‹ Traité des matières colorantes (volume 2)Chapitre 18 sur 110 · DES DÉRIVÉS COMMERCIAUX DE LA GARANCE · texte numérisé non relu

DES DÉRIVÉS COMMERCIAUX DE LA GARANCE

La garance du commerce employée dans des conditions convenables de«concentration des bains,de température, et en présence d'une proportion déterminée de craie naturellement renfermée dans le produit ou artificiellement ajoutée au bain, donne, avec les mordants d'alumine et de fer, des nuances très-belles et très-solides, si Ton a soin de soumettre le tissu teint à une série d'opérations connues sous le nom d'avivage. Elle présente, d'un autre côté, des inconvénients graves dépendant en partie des substances étrangères qui accompagnent la matière colorante. Ainsi, au sortir du Ijain de teinture, les rouges, les roses et les violets sont fortement ternis, parce que l'oxyde métallique a non-seulement fixé l'alizarine et la purpurine, mais encore des matières jaunes et fauves. De plus, les parties blanches réservées par l'impression des mordants sont salies par suite de la fixation de ces mêmes principes sur la fibre non mordancée; enfin, pour utiliser toute la matière colorante libre et dispo-

nible, U est indispensable de faire monter progressivement et régulièrement la température du bain, faute de quoi on éprouverait des pertes très-sensibles.

Un autre désavantage offert par l'emploi de la garance, c'est que de toute façon on n'utilise en teinture qo^'une partie du colorant renfermé dans la racine. Près de la moitié se trouve dans un état de combinaison avec les sels caleaires (carbonates et pectates) et avec le ligneux, qui ne lui permet pas de se dissoudre dans le bain et de venir se combiner avec les mordants du tissu. Il résulte de là, que le dépôt formé dans les cuves épuisées contient encore de Talizarine que Ton peut utiliser, comme nous le verrons, en soumettant les résidus de la garance à un traitement convenable.

L'idée de débarrasser la garance de toutes les substances étrangères nuisibles ou inutiles dans les opérations de teinture, a donc dû préoccuper de bonne heure les industriels qui se servent de cette précieuse matière colorante.

En effet, nous voyons, dès le commencement de ce siècle, s'exécuter une foule de travaux dans le but de purifier la garance et d'isoler le principe utile dans son plus grand état de pureté.

Nous voyons également la société industrielle provoquer de semblables recherches, en posant la question dans son programme des prix.

Le but final à atteindre serait d'isoler l'alizarine et la purpurine sous la forme la plus pure, et par conséquent en cristaux. Suivant l'effet qu'il voudrait produire, le fabricant emploierait l'un ou l'autre de ces principes ou un mélange des deux. Quant aux difficultés de dosage, résultant d'une concentration beaucoup plus grande de la matière colorante , elles seraient bien vite surmontées par l'industrie.

Malheureusement cette question, qui a exercé la sagacité de bien des expérimentateurs, est loin d'être résolue. Jusqu'à présent, aucune des méthodes proposées n'a pu réaliser économiquement et en une seule opération la séparation

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complète des matières colorantes d'avec les parties végétales ligneuses.

Pour que le fabricant d'indiennes adopte, en guise de garance, les produits dérivés qu'on lui offre, il faut, non-seulement qv'ils soient d'un emploi commode et profitable pour la beauté des nuances, mais encore qu'il y trouve un avantage économique ou tout au moins une égalité de prix de revient.

Les procédés de traitement doivent donc être fondés sur l'emploi de moyens simples et peu coûteux, couvrir leurs frais et même trouver leur bénéfice dans des avantages accessoires tels que : production d'alcool dans la fabrication de la fleur de garance, 6\x gain en matière colorante dans la préparation de la garancine.

C'est contre cette difficulté que sont venus butter un grand nombre de modes de traitement de la garance. Ajoutons, de plus, que les innovations en fait de garance ne s'accomplissent que difficilement et avec une extrême circonspection de la part des consommateurs*

La garancine a mis des années à se faire adopter.

