CHAPITRE XII
Traitement de la période tertiaire.
Peut- on prévenir la syphilis tertiaire? — P'après ce que nous avons dit sur la persisiance de la diaihèse, nous ne pouvons répondre d'une manière affirmative à celte question. Nous savons en effet que les traitements les mieux combinés, les plus scrupuleusement observés , n'aboutissent souvent qu'à guérir les manifestations présentes , sans détruire le principe syphilitique , et que , chez un certain nombre d'individus, heureusement très-restreint aujourd'hui à cause de l'efficacité des moyens que l'on emploie, des accidents tertiaires se montrent à une époque plus ou moins éloignée de l'infection. Le seul moyen capable de prévenir la syphilis tertiaire, c'est la cautérisation abortive, employée au début de l'accident primitif. Une fois l'infection produite, on peut encore, par un traitement mercuriel de 3 à 4 mois, suivi de la médication iodurée pendant 2 à 3 mois, affaiblir tellement le principe, qu'il n'ait plus assez de force pour exercer son action sur l'organisme; les malades vivent alors avec la diathèse syphilitique, comme ils vivent avec la diaihèse vaccinale, sans en ressentir les effets. C'est ainsi que s'expliquent les guérisons d'un certain nombre de malades, et leur immunité contre une nouvelle infection.
Cependant la diaihèse syphilitique qui, dans des conditions normales, n'aurait déterminé aucun accident, peut, lorsque ces conditions viennent à changer , acquérir un surcroîi d'ac-
tion , et se manifester par les symptômes que nous avons passés en revue dans les chapitres VU et VIII de la 2™ Section Le premier soin du médecin est donc de recommander au malade d'écarter tout ce qui peut l'affaiblir. Les excès en tout genre , les veilles, les peines morales, les changements brusques de température et l'humidité, doivent être soigneusement évités; si ces précautions n'empêchent pas l'apparition des accidents, au moins seront-elles de puissants adjuvants de la médication iodurée.
Traitement curatif. — Il comprend aussi deux ordres de moyens: les moyens internes, dirigés contre le principe et, par cela même, d'une manière indirecte sur les manifestations ; et les moyens locaux, destinés à modifier certains accidents contre lesquels la médication générale seule serait insuffisante.
Médication interne. — A la période tertiaire confirmée, le mercure n'agit plus et devient nuisible à cause de son action pathogénique débilitante et à cause du temps qu'il fait perdre. L'iodure de potassium est le seul agent qui jouisse d'une efficacité incontestable.
Iodure de potassium. — Ce médicament fut d'abord employé par Wallace, mais indistinctement pour toutes les maladies et sans aucune indication; aussi, aurait-il eu le sort de beaucoup d'autres remèdes , si M. Ricord , après de nombreuses observations, n'eut déterminé les cas dans lesquels il faut l'administrer. Ce n'est pas un des titres les moins glorieux de notre maître que celui d'avoir trouvé , contre des accidents longtemps regardés comme incurables , et contre lesquels toutes les ressources de l'art venaient se briser, un agent aussi puissant que celui dont nous allons tracer l'histoire; il est seulement à regretter que ce médicament soit si coûteux et, par cela même, si souvent soumis à des fraudes qui le rendent inefficace. Augmenter la fabrication de l'iodure de potassium, et le mettre ainsi à la portée de toutes les bourses, ce serait répandre encore plus l'iisage de ce médicament, ce serait, dis-je, un acte de haute philanthropie.
TRAITEMENT DE LA fc&TUODE TERTÏAIRfe. 449
L'iodure de potassium , administré à haute dose, produit, mdépendemment de ses effets curatifs, quelques effets pa;hogéniques qu'il est très-important de bien connaître, afin de varier les doses , et pour que l'on n'attribue pas à la maladie ce qui n'est que le résultat momentané du traitement.
