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CHAPITRE XI

Traitement de la période secondaire»

Autant nous sommes"ennemi du traitement interne spécifique dans les accidents primitifs qui ne présentent aucun vestige d'infection générale, autant nous sommes prompt à Tadmislrer sitôt que nous apercevons les premiers signes de l'absorption du virus. Notre conduite en cela diffère beaucoup de celle de quelques spécialistes qui , ne reconnaissant la vérole qu'à ses accidents généraux ou à ses manifestations secondaires, attendent jusqu'alors pour commencer le traitement. Pour nous, l'induration du chancre est le premier signe de l'infection contitutionnelle, et suffit à elle seule pour nécessiter le traitement général.

La médication spécifique ne trouve des contre- indications que dans certains états morbides généraux qui altèrent si profondément la constitution , qu'elle ne peut plus supporter l'action des remèdes , autrement, ni le bas âge, ni l'état de grossesse, ni l'intempérie des saisons , ni la présence d'épidémies de quelque nature qu'elles soient ne sauraient en arrêter l'emploi.

Lorsque le sujet malade est en même temps atteint d'affections chroniques , telles , par exemple , que les scrofules , des lésions viscérales, etc., on emploie une médication rationnelle et méthodique concurrement avec le remède spécifique. Dan3 ce cas, l'agent anti- syphilitique doit être administré sous une forme et par des voies qui le rendent plus facilement supportable, et associé à des correctifs, ou même à des substances qui s'adressent à l'affection qui complique la syphilis,

Vouloir examiner tout ce que la syphilis compte de spécifiques depuis qu'elle est connue , serait nous engager dans une

TRAITEMENT DE LA PÉRIODE SECONDAIRE. 4t>t

voie dont nous ne pourrions sortir qu'avec le regret d'avoir été incomplet; d'ailleurs pourquoi honorer d'une étude attentive une foule de remèdes la plupart inventés par la cupidité, et débités par le charlatanisme. Notre but, dans un ouvrage aussiconsciencieuxque celui que nous publions, est d'indiquer Ses médicaments que la pratique des syphilographes les plus expérimentés a sanctionnés, et si nous mentionnons quelquesuns des spécifiques que l'on voit si souvent inscrits au coin des murs et des monuments publics, ce ne sera que pour les flétrir et mettre en garde contre leur usage.

Le médicament le plus puissant le seul qui paraisse conjurer pour un temps indéterminé et quelquefois pour toujours les accidents de la période secondaire , c'est le mercure. Les sudorifiques, la diète sèche, les antiphlogistiques, les évacuants; les préparations aurifères, argentifères, arsénicales, ferrugineuses, platinifères, sulfureuses, toniques, anti-scorbutiques, acides , alcalines, etc., modifient bien la constitution dans un certain sens, et peuvent même faire disparaître les lésions locales , mais ils n'ont aucune action sur la diathèse, Comme on le dit vulgairement, ils blanchissent le malade, mais n'opèrent pas une guérison soutenue.

Mercure. — Terreur desmaladesetdesmédecinsignorants, prétexte dont se servent les charlatans pour exploiter la crédulité publique, le mercure est l'agent spécifique indispensable de la période secondaire. D'où vient donc cette répugnance affichée par la plupart des malades atteints de syphilis, répugnance si difficile à vaincre chez quelques-uns? certainement ce ne sont point les praticiens consciencieux et instruits qui l'ont répandue dans le monde . Si l'on enregistre les narrations des malades qui ont pris du mercure ou qui ont été en rapport avec des gens que l'on a soumis au traitement mercuriel , on constate un fait : c'est qu'en général ils rapportent au médicament toutes les maladies et toutes les indispositions qu'ils ont éprouvées après son usage. Il n'y a même pas jusqu'aux accidents les mieux reconnus de la vérole qui ne lui soient attribués. C'est ainsi qu'on l'accuse généralement de déterminer les douleurs de tête , l'alopécie , les douleurs os-

téocopes, les exostoses, les ulcères de la gorge, en un m or, le plus grand sombre des accidents secondaires tardifs et terliaires qui apparaissent à une époque plus ou moins éloignée du début de l'infection et lorsque quelques doses de mercure presque toujours insuffisantes ont été prises. Post hoc ergo proplerhoc, lele^t leur raisonnement ; mais , heureusement , l'observation est là , et nous avons pu voir, quoique d'une génération plus nouvelle, quelques-uns des malades traités sous l'empire de l'école physiologique qui, elle aussi, stigmatisait le mercure, malades qui n'en présentaient pas moins ces accidents prétendus mercuriels, que la saine observation attribue à la persistance de la diathèse syphilitique. Et, d'ailleurs, >e voit-on pas tous les jours des malheureux que leur position de fortune empêche de se traiter, être en proie à ces manifestalions? Ne nous est-il pas arrivé maintes fois de traiter et de guérir, par ïusage soetenu et à haute dose du mercure des symptômes que les malades, leurs amis et souvent les médecins attribuaient à ce médicament?

Là ne sont pas toutes les erreurs qui ont tant contribué à déprécier le spécifique par excellence. Il y en a d'autres, et elles ne sont pas les moins graves, car elles ont leur origine dans l'ignorance des gens de l'art, et dans les élucubrations du charlatanisme. Nous savons que le plus grand nombre des affections réputées vénériennes peuvent guérirpardes moyens simples et sans médication interne. Eh bien , ces guérisons, que nous obtenons nous-même sans le secours du mercure , ont été invoquées par les empiriques contre cet agent thérapeutique. Ils ont proclamé bien haut et fait afficher à tous les coins de rue que l'on pouvait s'en passer en prenant leur spécifique ; nous proclamons à notre tour que leur spécifique est une pure jonglerie; car les affections contre lesquelles il est administré pourraient guérir, sous l'influence des remèdes les plus innocents. A côté des médecins qui repoussent, quand même, l'usage des mercuriaux, nous placerons ceux qui les administrent connue panacée générale et dans toute affection, pourvu qu'à leurs yeux elle ait une teinte vénérienne. Naguère et souvent encore aujourd'hui , les écoulements, les végéta-

tions, les chancres simples, tous les engorgements inguinaux sans distinction de nature , devaient avoir leur dose du spécifique, et l'on poussait même la manie mercurielle jusqu'à production d'accidents bien autrement graves que la maladie que l'on traitait. N'avons-nous pas vu , dans certains services des hôpitaux de Paris , des médecins chercher la salivation et l'entretenir jusqu'à déterminer la dénudation des os maxillaires, et cela pour guérir les symptômes syphilitiques les plus simples? Certes, de pareils accidents ne sont pas faits pour propager l'usage de la médication mercurielle! Mais, entre l'abolition complète et l'usage, quand même, de ce médicament, n'y a- t-il pas un terme moyen? Tous les praticiens consciencieux et instruits répondent par l'affirmative , et ce ternie moyen où faut-il le chercher si ce n'est dans le diagnostic net et précis des différents accidents de la vérole ?