Pour faciliter les recherches dirigées dans cette voie, nous donnerons, en résumé, tous les procédés publiés jusqu'à présent-pour purifier la garance et pour concentrer son pouvoir colorant sous un moindre volume. Nous insisterons particulièrement sur ceux qui ont eu le bonheur de réussir industriellement.

Nous ne pouvons ici adopter l'ordre chronologique des découvertes, il sera plus profitable de classer les méthodes par analogie de traitement. Nous les partagerons, d'après cela en :

1° Procédés dans lesquels on concentre le pouvoir colorant de la garance par l'élimination des substances étrangères solubles dans l'eau, ou susceptibles d'être rendues solubles par des influences qui ne modifient pas la matière colorante ;

OARANCE. 139

2" Procédés qui utUisent la solubilité des matières colorantes dans certains véhicules, pour l'isoler des principes étrangers insolubles dans ces véhicules ;

3** Procédés fondés sur la volatilité des matières colorantes;

4° Procédés purement mécaniques.

N'oublions pas que les matières colorantes se partagent en trois groupes : le premier comprend les glucosides solubles dans l'eau ; le second, les matières colorantes libres, et simplement mélangées aux autres principes immédiats; le troisième, les matières colorantes combinées aux divers principes du ligneux.

PREMIBR GROUPE.

Fleur de garance de MM. Julian et Roquer d" Avignon. — Ne pas confondre avec l'ancienne fleur de garance de Robîquet, Colin et Lagier (connue maintenant sous le nom de garancine).

Lorsqu'on a acquis, comme nous venons de le faire, une connaissance assez complète delà composition et des allures de la garance, l'idée la plus simple qui se présente à l'esprit, pour obtenir un produit plus riche et plus pur, est d'éliminer, par un lavage à l'eau, les principes solubles, gommes, sucres, extractifs, matières fauves et jaunes. Cette idée a été formulée dès 1823 par M. Kuhlmann, lorsqu'il propose de procéder à un lavage préalable dé la garance à l'eau froide, pour séparer la plus grande partie de ce. qu'il appelle xanthine. Si de plus, on abandonne, quelque temps avant le lavage, de la garance humectée à elle-même, il s'établit une fermentation spéciale, susceptible de produire le dédoublement des glucosides, et d'augmenter dans une certaine proportion le pouvoir tînctarial.

L'influence favorable que peut exercer, au point de vue du rendement, une fermentation alcoolique de la garance en présence de l'eau^ a été signalée à plusieurs reprises dans

les travaux publiés dans les bulletins de la Société industrielle (1).

Cette amélioration peut s'expliquer par les causes suivantes :

Dédoublement des glucosides colorants, lavage consécutif de la garance fermentée qui, entraînant les principes solubles, détermine un gain apparent.

Enfin, pendant la fermentation, la formation d'acides énergiques peut mettre en liberté une partie du pigment combiné.

M. Roux a cherché à appliquer la ermentation alcoolique de la garance à la préparation d'un produit industriel ; mais les brevets qu'il a pris à ce sujet, en 1846 et en 1847 , n'ont pas conduit à une innovation utile à l'industrie. En effet, le comité de chimie de la Société industrielle de Mulhouse a reconnu que la fermentation de la garance est sujette à beaucoup de caprices. La température, la durée de la macération et surtout la quantité d'eau employée, influent tellement sur les résultats, qu'un faible changement dans l'une de ces causes peut donner une garance incapable de teindre.

On doit à MM. Julian et Roquer d'Avignon, les premiers essais de fabrication industrielle de la garance lavée ou fleur de garance.

Ce produit qui remplace aujourd'hui, presque partout, la garance, a rendu à l'industrie des toiles peintes des services signalés.

