CHAPITRE VI
De riritis Syphilitique.
L'étude de riritis et surtout de la variété syphilitique est un des points pathologiques qui laissent le plus à désirer. Peutêtre doit-on cette lacune au peu de soin que l*s auteurs ont mis à isoler cette inflammation de l'ophtalmie interne, et, pour l'iritis syphilitique en particulier , à la négligence qu'ils ont généralement apportée au diagnostic des manirestations syphilitiques.
Quoique décrite incomplètement , l'iritis syphilitique a néanmoins fixé l'attention de plusieurs observateurs consciencieux. Weïler signale la couleur rouge-pâle ou briquetée du cercle vasculaire ou sclérotidien ; Millier et Beer , la teinte cuivrée de l'iris et la présence sur cette membrane de petites excroissances qu'ils nomment condylomes, crista-galli ; Makensie cite comme caractère de cette affection la pupille tirée en haut; d'après Weller, elle serait tirée en dedans ; en haut et en dehors , d'après Beer. Mais tous ces caractères , d'ailleurs très -contestables , auraient bien peu d'importance pour le diagnostic, si l'on n'avait recours à d'autres manifestations concommitentes et surtout à la filiation des symptômes qui établissent des rapports intimes entre l'affection existante et sa cause première, le chancre induré.
Les faits que nous avons recueillis nous permettent d'affirmer que l'iritis syphilitique dépend essentiellement de la période secondaire. Cependant nous ne saurions déterminer le rang que doit occuper celte lésion dans l'évolution naturelle de la syphilis, et on le concevra facilement, quand on saura que nos observations portent sur des malades ayant
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déjà subi un traitement spécifique. Faudrait-il conclure de là que cette affection est un des effets pathogéniques du traitement et se ranger à l'opinion de Travers qui admet l'iritis hydrargyrique? Tel n'est pas notre avis. Comme Lawrence et plusieurs autres auteurs distingués , nous rejettons absolument celte manière d'inierprêler les faits, qui, malheureusement pour la science , a trop longtemps prévalu.
L'iritis n'est pas plus hydrargyrique que les syphilides papuleuses, pustuleuses, qui apparaissent plus ou moins longtemps après un traitement mercuriel ; elle est , comme ces derniers accidents, une preuve de la non-extinction delà diathèse syphilitique. Du reste , pour couper court à toute discussion sur ce sujet, qu'il nous suffise d'ajouter que, dans nos observations, le mercure a toujours été la base du traitement, et que ses effets ont été merveilleux.
Nous avons déjà dit que nous ne pouvions déterminer le rang occupé par l'iritis dans l'évolution naturelle de la syphilis. Néanmoins, dans les six observations qui font la base de notre travail, nous avons déterminé son époque d'apparition; nous constatons, en effet , qu'elle s'est montrée, quatre , six , sept , huit, neuf mois , et une fois deux ans après l'infection constitutionelle, c'est-à-dire , après l'induration spécifique du chancre, qui, pour nous, est le premier indice de l'empoisonnement. Les malades atteints étaient généralement d'un tempérament lymphatique, âgés de 23 à 43 ans, affectés, en même temps, d'autres accidents syphilitiques répandus sur divers points de la surface du corps. Quant aux causes prédisposantes, elles sont ici les mêmes que pour l'iritis vulgaire; nous ne ferons que citer la texture particulière nervoso-vasculaire de l'organe , les maladies des autres parties de l'œil, le froid, l'humidité, etc.. Nous avons déjà dit notre opinion sur les effets du mercure.