Effets du mercure : — Comme tout agent thérapeutique, le mercure à deux modes d'actions: i*une action propre, physiologique qui se produit chez tout individu , en-dehors de toute condition morbide; 2° une action thérapeutique spéciale qui porte sur la diaihèse syphilitique et sur ses manifestations.

Aclian physiologique. — Quels que soient la forme et le mode d'administration du médicament, son action première se produit sur les parties qu'il touche d'abord ; y détermine de la fluxion , de l'érythème, quelquefois de l'érysipèle et différentes éruptions de nature eczémateuse; tant que ces effets palhogéniques durent, l'absorption se fait difficilement -, mais peu à peu la peau et les muqueuses s'habituent à sa présence, lui ouvrent leurs pores absorbants, et le mercure passe dans le courant circulatoire qui le conduit de là dans tous les organes de l'économie.

Pris à doses raisonnables et suspendu de temps à autre, le mercure ne détermine pas ordinairement d'effets palhogéniques bien appréciables. 11 faut, pour cela , qu'il rencontre des constitutions faibles, des individus lymphatiques ou atteints de quelque affection chronique ; mais , longtemps continué ou prisa des doses irop élévées, il a., sur l'ensemble la

constitution , des effets intimes qui s« manifestent par wfe trouble dans le fonctionnement général , et par des lésionslocales très- variées.

L'effet fondamental' de l'hydrargyrie, et qui est en quelque sorte le point de départ de tous les troubles fonctionnels qu'elle occasionne, c'est l'altération du sang. En effet, le sang perd sa consistance et sa coloration normales; sa partie fibrineuse s'altère ou disparaît de telle sorte que le caillot est Hiou et diffluent. Le mercure est donc un déftbrinant du sang* Cet état du teqpde régénérateur se trahit au-dehors par la pâleur et la bouffisure de la peau , par une tendence aux congestions et aux hémorrhagies, par l'inflammation avec hypersécrétion de différents organes et surtout de la cavité buccale , par un dérangement dans les fonctions gastrointestinales et par différentes éruptions de l'enveloppe cutanée. Enfin, les centres nerveux subissent l'influence de la saturation mercurielle, les malades éprouvent différents accidents nerveux, perdent l'appétit, la fièvre hectique s'allume, ilssuo combent enfin après avoir épuisé toutes les ressources de l'art.

Dans ce court résumé , nous n'avons fait que mentionner , sans les décrire, les accidents déterminés par l'abus du mercure. D'ailleurs, nous regardons comme superflue, la description détaillée de phénomènes que l'on peut éviter et que l'on évite presque toujours par l'observation aitentive des malades. Cependant , comme quelques-uns de ces phénomènes sont assez fréquents pendant le traitement mercuriel , comme ils simulent quelquefois les manifestations syphilitiques, et que, d'ailleurs , ils apportent de profondes modifications dans la conduite du médecin , nous ne saurions passer, sans leur accorder une attention toute spéciale.

Siomalite mercurielle. — Salivalion mercurielk. — La saliva lion est un des effets de l'hydrargyrie qui aient le plus frappé les médecins et les malades. Les premiers symptômes sont un goût métallique très^ désagréable , la fétidité de l'haleine, la sensibilité et le gonflement des gencives , et une augmentation très-marquée dans la sécrétion salivaire. Les gencives se recouvrent d'une pseudo- membrane très- minée, au-dessous de

laquelle on aperçoit leur couleur rosée, et forment, autour de la dent, un bourrelet saillant qui saigne au moindre contact. L'augmentation de volume qu'elles subissent tend à chasser les dents des alvéoles, aussi les organes masticateurs deviennent-ils plus saillants et perdent-ils leur solidité. La langue s'épaissit et se recouvre d'une matière muqueuse blanchâtre, le voile du palais et le pharynx deviennent plus rouges et plus sensibles.

Les premiers accidents de la stomatite atteignent ordinairement les points de la bouche les plus gênés et les plus tendus, aussi les observe-t-on souvent sur la muqueuse qui correspond à la dernière molaire ou à la dent de sagesse , et en général partout où existent des conditions de compression. Les premières ulcérations apparaissent souvent sur le côté où se couchent habituellement les malades. La présence des dents serait, d'après M. Ricord , une condition sine quâ non de la stomatite; jamais il n'aurait observé cette affection avant la dentition ou après la chute des dents. ,

A mesure que la stomatite fait des progrès, on constate, sur le bord des gencives , une matière pulpeuse, d'un blanc grisâtre, au-dessous de laquelle existent des ulcérations de mauvaise nature et très-longues à guérir.

C'est ordinairement au niveau du collet de la dernière molaire qu'apparaît la première ulcération ; la face interne des joues garde l'empreinte des dents et finit quelquefois aussi par s'écorcher; la langue , tuméfiée et comprimée dans l'espace circonscrit par les arcades dentaires, devient, sur les côtés , le siège d'ulcérations et de points gangréneux plus ou moins profonds.

Le tissu cellulaire des joues se tuméfie et s'infiltre de sérosité; l'excitation qu'éprouve l'extrémité des conduits salivaires , détermine de l'hypersécrétion dans les glandes correspondantes. La quantité de salive rendue , devient alors très-abondante et file sous le doigt ; l'excitation qui se développe sur les glandes salivaires , n'est qu'un effet sympathique de l'inflammation de la muqueuse buccale , et nullement l'effet direct de l'hydrargyrie.

Quand la stomatite est très-intense, les phénomènes locaux deviennent plus prononcés, les malades ne peuvent mouvoir la mâchoire inférieure; la langue remplit toute la cavité buccale et une partie de l'isthme du gosier, de manière à rendre la respiration très-pénible et l'articulation des sons impossible. Les joues sont le siège d'un œdème sub-inflammatoire qui gagne les paupières inférieures; la région sous-maxillaire présente une tuméfaction due à l'hypersécrétion des glandes sous-maxillaires et à l'infiltration séreuse du tissu cellulaire; les régions parotidiennes augmentent aussi de volume; les malades se plaignent de douleurs dans l'intérieur des oreilles et même quelquefois de surdité; les mouvements de déglutitions devenus impossibles , la salive retombe en arrière par instant, et donne lieu à des accès de suffocation. A ces signes locaux se joignent des effets sympathiques qui vont retentir dans toute l'économie; une fièvre continuelle, de b chaleur à la peau, des maux de tête, une constipation opiniâtre et quelquefois de la diarrhée; tels sont les symptômes généraux que l'on remarque.

11 est imposible , pour tout médecin exercé , de confondre les effets du mercure avec ceux de la syphilis, mais lorsque ces effets se marient ensemble, le diaguostic différentiel devient plus épineux.