Sur la peau. — Il produit ordinairement des éruptions psydraciées, acnoïdes. Les boutons sont assez volumineux, occupent l'épaisseur de la peau , et sont entourés d'une auréole d'un rouge vif très-intense; ils sont douloureux, siègent sur les fesses, les cuisses et , en général , au-dessous de la région ombilicale, tandis que l'acné vulgaire occupe ordinairement la région sus-ombilicale. Sous l'influence de lïode, la peau devient quelquefois le siège d'éruptions eczémateuses , urliées , impéiigineuses , lichénoïdes ; ces éruptions sont en général prurigineuses, et disparaissent rapidement quand on cesse le remède.
Sur les muqueuses. — Sous l'influence de l'iodure de potassium, la muqueuse conjonctivale se fluxionne, le tissu cellulaire sous-conjonctival et sous-palpébral s'infiltre de sérosité; les paupières se boursoufflent, les parties internes de l'œil participent , même quelquefois, à celte excitation, et l'on remarque une photophobie plus ou moins intense. La sécrétion muqueuse est toujours augmentée, mais elle ne revêt jamais les caractères du muco-pus si communs dans les ophtalmies catai rhales. Très-souvent celle ophtalmie iodurée est accompagnée d'un coryza assez inlense qui occasionne delà céphalalgie frontale et un écoulement muqueux par les fosses nasales ; ce coryza n'abou tit jamais k la suppuration c'est plutôt une suffusion catarrho-séreuse.
Du reste, ces symptômes ne sont jamais accompagnés de fièvre, et disparaissent au bout de six à huit jours, quand on a soin de cesser le médicament. Le coryza est un accident très-important à connaître , par cela même qu'il faut l'éviter lorsqu'on traite des accidents tertiaires des fosses nasales.
L'iodure de potassium détermine aussi des symptômes de bronchite.
Voies digeslives. — Les personnes qui jouissent d'une bonne santé , tolèrent l'iodure de potassium à des doses trèsélevées. M. Puche en a donné 40 grammes par jour en débutant par 25 grammes.
Sous son influence , les fonctions digeslives deviennent plus actives, l'appétit augmente, les digestions sont faciles et, au bout d'un certain temps, les malades prennent de l'embonpoint. Cependant, à une dose un peu forte, ce médicament détermine une douleur pleurodynique siégeant au grand cui de-sac de l'estomac; le tissu sous-muqueux de l'estomac s'infiltre, et la surface de cet organe laisse suinter un mucus très abondant qui sort par régurgitation -, c'est un véritable ptyaîisme intestinal. Le liquide rejeté a un arrière-goût d'iode, mais n'est point fétide; les gencives ne sont jamais boursouflées , l'haleine n'est point repoussante comme dans le ptyaîisme mercuriel.
Cette suffusion séro- muqueuse peut se produire dans les autres parties du canal intestinal, les malades sont alors pris de diarrhées séreuses abondantes.
Reins. — L'iode est éliminé en grande partie par les reins, et l'on peut constater sa présence dans les urines rendues demi-heure après la première ingestion de ce médicament. La quantité d'urine est toujours augmentée; la présence de l'iode, dans l'urine, rend ce liquide irritant. La médication iodurée, dans les blennorrhagies aiguës ou sub-aigùes, est donc un contre-sens thérapeutique; elle est très-nuisible, car elle augmente les douleurs et l'écoulement.
Circulation. •— Dans les premiers temps, la circulation se ralentit un peu, mais lorsque l'iodure de potassium produit des effets favorables, qu'il augmente la nutrition, le pouls devient plus fréquent et plus plein, la peau se colore, tout annonce une activité plus grande du système circulatoire. Le traitement ioduré est légèrement altérant, rend le sang plus fluide , et dispose les tissus aux hémorrhagies ; mais ces effets sont contre-balancés par l'activité que prend la nutrition.
Système nerveux. — Le système nerveux éprouve aussi
■quelquefois les effets de l'iode; on remarque alors des troubles dans les mouvements et dans l'intelligence. Chez quelques malades, l'iodure de potassium occasionne des ardeurs dans la gorge, de la chaleur et une sécheresse incommodes à la peau ; les cheveux deviennent cassants et tombent; mais ces phénomènes disparaissent aussi quand la tolérance du médicament est établie.