L'iritis s'annonce ordinairement par une céphalalgie susorbitaire plus ou moins intense, s'irradiant , vers les tempes, sur le trajet des nerfs frontaux et sus- orbitaires , et augmentant quelquefois la nuit. Les malades éprouvent en même temps des lourdeurs dans la tête, des tintements dans les
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oreilles. Pour quelques-uns, la lumière devient insupportable; chez d'autres, au contraire, elle n'a qu'une action excitante très-médiocre. Toujours est-il que la photophobie est, en général, moins intense dans la variété qui nous occupe , que dans l'iritis franchement inflammatoire. Les bluettes, les corps étincelants qui troublent si souvent la vision, dans les cas d'iritis vulgaire, sont ici beaucoup moins fréquents et toujours moins marqués. Néanmoins, le champ de la vision est, dans la plupart des cas, parcouru par de corpuscules flottants, des mouches volantes qui s'opposent à la netteté des objets. Le globe de l'œil est le siège d'une douleur compressive, due, en partie, à l'augmentation de volume de l'organe; les malades expriment très-bien leur sensation, en disant que leurs yeux semblent vouloir sortir des orbites. Cette augmentionde volume, suivie d'une compression inévitable du globe de l'œil , ne pourrait-elle pas expliquer la vue des bluettes, des étincelles, etc. , accusées par le patient? Cette supposition paraîtra très-raisonnable si l'on se rappelle que l'œil, comprimé à l'état normal , fournit aussi ces fausses sensations.
La vue est donc toujours plus ou moins troublée et affaiblie, mais très-rarement complètement abolie.
L'iritis syphilitique est souvent précédée d'une inflammation de la conjonctive, les malades éprouvent à la surface de l'œil une cuisson intense , un sentiment de gravier dû au développement de vaisseaux à la suface de l'œil , les larmes coulent en plus grande abondance , et s'échappent du grand angle de l'œil pour se répandre sur la joue qu'elles irritent et qu'elles enflamment.
Dans quelques cas , il faut ajouter aux symptômes précédents ceux d'une légère réaction fébrile :1a soif, l'inappétence, l'insomnie, le malaise général, etc.. Tels sont, en résumé, les symptômes subjectifs de l'iritis syphilitique; on les retrouve sans restriction dans l'iritis vulgaire, seulement avec une acuité plus marquée. 1
Symptômes objectifs. — Les modifications anatomiques de l'iris et des autres parties de l'œil varient selon la période de la maladie.
Au début, la conjonctive est le plus souvent rouge injectée et légèrement boursoufflée ; l'iris est lisse et luisant, sans , pour cela, perdre de sa régularité ; sa surface , toujours un peu plus foncée qu'à l'état normal , conserve ses plis rayonnés; elle est quelquefois parsemée de petits points rouges, formés en apparence par du sang épanché.
La pupile conserve sa forme régulière \ elle est seulement un peu moins large et un peu moins mobile qu'à l'état naturel; les effets de la lumière, de l'obscurité et de la belladone sont aussi moins marqués; son bord n'a subi aucune modification pathologique.
La cornée, parfaitement transparente , à moins de complications, est entourée d'un anneau rouge violacé, formé par les vaisseaux, très-déliés, qui rampent dans l'épaisseur de la sclérotique. Ces vaisseaux arrivent comme autant de rayons à la circonférence de la cornée; quelquefois ils se terminent, au pourtour , d'un cercle gris-cendré, légèrement tranpsarent, qui double en dehors de cette membrane.
Cette injection n'occupe pas constamment tout le pourtour de la cornée ; son étendue et son siège dépendent du siège et de l'étendue de l'iritis; elle peut former un cercle complet comme un demi et un quart de cercle.
Tous les signes que nous venons d'énumérer sont ceux d'une fluxion sanguine plus ou moins intense; ils correspondent à la période congestive de l'iritis.
Si la marche de la maladie n'est point entravée par un traitement prompt et énergique , d'autres symptômes plus caractéristiques succèdent aux précédents.
Le cercle radié de la sclérotique devient plus apparent ; l'iris, augmenté d'épaisseur par une plus grande congestion, se rapproche de la cornée pu du, cristallin , de manière à diminuer la capacité des chambres de l'oeil. Sa face antérieure, paraît inégale, tomenteuse, parsemée de vaisseaux très-confluents qui donnent à son fond un aspect rouillé. De ses bords se détachent des filaments de matière plastique qui flptten^ dans l'humeur aqueuse et interceptent les rayons lumineux } ces filaments sont susceptibles d'organisation et finissent tôt ou
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tard, quand ils ne sont pas résorbés, par faire adhérer l'iris aux tissus environnants. L'humeur aqueuse paraît aussi louche et s'oppose au passage de la lumière.