Il n'est pas rare cependant de trouver des ulcérations mercurielles à côté ou sur des plaques muqueuses. Pour avoir raison de ces accidents , auxquels M. Ricord a , si à propos , appliqué l'épithèle d'hermaphrodites , il faut suspendre d'abord la médication mercurielle et faire le traitement anti-hydrargyrique; tout ce qui appartenait aux effets du mercure, disparaît alors, et il ne reste plus bientôt que les accidents syphilitiques reconnaissables à leur physionomie particulière. C'est ordinairement dans le second septénaire d'une dose donnée de mercure qu'apparaissent les premiers symptômes de l'hydrargyiïe. Néanmoins , quelques praticiens prétendent en avoir observé trois ou quatre mois après la suppression du traitement; n'auraient- ils pas confondu la stomatite scorbutique avec lu stomatite mercurielle? La salivation mercu-

rîelte surprend quelquefois le praticien, de manière à le dérouler complètement et à démontrer que certains accidents sont au-dessus de toutes les prévisions de l'art. Nous avons pu observer, dans le service de Lisfranc, une femme qui, le lendemain d'une cautérisation légère pratiquée sur le col de l'utérus avec le nitrate acide liquide de mercure, fut prise d'une violente siomatite, contre laquelle les moyens thérapeutiques restèrent longtemps sans effet ; il n'y a pas longtemps que j'ai observé un cas analogue dans ma pratique.

Si, après l'apparition des premiers symptômes delà stomatite , on n'a pas la précaution de suspendre l'usage du mercure , la maladie continue ses progrès et peut déterminer les accidents les plus graves. Ces accidents sont la chute des dents, des gangrènes considérables de la langue et des joues, des nécroses et des caries du maxillaire inférieur, de la diarrhée, un affaiblissement général, et enfin la cachexie mercurielle; aussi nous ne saurions trop recommander de suivre, avec l'attention la plus minutieuse, les effets de la médication hydrargyrique.

Traitement de la stomatite. — Puisque c'est ordinairement dans le second septénaire d'une dose donnée de mercure, que se déclarent les premiers symptômes de la salivation, il faut, avant d'augmenter la première dose, observer les malades au moins pendant dix jours. Après ce délai, on élève la dose du médicament et Ton s'en tient là, tant que les accidents syphilitiques diminuent et qu'il n'y a aucun accident mercuriel ; si les manifestations de la vérole restent stationnâmes ou font des progrès, on augmente de nouveau et on s'arrête à la nouvelle dose, sauf à l'augmenter ou à la diminuer, suivant les effets qu'elle produira sur l'économie et sur les accidents syphilitiques. Une légère excitation des gencives n'est pas une contre indication du médicament; mais quand la stomatite se développe, il faut le supprimer afin d'éviter les lésions pathologiques que nous avons énumérées; et, d'ailleurs, nous avons observé que pendant son action paihogénique il n'apportait aucune modification aux accidents syphilitiques, et, qu'au lieu de disparaître, ces accidents devenaient plus intenses.

Pour guérir la stomatite mercurielle, il faut, avant tout, enlever la cause qui l'entretient , c'est-à-dire, cesser lad ni inisiration du mercure. La suspension du mercure suffirait le plus souvent pour amener la guérison; mais, pour la rendre plus prompte, M. Ricord a recours à la médication suivante :

Tous les matins , 4 grammes de fleur de souffre incorporés dans 30 grammes de miel.

Pour tisane , un litre de limonade nitrique.

Toucher les ulcérations avec un pinceau imbibé d'acide chlorhydrique fumant.

M. Ricord recommande de faire la cautérisation jusqu'à ce qu'elle détermine un suintement sanguin. Les malades éprouvent une douleur très-vive, mais bientôt ils ressentent un bienêtre qui leur fait désirer une nouvelle cautérisation.

Se gargariser trois à quatre fois dans la journée avec le liquide suivant:

Eau de laitue 150 grammes.

Acide chlorhydrique . . 20 gouttes.

Miel rosat 50 grammes.

Quand on touche les ulcérations avec l'acide hydrochlorique , il faut éviter les dents, car cet acide les ramollit et provoque leur chute.

On administre aussi quelquefois les bains sulfureux.

Les gargarismes alunés ou avec le borate de soude, le sulfate de zing et toutes les substances astringentes peuvent être d'une grande utilité dans cette aflection.

Quelques praticiens débutent par les antiphlogistiques locaux : les émollients, les opiacés; celte méthode peut être indiquée dans les cas rares où l'inflammation s'annonce avec beaucoup d'intensité, mais il est plus souvent avantageux d'agir comme nous l'avons indiqué ci-dessus. Dans tous les cas , la propreté des dents et des gencives est un puissant prophylactique. l\ faut aussi recommander aux malades de ne pas fumer , d'éviter les aliments trop épicés , de ne pas alléger leurs vêtements et de fuir les habitations humides et froides.

Lorsque la saturation mercurielle détermine de la diarrhée,

on relire de irès-bons effets des opiacés. L'opium, en potion , en pilules ou en lavements, calme d'abord les coliques, et fait bientôt disparaître la diarrhée.

Sous l'influence de l'hydrargyrie, les éruptions révêtent quelquefois des caractères qui ne leur sont pas propres ; elles prennent l'aspect franchement vésiculeux, et deviennent trèsprurigineuses; mais au-dessous de cette doublure mercurielle, il est souvent facile de distinguer les caractères généraux des syphilides. Du reste, quand on vient à cesser le traitement , les nouvelles complications disparaissent, tandis que les syphilides augmentent en intensité.

La médication mercurielle , longtemps continuée et administrée intempestivement, peut , dans quelques cas, imprimer à l'économie des modifications pathologiques plus profondes, plus tardives, qui se traduisent par d'autres symptômes. On voit alors survenir des tremblements mercuriels, la paralysie mercurielle et même la folie. Ces accidents, heureusement très-rares à la suite de l'administration du mercure dirigé contre des accidents syphilitiques, sont au contraire très-communs chez les doreurs et les miroitiers.

On avait admis à priori que ces lésions tardives de l'intoxication mercurielle , tenaient à la présence en nalure de cette substance , dans les tissus de l'économie. Hunier, se basant sur ces recherches anatomiques, traitait cette opinion d'imaginaire et la rejetait complètement ; cependant des travaux ultérieurs ont démontré qu'elle n'était pas dénuée de fondement ; M. Reynaud deToulon, et, plus lard, M. Grassi, pharmacien en chef de l'hôpital du Midi, ont pu trouver du mercure dans la substance cérébrale ; le fait de M. Grassi est remarquable en ce que le mercure a été trouvé dans la substance ramollie et suppurée du lobe antérieur gauche du cerveau d'un malade atteint d'une encéphalite consécutive au traitement hydrargyrique. Plus tard , M. Colson a constaté la présence du mercure dans le sang , et M. Personne, pharmacien en chef actuel de l'hôpital du Midi, dans le lait des nourrices soumises à un traitement mercuriel.

