‹ Traité des maladies vénériennes [electronic resource]Chapitre 71 sur 90 · SUR LE TRAITEMENT DE LA SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE · texte numérisé non relu

SUR LE TRAITEMENT DE LA SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE

me Ta dit M. Ricord, dans un discours solennel prononcé à l'Académie de médecine, un rêve d'honnête homme, c'est un savant qui s'est égaré; acceptons-lacomme telle, en remerciant toutefois notre savant confrère de Lyon de ses louables tentatives.

Le procédé de M. Diday ne s'adressait qu'aux accidents constitutionnels, il n'avait aucune prétention contre les accidents primitifs, et surtout n'exposait pas gratuitement la santé d'individus, exempts de toute maladie, tant locale que générale , et qui auraient peut être passé leur vie sans être atteints. Ce que n'a pas osé M. Diday, M. Auzias-Turenne l'a mis en pratique sous le nom de syphilisation.

Se basant sur les expériences et les observations faites sur les animaux, et, en particulier, sur le singe, M. Auzias a cru que l'on pouvait, à force d'inoculations, non-seulèment prévenir et guérir la syphilis constitutionnelle, mais encorè détruire, chez l'individu soumis aux inoculations, l'aptitude à contracter le chancre. Des essais ont été tentés sur l'homme sain et sur l'homme en proie à la syphilis , et , à en croire les partisans de la syphilisation, après un certain nombre d'inoculations, le corps devenait réfractaire à l'action directe du virus syphilitique. Ces expériences ont été répétées par M. Spérino, de Turin , par MM. Marchai ( de Calvi ) et Laval , et par d'autres syphilisateurs , et tous ont paru émerveillés des résultats qu'ils avaient obtenus. Cependant la doctrine de la syphilisation se propageait à la sourdine, en s'adressant surtout aux jeunes élèves toujours fanatiques des idées nouvelles et trop faciles à persuader, lorsque, incidemment elle s*est trouvée en présence des membres de l'Académie de Médecine.

Devant les maîtres de la science, les théories séduisantes ne suffisaient plus; il fallait exhiber des faits , non point de ces faits incomplets et trompeurs que l'on trouve toujours à l'appui des mauvaises causes , mais des observations détaillées, présentées avec la franchise qui doit être l'appanage deshommes d'étude. Eh bien, nous le disons à regret, pour les syphilisateurs et pour les rares académiciens qui ont pris

la défense de la syphilisation, la plupart des faits, cités à l'appui de cette pratique, ont été trouvés en défaut, après une contre-enquête sérieuse. Ces cas de guérison et de préservation,dont auparavant, on avait fait sigrand bruit, examinés dans toute leur nudité, sont devenus les observations les plus accablantes qu'on put opposer à la syphilisation. M. Ricord nous a fait assister au triste spectacle d'individus subissant 60,100 inoculations sans autres résultats que de nombreux ulcères phagédéniques rebelles au traitement, des accidents constitutionnels, très-graves et, chez un malheureux jeune homme, la mort après 150 inoculations- Qu'allaient devenir les prétentions affichées dans une lettre publiée par M. Auzias dans Y Union Médicale, « Je n'expérimente pas sur mes semblables , je les soigne et je les guéris ou bien je les vaccine et je les préserve. » Certes, en présence des faits dévoilés à l'Académie de Médecine , il n'était plus possible de les maintenir. Aussi les partisansde la pseudo-doctrine, aussi habiles que prudents, ont ils commencé leur retraite en faisant le sacrifice de la syphilisation préventive. LesJenner de la vérole descendaient ainsi bénévolement à l'humble rôle du praticien qui tient en main un nouveau moyen curatif , se distinguant par plus ou moins d'avantages ou d'inconvénients pour le présent et l'avenir du malade. Mais l'Académie de Médecine n'a pas voulu laisser trace d'une doctrine qui, à peine à sa naissance, comptait déjà des victimes. Aussi a-t-elle condamné, à l'unanimité moins deux voix qui ont eu la générosité d'accompagner les syphilisateurs dans leur chute, la pratique de la syphilisation comme moyen prophylactique eteomme méthode curative. Depuis ce vote solennel, la syphilisation a disparu de la scène scientifique ; espérons qu'elle disparaîtra aussi complètement de la pratique médicale , pour laisser aux moyens que nous allons indiquer toute leur puissance et toute leur liberté d'action.