Voici textuellenient le brevet pris par ces industriels :

« Nous opérons avec les alizaris français ou étrangers, ré^ duits préalablement en poudre par la trituration. Cette garance est brassée convenablement dans de grandes caisses avec de l'eau froide ou chaude : eau que, suivant son degré de pureté, nous traitons par un acide quelconque pour en-

(I) Bulletins de la Société industrielle de Mulhouse, t. VIII. p. 310, 347; t. XI, p. 33. — Kurrep, Polytechn. Joum, de Dingier, t. XXIU. p. 73.

GARANCE. iki

lever le calcaire. De là, nous faisons couler dans des cuvesfiltres.

« Suivant les couleurs que Ton veut obtenir en teinture avec ce produit, nous laissons séjourner la poudre de garance ainsi délayée dans les cuves-filtres , depuis un jour jusqu'à cinq ou six jours, suivant que nous voulons qu'il s'établisse, ou non, une fermentation alcoolique; alors que la cuve-filtre est parfaitement égouttée, nous soumettons cette pâte homogène aux presses hydrauliques dans des couffins.

« L'eau résultant du filtrage de la garance et du pressage est ou non recueillie, suivant que nous voulons qu'il s'établisse ou non une fermentation alcoolique. Des presses nous transportons aux étuves pour sécher, et de là triturer et entonner.

« x\u moyen de cette fabrication, nous arrivons à réduire la poudre de garance jusqu'à moitié de son poids.

« Dans le cas de fermentation avec ou sans levure de bière, nous recueillons ces eaux ainsi fermentées avec le contact de la garance, provenant des cuves-filtres et des presses, dans des cuves en bois, d'oîi nous les soumettons à la distillation alcoolique. »

C'est en janvier 1831 que M. Julian a adressé, à Mulhouse, les premiers échantillons de sa fleur de garance ; déjà en février 1852, ils en avaient expédié 300,000 kilogrammes. Ce rapide succès prouve toute l'importance de cette découverte.

La fleur de garance se fabrique actuellement par des procédés peu différents de ceux décrits dans le brevet initial.

Voici les détails que nous devons sur cette question à Tobligeance de M. Pernod, d'Avignon.

Pour préparer la fleur de garance, on réduit en poudre la racine de garance, et on la délaye dans 8 ou 10 fois son poids d'eau de rivière, additionnée d'une quantité d'acides chlorhydrique ou sulfurique suffisante pour saturer le carbonate calcaire que renferme toujours la poudre. Lorsqu'on

fait usage de Tacide sulfurique, on emploie de 1 à 2 kilogram-< mes de cet acide pour 100 kilogrammes de garance. On obtient, par ce moyen, un produit qui s'applique plus particulièrement à la teinture des rouges et des bruns. Lorsqu'au contraire, on a pour but de préparer un produit destiné à la teinture en violet, on se sert d'eau de rivière non additionnée d'acide. Dans tous les cas, le mélange de garance et d'eau doit être fait dans un cuvier en bois , garni à Tintérieur d'une chemise en laine, servant de filtre. Le fond du cuvier porte un grillage qui supporte le filtre, et un robinet destiné à l'écoulement du liquide. Après douze ou quinze heures de macération on ouvre le robinet pour laisser égoutter la matière. L'eau provenant de ce lavage et qui renferme la plus grande partie du principe sucré, est recueillie dans de grands cuviers ou bassins de fermentation dans lesquels s'opère la transformation du sucre en alcool.

La matière pâteuse restée sur le filtre est immédiatement soumise à l'action de la presse, par petites portion de 3 à 4 kilogrammes dans de petits sacs en sparterie, semblables à ceux employés pour l'extraction de l'huile des graines oléagineuses. Ces sacs superposés comme les disques d'une pile à colonne, sont placés sur le plateau d'une presse hydraulique, etsoumisàune forte pression, afin de débarrasser, le plus possible, la fleur, de l'eau dont elle est imprégnée. Au sortir de la presse on retire la matière des sacs.

Elle se présente alors sous forme de tourteaux ou galettes qu'on porte à l'étuve, afin d'en opérer promptement la dessiccation.