Effet thérapeutique du mercure donné comme spécifique de la

syphilis. — L'action spécifique du mercure ne se trahit andehors que par les modifications qu'il apporte aux accidents delà diathèse; cependant, comme ces manifestations ne sont elles-mêmes que le résultat de la présence du virus syphilitique, dans la constitution, on doit croire que le médicament agit tout d'abord sur ce virus, soit en le neutralisant momentanément, soit en lui enlevant de son énergie, et que la disparition des accidents visibles n'est que la conséquence de cette neutralisation ou de cet affaiblissement momentané.

Mais qu'elle est l'action intime du mercure sur le virus ? Dans l'état actuel de nos connaissances thérapeutiques, il est impossible de répondre à cette question ; tout ce que nous pouvons dire , c'est qu'il n'est pas probable qu'il agisse sur ce virus par l'intermédiaire des effets physiologiques qu'il a sur la constitution. Car, comme la syphilis, il est un dissolvant du sang; son action défibrinante est tellement peu nécessaire à son action spécifique , que l'on est obligé , dans quelques cas, pour obtenir la dernière, d'obvier à la première au moyen des préparations ferrugineuses. Outre son action ordinaire, le mercure a donc , sur le principe syphilitique, une action spéciale que nous ne saurions qualifier encore; tout ce que l'on a dit, d'ailleurs, depuis Hunier jusqu'à nos jours, est vide de sens. Que l'on suppose qu'il agit de molécule à molécule, en poursuivant le virus jusque dans ses derniers retranchements; qu'il le décompose et lui enlève ses propriétés; qu'il l'attire à lui et l'emporte hors de la constitution, ou qu'il agit comme excitant modificateur, etc. , ce sont là tout autant d'explications sans fondement. Autant vaut s'en tenir à celle de l'action spécifique. Comment, du reste, expliquer les combinaisons, les actions réciproques des deux principes dont un est complètement inconnu.

Quoiqu'il en soit, l'observation nous apprend que, dans la plupart des cas, l'action spécifique du mercure n'est que temporaire ; quelque temps après qu'on l'a suspendue ou même souvent pendant le traitement , les manifestations qu'il avait fait disparaître , reparaissent, soit avec la même physionomie, avec plus ou moins d'intensité, soit sous des formes

plus tardives; il arrive même une époque où les accidents n'en éprouvent plus d'efiets; c'est qu'alors le principe syphilitique a subi, dans le corps, une certaine modification dont on ne juge que par la physionomie et le siège des symplômes apparents, modification qui a conduit la syphilis à sa période tertiaire.

Dans l'état actuel de nos connaissances, nous ne saurions donc assurer, sans mentir à la science et à l'observation, qu'une dose donnée de mercure , fut-elle administrée pendant longtemps , guérit radicalement la syphilis constitutionnelle.

Combien de temps doil-on continuer V usage du mercure, — Quelle quantité de mercure doit-on introduire dans la constitution , pour la guèrison d'un cas donné de syphilis. — Quand l'induration du chancre est apparente et que, d'ailleurs, il n'y a pas d'autres manifestations, on conseille de continuer l'usage du mercure jusqu'à ce que les tissus indurés se soient ramollis et aient repris leur état normal. Mais le volume de l'induration varie d'un individu à l'autre , il est plus prononcé dans certaines régions que dans d'autres, et, suivant la largeur de l'ulcération, l'induration est d'ailleurs bien loin d'être proportionnée , dans tous les cas, à l'intensité des accidents syphilitiques qui viennent plus tard. Comment alors peut on la prendre pour règle de conduite dans le traitement? Il est vrai qu'on a dit que c'était le sy philomètre du médecin , et qu'il valait mieux la laisser subsister que la détruire; mais, d'après ce que nous venons de dire, ce syphilomètre varie très-souvent et peut induire en erreur. Lorsqu'après un traitement de trois mois , avec les préparations mercurielles habilement maniées, on ne voit apparaître aucun accident secondaire, quoique l'on ne puisse assurer une guérison sans retour, il est cependant permis de suspendre la médication.

Voici qu'elle est notre conduite dans les cas ordinaires et lorsque nous traitons une syphilis récente. Nous administrons, pendant trois mois consécutifs, les pilules de protoiodure d'hydrargyre d'après la formule de M. Ricord, en augmentant graduellement jusqu'à trois ou quatre par jour,

s'il n'y a pas de contre-indication , et s'il y a indication , après ces trois mois de traitement mercuriel, nous ordonnons, pendant les trois mois suivants, le traitement à l'iodure de potassium, en ayant soin de le combiner, à son début, avec quelques doses de mercure que nous continuons un mois environ. Ainsi, trois mois de traitement hydrargyrique , un mois de traitement iod-hydrargyrique et deux mois de traitement ioduré, en tout six mois , tel est le genre, telle est la durée de notre médication. Nous avons souvent l'occasion de voir de nos anciens malades qui ont subi ce traitement il y a trois ans, en le commençant dans les premiers moments de l'induration , et avant qu'aucun accident ne se fut déclaré ; eh bien , nous pouvons assurer que ces malades n'ont présenté aucune éruption secondaire.

D'autres, et ils sont heureusement les moins nombreux , ont été moins favorisés. Les manifestations secondaires , qui ne s'étaient point montrées au début ou pendant une grande partie du traitement, ont fait explosion lorsqu'on était sur le point de le déterminer, ou lorsqu'il était déjà fini depuis plusieurs mois. C'est assez faire comprendre que, tout en offrant certaines garanties, notre traitement n'a, pas plus que les autres, le pouvoir de détruire le principe syphilitique.

Hunter donnait une quantité de mercure proportionnée à la largeur , au nombre des surfaces ulcérées et à la violence de la maladie. Nous avons fait entendre déjà que l'on ne devait prendre, comme terme delà quantité nécessaire du médicament, que ses effets curatifssur les symptômes que l'on a à combattre.

Dupuytren faisait continuer le traitement jusqu'à extinction complète des accidents, plus un temps égal à celui qu'avait nécessité la guérison. D'autres font prendre 110 pilules de bichlorure de mercure au début des accidents primitifs , et renvoient les malades en leur garantissant la guérison.

Voies d'administration du mercure. — Le mercur e peut être absorbé par la peau ou par les muqueuses, mais c'est ordinairement, et de préférence par cette dernière voie , qu'on l'administre. La peau est en effet une porte d'entrée infidèle

et moins favorable à l'absorpiion que les muqueuses; cependant, cette voie offre des ressources incontestables chez certains sujets dont les muqueuses sont trop délicates ou atteintes d'inflammation chronique. Lorsqu'on applique le mercure sur la peau, c'est ordinairement sous forme d'onguents ou de pommades, et sur les régions les plus propres à l'absorption du médicament, les aines, les aisselles et vers la face interne des membres. Cérillo faisait frictionner la plante des pieds.

