignent bientôt le niveau des parties saines et finissent par le dépasser en faisant une saillie arrondie en forme de tête de clou. Sur les côtés et vers la pointe de la langue, l'éruption débute aussi par une tache rouge et lisse qui devient aussi granuleuse et s'élève comme les précédentes.

Les plaques muqueuses de la langue coïncident quelquefois avec celles des organes génitaux , mais cette coïncidence est loin d'être constante.

Le voile du palais et les amygdales deviennent souvent le siège des manifestations secondaires. L'éruption commence par des plaques rouges, arrondies ou ovales, qui déterminent au gosier un sentiment d'ardeur et de sécheresse trèsincommodes, et rendent pénibles les mouvements de déglutition. Ces plaques présentent le plus souvent une teinte cendrée , semblable à celle qu'occasionne le contact du nitrate d'argent ; leur surface se recouvre bientôt d'une exsudation plastique, jaunâtre, très-adhérente, au-dessous de laquelle existe une érosion superficielle et quelquefois une véritable ulcération. Les parties voisines de l'éruption présentent toujours une rougeur anormale , indice d'une hypérémie plus ou moins intense, les amygdales restent rarement étrangères à ces accidents; le plus souvent en effet elles se tuméfient, se recouvrent d'une sécrétion plastique abondante et s'ulcèrent sur différents points, la déglutition devient alors douloureuse, et les malades accusent des douleurs d'oreille plus ou moins vives.

Les plaques muqueuses dépassent très-rarement les limites du pilier postérieur ; pour notre part, nous ne les avons jamais observées sur les parois du pharynx.

Les papules de la gorge coïncident fréquemment avec celles de l'anus.

Cette affection est des plus tenaces et des plus sujettes à récidiver, aussi nous ne saurions trop recommander aux malades de cesser l'usage de la pipe, des boissons alcooli-

ques et des aliments irritants , qui , non-seulement appellent sur la muqueuse buccale l'action du principe syphilitique, mais encore s'opposent d'une manière presque invincible à la guérison de la maladie une fois déclarée. L'hygiène de la bouche est en effet pour beaucoup dans la prophylaxie et dans le traitement curaUf de cette manifestation.

Anus. — Les papules muqueuses siègent le plus souvent à une petite distance de celle ouverture , d'abord isolées et sous forme de petites papules , elles s'élargissent bientôt et confondent leurs bords de manière à former de larges plaques à circonférence irrégulière, à surface mamelonnée, lisses sur quelques points, mais en général granuleuses et constamment recouvertes d'une exsudation blanchâtre trèsfétide. Lorsqu'une de ces plaques s'est développée d'un côté de la rainure anale, il est rare qu'il n'en pousse pas une semblable sur le point opposé en contact avec elle. On a attribué cette seconde poussée au contact et à l'inoculation directe du muco-pus de la première éruption -, il est vrai que ce contact prolongé a une influence sur le développement de la seconde, mais celle influence est de nature simple. C'est une irritation locale qui appelle, sur le point où elle agit, l'action du principe syphylitique répandu dans l'organisme.

Les papules muqueuses occupent quelquefois tout le pourtour de l'anus et s'étendent du côté du périnée jusqu'aux bourses, aux grandes lèvres et le long du pli génito crural.

C'est à l'anus que l'on observe les condylomes et les rhagades. Le condylome est une plaque à surface convexe à bords renversés, ayant ordinairement une forme arrondie ou ovale; sa présence sur les bords de l'anus produit de fréquentes envies d'aller à la garde-robe, et gêne le passage des selles; le condylome est sujet à s'ulcérer comme les tumeurs hémorhoïdales.

Les rhagades sont des plaques muqueuses dont le centre est ulcéré et les bords indurés; elles sont quelquefois trèsdouloureuses et deviennent le siège de déchirures plus ou moins étendues lorsque les malades vont difficilement à la garde-robe.

L'éruption populeuse de l'anus ne présente les caractères du côndylome et des rhagades que lorsqu'on l'abandonne à elle-même et qu'on ne la soumet à aucun traitement.

Organes génitaux. — Les papules muqueuses se développent très- souvent sur les organes génitaux. C'est surtout chez la femme qu'on a occasion de les observer ; elles siègent sur la face interne des grandes lèvres et se prolongent en descendant vers la fourchette jusqu'au périnée où elles vont se joindre à celles qui siègent à l'anus. L'aspect des plaques muqueuses de la vulve ne présente rien de particulier qui les dîslingue de celles de l'anus : elles sont larges , aplaties , granuleuses, recouvertes d'une exsudation muqueuse, blanchâtre, très-abondante qui répand au loin une odeur repoussante \ elles occupent presque toujours les deux faces corrèspondantes des grandes lèvres, et cachent souvent au milieu d'elles l'accident qui a été le point de départ de l'infection constitutionnelle. Le contact de leur sécrétion détermine sur les parties voisines principalement dans le pli génilocrural et à la face interne des cuisses une rougeur érythémateuse et quelquefois un véritable eczéma rubrum sur lequel se développent d'autres plaques.

C'est principalement sur les parties génitales de la femme que le chancre induré a de la tendance à se transformer en plaques muqueuses, c'est là aussi que cette transformation est la plus fréquente est la plus précoce.

L'existence fréquente de l'accident primitif, encore ]en période de progrès , au milieu des plaques muqueuses de la vulve, a été souvent cause d'erreurs , d'appréciation trèsgraves dans les expériences d'inoculation. Nous savons , ep effet, que l'on a attribué, à la sécrétion de ces plaques , propriété d'inoculation , et que beaucoup de syphilographes croient encore aujourd'hui à la transmission possible de cet accident pendant les rapports sexuels. D'où vient cette erreur? C'est que dans les deux cas on s'est borné à un examen superficiel , et que le chancre, véritable et seul point de départ de la contagion, n'a point été découvert.