Doses. — Formes. — Modes d'administration. — Si l'action de l'iodure de potassium sur la syphilis à pu paraître un instant douteuse, c'est qu'on n'avait jamais osé le faire prendre à des doses suffisantes. Aujourd'hui que l'on ne craint plus son action toxique , on ne se borne plus à en donner quelques centigrammes les uns après les autres, on débute par un à trois grammes par jour pour aller jusqu'à huit à dix grammes, et même à une dose plus élévée si le cas l'exige. Lorsqu'on a à combattre des douleurs ostéocopes très- intenses et qu'on veut en avoir rapidement raison , il faut donner ce médicament à doses croissantes : on commence par trois grammes, et l'on arrive en peu de jours à la dose de 14 à 15 grammes pour redescendre ensuite à une dose moindre, que l'on continue jusqu'à guérison complète des accidents.
Quant aux règles auxquelles doit être soumise l'administration de l'iodure de potassium , elles ne différent pas de celles que nous avons posées pour le traitement mercuriel elles se réduisent au principe suivant : arriver graduellement à une dose qui produise des effets thérapeutiques, sans déterminer des effets pathogéniques bien prononcés. On a fait prendre l'iodure de potassium dans des capsules, en solution, en sirop, très-rarement en pilules, car c'est un sel déliquescent. Le meilleur mode d'administration , c'est de le faire dissoudre et de le mêler à des sirops toniques. Nous l'associons au sirop de gentiane, de saponaire, de quassià amara,de cuisinier, de salsepareille simple , de fumeterre, etc. On peut, si le cas l'exige, le mêler au sirop de gomme, de pavot ou de thridace.
Nous employons ordinairement la formule suivante ;
Sirop de salsepareille 500 grammes.
Iodure de potassium. ... 20 à 30 grammes. Faites dissoudre et mêlez.
Une cuillerée par jour, puis deux, et enfin trois à quatre.
Loin de prescrire la diète sèche nous conseillons un régime tonique analeptique , les côtelettes , les vins de Bordeaux , l'Aie le Porter , ete.
Quant à la dose totale du remède qui convient , dans un cas donné, et au temps qu'il faudrait le continuer pour se mettre à l'abri des récidives, on ne saurait les déterminer d'avance. D'ailleurs, l'expérience nous apprend que l'iodure de potassium agit sur la syphilis tertiaire, comme le mercure sur la syphilis secondaire; c'est-à-dire, qu'il guérit les manifestations actuelles sans s'apposer aux récidives. Néanmoins, l'usage de ce médicament continué deux à trois mois, et à doses convenables, peut affaiblir tellement la diathèse tertiaire qu'elle ne puisse plus lutter contre la constitution. Dans ce cas, rien n'indique que le malade le possède encore , et on peut le considérer comme guéri;
Quelques praticiens, observateurs superficiels , ont exprimé la crainte que ce médicament longtemps continué ne vint à déterminer la fonte, l'atrophie de ceriaines glandes , et ont même cité, à l'appui de leur opinion, l'atrophie des testicules, et des mamelles chez quelques malades soumis à son action. Pour expliquer ces prétendues fontes de testicule sous l'influence de l'iodure de potassium, nous renvoyons au chapitre qui traite du sarcecèle syphilitique, où il est dit et expliqué » que ce n'est point la médication qui les occasionne, mais bien la maladie.
L'iodure de potassium ne fond rapidement que les productions anormales , qui se développent sous l'influence de la syphilis tertiaire.
Médication locale : — Certains accidents demandent, outre le traitement interne, une médication locale quelquefois indispensable.
Sarcocèle plastique, — Lorsque cet accident ne présente
TRAITEMENT LE LA PEBiODE TERTIAIRE. 4S3
aucune complicaiion, le traitement interne suffit, si par contre, à la maladie spécifique vient se joindre 1 élément inflammatoire, les émollients, et les antiphlogisliques deviennent indispensables. Quand la dégénérescence plastique arrive sur des organes atteints antérieurement d'une affection slrumeuseàla médication anti-syphilitique, on doit associer le traitement aux anti scrofuleux.
