PURPURINE
Les premières indications relatives à une matière colorante rouge, différente de Talizarine, se retrouvent dans un mémoire adressé à la Société industrielle par Robiquet et Colin (1828) et dans les travaux de MM. Persoz et Gauthier de Claubry.
Les premiers isolent leur purpurine, en traitant la garance d'Avignon par Tacide sulfurique concentré, tout en évitant une trop forte élévation de température. Le charbon sulfurique obtenu est bien lavé à Teau, puis bouilli avec une solution d'alun, contenant 12 parties d'alun pour 100 parties d'eau, pendant un quart d'heure. On filtre bouillant. Le liquide, additionné d'une partie d'acide sulfurique, laisse déposer, par refroidissement, des flocons rouges et des cristaux d'alun. On recueille les flocons sur un filtre, après les avoir mis en suspension par agitation, et on lave à l'eau pure.
La dose d'acide sulfurique nécessaire à la formation du charbon sulfurique doit varier suivant l'espèce de garance et suivant sa masse. Ainsi, avec la garance d'Alsace, il suffit d'employer 1/2 partie si l'on opère sur 1 kilogramme ; tandis qu'il en faut 3 à 4 parties, en n'employant que 2S à 30 granunes de poudre. Le résultat à atteindre est de détruire les matières mucilagineuses qui rendraient les lavages difficiles. Il est évident qu'il serait préférable d'agir sur la garance préalablement lavée à l'eau.
La purpurine de Robiquet contient encore de Talizarine, mais elle s'en distingue par une plus grande solubilité
GARANCE. 1ÎS
dans l'alun, auquel elle communique une belle teinte rose.
On peut aussi, d'après ces chimistes, traiter la garance lavée, par l'alun bouillant et précipiter la décoction par l'acide sulfurique. 90 parties de garance lavée ont donné ainsi à, M. D. Koechlin 4,5 parties de purpurine.
MM. Gauthier de Claubry et Persoz délayent la garance dans de l'eau de manière à former une bouillie, et ajoutent 90 grammes d'acide sulfurique par kilogramme de poudre. Le mélange est porté h rébullition par un courant de vapeur. On recueille ensuite la garance sur un filtre et on la lave. Le résidu est épuisé, d'abord par le carbonate de soude auquel il cède le principe rouge ou alizarine (?), puiff par l'alun bouillant. La liqueur alumineuse additionnée d'acide sulfurique donne des flocons orangés qiii, lavés et traités par l'alcool et l'éther, ont fourni dans ce véhicule des aiguilles cristallines d'environ l centimètre de longueur. Ce produit a été appelé, par MM. Persoz et Gauthier de Claubry, la matière rose de la garance. Elle se distingue de la matière rouge par sa facile solubilité dans l'alun et par son insolubilité dans le chlorure stanneux.
Runge et Debus font bouillir la garance lavée avec de l'alun. Le liquide filtré est abandonné à lui-même, afin quel'alizarine entrée en dissolution puisse se déposer. On filtre une seconde fois et on précipite le liquide rose par l'acide sulfurique. Les flocons qui se séparent sont lavés, bouillis avec de l'acide chlorhydrique étendu et dissous à chaud dans l'alcool à 88* centésimaux. Par refroidissement, il se dépose des cristaux qu'on purifie par plusieurs cristallisations dans l'alcool et l'éther.
Wolffet Strecker opèrent de même en employant de la garance fermentée et lavée. Dans ce traitement, ces chimistes n'ont pas obtenu trace d'alizarine, et ils en conclurent que, par la fermentation, Talizarine se change en purpurine. Ce dernier fait n'est pas exact.
Ils proposent encore, comme un bon moyen de séparer
l*alizarine de la purpurine, de combiner les deux matières colorantes mélangées avec de l'hydrate d'alumine, et de faire bouillir la laque avec une solution de carbonate de soude, qui dissout la purpurine. Ainsi, par exemple, on précipite par l'acide sulfurique la décoction aqueuse de garance d'Avignon ; le précipité est bouilli avec une solution concentrée de chlorure d'aluminium ; les matières colorantes dissoutes sont précipitées par l'acide chlorhydrique, lavées et bouillies avec de l'hydrate d'alumine; on continue comme il a été dit plus haut.