La muqueuse gastro-intestinale est la voix d'absorption que l'on doit préférer. Quand l'estomac ne peut supporter le médicament , on peut essayer la méthode de Clare, qui consiste à appliquer les préparations mercurielles sur la muqueuse buccale; on pourrait utiliser encore celle de Pressavin, c'està dire, les lavements hydrargyrifères, ou, en dernier ressort, recourir aux aspirations des vapeurs mercurielles, moyen peut-être trop négligé aujourd'hui. Il est d'ailleurs souvent utile d'alterner ces différentes méthodes.

Formes chimiques. — Quelles que soient les formes que Ton donne au mercure, l'action spécifique ne se produit que par lui; mais qu'il passe toujours à l'état de bichlorure au moment cPêtre absorbé , ou qu'il revête une autre forme , l'observation prouve que le choix des formes n'est pas une chose indifférente, et que tel individu qui reste réfractaire à l'une d'elles, ressent des effets exagérés d'une autre.

Les préparations mercurielles sont solubles ou insolubles: les premières out le grand avantage de pouvoir être administrées sous toutes les formes : en sirops, en pilules , en solutions simples, etc., mais elles ont l'inconvénient de déterminer une irritation locale, dangereuse par elle-même et par l'obstacle qu'elle met à l'absorpiion du remède. On arrive avec moins d'inconvénient à produire l'action spéciale au moyen des préparations insolubles, néanmoins, elles ont quelquefois l'inconvénient de produire une hypersécrétion sur les tissus qu'elles touchent.

M. Ricordse sert d'une préparation qui, tout en produisant le moins d'effets locaux possible, a cependant une influence favorable sur les symptômes syphilitiques.

43i TRAITEMENT DE LA PÉRIODE SECONDAIRE.

Il emploie le protoiodure d'hydrargyre, dont nous avons nous-même observé les propriétés incontesiables , comme agent général ami - syphilitique , tout en se réservant de recourir aux autres préparations lorsque la précédente est infidèle.

C'est ici le lieu de transcrire les règles suivies par M. Ricord dans l'administration du mercure:

1° Administrer le mercure, à l'intérieur, toutes les fois que l'état des voies digestives le permet;

2° L'appliquer sur la peau, dans les cas contraires;

3° Chez les sujets, dont les muqueuses s'irritent trop tôr, et dont la peau , également irritable, ne saurait permettre de conduire un traitement à terme par cette voie, il faut savoir alterner à propos ;

4° Il est des malades inaccessibles par la peau et les muqueuses digestives, et chez lesquels on peut encore tirer parti de l'inspiration des vapeurs mercurielles, peut-être trop négligées dans une foule de cas ;

5° Les effets sensibles du mercure, comme agent morbide ou comme agent curatif, se font rarement attendre plus de huit jours; aussi, tant qu'aucun accident ne vous arrête et qu'on n'a obtenu aucun changement favorable dans la maladie, la dose journalière du médicament doit être augmentée tous les huit jours;

6» Dès qu'on obtient une amélioration, il faut s'arrêter à la dose qui l'a amenée, et n'augmenter qu'autant qu'on arrive à un stalu quo ;

7° Si le mercure produit des accidents, il faut en modifier l'emploi ou le suspendre complètement, l'observation ayant rigoureusement appris, à part quelques rares exceptions, que si les symptômes syphilitiques n'étaient pas toujours aggravés dans ces cas, la guérison , au moins , était presque constamment enrayée ;

8° Lorsque les accidents mercuriels ont cédé et que les symptômes syphilitiques persistent, on reprend l'usage du mercure avec les modifications exigées par la nature particulière des accidents relatifs , soit à la surface sur laquelle ava l

été appliqué le médicament, soil à la forme sous laquelle il avait éié donné , soit encore à sa dose.

9° Les mêmes inconvénients ne se reproduisent pas toujours en reprenant le remède après l'avoir sagement suspendu , ou simplement modifié. Il arrive cependant, comme l'a fait observer Hunier, qu'on est souvent obligé de suspendre et de reprendre le mercure plusieurs fois , dans le cours de certaines affections syphilitiques. ( Deuxième édition de Hunter, page 723/

Formes pharmaceutiques et modes d'administration du mercure. — Le mercure peut être administré sous forme de pommades, de solutions simples, de vapeurs, d'emplâtres, de pilules, de potions, de biscuits, etc .. ; on peut l'employer en frictions , en bains , en fumigations , etc....

Frictions. — On se sert de l'onguent mercuriel double ( onguent napolitain J, à la dose de 4 à 10 grammes par jour. L'onguent gris ou simple, étant un peu moins actif, doiiêtre employé à une dose plus élevée. Cérillo frictionnait la plante des pieds avec une pommade composée de : deutochlorure de mercure, 4 grammes; axonge, 32 grammes. Les frictions peuvent être pratiquées aussi avec : calomel , 4 grammes ; axonge, 4 grammes.

On fait une friction tous les deux jours sur les points les plus propres à l'absorption. On commence par la face interne d'un des membres; deux jours après, on opère sur l'autre, et l'on continue ainsi jusqu'à ce que l'on ait produit un effet thérapeutique. Le changement de région est quelquefois indispensable pour éviter des inflammations locales qui auraient l'inconvénient de s'oppposer à l'absorption. Nous avons vu appliquer aussi , avec avantage, un large emplâtre de Vigo cum mercurio; on sait en effet que dans certains cas , des bandelettes de Vigo, mises sur une plaie, ont provoqué une abondante salivation.

Bains. — On se sert ordinairement du bichlorure d'hydrargyre, à la dose de 10 à 60 grammes, préalablement dissous dans l'alcool ou l'élher . Baumès en a donné jusqu'à 90 grammes. La voie des bains est très-infidèle , car l'absorption

cutanée étant très- variable, il est difficile de savoir, même approximativement , qu'elle est la dose absorbée.

On donne aussi quelquefois des bains de pieds, dans lesquels on fait dissoudre 20 à 40 centigrammes de sublimé; il faut encore peu compter sur ce mode d'administration.

Fumigations. — On en obtient quelquefois de bons résultats, surtout dans certaines formes de syphilides; c'est surtout au cinabre ( sulfure de mercure J, que l'on donne la préférence: la dose est de 8 à 12 grammes par fumigation, il faut élever graduellement la température, sans dépasser 40 à 45 degrés. Les fumigations doivent être continuées de 15 à 20 minutes. On les répète tous les trois jours et quelquefois plus souvent.

Administration par les voies digestives. — Une préparation employée depuis longues années est la liqueur de Van-Swiéten; la formule la plus usitée est la suivante:

Bichlorure de mercure . . 0 40 centigrammes.