Dans les cas ordinaires , on emploie les frictions mercurielles simples ou belladonnées, l'emplâtre de Vigo cummercurio-, et, pour achever la résolution ; la compression méthodique, d'après le procédé de M. Fricke de Hambourg. (Voir Première partie page 12^1.
Tubercules de la peau et des çwquûitfcs. — Lorsque ces accidents se compliquent de phénomènes inflammatoires, on est souvent réduit à les traiter par les antiphlogisliques, les émollients, les sédatifs et les narcotiques; mais si leur état est indolent, on peut en obtenir la résolution , à l'aide du miel au protoiodure de mercure d'après la formule de Bien :
Miel de Narbonne 120 grammes.
Protoiodure de mercure 10 grammes.
Mêlez.
Après la fonte purulente des tubercules, on favorise la cicatrisation au moyen des pansements faits avec la charpie imbibée d'une solution iodée:
Teinture d'iode 2 à 6 grammes.
Eau distillée 200 grammes.
lodure de potassium q. s.
Mêlez.
Nous avons employé avec succès les lotions chlorurées et la poudre de calomel, si puissants contre les plaques muqueuses; les bandelettes de sparadrap de Vigo cum mercurio appliquées de manière à exercer une légère compression réussissent aussi.
Dans quelques circonstances , et surtout si les ulcérations affectent la marche serpigineuse, il est indispensable d'en venir aux cautérisations à l'aide du nitrate acide, liquide
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d'hygdrargyre, ou aux applications de solutions, au sublimé, au sulfate de cuivre; nous avons réussi dar.s un cas , en appliquant une légère couche de pâte de Vienne: Mais il faut réserver ce dernier caustique pour les surfaces recouvertes d'excroissances de mauvaise nature.
Rêlraclion musculaire. — Au traitement interne, M. Ricord joint la compression circulaire au moyen des bandelettes, de sparadrap de Vigo cum mercurio.
Douleurs ostéocopes. — On les combat ordinairement par les sangsues et les cataplasmes laudanisés, mais le vésicatoire est le moyen le plus puissant; nous avons été témoins, à l'hôpiial du Midi, de ses effets miraculeux: un à deux jours ont en effet suffi, quelquefois, à calmer des douleurs qui avaient privé les malades de sommeil pendant des mois entiers. Le vésicatoire doit être, s'il est possible, placé sur le siège même des douleurs , car c'est là que son action est si prompte et si merveilleuse ; il est Inutile de détacher l'épiderme , on le panse avec du cérat opiacé, et on recouvre la partie d'un cataplasme émollient. Si l'action d'un vésicatoire n'est pas assez puissante pour enlever complètement la douleur, on en replace un autre sur le siège du premier dès qu'il est sec. On peut enfin entretenir quelque temps la suppuration si la sensibilité persiste. En dernier ressort, M. Ricord conseille de faire une incision qui atteigne le périoste au niveau des parties qui sont le siège de la douleur. Le debridement est souvent applicable, puisque les douleurs ostéocopes n'occupent en général que les os superficiels. Quoique nous ne l'ayons jamais, ni mise, ni vu mettre en pratique , nous comprenons bien que cette incision puisse être efficace.
Une pethode que nousavons employée avec succès et qui, certes, est bien plus simple que les précédentes, c'est l'éxagération rapide des doses d'iodure de potassium, c'est l'iodure de potassium donné à dose croissante. Nous sommes parvenu à calmer et faire disparaître entièrement, par ce moyen , des douleurs ostéocopes céphaliques qui avaient duré déjà plusieurs mois. On commence par trois grammes, le lendemain on en donne quatre grammes, ainsi desuite , jusqu'à
TRAlTtMEST DE LA PÉRIODE TERTIAIRE. 455
<*e que l'intensité des douleurs diminue, ordinairement elles cèdent du huitième au dixième jour, on peut joindreà l'iodure de potassium, ainsi administré, les applications locales de sparadrap de Vigo cum mercurio.
Périoslose ou Pènoslile. — On en obtient souvent la résolution en suivant le traitement des douleurs ostéocopes. Seulement, comme l'engorgement est quelquefois tenace, on est obligé de panser les vésicatoires avec l'onguent mercuriel, ou de les recouvrir de compresses imbibées de teinture d'iode, ta compression au moyen de disques d'agaric convenablement disposés et de tours de bande appliqués méthodiquement à aussi de grands avantages.