De toutes les méthodes proposées pour préparer de la purpurine pilre, exempte d'alizarine, la plus pratique' et la plus élégante est celle de M. E. Kopp. MM. Schaaff et Lauth fabriquent industriellement, d'après ses indications, un produit connu dans le commerce sous le nom de purpurine. Cette matière, si elle ne représente pas de la purpurine pure, permet au moins de s'en procurer avec la plus grande facilité.
C'est grâce à cette substance que nous avons pu, M. Schiffert et moi, étudier la purpurine et déterminer exactement sa composition (1). Nous nous sommes convaincus ainsi : l**que la purpurine existe bien réellement comme espèce chimique et n'est pas, comme l'a dit Schunck, de l'alizarine souillée d'une matière étrangère ; 2° que les caractères assignés à cette substance par Runge, Debus et surtout par Wolff et Strecker, sont exacts et bien observés.
En disposant d'une plus grande quantité de matière, nous sommes arrivés à un produit plus pur; aussi nos analyses, bien que ne différant pas beaucoup de celles de Wolff et Strecker, nous ont-elles conduits à une formule différente.
La purpurine commerciale se prépare en filtrant, lavant et séchant les flocons rouges qui se séparent lorsqu'on chauffe à 60% avec 2 à 3 p. 100 d'acide chlorhydrique, la solution sulfureuse de la garance d'Alsace.
(I) Bulletins de la Société industrielle de Mulhouse, XXXIV, 70.
L'analyse immédiate (îe ce produit, faite avec l'emploi exclusif de dissolvants neutres, nous a permis d'isoler : deux principes rouges (purpurine proprement dite et pseudopurpurine), un principe orange, un principe jaune; tous les quatre sous forme de cristaux et avec des caractères différentiels et une composition bien définis.
Pour les séparer, nous avons traité SOO grammes de purpurine brute par de l'alcool à 8S° centésimaux et à S0° centig:rades. Les premières teintures ont une couleur brune trèsfoncée et sont assez chargées de matières colorantes; les suivantes sont rougeâtres et ne renferment que très-peu de produit dissous. La plus grande partie de la masse reste insoluble.
La solution alcoolique, en se refroidissant, laisse déposer une petite quantité de fines aiguilles de purpurine encore impure; on les sépare par filtration et on concentre- assez fortement l'eau mère. Par le refroidissement, elle se prend en une masse de grumeaux caséeux cristallins et mous. Ceux-ci, exprimés et redissous dans peu d'alcool tiède, fournissent, après une nouvelle cristallisation, la matière orange presque pure. L'eau mère, exprimée de la masse caséeuse, est évaporée à sec, le résidu est traité par la benzine rectifiée qui s*empare d'une petite quantité de substance jaune, en laissant de la matière orange insoluble. La solution benzinique est évaporée à sec, le résidu est repris par l'alcool froid ; enfin la solution alcoolique jaune est concentrée et versée dans dé l'eau acidulée avec de l'acide chlorhydrique. La matière jaune.se précipite alors en flocons qu'on fait cristalliser dans l'alcool, la benzine ou l'éther.
La partie de la purpurine brute, insoluble ou peu soluble dans l'alcool tiède, représente environ les 9/10 de la masse totale. Nous l'avons fait bouillir avec de l'alcool fort. Les premières solutions déposent par refroidissement des aiguilles courtes et fines de purpurine proprement dite, que deux ou trois cristallisations dans l'alcool permettent d'obtenir
parfaitement pure. Lorsque les teintures alcooliques bouillantes refusent de cristalliser, il reste encore une masse pulvérulente rouge brique, qui représente à peu près les trois quarts de la masse totale. On le dessèche et on le traite un grand nombre de fois par de la benzine bouillante, en filtrant à chaud. La solution orange passe très-vite à travers le papier et se prend presqu'en masse après refroidissement, par suite d'un dépôt feutré de fines aiguilles, qui se réduit à peu de chose par l'expression . Le produit cristallisé des premiers épuisements à la benzine contient encore de la purpurine, tandis que les suivants se composent exclusivement de pseudo-purpurine. En répétant l'ébullition avec la benzine, on finit par tout dissoudre, sauf un léger résidu noir.
La séparation des quatre pigments est fondée, on le voit, sur les différences de solubilité qu'ils présentent dans Talcool et la benzine.
Le jaune et l'orange sont très-solubles dans l'alcool tiède, la purpurine et la pseudqpurpurine le sont fort peu.
Le jaune est soluble dans la benzine, l'orange ne l'est pas.