L'étuve dont on se sert diffère un peu de celles employées pour la racine. Comme celles-ci, elle est construite en pierres et voûtée en briques. La cheminée en tôle d'un foyer, alimenté par de lahouille, circule au rez-de-chaussée, à une hauteur de 60 centimètres, en faisant le tour du séchoir.

La disposition des grillages est seule différente dans cette étuve. Us sont composés de toiles métalliques supportées par

dêsmontants en fer et sont disposés tout autour de Tétuve en étagères larges de 1 mètre environ , et distantes entre elles de 80 à 60 centimètres.

Après dessiccation, on réduit la fleur de garance en poudre, à l'aide de meules, semblables à celles employées pour la trituration des racines, et on la renferme dans des tonneaux de la contenance de 700 à 800 kilogrammes.

On peut encore préparer la fleur de garance en délayant la poudre de garance dans 8 à 10 fois son poids d'eau de rivière et abandonnant ensuite le mélange à lui-même pendant deux ou trois jours, à une température de 18 à 23 degrés centigrades. Lorsque la fermentation alcoolique qui ne tarde pas à s'établir, est terminée, il n'y a plus qu'à presser et sécher le produit, puis à le réduire en poudre.

Il est à remarquer que lorsque la fermentation a lieu en présence d'une grande quantité d'eau la matière tinctoriale ne subit pas l'altération qui se manifeste lorsque le produit est à l'état pâteux, ou qu'après avoir subi l'action de la presse, il est abandonné à lui-même avant la dessiccation. Ce der* nier procédé de fabrication n'est plus en usage à Avignon, à cause des difficultés pratiques qu'il présente dans son exécution sur une grande échelle, et des irrégularités de rendement auxquelles il expose les fabricants.

Cen'. kilogrammes de poudre de garance fournissent de 5S à 60 kilogrammes de fleur de garance, suivant la nature de la matière première employée. En général, les garances paluds, ainsi que celles de qualités supérieures^ fournissent un rendement en poids inférieur à celui des garances de qualité secondaire. Quatre millions de kilogrammes de poudre de garance sont employés annuellement à Avignon pour cette opération.

La préparation de l'alcool de garance constitue une industrie qui marche parallèlement à celle de la fleur et qui payé largement les frais de main-d'œuvre.

A cet effet, les eaux provenant du lavage de la garance,

recueillies, comme nous l'avons dit, dans des bassins ou cuviers, sont abandonnées à elles-mêmes à une température de 20 à 25 degrés centigrades. Elles ne tardent pas à entrer en fermentation. Au bout de quatre à cinq jours, la décomposition du sucre est terminée. On procède alors à la distillation dans un appareil semblable à celui qui sert pour la distillation des vins.

Cent kilogrammes de poudre de garance fournissent de 7 à

10 litres d'alcool à 87 degrés, selon la nature des garances employées. Les paluds et les garances de qualité supérieure donnent une plus grande quantité d'alcool que les garances ordinaires.

L'alcool de garance, tel qu'il est préparé dans les fabriques de fleur de garance, possède un goût désagréable qui en empêche l'usage comme boisson et en limite l'emploi. Il sert plus particulièrement à la fabrication des vernis et de l'éther.

Par une rectification ménagée, et en faisant passer les vapeurs alcooliques sur des corps poreux tels que la pierre ponce et surtout le charbon de bois, on débarrasse complètement l'alcool de garance de son odeur et de sa saveur désagréables. Il est alors semblable à l'alcool de betteraves rectifié.

11 existe à Sorgues, près Avignon, une grande fabrique où se rectifie la plus grande partie de l'alcool obtenu dans les fabriques de fleuret de garancine. L'odeur infecte de l'alcool de garance dérive en partie de la présence d'alcools homologues amyliques et autres, et en partie aussi d'un camphre particulier préexistant dans la garance et connu sous le nom de camphre de garance.