Lorsque la tumeur qui constitue la périostose devient fluctuante, que l'on y reconnaît une collection de pus, il est urgent de pratiquer des ponctions convenables pour donner issue à ce liquide; on évitera ainsi les décollements du périoste, des nécroses étendues , et des fusées purulentes.
Exostoses. — A son début, elle réclame les soins des douleurs ostéocopes et de la périostose. Il faut surtout insister sur le pansement des vésicatoires avec l'onguent mercuriel double , recouvert de catasplasmes émollients.
Lorsque l'os malade vient à se carier, ce qui est surtout commun aux os de la face, et en particulier au corps du maxillaire supérieur et aux os de la cloison nasale, il faut, dès que l'on reconnaît la suppuration , donner issue au pus pour s'assurer de l'état de l'os; si, après la sortie de la collection purulente, on constate la présence d'un séquestre, on doit se hâter de le saisir et de l'extraire,- si l'on ne peut le faire de suite, on l'ébranlé tous les jours un peu , jusqu'à ce qu'il cède enfin aux tractions qu'on pratique sur lui. Agir autrement, c'est favoriser l'extension de la carie.
Lorsque l'exostose a atteint l'état éburné, toute application locale devient impuissante; on est alors obligé d'avoir recours à une opération. Cependant, il ne faut en venir à ce moyen extrême que lorsque la présence de la tumeur est une cause de gêne ou de difformité.
Après l'extraction de l'os, on fait dans la plaie de fréquentes
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injections avec des liquides émollients, et souvent avec des solutions iodées, et l'on redouble de zèle dans l'administration du traitement interne.
Dans un cas de carie du coronal , M. Ricord se servit de la gouge et du maillet pour enlever les parties superficielles de cet os, qui élaient atteintes de carie. Après l'opération, la peau put recouvrir les surfaces osseuses , et la guérison se fit régulièrement au bout de peu de temps.
Tumeurs gommeuses sous-cutanées et sous-muqueuses. — Avant l'usage de l'iodure de potassium , cet accident paraissait si réfractaire à toute médication, interne, qu'on était obligé de l'attaquer par les caustiques et par le bistouri.
Cullerier neveu , le traitait au moyen des vésicatoires pansés avec la solution caustique, M. IUcord l'a extirpé. D'autres fois, on en était réduit à donner issue à la collection purulente et à panser la plaie. Nous pouvons dire aujourd'hui que toutes les fois que l'on s'y prend à temps, on parvient à faire résoudre la tumeur gommeuse aussi rapidement que les autres accidents tertiaires. Il est même à remarquer que le pus qu'elles contiennent se résorbe à mesure qu'elles diminuent.
Quand on n'a pu prévenir la fonte purulente des tumeurs gommeuses, et qu'à celte fonte ont succédé des plaies de mauvaise nature, on panse ces plaies avec différentes pommades excitantes ou avec la solution iodée, on cautérise les bourgeons trop développés, on ébarbe ou l'on use, par la pâle de Vienne, les bords qui sont décollés ; on peut recouvrir aussi la plaie avec des bandeleites de sparadrap de Vigo cum mercurio ,
Si les tumeurs gommeuses sont sous la muqueuse buccale, au voile du palais, au pharynx, il faut de bonne heure donner issue aux collections purulentes, si elles n'ont pas de tendance à se résorber ; on fait ensuite gargariser les malades avec des solutions émollientes et sédatives si l'état inflammatoire de la plaie l'exige, et , plus tard , avec la solution iodée à 3 ou 4 p. 0|0. On peut aussi cautériser la surface de la plaie avec la teinture d'iode pure, ou avec les différentes solutions caustiques dont nous avons si souvenl parlé.