La purpurine se dissout assez bien dans l'alcool bouillant et cristallise par refroidissement, la pseudopurpurine est peu soluble dans l'alcool bouillant.
La matière jaune, que nous appelons xanthopurpurine, est bien distincte de la xanthine de Kuhlmann ; elle ne se trouve du reste qu'en faible proportion dans la purpurine du commerce, car SOO grammes n'en ont pas donné plus d'un gramme. L'orange et la purpurine s'y rencontrent à peu près en proportions égales et constituent ensemble 1/4 de la masse totale, le reste est formé de pseudopurpurîne.
Si l'on ne vise qu'à préparer la purpurine on trouve plus d'avantage à sublimer dans de petits creusets en porcelaine, couverts d'une feuille de papier à filtre, le produit commercial étalé au fond en couches minces, et en chauffant au bain
GARANCE. i27
de sable. La purpurine seule se sublime avec production d'un culot volumineux de charbon.
Pendant cette sublimation la pseudopurpurine et la matière orange se décomposent en se convertissant partiellement en purpurine. On peut aussi chauffer à 200% avec de Talcool dans des tubes scellés, la purpurine commerciale préalablement lavée à Talcool tiède.
On trouvera le produit converti presque entièrement en longues et; belles aiguilles de purpurine, avec un dépôt pulvérulent noir.
Ici encore la pseudopurpurine se change en purpurine.
La relation de composition qui existe entre les deux corps pemàet d'expliquer facilement cette transformation.
Caractères de la purpurine. — Sa teinte est plusjouge que celle de Talizarine. Elle se sublime vers 2S0** avec décomposition partielle très-prononcée et formation d'un résidu charbonneux. Les cristaux ont toujours la forme de belles barbes de plume ; l'alizarine affecte aussi quelquefois cette apparence, mais plus ordinairement elle est en aiguilles.
La purpurine sublimée dissoute dans l'alcool bouillant se dépose par le refroidissement en belles aiguilles rouges un peu orangées, ayant plus d'un centimètre de longueur.
Nous avons remis à M. Dumas et à M. Wurtz des échantillons obtenus ainsi.
Avant la sublimation, la purpurine ne cristallise dans l'alcool qu'en très -petites aigifilles groupées, et cependant l'analyse ne révèle aucune différence entre ces deux produits.
La purpurine est un peu plus soluble dans l'eau et l'alcool .bouillants que l'alizarine ; elle se dissout du reste dans les mêmes véhicules. (Éther, benzine, glycérine; acides sulfurique concentré, acétique anhydre et monohydraté, etc.).
Composition de la purpurine. — Wolff et Strecker don-
tîâ TRAITÉ DES UATIÉAES COLORANTES.
nent à la purpurine sèche la formule C*H*0*, adoptée jusqu'àprésent.
Calculé. Trouvé par Debus.
Carbone : 66,67 66,38
Hydrogène 3,70 3,87
Nos analyses faites avec un produit très-pur, cristallisé en longues et belles aiguilles, ont donné comme moyenne de sept déterminations concordantes, exécutées sur des purpurines de diverses origines, des nombres conduisant à la formule
Calculé. Trouvé eu moyenne.
Carbone ,. 65,93 65,85
Hydrogène 3,-29 3,30
Les alcalis (potasse, soude et ammoniaque) la dissolvent avec une coloration rouge pourprée, caractéristique et bien distincte de la nuance presque bleue dés solutions alcalines d'alizarine. On peut, de cette manière, reconnaître 1/10' d'àlizarine mélangée à la purpurine, la liqueur alcaline suffisamment étendue présentera dans ce cas une teinte violacée très-sénsible.
Les carbonates alcalins et en général les sels à réaction alcaline dissolvent la purpurine avec une teinte rouge. L'alun la dissout plus facilement que l'alizarine et la liqueur rouge ne dépose pas par refroidissement. Les laques d'alumine et de purpurine cèdent leur matière colorante à une solution bouillante de carbonate de soude. Sur ces deux ca-^ ractères étaient fondés, pendant longtemps, les seuls moyens de séparation de l'alizarine et de la purpurine.
