‹ Traité des maladies vénériennes [electronic resource]Chapitre 70 sur 90 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Considérations générales sur le traitement de la Syphilis c onstitutionnelle .

Avant d'entrer en matière, récapitulons les principaux points de la doctrine que nous avons exposée, afin d'en faire découler les bases du traitement :

1° Le principe de la syphilis réside dans un virus (virus syphilitique) , dont les propriétés spécifiques peuvent être détruites par différents agents, pris en général, parmi les astringents et les caustiques ;

2° Le virus, appliqué sur nos téguments, les irrite d'abord, les érode ensuite, puis s'inocule. Lorsque la surface d'application est préalablement ulcérée, écorchée, l'inoculation se fait de suite. Une fois l'inoculation produite, l'action spécifique du virus reste le plus souvent locale jusqu'au quatrième jour ;

3° Le chancre,, abandonné à lui-même , guérit fréquemment sur place sans infecter l'économie;

4° Dans quelques cas, malheureusement encore trop fréquents, le pus virulent est absorbé et va infecter l'économie;

5° L'absorption du virus syphilitique est annoncée par l'induration du chancre. Cette induration se montrant ordinairement du quatrième au quinzième jour après l'inoculaiion , rarement avant ou après , l'infection doit se faire aussi dans ce délai ;

6° Sous l'influence des modificationsimpriméesàTorganisme par la diathèse syphilitique, des accidents très-variés envahissent les organes et les tissus de l'économie. Ces accidents débutent ordinairement par la surface des téguments et vont ainsi, en se transformant les uns dans les autres, jusques dans

la profondeur des organes. Leur forme , leur siège ei leur époque d'apparition , les ont fait diviser en deux ordres à , savoir : ordre des accidents secondaires, ordre des accidents tertiaires. Ces deux ordres sont quelquefois liés par une catégorie d'accidents intermédiaires, nommés , pour cela, accidents de transition.

Si nous basons les règles générales du traitement sur les principes que nous venons d'énoncer, nous voyons :

1° Qu'il est possible de prévenir la contagion en neutralisant, au moyen de certains agents, le virus syphilitique avant qu'il ne se soit inoculé sur les tissus à infecter ;

2° Que lors même que l'inoculation est produite on peut encore le plus souvent, prévenir, à coup sûr, la syphilis constitutionnelle, en détruisant le chancre avant le cinquième jour de son existence ;

3° Que lors même qu'on laisse marcher le chancre il ne donne pas fatalement lieu à la syphilis constitutionnelle, et que souvent il guérit par des pansements locaux très-simples, sans infecter l'économie ;

4° Qu'une fois l'induration spécifique constat eé, il est indispensable de recourir à un traitement interne.

Dans la première proposition nous trouvons .l'origine du traitement prophylactique.

Dans la seconde, l'origine du traitement abortif.

Dans la troisième, l'origine du traitement local régulier.

Dans la quatrième, enfin , l'origine du traitement général.

La prophylaxie, le traitement abortif et le traitement régulier ayant été déjà l'objet d'un chapitre très-détaillé, dans la Première Section de cette Deuxième Partie, il ne nous reste plus qu'à nous occuper delà thérapeutique delà vérole constitutionnelle. Mais qu'il nous soit permis, avant d'aborder l'étude du traitement des accidents consécutifs , de revenir sur une doctrine qui, depuis quelques temps , est le sujet d'une polémique très-sérieuse et de débats très-animés à l'Académie de Médecine de Paris; doctrine d'autant plus digne d'intérêt qu'elle touche, à la fois , à la prophylaxie et au traitement

SUR LE TRAITEMENT DE LA SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE. 4i3

curatifdela syphilis. Nous voulons parler de la vaccination syphilitique.