La pupille devient irrégulière et se remplit souvent de ces filaments plastiques que nous avons signalés ; elle est , à ce moment, immobile, en tout ou en partie, insensible aux agents qui, dans l'état normal , favorisent sa contraction ou sa dilatation. C'est dire que sa forme et son degré de dilatation ou de resserrement sont devenus stationnaires. Le plus souvent, elle est plus contractée qu'à l'état normal; néanmoins, on peut maintenir la dilatation , en ayant soin d'employer dès le début et de continuer l'usage des préparations belladonées. M. Ricord est arrivé à ce résultat en observant ce mode de traitement. C'est là un des points les plus importants de la thérapeutique de ririlis , puisqu'on peut ainsi s'opposer aux adhérences de celte membrane.
La couleur naturelle de l'iris subit toujours quelques modifications. Le cercle pupillaire de cette membrane prend d'abord une teinte plus foncée; vient ensuite le tour du bord adhérent ; les parties intermédiaires se modifient et s'obscurcissent plus tard; la surface de l'iris présente des taches rouillées plus ou moins confluentes, véritables foyers apoplectiques. On a prétendu pouvoir déterminer d'avance la couleur morbidequeprendrait l'iris, en combinant sa couleurnaturelle à la teinte rouge, résultat de la congestion sanguine. D'après ces combinaisons, l'iris à couleur brune devait devenir rougefoncé , l'iris bleu devait passer au vert , etc. ; mais ces com= binaisons de cabinet n'ont pas trouvé d'écho dans la pratique. Dans un cas, cependant, l'iris, de bleu qu'il était, est devenu verdâtre, par suite dei'inflammation.Nous aimons mieux attrir buer ce changement à la combinaison de la couleur citrine de la sérosité avec la couleur bleu naturelle de cet or* gane.
D'ailleurs, lorsque l'iris est enflammé, les éléments du sang qui stagne dans sa trame finissent par s'altérer et se combinent, soit enir'eux , soit avec les tissus qui les renferment. Comment alors prévoir les diverses colorations qui
devront résulter de ces nouveaux produits , en n'ayant pour donnée que la teinte naturelle de l'iris.
A la suite du gonflement de L'iris et des nouvelles productions qui s'épanchent dans l'œil, les chambres sont distendues la cornée est projetée en avant et devient plus convexe ; elle est moins nette à sa surface. La totalité de l'œil est augmentée de volume et paraît quelquefois plus saillante ; il en résulte des douleurs compressées très-intenses.
Quant aux fonctions de l'œil , elles ont déjà reçu une profonde atteinte; la vue est très-affaiblie, et quelquefois même abolie; les malades qui , au début, ne pouvaient supporter la lumière, n'en éprouvent plus aucun effet. A quoi lient ce changement? Plusieurs causes y concourent. Parmi ces causes , nous citerons : la congestion de la rétine , la contraction permanente de la pupille; les productions plastiques qui embarrassent la champ de la pupille, le trouble de l'humeur aqueuse , la compression excentrique exercée sur les parois interne de l'œil par l'excès de sécrétion des humeurs , la compression qu'éprouve le globe de l'œil contre les parois de l'orbite, l'obscurcissement léger et , enfin, l'usage thérapeutique de la belladone.
Déformation de la pupille.— On a prétendu pouvoir distinguer , à la forme de la pupille , la cause de l'iritis. Aussi , at-on noté soigneusement la forme et la direction de l'ovale pupillaire dans les différentes variétés admises. D'après les remarques consignées, l'iritis scrofuleuse présenterait une pupille ovale tirée en haut. Dans l'iritis rhumatismale, l'ovale serait vertical ; l'iritis arthritique serait caractérisée par une pupille elliptique ayant son grand diamètre en travers ou de haut en bas. Pour l'iritis syphilitique , la pupille seraijt tirée en dedans, d'après Welier; en haut, d'après Makensie ; en haut et en dehors, d'après Béer
Il n'y a qu'à réfléchir un instant sur le mécanisme véritable de ces déformations, pour se convaincre du peu de valeur qu'elles ont pour renseigner sur la cause première de la maladie. Ces déformations tiennent , en effet , à ce qu'un des points de l'iris est plus engorgé que les autres, ou bien à des
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adhérences de cetle membrane. Nous expliquerons avec plus de soin, à la fin de notre travail , leur mode de production.