Les combinaisons de la purpurine avec les bases se rapprochent beaucoup de celles de l'alizarine. Les sels alcalins sont très-solubles dans l'eau, les sels alcalino-terreux, terreux et métalliques, sont insolubles. Les premiers sont rouges en solution et très-foncés, presque noirs à l'état sec*
On obtient facilement du purpurinate de soude cristallisé en belles aiguilles, en saturant, par une solution alcoolique de soude, de la purpurine mise en suspension dansTalcool, et en ajoutant au besoin un peu d'éther. La laque d'alumine est franchement rouge, sans reflets bleutés; celle de fer est noire ou \iolette.
La composition des sels de purpurine est encore à déterminer.
Action de V ammoniaque, — Lorsqu'on ajoute de l'acide chlorhydrique à une solution ammoniacale récente de purpurine, la matière colorante se précipite intacte, en flocons d'un jaune orange ; mài^ si la dissolution est conservée seulement un jour, le précipité chlorhydrique est violet foncé.
Le même résultat s'obtient plus rapidement en chauffant la liqueur ammoniacale à 100*.
Le précipité violet foncé, obtenu par l'acide chlorhydrique, dégage de l'ammoniaque lorsqu'on le chauffe avec de l'hydrate de soude.
L'azote s'est donc intimement fixé à la matière organique pour donlier une amide.
La purpuramide ou purpuréine ainsi obtenue est soluble dans l'alcool bouillant, en rouge violacé foncé, et donne par Tévaporation des cristaux foncés, à reflets verts, comme ceux delà murexide.
Elle teint la laine et la soie en rouge-amarante, sans le secours des mordants.
L'analyse conduit à la formule
C«>H*=*'AzO« = C*H"W + kzW — H*0 (1).
Dérivé éthylique. — En chauffant le purpurinate de soude cristallîsé avec de l'iodure d'éthyle, à 1S0% en présence de l'alcool, il se sépare de l'iodure alcalin et des grains cristallins rouges peu solubles dans l'alcool bouillant.
(1) Bulletins de la Société chimique de Paris, 2« série, t. IV, p. 15. II. ' 9
La composition de ce dérivé est probablement représentée parla formule
Calculé. Trouvé.
Carbone 67,34 -66,82
Hydrogène 4,08 4,5 i
Pseudopurpurine. — Elle est presque insoluble dans Talcool bouillant, soluble dans la benzine bouillante d'oti elle se sépare presque entièrement, par le refroidissement, sous la forme d'un réseau de fines aiguilles, rouge-brique après dessiccation. La chaleur la décompose avec production d'aiguilles de purpurine. La même transformation a lieu à 200* en présence de l'alcool.
Elle se dissout avec une coloration rouge dans les alcalis ; avec l'ammoniaque, elle fournit aussi un dérivé amidé sœiblableàla purpurine.
Sa composition est représentée par la formule
-, , . Trouvé eu moyenne de six analyses
Calculé. ' . , ^
concordantes.
Carbone. 60,60 61,00
Hydrogène 3,03 3,00
Matière orange. — Elle est insoluble dans la benzine bouillante, très-soluble dans l'alcool tiède ; elle se sépare de ses solutions alcooliques concentrées, tantôt en une masse épaisse, caséeuse, formée de grumeaux cristallins, tantôt en petits feuillets oranges.
Elle se dissout assez notablement dans l'eau bouillante.
La chaleur sèche la décompose avec transformation partielle en purpurine. Sa composition est représentée par la formule C«»H*«0« = C^^H^^O^ + H♦0^ Elle constitue donc un hydrate stable de la purpurine, car ces deux molécules d'eau ne peuvent être éliminées, même à iSO^
Calculé ïfOuTé (noyeiiM d« sit anAljse*
CMicordantes;.
Carbone 60,00 60,02
Hydrogène .... 4,00 4,01
La purpurine, la pseudopurpurine et la matièra orange ou hydrate de purpurine teignent les mordants en couleurs qui rappellent celles que donne Talizarine. La teinte communiquée aux mordants d'alumine est plus rougeâtre, sans reflets bleus. Les teintures faites avec la purpurine et la matière orange résistent assez bien au savon bouillant, tandis que celles de la pseudopurpurine passent presque entièrement.
La résistance aux opérations de ravivage est donc en raison inverse de la proportion d'oxygène contenu.