D'après les recherches de M. Jeanjean, le camphre de garance est isomère du camphre de Bornéo (C*®H**0). Sa saveur est chaude et brûlante ; il donne par la sublimation des cristaux qui , au microscope , peuvent être reconnus pour des prismes hexagonaux. Projeté dans l'eau en petite quantité, il donne naissance aux mouvements giratoires

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du camphre ordinaire. Il est peu soluble dans Teau, trèssoluble dans Tacide acétique, Talcool et Téther. Il dévie à gauche le plan de polarisation de la lumière.

Pour recueillir le camphre de garance, on met à part tout ce qui passe à la distillation à 230". On l'exprime entre des doubles de papier Joseph, après cristallisation ; on laye à Teau et on purifie par plusieurs cristallisations dans l'étber.

Avantages que présente la fleur de garance. — Suivant H. Schlumberger, rapporteur du comité de chimie, la propriété essentielle de la fleur de garance, celle qui a le plus contribué à généraliser si promptement son emploi, c'est la faculté qu'elle, a de produire à la teinture des violets plus beaux et plus purs, quoique aussi solides, que ceux fournis par la garance. Cet avantage est dû à ce que la fleur est dé* barrassée de toutes les parties solubles, mucilagineuses, su* crées, acides, fauves, etc., qui accompagnent la garance, et dont la combinaison avec les mordants de fer a une influence fâcheuse sur les violets, quand elles sont encore présentes à la teinture. La fleur produit aussi avec les mordants d'alu-mine et de fer des couleurs plus foncées que celles que donne la garance dans les mêmes circonstances. On peut attribuer le fait à une action dissolvante exercée par les principes solubles de la garance sur les mordants, pendant l'acte de la teinture. Cet afTaiblissemènt des mordants par la garance est tel qu'avec la fleur on peut employer des mordants de quinze à vingt fois plus faibles, pour obtenir la même inten^^ site de couleur. Les nuances rouges et roses sont aussi éclatantes que celles que fournit la garance et semblent présenter plus de solidité. La fleur laisse un meilleur blanc après la teinture et permet ainsi d'affailïlir ou de diminuer les passages en savon et en bain d'avivage. En outre, on peut passer un plus grand nombre de pièces dans le même bain ; ce qui procure une économie de temps et de combustible.

La teinture se fait plus régulièrement et n'est pas sujette AUX pertes de matière colorante qui se présentent quelque-^ n. 10

fois, par suite d'un abaissement de la température du bain, avec la garance ordinaire

Grâce à l'absence de principes solubles, on peut ajouter pendant la teinture même, une nouvelle dose de fleur, si Ton s'aperçoit que le bain n'est pas assez riche, ce qui ne peut se faire avec la garance. On évite ainsi une nouvelle teinture des mêmes pièces, qui entraîne toujours une perte de temps, de combustible et même de matière colorante.

Sous le rapport du transport et de sa conservation dans les magasins, la fleur de garance présente aussi des avantages, parce qu'elle fournit deux fois autant de matière colorante sous le même poids, et qu'on n'aura plus à craindre les avaries provenant de l'action de l'humidité sur les matières solubles. Le mode de préparation de la fleur et le but que l'on atteint, permettent de prévoir, ce que l'expérience vérifie pleinement, que dans l'emploi de ce produit on n'arrive à utiliser, pas plus que dans la garance, la quantité assez considérable de matière colorante qui se trouve en combinaison intime avec les diverses parties du ligneux.

D'après les expériences de H. Schlumberger, 100 parties de fleur, représentant 200 parties de garance, donnent par les. résidus de teinture une perte nette de matière colorante qu'on doit estimer à 90 parties de garance, soit à 4S pour lOO de la matière colorante, sans compter ce qui a été emporté par les eaux de lavage. La perte avec la garance rosée est de 46,4 pour 100. Il y a donc, sous ce rapport, équivalence parfaite, et la fleur à côté des nombreux avantages que nous venons de signs^ler, ne compte malheureusement pas celui de mieux utiliser la matière colorante. Les résidus de teinture doivent donc être repris et traités pour garanceux.