L'iodure de potassium dont nous venons d'indiquer les bons effets dans la période tertiaire delà syphilis, est tout-à-fait sans action dans la période secondaire , à plus forte raison contre les accidents primitifs simples et contre un grand nombre de symptômes réputés syphilitiques et qui ne le sont pas: tels que les végétations et les écoulements. Où nous avons jugé de son impuissance contre la période secondaire, c'est en l'administrant au début de l'infection et lorsque l'induration du chancre était à son maximum. Dans ce cas, en effet, le traitement ioduré, administré pendant deux mois, n'a pu réduire d'une manière appréciable le volume des tissus indurés, tandis que le mercure en a obtenu le ramollissement et la disparition complète en un mois et demi.
Accidents de transition. — Il est une époque où les manifestations extérieures de la syphilis tiennent le milieu entre les accidents secondaires et les tertiaires, le symptôme franc de la période de transition, est le tubercule de l'épaisseur de la peau et des muqueuses. On l'observe très-souvent en même temps que des éruptions secondaires et des accidents franchement tertiaires. Eh bien , dans ces cas , le traitement combiné de la période secondaire et de la période tertiaire, est indispensable à une prompte guérison. En effet, si l'on ne donne que le traitement mercuriel , les éruptions secondaires disparaissent seules et s'il y a des tubercules de transition, on a beaucoup de peine à faire réduire leur volume. L'iodure de potassium seul, agit très-bien sur les manifestations tertiaires; mais ne paraît nullement modifier les symptômes secondaires concommitanis.
Il faut donc combiner la médication mercurielle à la médication iodurée. Nous faisons prendre une à deux pilules de protoiodure d'hydrargyre par jour, plus une à deux cuillerées de sirop iuduré.
Préparations mises en usage par M. Puche , à l'Hôpital du Midi de Paris.
Iodure de potassium 10 grammes.
ïartrateferrico-potassique.. 10 grammes.
458 TRAITEMENT DE LA PÉRIODE TERTfAIRK.
Éau de cannelle.. ...... 20 grammes.
Sirop de sucre 480 grammes.
Faites un sirop composé; on commence par une cuillerée à bouche par jour , et l'on va en augmentant.
Autre préparation.
Iode crystallisé 1 gramme.
Biiodure de mercure 0 50 centig.
Iodure de potassium 20 grammes.
Sirop d'œillets rouges. . . . 500 grammes. Faites un sirop composé.
Commencer par une cuillerée par jour.
Autre préparation
Biiodure de mercure 0 50 centig.
Iodure de potassium .... 0 50 centig.
Sirop de sucre 500 grammes.
Faites un sirop composé; en prendre de 25 à 50 grammes par jour.
Lorsque les malades présentent des dispositions strumeuses , M. Puche leur fait prendre de 25 à 100 grammes par jour du sirop suivant :
Iode crystallisé 1 gramme.
Tannindu codex 10 grammes.
Iodure de potassium 20 grammes.
Sirop de gentiane 469 grammes.
F. s. a. un sirop composé.
Traitement de la syphilis des nouveau-nés. — Que la syphilis soit héréditaire , ou acquise accidentellement après la naissance , on doit chercher à affaiblir ou à détruire son principe le plus tôt possible; ou doit la traiter toutes les fois qu'il n'y aura pas de contre-indications; sans cela, les manifestations, légères d'abord , se succèdent rapidement et deviennent de plus en plus graves , jusqu'à ce qu'enfin les enfants succombent au marasme.
Mais comment introduire dans le corps d'êtres aussi faibles des quantités de mercure, suffisantes pour guérir la maladie, sans atteindre leur constitution.
Sera-ce par le traitement indirect, c'est-à-dire, en faisant passer le métal par le lait de la nourrice, ou bien en faisant prendre à l'enfant du lait d'une chèvre que l'on frictionne chaque jour avec une certaine quantité d'onguent mercuriel?
Beaucoup de médecins ont longtemps employé cette méthode sans savoir réellement si le lait des nourrices soumises au mercure se chargeait d'une certaine quantité de ce médicament; mais les nouvelles recherches de M. Personne, pharmacien en chef de l'hôpital du Midi, viennent de démonter son existence d'une manière incontestable. Ce chimiste a constaté en même temps qu'il y était dans de très-faibles proportions, circonstance qui expliquerait les mauvais résultats que ce genre de traitement a donnés. Ces considérations nous ont engagé à donner noire confiance à la méthode préconisée par M. Cullerier.