Dans des cas de ce genre, on trouve toujours, avec un exa-

men minutieux , soit une ou plusieurs ulcérations cachées entre les plaques muqueuses ou dans les replis nombreux de la vulve , soit une induration , soit enfin des cicatrices récentes à base indurée; et si l'on explore les régions inguinales, on constate l'adénite indolente multiple , satellite obligé du chancre induré , que ne détermine dans aucun cas la présence seule des plaques muqueuses.

La plaque muqueuse de la vulve , comme celle qui siège dans les autres régions, n'est donc transmissible ni par voie de contact simple, ni par inoculation , elle subit en cela la règle qui régit tous les accidents consécutifs à l'infection générale.

La plaque muqueuse se développe assez souvent sur le col de l'utérus; elle se présente sous forme d'érosions légères , arrondies , dont la surface, d'un rouge vif, sécrète une matière muco-purulente ténue, qui s'amasse en certaine quantité dans le vagin pour s'écouler ensuite par la vulve. Si l'on n'a pas soin d'examiner les parties 2M spéculum et de remonter à la cause première de la maladie, on prend l'écoulement pour une vaginite simple , et on la traite par les moyens ordinaires au lieu d'attaquer la maladie dans son principe.

Les bourses deviennent fréquemment le siège de l'éruption papuleuse; c'est surtout sur les côtés du scrotum et vers l'angle péno-scrotal, où la peau est en contact avec elle-même, que les papules prennent l'aspect muqueux. Vers la partie antérieure, elles se recouvrent assez souvent de croûtes trèsminces , au-dessous desquelles on découvre une légère érosion. L'éruption se présente ici sous la forme de circonférences, de demi-circonférences vides ou pleines à leur centre comme sur les autres parties du tégument externe , ou bien simplement sous forme de papules isolées ou groupées ensemble; elle n'offre d'ailleurs rien qui mérite une attention spéciale.

Les plaques muqueuses du gland et du prépuce ont le plus souvent la forme d'érosions superficielles , arrondies ou ovales , et d'un rouge très-vif, qui sécrètent une humeur muco* purulente plus ou moins épaisse . Ces érosions , tantôt con<

fluentes, tantôt discrètes, ont en général une forme annulaire, elles constituent une des variétés de la balano-posihite que l'on a souvent confondue avec la balano-posthite simple, avec ou sans érosions, et avec la balano-posthite ulcéreuse primitive. L'éruption secondaire de la muqueuse du gland et du prépuce affecte quelquefois la forme de papules isolées ou groupées, surmontées d'une ulcération superficielle. Ces papules ont une grande tendance à végéter , quand on n'empêche pas leur développement.

Orteils. — Les plaques muqueuses des orteils, situées sur les faces latérales de ces appendices , sont ordinairement plates , arrondies et d'une couleur violacée, leur centre présente souvent une ulcération ronde ou allongée, comme le centre des rhagades de l'anus, elles sécrètent une humeur abondante et fétide dont le séjour irrite les parties voisines. La présence de celte éruption rend la marche pénible et trèsdouloureuse.

Les plaques muqueuses envahissent aussi la base des ongles et prennent la forme d'ulcérations fougeuses suppurantes dont la présence finit par s'opposer au développement régulier de cet organe.

Abandonnées à elles-mêmes, les plaques muqueuses peuvent, quel que soit leur siège et leur nombre, guérir spontanément au bout d'un temps variable, mais le plus souvent elles s'ulcèrent ou s'hypertrophient de manière à simuler les végétations.

Soumises à un traitement convenable, elles disparaissent graduellement, et ne laissent à leur place qu'une tache violacée ou cendrée qui finit par disparaître.

Les plaques ulcérées laissent une cicatrice légère, les plaques végétantes s'affaissent jusqu'au tissu épigénétique, que l'on est obligé d'exciser le plus souvent afin de détruire les derniers vestiges de cette affection.

Quelque soit d'ailleurs le mode de guérison delà plaque muqueuse, elle est très-sujette à récidiver; c'est un des accidents qui se reproduisent le plus souvent surtout dans

certaines régions , au voile du palais, par exemple-, nous l'avons vu récidiver quatre à cinq fois chez plusieurs de nos malades. On ne saurait donc apporter trop d'attention dans le traitement de cette maladie.

Devant nous occuper d'une manière toute spéciale du traitement qui convient aux plaques muqueuses, lorsque nous parlerons de la thérapeutique de la syphilis, nous nous bornerons à établir qu'étant la localisation d'une affection plus profonde, cette affection réclame, non-seulement un traitement local, mais encore une médication interne bien régulière, médication Spécialement adressée au principe syphilïtiquè.

Ulcérations secondaires des muqueuses. — On trouve souvent sur les muqueuses , principalement sur celle de la bouche et sur les amygdales, des ulcérations qui n'ont aucun des caractères de la plaque muqueuse, quoiqu'elles appartiennent franchement à la période secondaire. La surface de ces ulcérations est recouverte d'une matière gris-jaunâtre très-adhérenfé | leur bord est dur et taillé à pic , elles sécrètent une humeur ténue, sanieuse, d'une odeur fétide, elles ressemblent assez, par leur aspect, à l'ulcération primitive. Par le traitement interne seul, on éprouve beaucoup de difficultés à les faire disparaître, et l'on est presque toujours obligé de modifier leur surface au moyen des caustiques ott d'autres agents excitants.

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