Une médaille d'or a été décernée par la Société industrielle de Mulhouse à MM. Jiilian et Roquer pour leur belle innovation.

Garancine (ancienne fleur de garance de M. Lagier). — Le principe de la fabrication de la garancine repose sur

l'aetion qu'exerce l'acide sulfurique, plus ou moins concentré, sur la garance lavée, ou non lavée ; non-seulement une partie des produits du ligneux sont rendus solubles et détruits par cet agent énergique qui épargne les matières colorantes, ce qui enrichit le dérivé par concentration de la matière colorante^ mais Tacide a de plus l'avantage de mettre en liberté le pigment combiné et inactif dans les conditions ordinaires, et provoque ainsi un gain réel trèssensible. C'est ce gain qui couvre et au delà les frais de manipulations et d'acide;

L'idée de purifier et de concentrer la garance par un traitement à l'acide sulfurique, se trouve formulée dans un mémoire présenté en 1828 à la Société industrielle, par Robiquet et Colin, ainsi que dans les travaux de MM. Gaultier de Claubry et Persoz.

Robiquet et Colin proposent d'abord de traiter la garance d'Avignon avec son poids ou plus d'acide sulfurique concentré. Ils obtiennent ainsi un charbon sulfurique riche en matière colorante et susceptible de teindre, après lavage et élimination complète de l'acide.

Ce premier produit n'a jamais été employé industriellement, ni proposé sérieusement. Il a tout au plus servi à la préparation d'extraits concentrés, soit par un traitement à l'ahm bouillant, soit par l'alcool (colorine de MM. Lagier et Thomas).

Henri Schlumberger, après avoir teint avec le charbon sulfurique, a constaté que les nuances rouges, violettes et noires se développent très-bien et que le fond de la toile ne se charge presque pas. La teinture ne fait de progrès que lorsque la température approche de l'ébullition.

Le 26 mai 1828, Lagier, Robiquet et Colin, prirent un brevet dont la description prouve qu'ils ont cherché à régulariser l'emploi de l'acide sulfurique, de façon à obtenir un produit plus pratique et plus facile à préparer. Ainsi ils enlèvent par un lavage préalable les principes

solubles de la garance, d'où il résulte, qu'on fabriquait de la fleur /?owr garancine longtemps avant de remployer directement en teinture. La quantité d'acide sulfurique peut être diminuée, son effet n'étant plus neutralisé en partie par les matières sucrées. Il est mélangé à la masse encore humide, ce qui Tétend déjà ; de plus, cet acide est mélangé d'avance à une certaine proportion d'eau, on brasse et on porte à 100"* par un courant de vapeur.

Telle est en résumé la méthode primitive de la fabrication de la garancine. Ce produit a trouvé beaucoup plus de difficultés et a mis plus de temps à se faire adopter que la fleur.

Pour préparer la garancine, de nos jours, on délaye la garance en poudre dans huit ou dix fois son poids d'eau aci- . dulée par l'acide sulfurique ou chlorhydrique (1 ou 2 kilogrammes d'acide suffisent pour 100 kilogrammes de poudre de garance). Ce lavage, qui a pour but de dissoudre et d'entraîner les principes solubles, s'effectue comme pour la fleur dans de grands cuviers en bois recouverts à l'intérieur d'une chemise en laine servant de filtre, et reposant sur un grillage au fond de la cuve. Après une macération de sept à huit heures, on ouvre le robinet et on laisse couler le liquide. Les eaux sont utilisées, comme celles delà fleur, à la fabrication de l'alcool. La matière pâteuse, restée sur le filtre, est ensuite introduite dans une cuve en bois et additionnée d'une quantité d'eau suffisante pour en faire une bouillie un peu épaisse. On ajoute en outre, pour 100 kilogrammes de poudre de garance, 30 kilogrammes d'acide sulfurique à 66° Baume, ou 40 kilogrammes d'acide chlorhydrique, on mélange bien, on recouvre la cuve de son couvercle, et on fait arriver dans la masse un jet de vapeur, capable de la maintenir pendant deux ou trois heures à la température de l'ébuUition. Lorsque la cuite est terminée, on jette la matière encore chaude dans un grand bassin à demi rempli d'eau froide et recouvert d'une chemise en laine servant de filtre. En dessous du filtre est placé un grillage en bois qui