Alcool rectifié . . 46 grammes.

Eeau distillée ....... 435 grammes.

Elle contient 2 centigrammes Ij2 de bichlorure pour 3t grammes.

La formule du codex contient 25 milligrammes pour 30

grammes , elle est donc plus active.

On peut commencer par une demi-cuillerée , et augmenter

graduellement jusqu'à deux cuillerées dans du lait, dans du

sirop de guimauve ou un autre sirop quelconque.

Formule de M. Mialhe :

Eau distillée 500 grammes.

Sel marin f

™ . ^ -» • i a. a. 1 gramme.

Chlorhydrate d ammoniaque. »

Blanc d'œuf n° 1.

Bichlorure de mercure .... 30 centigrammes.

On en prend trois cuillerées par jour; chaque cuillerée

contient à peu près un centigramme.

L'action des solutions mercurielles est plus sûre et plus

énergique, mais elle est trop brusque; elles laissent après

elles un goût métallique fort désagréable, et occasionnent souvent des coliques et des crampes d'estomac qui nécessitent la suppression du traitement.

On donne avec plus d'avantage , surtout chez les enfants, les préparations sirupeuses.

Sirop de Larrey :

Sirop de cuisinier - . 500 grammes.

Chlorhydrate d'ammoniaque. 1

Bichlorure de mercure. . . . [a. a. 25 à 30 centigram.

Extrait thébaique /

A prendre 1, 3 à 6 cuillerées par jour; un centigramme environ par cuillerée.

L'emploi du sirop de Cuisinier est très- avantageux chez les malades sujets à la constipation. On peut le prendre comme véhicule du bichlorure et de plusieurs préparations solubles.

Le biiodure de mercure est aussi très-actif ; on le donne à la même dose que le bichlorure.

Le cyanure de mercure est une préparation très-irritante et très-aclive , généralement abandonnée.

Jusqu'à présent , nous n'avons parlé que des solutions mercurielles , mais la forme pilulaire est , sans contredit , la plus commode et la mieux tolérée; elle est indispensable pour les préparations insolubles, et facultative pour celles qui sont solubles.

Forme pilulaire. — Les préparations mercurielles insolubles doivent être associées à des substances solubles , afin que leur action ne se fasse pas trop longtemps attendre.

A la tête de ces préparations, nous citerons le protoiodure d'hydrargyre mis en honneur par Biett et adopté par M. EUcord. Cette préparation est la base du traitement des accidents secondaires. La formule employée à l'hôpital du Midi est la suivante:

Protoiodure d'hydrargyre. |

Thridace J a. a. 3 grammes.

Extrait thébaique 1 gramme.

Extrait de cigùe 6 grammes,

m. f. s. a. . . . 60 pilules.

Quelques pharmaciens suppriment, à tort, la thridace, car ses propriétés hygrométriques facilitent la dissolution et favorisent l'absorption du protoiodure. Ce médicament a bien une tendance légère à la diarrhée, mais l'extrait ihébaïque corrige cet effet. L'extrait de ciguë n'a pas , selon nous , une grande action, cependant nous l'avons admis à cause de ses propriétés fondantes. On commence par une pilule, au bout de huit jours , on en prend deux par jour ; on s'en tient ordinairement à trois par jour, ce qui fait 0,15 centigrammes de protoiodure par jour. Nous avons vu . dans le service de M. Ricord, des malades qui prenaient 8 pilules par jour, soit 0,40 centigr ammes , sans éprouver la salivation. Pilules de Dupuylren :

Sublimé corrosif, .... 4 décigrammes.

Extrait d'opium 5 décigrammes.

Extrait de gaiac. . , . . 6 décigrammes. Faites 40 pilules à prendre 1 à ,3 par jour. Les pilules de Bellots contiennent : du mercure , de l'aloës , de la rhubarbe, de la scammonée, du poivre noir et du miel ; c'est, selon nous, une mauvaise préparation, car l'action purgative de ces pilules doit empêcher l'action thérapeutique.

Les pilules de Sédiîlot contiennent: onguent mercurielet savon médicinal à parties égales ; on les donne ordinairement à la dose de 2 à 4 par jour-, M. Ricord en a donné jusqu'à 60 par jour sans aucun accident mercuriel. 30 à 40 pilules de Sédillot sont restées sans action sur des accidents que 5 à 6 pilules de protoiodure ont modifiés.

Les pilules bleues sont très-souvent employées en Angleterre: mercure cru et conserve de roses à parties égales; 2 à 4 par jour, chacune de 20 centigrammes. On a l'habitude de donner les pilules à jeun, mais il vaut mieux les faire prendre de 2 à 3 heures après le repas , et lorsque l'estomac est un peu excité.

Les préparations mercurielles ont encore été données sous d'autres formes : dragées de Keyser, contenant de l'acétate de mercure ; tablettes de Lagneau f elles contiennent du mer-

cure cru; biscuits d'Olivier: composés de biehlorure d'hydrarpyre combiné avec du blanc d'œuf; cigarettes mercurielles.

Comme adjuvants des préparations mercurielles , M. Ricord prescrit l'usage des tisanes et des sirops amers: le houblon ,1a quassia amara,la douce amère, le fumeterre, la saponnaire ,1a salsepareille et mille autres que nous ne citerons pas.

On met dans chaque verre de tisane une cuillerée à bouche de sirop de gentiane, de quinquina, de cuisinier ou d'un sirop anti-scorbutique quelconque.

Les préparations mercurielles ayant une action dissolvante sur le sang, M. Ricord administre fréquemment, avec elles, les préparations ferrugineuses, soin forme de pilules ou en solution. La forme, employée d'abord par le chirurgien de l'hospice du Midi, était: les pilules de Vallet; mais, depuis notre internat, ces pilules ont été remplacées par le tartrate ferrico-potossique, à la dose de 3 à 4 grammes par jour. Ce médicament a l'avantage de contre- balancer les effets dissolvants du mercure et de le rendre plus supportable.

Préparations aurifères. — Elles ont été vantées par M. Chrestien de Montpellier, qui les met au niveau des préparations mercurielles. On a employé le chlorure d'or et le cyanure d'or à la dose de 2 à 5 milligrammes. M. Ricord a expérimenté ces préparations dans les accidents primitifs et dans les accidents consécutifs , mais il n'en a retiré aucun avantage. Le chlorure d'or et de sodium a été appliqué , en frictions, sur la langue et sur les gencives , par Biett et M. Cazenave, mais ces praticiens n'en ont obtenu aucun effet avantageux ; entre les mains de M. Cullerierpère , celle préparation n'a pas été plus heureuse.

Pendant mon internat à l'hôpital du Midi, j'ai vu M. Puche administrer les pilules suivantes :

Stanate d'or 0 50 centigrammes.