L'idée de la vaccination syphilitique est née de cette observation, à savoir qu'on n'a qu'une seule fois le chancre induré et la vérole constitutionnelle. En effet , cette loi suffisait pour établir une analogie entre la syphilis et la variole, et pouvait légitimer la recherche, pour la première de ces affections, d'un moyen préventif analogue à la vaccine employée contre la seconde. Le moyen qui devait se présenter d'abord à l'esprit, était de produire artificiellement une syphilis constitutionnelle comme l'on a produit une variole, dans l'espoir qu'acquise de celte manière , elle serait plus facilement curable tout en préservant d'une nouvelle infection. Mais l'observation n'a que trop démontré que les accidents syphilitiques , quoique consécutifs à une infection produite expérimentalement, n'en étaient pas moins dangereux. Aussi, a-t-il fallu renoncer à cette idée, et s'en tenir aux moyens curatifs ordinaires. Cependant , la vaccination syphilitique , jusque-là restée à l'état de simple conception devait , tôt ou tard , devenir le sujet de recherches sérieuses.

Partant des principes que nous avons si souvent énoncés , principes vrais et justes, à savoir: que l'on n'a qu'une seule fois des chancres indurés et la vérole constitutionnelle; que les chancres postérieurs à une première infection ne s'indurent plus et restent locaux ; qu'on peut être sous l'influence de la dhthèse syphilitique, et avoir ainsi acquis l'immunité contre une nouvelle infection sans la nécessité d'avoir, dans des conditions données, des manifestations syphilitiques, M. Diday, de Lyon, a cherché à imprimer â l'économie une disposition syphilitique générale, équivalant à celle que donne le vaccin ou une première variole ; il a, dis-je , tenté la vaccination syphilitique.

L'idée était on ne peut plus belle et philanthropique, mais comment trouver les moyens d'application. Inoculer le virus chancraux de malade à individu sain, c'était s'exposer à produire bénévolement ce qu'on voulait éviter, et cela sans aucun bénéfice pour la constitution.

Pour ne pas encourir le reproche d'avoir occasionné la maladie chez un homme sain, M. Diday , de Lyon, à qui nous devons les premières expériences de vaccination syphilitique, a opéré de malade à malade, de tertiaire à primitif, espérant ainsi pouvoir modifier l'état général d'une personne atteinte de chancres primitifs , avant que ces chancres n'eussent eu le temps d'infecter l'économie. Pour cela, il a choisi plusieurs individus atteints de chancres non indurés , et leur a inoculé du sang emprunté à un malade atteint de syphilis tertiaire, et qui avait pour manifestation une exostose. Chez aucun de ces individus , l'inoculation n'a eu de résultat direct , aucun d'eux n'a été soumis à un traitement anti-syphilitique; néanmoins, à l'exception d'un seul dont le chancre était déjà induré au moment de l'inoculation, ils n'ont présenté aucun accident constitutionnel, dans le délai voulu et classique de six mois. 11 n'en à pas fallu davantage àl'ex-chirurgien de l'Antiquaille pour croire au succès de son entreprise.

M. Diday , sorti comme nous de l'école de M. Ricord , n'ignorait pas cependant , que le plus grand nombre des chancres guérissent sur place et sous l'influence des pansements les plus simples , sans que l'on ait à craindre l'infection constitutionnelle. Pourquoi donc a-t il attribué, à une vaccination sans effet local, par conséquent imaginaire, des résultats que l'on peut observer tous les jours après l'emploi des moyens les plus simples, et même en livrant la maladie à elle-même? aussi , pour faire prévaloir ses résultats , a-t-il renié les principes qu'il avait puisés à la véritable école et cherché, par des statistiques, faites nous ne savons comment, à prouver l'existence de l'infection constitutionnelle, consécutivement à des chancres non indurés: et, d'ailleurs, est-ce après six à huit mois d'observations, faites sur un nombre restreint d'individus , que l'on peut résoudre une question aussi grave? ne faudrait-il pas observer et suivre, pendant des années, les sujets qui ont été inoculés, afin de s'assurer si d'autres chancres, contractés ultérieurement , ne se sont point indurés ?

La vaccination préventive, proposée par M. Diday, est, corn-

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