sert à le supporter. Un robinet fixé au fond permet Técoulenaent du liquide ; on verse alors sur le filtre une nouvelle quantité d*eau froide que Ton mêle bien à la masse, et on laisse écouler de nouveau. On procède ainsi à un troisième et à un quatrième lavage, c'est-à-dire jusqu'à ce que Teau de lavage ait contracté une légère coloration rouge vineuse. Lorsque la matière est égouttée, on la soumet à l'action de la presse, on la sèche, et on la réduit en poudre par les procédés employés pour la fleur de garance.

Cent kilogrammes de poudre de garance fournissent de 34 à 37 kilogrammes de garancine, selon la nature des garances employées. Les qualités supérieures de garance donnent un rendement, en poids, inférieur à celui des garances ordinaires. Neuf à dix millions de kilogrammes de poudre de garance, sont employés annuellement dans le département du Vaucluse à la fabrication de la garancine.

Quelques fabricants anglais remplacent l'acide sulfurique par de Tacide cMorhydrique, mais sans autre avantage que cehii de l'économie de la matière première. Si, au lieu de laver préalablement la garance, on fait réagir l'acide sulfurique ou l'acide chlorhydrique bouillants et convenablement étendus sur la poudre brute, la garancine offrira une teinte noirâtre, beaucoup plus foncée et qu'on attribuait d'abord à une carbonisation, mais qui, en réalité, est due à la formation de chlorrubine par la décomposition de la chlorogénine.

On a aussi proposé de faire une pâte avec de la garance lavée et une certaine proportion d'acide chlorhydrique, d'exprimer sans laver et de sécher les pains encore acides avant de les laver. M. Higgin recommande de laisser la garance en contact avec l'acide, à la température ordinaire plus longtemps qu'on ne le fait généralement.

La garancine d'Avignon, employée généralement à Mulhouse, offre l'apparence d'une poudre plus fine que la fleur, d'une couleurbrune plus ou moins foncée; les parties ligneu-

ses ne sont nullement carbonisées comme on le croit généralement ; ainsi, en épuisant de la garancîne par des traitements successifs à la soude et à Tacide, j*ai obtenu un résidu ligneux exempt de matières colorantes, à peine plus foncé que celui que donne la fleur. Cent parties de garancine ont donné 16 à 17 grammes d'acide pectique en grande partie libre, en partie combiné à la chaux, et 48 grammes de ligneux, et comme 100 grammes de garance, renfermant 20 de ligneux, donnent 40 de garancine, il en résulte que ce principe est fort peu attaqué par le traitement sulfurique.

La bonne garancine teint environ 4 à 4,5 fois plus, quelquefois 5 fois plus que la garance d'où elle dérive. D'un autre côté, 100 parties de garance donnent 34 à 37 ou 40 parties de garancine.

S'il n'y avait aucun gain en matière colorante et seulement concentration, par départ de principes solubles ou susceptibles de le devenir sous l'influence de l'acide, 100 grammes de garancine teindraient au maximum, autant que 294 de garance, et au minimum autant que 250 de garance. Or, on trouve que 100 de garancine, valent au minimum 400 de garance, et au maximum 500.

Il y a donc, comme nous le disions, un gain minimum de 106, et maximum de 250 pour 100 de garancine faite, ou bien encore un gain minimum de 40 pour 100 de garance, — maximum de 100 —

En moyenne, on peut compter sur un gain de 70 à 80 pour 100. Il résulte de la mise en liberté de la matière colorante combinée aux principes insolubles de la garance. Ce gain représente un des avantages les plus importants de la fabrication de ce produit. Ajoutons que la matière colorante est plus pure et débarrassée de matières fauves. Aussi les fonds sortent beaucoup plus blancs des bains. Un léger savonnage et un chlorage suffisent pour les amener au degré de pureté convenable.