Il faudrait , pour que la théorie des déformations spécifiques fût vraie , que les différentes maladies qui les développent eussent dans l'iris des points spécialement réservés à leurs manifestations. La partie supérieure de celte membrane serait réservée aux scrofules, les parties transversales à la goutte, d'autres portions à la syphilis, etc.. Or, n'est-ce pas là une absurdité des plus patentes]?... Quoique lout-à-fait hostile à ces théories, qui, du reste, sont généralement abandonnées, nous n'en avons pas moins noté, avec le plus grand soin, les modifications qu'a subies la pupille dans nos observations d'iritis.
Première Observation— la pupille avait à peu près la forme quadrilatère ; le côté supérieur s'avançait en angle vers le centre de cette ouverture et présentait une papule à sommet blanchâtre, dont la base était entourée d'un cercle rouge foncé; on eût dit d'une pustule. La peau était recouverte, en même temps, d'une éruption papuleuse, et présentait çà et là quelques papules à sommet suppuré.
Deuxième Observation. — L'œil droit fut le premier atteint ; l'iris devint le siège d'une inflammation , mais ne se déforma point. Sur la peau, on constatait en même temps, une roséole papuleuse. Le traitement enraya de suite l'iritis
Plus tard, l'œil gauche se prit ; le malade avait alors sur la peau une éruption pustuleuse. La pupille affecta la forme d'un ovale irrégulier dont le grand diamètre faisait, avec la ligne médiane verticale de la face, un angle ouvert inferieurement de 33 à 35 degrés. La grosse extrémité de l'ovoïde, dirigée en bas et en dehors, était beaucoup plus rapprochée que J& petite du bord adhérent de l'iris -, sa demi-circonference interne faisait , dans le champ de la pupille , une saillie surmontée d'un point blanchâtre et entourée à sa base , d'un cercle rouillé. Celte saillie donnait à l'ouverture pupillaire la forme d'un haricot.
Troisième Observation.— La pupille était aussi déformée ; le grand diamètre de l'ovale qu'elle représentait se dirigeait en
sens inverse du précédent; sa demi-circonférence interne faisait encore saillie dans le champ de la pupille- La vision était un peu obscure du côté de l'œil droit, mais la pupille avait conservé sa mobilité et ne présentait pas de déformation; l'anus et la gorge étaient le siège de plaques muqueuses.
Quatrième Observation. — La peau était parsemée de plaques de roséole papuleuse. Lorsque l'iris devint malade , cet organe devint vert foncé , de bleu qu'il était à l'état normal. La pupille gauche se resserra, tout en gardant sa mobilité ; la droite , au contraire, se dilata et perdit, en partie, sa contractilité.Un traitement énergique arrêta l'inflammation et prévint, de cette manière, les lésions matérielles.
Cinquième Observation.~-V\ri{\s débuta deux ans après l'infection , et, pendant que la peau était couverte d'une éruption pustuleuse tardive, la pupille droite prit une forme étoilée. Les angles qui proéminaient dans le champ de la pupille , quoique très-congestionnés et immobiles, ne présentèrent pas, au début, de papule bien dessinée, mais l'aspect papuleux se prononça plus tard sur Vangle inférieur interne. La pupille devint immobile.
La pupille gauche, beaucoup plus dilatée que la précédente, probablement sous l'influence du traitement, conserva néanmoins sa contractilité.
Sixième observation. — La peau offrait sur plusieurs points des vesico-pustules, forme varicéloïde. La demi-circonférence interne de l'iris gauche était déformée par deux vésicopustules à sommet blanchâtre , à base très- rouge qui s'avançaient vers le centre pupillaire. Dans cette partie , l'immobilité de l'iris était complète.
En présence de ces faits, que deviennent les caractères pathognomoniques puisés dans la déformation de la pupille parBeer Weller et Makensie? Ne reste-t-il pas démontré que ces auteurs ont exagéré leur importance ? 21 suffit de constater les différences de siège de la lésion, pour voir que les déformations peuvent varier à l'infini. Dès lors, il n'y a plus de forme spéciale capable de faire remonter à la cause de la maladie.
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Le fait capital qui ressort de ces courts résumés, c'est, d'abord , que la syphilis est une des causes les plus patentes de l'iritis , et ensuite que l'affection irienne est le plus souvent une reproduction fidèle des lésions qui existent sur l'enveloppe cutanée ou sur les muqueuses.