Le chirurgien de l'hôpital de Lourcine a renoncé depuis longtemps à l'administration des préparations mercurielles par les voies digestives, à cause de l'irritabilité de la muqueuse qui constitue le conduit digestif, et a remis en vigueur la méthode endémique.
Après avoir baigné l'enfant plusieurs fois à l'eau de son, afin de calmer l'inflammation qui peut exister, et afin aussi de prédisposer la peau à une absorption plus facile, il fait faire sur les parois latérales de la poitrine , en remontant vers l'aisselle, une friction avec un gramme d'onguent napolitain , un jour d'un côté , le lendemain du côté opposé. Ces frictions doivent être faites doucement , afin de ne pas irriter la peau; elles doivent être prolongées pendant plusieurs minutes. Deux fois par semaine, les frictions sont suspendues. Ce jour-là on donne à l'enfant un bain d'eau tiède dans lequel on ajoute de 2 à 4 grammes de sublimé-corrosif.
Pour les enfants de deux mois à un an , le traitement, tel qu'il vient d'être indiqué, suffit en général, sans qu'il soit nécessaire d'augmenter la dose, de l'onguent mercuriel et du
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sublimé. Mais quand les enfants sont plus âgés, on peur, sans inconvénient, porter la dose de la friction à 2 grammes , et celle du sublimé à 6 grammes par bain. Le seul inconvénient de ces bains c'est que, employés tous les jours, ils font disparaître les symptômes produits , et que, aussi bien à l'hôpital qu'en ville, les parents ne voyant plus de manifestation morbide croient facilement à une guérison complète, et cessent le traitement malgré les représentations qu'on peut leur faire. Il est très-rare que les frictions mercurielles déterminent des accidents locaux, d'érythèmeou d'éruption vésiculeuse. Lorsque les parties génitales et l'anus sont le siège de plaques muqueuses ou d'ulcérations à sécrétion abondante, on les touche quelquefois avec une solution de nitrate d'argent. 4, 6 pu 8 grammes pour 32 grammes d'eau. Mais si la sécrétion est modérée ou qu'il n'y ait que des tubercules secs, on se contente de lotions émollientes, ou mieux, on saupoudre les surfaces avec une poudre absorbante , en les isolant autant que possible les unes des autres avec du linge sec ou de la charpie. Dans le cas d'impétigo facial syphilitique, on emploie les mêmes lotions , puis un corps gras quelconque pour éviter les déchirures et les fissures très-douloureuses, pendant les cris ou l'action de téter.
{Union médicale, mardi 13 juillet 1852).
Traitement de la syphilis des femmes enceintes. — Tous les pif decins observateurs savent que la syphilis est une cause d'avortement, soit que les fonctions de l'utérus se ressentent directement des effets du virus, soit que cet avortement soit provoqué par les accidents du fœtus, pendant la vie intrautérine, soit, enfin , par sa mort; il semblerait donc raisonnable, aussitôt que l'on reconnaît une syphilis constitutionnelle chez une femme enceinte, et si, d'ailleurs, son état sanitaire le permet , de chercher à amoindrir les effets du principe infectant , afin de permettre au fœtus de se développer sans troubles , et de venir au monde sans manifestatalions. Mais cette manière de voir n'est pas partagée par tous Us praticiens: s'il en est qui recommandent le traitement,
TRAITEMENT DE LA PÉRIODE TERTMIBE. 46l!
d'autres le proscrivent, et pourquoi? parce qu'ils ont observé l'avoriement pendant que l'on en faisait usage, comme si l'avoriement n'était pas, dans la plupart des cas, le fait isolé de la diathèse syphilitique. Quant à nous , en présence d'une syphilis , chez une femnie enceinte, nous n'hésiterons jamais à prescrire le traitement spécifique; nous allons même plus loin, et nous pensons que, si le germe vient d'un père vérolé, la mère fut-elle exempte de tout vice syphilitique, il est encore utile d'administrer le traitement pendant la gestation. En agissant ainsi, non-seulement on prévient les accidents qui pourraient atteindre le fœtus, mais on affaiblit la diathèse que pourrait avoir contractée la mère, par l'intermédiaire du fœtus.