Le mercure, spécifique par excellence de la période secondaire, a été considéré comme prophylactique des accidents secondaires ; on a cru longtemps et un grand nombre de praticiens croient encore, qu'administré au début de l'accident

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•primitif, il pouvait empêcher Finfeciion constitutionnelle; Hunier était de cet avis, et recommandait pour cela l'emploi de ce médicament tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, celle opinion nous surprend d'autant plus que, quelques lignes avant, nous lisons: « J'ai cherché à démontrer que le chancre est » une maladie locale. Une nouvelle preuve en faveur de cet- » te opinion , c'est qu'il peut être détruit ou guéri par un traitement purement local. » ( Traité de la mtiladie vénérienne par J. Hanter. Considérations générales sur le traitement du chancre , page 436.^

A quoi sert donc un traitement spécifique interne si la maladie est locale?

D'après M. Vidal (de Cassis ) ( Bulletin de thérapeutique du 30 janvier; Administration des préparations mercurielles avant la manifestation des accidents secondaires ) , « la médication mer- » curielle, pour avoir toute l'efficacité qu'on lui demande, c'est- » à-dire , pour mettre d'une manière sûre à l'abri de toute » manifestation syphilitique ultérienne, exige deux condi- » lions : la première, d'être suivie pendant un temps suffisam- » ment long fi 10 à 120 pilules de Dupuytren dans V espace de » deux mois à peu près); la seconde , d'être faite sans la plus » légère interruption. » Après ce mode d'administration, M. Vidal affirme n'avoir jamais vu des accidents de syphilis constitutionnelle se développer. Les auteurs de l'article prétendent que si d'autres praticiens et dans le même hôpital ne sont pas arrivés aux mêmes résultats, c'est qu'ils ne se sont jamais placés dans les conditions nécessaires mentionnées plus haut, et que par conséquent, on ne saurait tenir compte de leurs observations.

Nous possédons des observations dans lesquelles les malades ont reçu de M. Vidal 130, 118 — 120 pilules au début des accidents primitifs, et c'est précisément après ce traitement complet et infaillible que les accidents consécutifs ont commencé.

On ne peut attribuer ces insuccès à l'oubli des deux conditions essentielles et indispensables pour la réussite, puisque

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c'est au praticien qui les a si bien et si nettement formulées, qu'étaient confiés ces malades.

Du reste, comment croire qu'un traitement, même très-méthodique, suivi pendant les accidents primitifs, puisse prévenir tout développement d'accidents ultérieurs secondaires ou tertiaires, lorsque, en dehors des faits qae nous possédons, on trouve des malades qui , après avoir été soumis à celle médication il y a 10, 15, 20 ans et même plus sont actuellement pris d'accidents tertiaires, maladie des os, du tissu cellulaire sous-cutané , etc

Ne sait-on pas aussi que chez un certain nombre d'individus, 80 sur 100, les accidents primitifs (chancres), guérissent par les pansements simples et la cautérisation avec le nitrate d'argent, sans qu'aucun accident ultérieur ne se manifeste.

C'est probablement dans ces deux catégories de malades que se trouvent les cas de guérison radicale observés par M. Vidal de (Cassis). Chez les premiers, le traitement mercuriel fait au début des accidents primitifs, n'a fait que retarder d'un temps plus ou moins long l'apparition des accidents syphilitiques consécutifs de manière à les soustraire à l'observation de M. Vidal.

Ceux de la seconde catégorie pouvaient fort bien se passer du traitement spécifique; mais, de ce qu'il a été administré , on en a conclu qu'il avait agi comme préservatif des accidents secondaires.

Quoique le mercure, pris au début de l'infection, ait en général la propriété de retarder les manifestations syphilitiques secondaires ou tertiaires, il arrive quelquefois que ces manifestations apparaissent à une époque très-rapprochée des accidents primitifs. Nous sommes étonné que M. Vidal, qui a déjà une expérience aussi longue en matière de syphilis, n'ait pas rencontré dans sa pratique des malades affectés d'accidents consécutifs, après l'ingestion régulière des 1 10 à 120 pilules de rigueur.

Nous ne nions pas que le mercure admieistré pendant les accidents primitifs, ne puisse exempter pendant un temps plus ou moins long des accidents consécutifs; mais nous

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