Amidon 5 grammes.

Gomme arabique 1 gramme.

Eau distillée. . q. s. m. , et faites 50 pilules. 2 à \ par jour,

En 1847, M. Ricord eut l'idée d'associer l'or au mercure; celle préparation chryso-hydrargyrique parut à notre chef de service offrir des avantages, et quelques expériences furent entreprises. J'ai recueilli 16 fails qui démontrent que l'or associé au mercure v tout en laissant à ce dernier médicament ses propriétés anti-syphilitiques, lui enlève, dans la plupart des cas , ses effets pathogéniques. La préparation , employée par M. Ricord, est une amalgame d'or et de mercure ; chaque pilule contient six centigrammes d'amalgame, savoir: 0,05 centigrammes de mercure, plus 0,01 centigramme d'or

Nous possédons 16 observations. Dans un cas, l'administration de l'amalgame a été suivie d'excitation légère aux gencives avec goût métallique. Il est vrai qu'en 26 jours, le malade avait pris 268 pilules, soit 268 grains de mercure et environ 54 grains d'or.

Une autre fois, ces pilules, continuées pendant un mois, à la dose de 10 par jour, ont déterminé une salivation assez abondante.

Dans ces deux cas, l'éruption, composée d'une syphilide herpétiforme et de papules muqueuses, s'est éteinte à merveille.

Les 14 observations restantes n'ont pas été suivies de salivation.

Deux fois cependant , au début du traitement, les malades étaient déjà affectés d'une stomatite scorbutique qui a cédé aux gargarismes avec le quinquina, pendant le cours du traitement chryso-hydrargyrique ( auro-mercuriel ).

Chez deux malades on commença le traitement chryso-hydrargyrique, au moment où une stomatite violente venait de se déclarer sous l'influence des pilules de protoiodure, données à la dose de deux par jour; ici , M. Ricord débuta d'emblée par 10 pilules auro-mercurieiles , soit 0,50 centigrammes de mercure et 0,10 centigrammes d'or ; il administra en même temps le traitement de la stomatite. Sous l'influence de cette nouvelle médication, les accidents syphilitiques disparurent, et la stomatite guérit.

Les dix cas restant ne nous ont rien présenté de particulier,

TRAITEMENT DE LA PÉRIODE SECONDAIRE. 44 t

si ce n'est qu'avec des closes irès-fories de mercure associé à l'or, les accidents ont guéri sans occasionner la salivation; une fois seulement le malade a souffert, dans les premiers, jours, d'une légère diarrhée et de quelques coliques; mais ces symptômes ont disparu sans exiger que l'on suspendît les pilules. C'est surtout dans les accidents de la bouche, que le traitement chryso-hydrargyrique a des avantages bien réels , car il n'a pas, comme les autres préparations mercucurielles, l'inconvénient d'exciter la muqueuse du gosier et des gencives, et les accidents qui siègent sur ces parties, disparaissent plus facilement.

On peut encore donner l'or dans les cachexies mercurielles ; nous savons en effet que , lorsque le corps est saturé d'une grande quantité de mercure , ce médicament se dépose, en nature, dans les tissus et peut, par sa présence, troubler plus ou moins l'économie; l'or, dans ce cas, transporté par la circulation au contact du premier métal, s'amalgame avec lui , le rend plus susceptible d'être absorbé; le mercure peut alors être repris par les vaisseaux absorbants, conduit dans le système circulatoire général, et éliminé par les différentes voies de sécrétion et d'excrétion.

L'or, mélangé au mercure, est donc un correctif qui empêche l'action pathogénique de ce médicament, sans le priver ds son action thérapeutique. Il peut prévenir les suites fâcheuses de la saturation mercurielle, en favorisant l'élimination du mercure, quand il a produit son action thérapeutique.

Cette propriété de l'or expliquerait en quelque sorte les cas de réussite de ce traitement, lorsque déjà le mercure avait échoué.

L'action de cette nouvelle préparation peut être interprétée de plusieurs manières: 1°elle peut agir vis-à-vis du mercure comme simple correctif; 2<> comme agent de division, on pourrait faire aussi jouer un certain rôle aux propriétés galvaniques développées au contact des deux métaux.

Argent. — Serres, de Montpellier, attribuait à ce métal une vertu anti-syphilitique très-prononcée; BiettetCazenave don-

lièrent le chlorure , le cyanure, l'iodure et le phosphate d'argent, à la dose de 12 à 25 milligrammes , sans obtenir aucun résultat; M. Ricord n'a pas été plus heureux: donné par lui à la dose de 14 et même de 16 grains par jour , il s'est borné à déterminer des irritations gastro-intestinales , sans produire d'effet anti-syphilitique.

Nous en dirons autant du chlorure de platine

Sulfureux. — M. Ricord emploie les sulfureux dans les cas d'hydrargyrie, c'est assez dire qu'il ne leur attribue aucune vertu curative ami -syphilitique.

Arsenicaux. — On a quelquefois administré jla teinture de Fowler ( arsénite de potasse ) , à la dose de 3 à 30 gouttes , dans un julep gommeux ; la solution de Péarson à la dose de 1 à 4 grammes ( arséniate de soude ).

Il est possible que les propriétés de la tisane de Feltz dérivent de l'arsénié contenu dans l'antimoine qui sert à la préparer.

Formule de la tisane de Feltz :

Salsepareille coupée 90 gram.

Colle de poisson , 16 gram.

Sulfate d'antimoine cru renfermé dans un nouet. 123 gr am. Faites bouillir dans 6 kilogrammes d'eau jusqu'à réduction de moitié.

Trois ou quatre verres par jour, une heure avant et quatre ou cinq heures après le repas.

En moyenne, il faut continuer ce médicament quatre ou cinq mois, pour obtenir quelque effet.

On a employé aussi les acides nitrique et nitreux; Bell administrait quelquefois les acides minéraux, ce mode de traitement est complètement abandonné aujourd'hui.

Sudorifiques. — On accordait autrefois de grandes propriélés anti-syphilitiques à certaines substances prétendues sudorifiques telles que: la salsepareille, le gaiac, la squine, le sassafras, le daphné méséréum : mais aujourd'hui on est un peu revenu de ces idées. M. Ricord refuse toute action spécifique à ces plantes-, il administre bien quelquefois la salsepareille, mais seulement quand il veut garder un malade sous

son observation. La seule préparation que nous ayions vu donner assez fréquemment, c'est le sirop de cuisinier, dans les cas où les malades sont sujels à la constipation.

Nous n'entreprendrons pas ici de donner le détail de toutes les préparations sudorifiques , ce serait un travail trop fastidieux et sans profit pour le lecteur ; nous renvoyons pour cela aux formulaires.