Ces considérations nous portent à admettre pour l'iritis syphilitique une forme congestive qui correspond à la roséole cutanée, une forme papuleuse et une forme vésico-pustuleuse analogue aux éruptions papuleuses et vésico-pustuleuses qui envahissent la peau.
Pendant les périodes congestive et papuleuse, la surface de l'iris devient le siège d'une sécrétion plastique qui, dans le cas où elle est peu abondante , existe à la surface de cette membrane ou trouble à peine l'humeur aqueuse. Mais si la sécrétion augmente , elle se répand en filets blanchâtres qui flottent dans le liquide de la chambre antérieure, et donnent à l'iris un aspect tomenteux.
Cette sécrétion est l'analogue de la desquamation épidermique j seulement la position de l'iris fait qu'elle est humide au lieu de se détacher en débris desséchés comme l'épiderme. Nous trouvons une imitation fidèle de cette desquamation humide, sur les plaques muqueuses de l'anus, des bourses, des lèvres, etc.
Lorsque l'individu atteint d'iritis est dans des conditions piogéniques, s'il est depuis longtemps sous l'influence de la diathèse syphilitique, les formes congestive et papuleuse ne sont que transitoires; bientôt elles sont remplacées par de véritables pustules iriennes en tout semblables aux pustules cutanées. Dans les cas plus heureux, le sommet de ces pustules est surmonté d'un petit point purulent qui , après avoir épanché son pus dans l'humeur aqueuse, se cicatrise promptement et permet à la base engorgée de se résoudre. Il se passe ici ce qui arrive pour l'acné simplex qui suppure au sommet et reste quelque temps engorgé à la base. La suppuration est-elle plus abondante, ce pus trouble l'humeur aqueuse et finit par s'amasser à la partie inférieure de la chambre antérieure ; il se fait là un hypopion.
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Après de tels désordres, il est commun de remarquer des déformations permanentes , et des adhérences plus ou moins étendues de l'iris avec la membrane cristalline, plus rarement avec la cornée. Les chambres de l'œil sont en partie effacées , les axes visuels déviés. La vue est donc le plus souvent affaiblie et quelquefois entièrement abolie.
D'après ce que nous avons dit , si l'on excepte la plus grande fréquence des formes pustuleuse et papuleuse , le moins d'acuité dans les symptômes inflammatoires locaux et réaclionnels, l'iritis syphilitique ressemble, sous plusieurs chefs, à l'iritis vulgaire, et faut-il souvent recourir à la filiation des symptômes pour reconnaître sa nature.
Avant déterminer la symplômatologie , je dois quelques explications sur certains phénomènes de la maladie qui nous occupe.
Je parlerai d'abord du mécanisme des déformations de la pupille et des particularités qu'elles présentent.
Quand on observe l'iritis , à partir de son début jusqu'au moment où la déformation est définitivement arrêtée , on est frappé d'un fait qui, au premier abord , paraît inexplicable.
D'un jour à l'autre, du matin au soir, on voit la pupille changer de forme sans qu'il y ait un sensible progrès dans la lésion de cette membrane; ce changement est quelquefois tellement remarquable que la portion de l'iris qui, le matin , faisait saillie dans le champ de la pupille, forme , le soir, un angle rentrant, ou se trouve au niveau des autres points de la circonférence pupiliaire, de manière à laissera cette ouverture une forme régulièrement arrondie. Faut-il conclure de là que la lésion a changé de place d'un examen à l'autre, c'est la première idée qui s'offre à l'esprit en présence de ce phénomène, et surtout quand on ne réfléchit pas à l'état pathologique de l'iris. Mais lorsque ces changements se produisent plusieurs fois et à peu d'intervalles, on ne peut plus, raisonnablement, avoir recours à ces explications.
En voici une toute physiologique qui , je crois , est la plus conforme aux faits.
Que se passe-t-il dans le cas d'adhérence d'un point de
l'iris? Le point adhérent est invariablement fixé et ne suit plus le mouvement des autres parties de cette membrane. Si la portion mobile se dilate de manière à dépasser en dehors le point adhérent, ce même point fera saillie dans le champ de la pupille. Si la contraction amène les parties mobiles au niveau du point adhérent, la forme de la pupille paraîtra régulière; si, enfin, cette contraction rapproche les parties mobiles du centre pupillaire , de manière à leur faire dépasser le point adhérent , cette même partie, saillante dans le premier cas , se trouvera placée au sommet d'un angle rentrant.