Matière jaune ou purpuroxanthine. — EUe est solubld dans l'alcool et la benzine^ peu soluble dans Teau et sublimable presque sans décomposition. Elle colore les mordants d'alumine en jaunes peu brillants ; la teinte est détruite par ravivage et le passage en nitromuriate d'étain. On obtient cette matière colorante jaune très-facilement, per la réduction de la purpurine, de la pseudopurpurine ou de la matière orange, soit en chauffant en vase dos, à 180°, avec une solution aqueuse de triiodurede phosphore, soit plus commodément en employant un réducteur alcalin. Ainsi une solution bouillante de purpurine brute, dans la soude caustique, additionnée d'une quantité convenable de sel d'étain, perd peu à peu sa nuance rouge foncé et devient orange.
La matière jaune peut alors être précipitée par un excès d'acide cblorhydrique, lavée, séchée et purifiée par sublimation et cristallisation dans l'alcool. Sa composition est représentée par la formule C^^H^^O*, qui serait celle d'un isomère de l'alizarine, ou bien encore par C^®H**0®.
En résumé, les matières colorantes extraites de la garance d'Alsace forment une série naturelle dont les termes sont
reliés par des relations de composition très-simples et remarquables. En effet, nous avons :
Alizarine C«H"0«.
Purpuroxanthine C*>H»«0» ou C««H'*0«.
Purpurine * C**H» W oxyalizarine.
Matière orange C**H*'0' hydrate de purpurine.
Pseudopurpurine C"H"0' oxypurpurine.
J'ai cherché, par un grand nombre de réducteurs, à opérer la transformation de la purpurine ou de la pseudopurpurine en alizarine, mais je n'ai jamais obtenu que du jaune.
Les résultats que nous venons de résumer peuvent être considérés comme définitivement acquis à la science. Cette confiance nous la puisons dans le grand nombre d'analyses concordantes faites avec des produits cristallisés plusieurs fois.
Nous attribuons le succès de nos recherches à la grande quantité de matière pure dont nous disposions. Notre analyse immédiate n'a pas porté sur moins d'un kilogramme de purpurine commerciale. Nous n'avons accepté comme définis que les corps qui ne changeaient plus de composition d'une cristallisation à l'autre, et qui se présentaient avec des caractères bien tranchés.
En face de ces résultats qui prouvent, très-nettement, la multiplicité des matières colorantes de la garance et la facilité avec laquelle elles se transforment, il n'y a pas lieu de rejeter complètement les nombreux dérivés obtenus par M. Schunck dans le dédoublement de son rubian, mais il convient de les soumettre à une critique sérieuse ; car ce chimiste, en opérant forcément sur des proportions trop restreintes de matière, n'a pu arriver d'une manière nette à des composés bien définis. Dans tous les cas les formules qu'il propose sont inadmissibles.
Voici, en résumé, le résultat de ses recherches :
A. Par le dédoublement du rubian sous l'influence de Ta-
cide sulfurique ou de Tacide chlorhydrique étendus et bouillants il a obtenu : 1** de Talizarine, 2** de larubianine (matière jaunencitron cristallisant en aiguilles), plus soluble dans Teau et moins soluble dans l'alcool que Talizarine et donnant à l'analyse:
Carbone §7,42, hydrogène 8,39. Ces nombres ne peuvent se rapporter à aucun des produits susmentionnés et se traduisent par les formules
CîOHiooio c«>Hi«0« + 4H«0 ou C^H'^O»^ = C^^H^^O» -f H* + 4H«0.
L'existence de la rubianine comme principe colorant dérivé de la garance nous paraît assez probable ;
3"* De la rubirétine ou résine a, résine fusible brune. Formule probable
CiOflieoe = C*0Hi«O« + H* (?)
4** De la vérantine ou résine S. Pulvérulente. Formule probable :
Il est hors de doute que la garance contient des résines, mais leur histoire chimique est encore à faire. Qes résines n'ont aucun pouvoir tinctorial lorsqu'elles sont convenablement débarrassées dé matières colorantes rouges.
B. Par l'action des alcalis caustiques bouillants, le rubian donne : V de Talizarine, 2° des résines a et p, 3° une substance jaune cristallisable dans l'alcool et sublimable, insoluble dans l'eau, plus soluble dans l'alcool, que Schunck nomme rubiadine. Elle a donné :
Carbone 7t,22, hydrogène 4,83.
C. Dédoublement par un ferment (érythrozyme) contenu dans la garance. 1" Alizarine, 2'' résines a et p, 3'' rubiaûne cristallisable en paillettes jaunes sublimables et donnant :
Carbone 69,30, hydrogène 4,S6; 4° rubiagine cristallisant
en aiguilles jaunes microscopiques renfermant : carbone 68,10, hydrogène 5,14.