Antiphlogisliques. — Employés avec enthousiasme, sous le règne de l'école physiologique, ils sont complètement abandonnés aujourd'hui, à moins d'accidents inflammatoires locaux. II serait peu rationnel de saigner des malades qui sont sous l'influence d'un poison dissolvant, comme nous l'avons vu pour la syphilis , car ce serait venir en aide à la maladie.

Médicaments empiriques. — Lorsque, après l'emploi des mercuriaux , on n'a pu obtenir aucune modification dans les symptômes secondaires, on peut tenter l'usage de certaines médications empiriques: Tisane d'Arnoud; de Pollini; décoction de Zilirnan ; tisane de Vigarous; rob de Lafîecteur, etc.. 11 est prouvé aujourd'hui que ceux de ces remèdes qui agissent, contiennent, selon les circonstances, des préparaiions mercurielles.

Traitement local des éruptions secondaires. — Nous savons que certains accidents ne surviennent que sous l'influence d'excitations locales plus ou moins prolongées et de différente nature. C'est ainsi que l'abus du tabac, des boissons alcooliques et des aliments excitants, favorise le développement des ulcères de la gorge ; que le contact du tuyau de la pipe, sur les lèvres et les gencives, détermine l'apparition des plaques muqueuses sur ces parties ; que la malpropreté, l'usage des chanfferettes , le contact irritant des urines et des matières fécales, sont la cause déterminante des plaques muqueuses de l'anus , de la vulve , de la face interne des cuisses; que la malpropreté des pieds est pour beaucoup dans l'apparition des plaques muqueuses des orteils , etc.

Eh bien, les premiers moyens à employer, pour s'opposer à ces manifestations, sont des moyens hygiéniques simples; il n'y a qu'à éviter toutes les causes irritantes , qu'à tenir pro-

premenl les pariies qui, par le contact et le frottement, sont naturellement exposée à une irritation continuelle. Un moyen très-simple, c'est d'isoler ces pariies avec des linges de toile très- fine, ou de les saupoudrer avec une poudre inerte.

Lorsqu'on n'a pu , en observant les principes de l'hygiène, prévenir ces accidents, il faut se hâter de les faire disparaître.

Dans la plupart des cas, le traitement interne qui, dans tous les accidents, est la première indication à remplir, suffirait à lui seul pour les conjurer; mais comme il est trèsimportant, pour la plupart des malades, de ne porter aucun signe extérieur qui dénote une affection syphilitique, il faut, tout en usant de la médication générale, recourir à des applications locales, dans le but d'amender certains symptômes, ou de les faire disparaître promptement ; et , d'ailleurs , il est de ces éruptions, de ces syphilides qui altèrent, si profondément les tissus, que le traitement interne devient impuissant contre elles , si on ne lui associe quelques modificateurs locaux.

Dans quelques cas, très-rares il est vrai, les éruptions cutanées présentent des phénomènes d'irritation qui s'opposent à l'efficacité du traitement interne , on se trouve bien alors des bains généraux simples ou gélatineux , des fomentations émollientes, opiacées, ou même des cataplasmes de même nature. Lorsque , au contraire , les éruptions sont froides, sans symptômes d'excitation , et que , d'ailleurs , elles résistent au traitement intérieur , on se trouve bien des bains de vapeur simples, et, encore mieux , de fumigations cinabrées locales ou générales; 8 à 12 grammes de cinabre suffisent à chaque fumigation. Si les symptômes que l'on veut faire disparaître n'occupent pas une grande surface, on les recouvrira avec avantage de bandelettes de sparadrap de Vigo; c'est un des moyens les plus efficaces.

Les papules et les tubercules secondaires éprouvent une heureuse modification des frictions avec les pommades mercurielles et, en particulier, avec celle de protoiodure de mercure :

tRAlTEMENT DE LA PÉRIODE SECONDAIRE. 445

Protoiodure de mercure. . . 4 grammes.

Axonge 50 grammes.

Mêlez par trituration.

Les bains de sublime sont aussi d'un grand secours . Deutochlorure de mercure. . 10 a 50 grammes. Faites dissoudre dans:

Alcool 120 grammes.

Versez dans une baignoire en bois contenant :

Eau commune „ . . . q. s.

A l'exemple de M. Émery , médecin de l'hôpital St-Louis, on pourrait employer, dans le traitement local des syphilides squameuses, la pommade au goudron:

Goudron purifié 4 grammes.

Axonge. 30 grammes.

Les moyens que nous venons d'énumérer, sont d'une efficacité incontestable sur les papules sèches, mais contre les papules muqueuses , nous n'en connaissons pas de plus puissant que l'usage combiné du chlorure d'oxide de sodium et

du calomel :

Liqueur de Labarraque 50 grammes.

Eau 150 grammes.

Faites dissoudre.

Faire, sur les plaques muqueuses, deux lotions par jour avec la solution précédente. Après chaque lotion , dessécher légèrement les parties avec un linge fin et les saupoudrer ensuite avec le calomel. Huit à dix jours de ce traitement, suffisent pour amener la guérison de ces éruptions; il est bien entendu que cette guérison ne doit jamais engager à cesser le traitement interne.

Dans la cavité buccale, à la gorge , il n'est pas possible de recourir à cette méthode , il faut alors se borner à de légères cautérisations avec le nitrate acide liquide d'hydrargyre , el aux gargarismes suivants:

Décoction de cigùe 200 grammes.

Bichlorure de mercure. . . 15 à 20 centigrammes, m. f. s. a.

Je me suis servi avec succès de la cautérisation avec le nitrate d'argent ou avec l'acide hydrochlorique.

Quant aux ulcères secondaires, s'ils sont enflammés , on les recouvre de cataplasmes émollienls faits avec les fécules ; on ordonne des bains simples ou gélatineux ; après que l'inflammation a disparu , on les panse avec la pommade au calomel ou au protoiodure de mercure. Quand le siège de l'ulcération le permet, on obtient une guérison rapide, en la recouvrant de bandelettes de sparadrap de Vigo cum mercurio.

Nous ne reviendrons pas sur le traitement de l'iritis que nous avons exposé en détail , après la description de cet ac. cident.

Un accident qui inquiète beaucoup les malades et auquel, dans la plupart des cas, on s'oppose par le traitement interne, c'est la chute des poils et des cheveux ; elle est ordinairement irès-précoce, ce qui n'empêche pas les malades de l'attribuer à la médication mercurielle. On peut y rémédier facilement en faisant raser les poils qui restent encore, et en recouvrant les parties d'une pommade faite avec le protoiodure de mercure , ou avec celle de Dupuytren qui contient de la teinture de cantharides.

Si la guérison rapide des manifestations locales est un bienfait , pour la plupart des malades , pour quelques-uns qui ne raisonnent pas , elle devient un danger véritable, car elle les engage à cesser tout traitement, et les expose, par cela même , à des accidents ultérieurs d'autant plus tenaces qu'ils sont plus tardifs.

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