Les phénomènes que nous mentionnions plus haut se trouvent ainsi expliqués; car la portion de l'iris, malade soit par simple congestion, soit parla présence d'une papule, se trouve précisément dans le cas de la partie adhérente dont nous venons d'expliquer les effets. Elle ne suit point les mouvements des parties mobiles , et peut paraître tour à tour saillante ou rentrante. Mais son rôle, dans ces changements de forme, est tout-à-fait passif.
li résulte des remarques que nous venons de faire que , pour bien déterminer le siège de la lésion irienne , il est indispensable de soumettre la pupille aux divers agents qui la font contracter et dilater. Le côté qui restera immobile sera le côté malade.
Toutes ces précautions deviennent superflues, lorsque des papules ou des pusiules saillantes existent sur les bords de la pupille. Cependant elles permettent de mieux juger de l'étendue de la maladie; on peut donc encore les utiliser.
Autre fait non moins important :
On pense généralement que la pupille se contracte pendant le cours de Viritis. C'est en effet ce qui arrive le plus souvent quand on abandonne la maladie à elle-même. Mais si, au début de l'inflammation, lorsque l'iris possède encore sa contractilité , on administre des agents dilatateurs, la dilatation se fait et l'immobilité s'établit dans ces conditions. C'est un point d'une immense portée dans la pratiqne; car plus les bords de l'iris s'éloignent du centre de la pupille, moins ils
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sont exposés à contracter des adhérences avec la membrane cristalline.
Quand on veut constater l'état de la pupille malade , on presque toujours besoin de consulter l'œil sain; il faut dans ce cas , si le malade a déjà pris de la belladone , tenir compte de l'effet de ce médicament sur la pupille saine, afin de se rendre bien compte de la lésion que l'on examine.
Le mode de terminaison de l'inflammation irienne est , comme on doit bien le penser, soumis au genre de lésion de l'iris. Suivons-le dans les six observations qui font la base de notre travail.
Première observation. — - La pupille était quadrilatère avec une papule à sommet blanchâtre et à base rouge, à la sortie du malade après un traitement de deux mois, du 20 mai au 8 juillet , la déformation avait disparu. Le malade voyait encore les objets à travers un léger brouillard ; l'hameur aqueuse était un peu trouble; on ne voyait plus de difformité, les mouvements de l'iris étaient complètement revenus.
Deuxième observation. — La pupille avait la forme d'un haricot. Durée du traitement, du 8 janvier au 6 avril. A la sortie du malade, la pupille était ovalaire à grand diamètre vertical , la saillie formée sur le côté interne et pupillairè de l'iris existait encore quoique très-légère ; la vue était un peu trouble. Le 17 septembre de la même année , la pupille présentait toujours de la déformation, elle était contractile, mais le trouble de la vision persistait.
Troisième observation, — Même forme que précédemment. Durée du traitement, du 13 mai au 12 juin; guérison complète au bout de ce temps. La pupille, quoique légèrement déformée, présentait une dilatation et une mobilité normale.
Quatrième observation. — Pupille malade, contractée et irrégulière. Traitement commencé au 13 mai et continué jusqu'au 20 du même mois. A cette époque la guérison était complète , la pupille avait repris sa forme, sa couleur et sa mobilité.
Cinquième observation. — Pupille ayant la forme d'une étoile à quatre angles. Traitement du lwlau 15 novembre; le 15,
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on dislingue encore une légère dépression au côté interne de l'iris , la vision est normale , l'iris a repris sa mobilité.
Sixième Observation —Deux vésico-puslules au côté interne de la pupille. Traitement du 8 septembre au 12 octobre suivant; à la sortie du malade , il existe encore quelques traces de déformations; la contractilité de l'iris n'est pas complètement revenue ; le malade aperçoit de temps à autre , dans le champ de ia vision, quelques corps étincelants.
Il résulte de ces observations que le traitement de l'iritis a duré de quinze jours à trois mois. Néanmoins , il faut aussi tenir compte de la continuation du traitement spécifique dirigé contre la diathèse.