La rubiadine et la rubiafine paraissent être un seul et même corps, pouvant se représenter par la formule
La rubiacine, ou principe orangé admis par Runge dans la garance, forme de très-belles tables ou des aiguilles trèsbrillantes, jaunes, semblables à Fiodure de plomb. Chauffée dans un tube, elle donne une huile qui se concrète par le refroidissement en une masse cristalline, en ne laissant que très-peu de charbon.
On peut la sublimer sans altération. Elle est peu soluble dans Teau bouillante, l'alcool la dissout à chaud. Elle renferme :
Carbone 67,01, hydrogène 3,28.
La rubiacine se dissout dans Tacide sulfurique avec une couleur jaune ; on peut chauffer la solution sans qu'elle se décompose. L'acide nitrique concentré l'attaque à l'ébullition. Lorsqu'on la dissout dans le chlorure ou dans le nitrate ferrique, elle donne une solution rouge-brun qui jaunit par l'addition des acides, et dépose des flocons d'acide rubiaeique. Elle se dissout dans les alcalis avec une couleur pourpre; les acides en précipitent des flocons jaunes. La solution ammoniacale précipite les chlorures de baryum et de calcium en rouge sale.
Si l'on ajoute de l'alumine hydratée à une solution alcoolique de rubiacine^ l'alumine se teint en orangé, et la solution se décolore.
Le précipité aluminique se dissout aisément dans la potasse caustique avec une couleur pourpre et diffère en cela de la combinaison correspondante de l'alizarine ; une pièce d'étoffe, mordancée dans un bain bouillant de rabiacîne, se côkNFe à peine.
L'acide rubiacique formé par l'oxydation de la rubiacine par les sels ferriques, ne cristallise pas ; l'hydrogène sulfuré le convertit en rubiacine.
La rubiacine paraît se rapprocher beaucoup par sa composition et ses caractères de la purpuroxanthine obtenue par la réduction de la purpurine ; elle se forme, suivant Schunck, par l'action des sels ferriques sur la rubiafine.
En effet celle-ci, étant C^^H*W, perdrait par oxydation 4 atomes d'hydrogène et deviendrait C*^H*^0*.
Le tableau suivant résume ce qu'il y a d'essentiel dans l'histoire des matières colorantes de la garance :
MATIÈRES COLORANTES PRIMORDIALES SOLUBLES DANS l'eAD.
Glucosides dédoublables par les acides, les alcahs et certains ferments en matières colorantes insolubles et en sucre.
B,ubian de Schunck. Amorphe, amer, très-soluble dans Teau, précipitable par .les corps poreux. C'est un mélange de plusieurs glucosides.
Adde rubéryihrique de Rochleder. Gristallisable, gtucoside alizarique, ne donne que de Talizarine et du sucre.
MATIÈRES C0L0RAMTE8 DONT l'EXI^TENCE N'esT PAS DOUTSUttE.
Matières colorantes insolubles provenant du dédoublement des glucosides et existant dans la garance du commercé.
1* Alizarîne Facilement sublimable sans décomposition , C*H*'0'. rouge orangé, donne des teintes très-solides
et résistant à ravivage, cristallise en belles aiguilles.
2« Purpurine Sublimable avec décomposition partielle , G*^H'*0^ rouge, donne des teintes passablement so-
lides et résistant assez bien à ravivage, cristallise en belles aiguilles.
3» Matière orange. Couleur orange, cristallise en grains ott en C«Hi609. feuillets, trôi^aoluble dansFalcod, se suldîme
en donnant de la purpurine et un fort dépôt de charbon, se comporte en teinture absolument comme la purpurine.
4o Fseudo purpurine Rouge-brique, insoluble dans l'alcool, cristal- C**H"0'. lise en aiguilles dans la benzine bouillante,
se décompose par la chaleur en donnant un faible sublimé de purpurine, donne en teinture les .mômes nuances que la purpurine, mais elles passent entièrement à ravivage.
5° Purpuro xanthine Jaune , cristallisable et sublimable, se forme C"H»«0*. par la réduction de la purpurine.
MATIÈRES COLORANTES DONT L'EXISTENCE EST DOUTEUSE OU DEMANDE DE NOUVELLES VÉRIFICATIONS.
Matières jaunes, Rubianine, rubialine, rubiagine, rubiadine, rubiacine, acide rubiacique.
Résines. Vérantine, rubéritine.