Si, au moment de la fécondation , les parents véroles étaient à la période tertiaire, il est inutile de diriger le traitement contre les accidents tertiaires que pourrait apporter le fœtus en venant au monde, car celte période n'est plus transmissible. Nous savons èfue , sous son influence , les enfants naissent avec la prédisposition scrofuleuse.
Le traitement produit, chez le fœtus, le même effet que sur les adultes; il affaiblit la diathèse et retarde les manifestations, de telle sorte qu'un père ou une mère^qiif procréeraient en pleine période secondaire, et pendant un traitement mercuriel, datant déjà de ôjueîques mois, pourraient avoir un enfant avec des accidents de transition ou tertiaires.
Quoiqu'il en soit, du reste, les fréquents avortements auxquels sont sujettes les femmes enceintes vérolées, sont pour nous un motif suffisant pour recommander la médication hydrargyrique pendant la gestation.
Comme pour les nouveau-nés, la meilleure voie d'absorption , celle que l'on doit préférer ici, c'est encore la surface cutanée. On sait, en effet, que les femmes enceintes ont souvent les voies digestives dérangées , que la présence du fœtus, dans l'abdomen, amené, sur les organes digestifs, une irritation continuelle, qui pourrait être augmentée par le contact des préparations mercurielles contre la muqueuse digestive; eh bien, au lieu de recourir aux pilules, aux si-
rops, qui auraient le grand désavantage de dégoùier les malades et de provoquer chez elles des vomissements, oit administre le mercure en frictions et en bains , en suivant les préceptes que nous avons exposés , en parlant du traitement de la syphilis des nouveau-nés , et en augmentant graduellement les doses.
Cachexie sijphilitiqm . — Nous avons dit que ce n'était presque jamais en vertu delà diathèse syphilitique seule, mais bien à la suite de manifestations graves non traitées, et développées chez des sujets mal constitués et à tempérament lymphatique, que se déclarait la cachexie. Aussi les remèdes anti-syphilitiques, si prompts à modifier les accidents secondaires et tertiaires, qui existent chez des malades dans de bonnes conditions, non-seulement n'ont aucune action spécifique sur ces mêmes accidents, lorsqu'ils se développent chez des sujets émaciés, mais produisent, sur la constitution, leurs effets pathogéniques qui agissent dans le sens de la cachexie.
Cependant, chez quelques malades, le remède spécifique, quoique tout-à-fait contre-indiqué, semble produire, au début, quelques effets salutaires, mais cet état de mieux ne se soutient pas et, au bout de quelque temps, les accidents de la cachexie reprennent le dessus; après plusieurs oscillations de ce genre, les malades ne peuvent plus supporter le remède , et succombent après une agonie prolongée.
Lorsque l'état cachectique n'est pas trop prononcé, que les voies digeslives sont encore dans d'assez bonnes conditions , il faut soumettre les malades à la médication tonique et analeptique. Leur prescrire, suivant les cas , les ferrugineux, les anti-scorbustiques et les agents anti-scrofuleux. Leur faire prendre des sirops amers , tels que ceux de gentiane , de quinquina, dequassia amara , etc. Les mettre à l'usage du vin de Bordeaux, des rôtis légers, du jus de viande, etc., e lorsque sous l'influence de ce régime bienfaisant la santé s'est un peu améliorée , ce que l'on reconnaît à un changement dans la physionomie des accidents syphilitiques, on commence la médication anti-syphilitique, en suivant strictement, dans
l'augmentation des closes , le choix des voies d'absorption et celui des préparations, les préceptes que nous avons donnés. Dans quelque cas, la cachexie syphilitique est réfractaire à lout remède, à tout régime et à toute précaution hygiénique, et les malades s'éteignent sans avoir subi un seul instant l'influence des agents spécifiques qui, à une époque antérieure, auraient pu les délivrer de leur affection.