Traitement de Virilis syphilitique.— Détruire le principe spécifique de la maladie, s'opposer aux progrès de la lésion locale par des agents spécialement dirigés contre elle; telles sont les deux indications du traitement de l'iritis syphilitique.
Les moyens thérapeutiques qui remplissent la première de ces indications, rentrent dans le cadre général de la médication anti-syphilitique. Ils peuvent suffire tant que les lésions de l'iris n'ont pas dépassé la première période , période de congestion, et surtout s'il n'y a ni photophobie ni céphalalgie intense.
Mais, lorsqu'aux symptômes objectifs viennent se joindre des phénomènes subjectifs tels que céphalalgie, photophore* photopsie ou autres troubles fonctionnels de nature à faire craindre la perte de la vision , on doit agir avec plus d'énergie.
M. Ricord augmente rapidement la dose du protoiodure de mercure, de manière à le porter à cinq à six pilules par jour contenant chacune cinq centigrammes de protoiodure ; il administre à l'intérieur cinq centigrammes de poudre de feuille de belladone, et fait pratiquer, en même temps, sur les tempes et autour de l'orbite des onctions avec l'onguent mercuriel belladoné.
Si les moyens précédents ne peuvent enrayer la maladie , on a recours aux émissions sanguines, d'abord générales et déplélives , puis dérivatives. On se trouve très-bien aussi des
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sangsues appliquées au niveau de la fosse canine, ou sur le trajet de la jugulaire correspondante.
On n'oubliera pas non plus que les purgatifs, en opérant sur l'intestin une saignée séreuse , concourent puissamment au dégorgement des parties sus-diaphragmaîîques du corps ; les bains de pied sont quelquefois très-utiles. Nous avons dit , en parlant de la médicaiion générale , que l'on augmentait rapidement la dose du protoiodure d'hydrargyre. Le but de ceue augmentation rapide est non-seulement d'activer la destruction de la diathèse , mais aussi d'amener la salivation.
M. Ricord évite autant que possible cet effet pathogénique des préparations mercurielles , dans le traitement de la syphilis , et , sur ce point , nous partageons sans réserve sa manière de voir; car nous avons constaté maintes fois dans son service qu'aussitôt que la salivation s'établissait, le mercure cessait d'agir spécifiquement sur les manifestations syphilitiques.
Biais dans le traitement de l'iritis, nous ne cherchons plus à éviter la stomatite mercurielle, bien au contraire, et , après avoir modifié la diathèse par quelques jours d'administration du mercure à la dose ordinaire, nous augmentons rapidement, afin de déterminer la salivation comme moyen dérivatif
Ce mode de traitement amène promptement Sa résolution de la maladie.
Lorsque la surface ou les bords de l'iris présentent des papules ou des pustules très-tenaces , qu'il reste de la congestion et du trouble dans la vue, le calomel à dose fractionnée, auquel on associe un vésicatoire à la tempe , derrière l'oreille correspondante ou bien derrière le cou , fait disparaître autant qu'il est possible ces accidents consécutifs. Cependant l'œil malade se ressent presque toujours un peu des lésions qu'il vient d'essuyer.
J'ai dit peu de choses de la belladone; je dois cependant rappeler qu'elle joue un très-grand rôle dans le traitementde l'affection qui nous occupe En effet, il est urgent d'empêcher le rapprochement des bords pupillaires de l'iris , car ces bords
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pourraient devenir adhérents et produire ainsi la cécité complète. D'un autre côté, la belladone, en réduisant le volume de l'iris, peut prévenir la synéchie postérieure, qui a toujours une grande tendance à se produire. Un autre avantage des effets de la belladone sur l'iris , c'est que lorsque celte membrane est frappée d'immobilité consécutivement à l'inflammation , cette immobilité se produit dans des conditions de dilatation qui permettent encore le passage des rayons lumineux. Pour réaliser tous ces avantages, il faut employer cet agent thérapeutique de bonne heure et avant que les parties malades n'aient perdu leur mobilité.
Lorsque les accidents inflammatoires sont intenses , les malades doivent être mis à la diète , on leur rend ensuite graduellement les aliments, à mesure que les lésions diminuent.