Les couleurs, au sortir de la cuve de teinture, quoique

moins belles et d'une nuance différente de celles que Ton obtient, après avivage, avec la fleur, sont cependant assez vives et assez brillantes pour pouvoir se passer de cet avivage dans la fabrication de certains articles connus sous le nom d'articles garancine.

A côté de ces avantages réels viennent se placer des inconvénients graves qui limitent remploi de la garancine en s'opposant à sa substitution complète à la garance dans tous les genres.

IjCS couleurs garancine sont moins solides et moins stables que celles de la garance et de la fleur. Les violets ne deviennent jamais aussi beaux, et il est très-difiicile d'obtenir les roses bleutés et purs de la fleur.

On obvie, il est vrai, à ces difficultés en ajoutant au bain de garancine une quantité suffisante de craie, mais alors on perd de nouveau, en partie, le gain réalisé parle traitement acide.

On- attribue, généralement, les inconvénients pratiques offerts par la garancine, à la présence d'une petite quantité d'acide sulfurique qui reste combiné au ligneux et que les lavages ne parviennent pas à éliminer. Cette manière de voir semble confirmée par les observations de M. E. Schwartz, qui a reconnu que les teintures faites avec un extrait huileux de garancine, donnent des couleurs supportant aussi bien l'avivage que celles de la fleur, tandis qu'en ajoutant au bain le résidu ligneux, on peut reproduire les mêmes caractères d'instabilité que l'on observe avec la garancine elle-même. C'est dans le but de neutraliser ces dernières traces d'acidité que certains fabricants ajoutent pendant la pulvérisation un peu de chaux, de craie ou de carbonate de chaux.

On a aussi cherché à améliorer la garancine en la soumettant à l'action des vapeurs ammoniacales et en la vaporisant ensuite.

Alizarine (G. Schœffer) commerciale ou pincoffine. —

159 TRAITÉ DES NATfÉREft COLORANTES.

MM. Pincoff, Schunck et C'% de Manchester, livrent au commerce depuis 1834 une variété de garancine, connue sous le nom d'alizarine commerciale. Ce produit se présente sous forme d'une poudre fine, couleur de chocolat. Il est remarquable par la beauté et Téclat des violets qu'il donne en présence d'un peu de craie ou avec une eau calcaire. Ces violets n'ont pas besoin d'avivage et l'emportent de beaucoup sur ceux de la garance ou de la fleur. Aussi peut-on l'employer concurremment avec le cachou qu'altérerait le savonnage. Les autres nuances que donne l'alizarine cgmmerciale, sont aussi satisfaisantes quoique moins avantageuses.

On prépare la pincoffine en soumettant à l'action de la vapeur d'eau surchauffée, de la bonne garancine, bien lavée et aussi neutre que possible. L'expérience réussit aussi avec la garance ou la fleur. On peut également chauffer les garancines au bain d'huile ou au bain de sable, vers 200*.

Il est très-probable que dans ces conditions la matière fauve résineuse, qui accompagne l'alizarine, est détruite, comme cela arrive dans la sublimation, et qu'elle ne peut peut plus ternir les violets à base d'oxyde de fer.

Relativement à son pouvoir tinctorial qui est un peu plus faible que celui de la garancine (il en faut un quart de plus en poids pour saturer un mordant de violet), l'alizarine commerciale est une matière première d'un prix élevé. Elle doit son succès à l'éclat du violet qu'elle donne en teinture.

Je dirais, à cette occasion, qu'en soumettant la fleur de garance, séchée à 100**, à l'action du fluorure de bore, on oh* tient un charbon qui, lavé à l'eau, cède à l'alcool un principe colorant donnant des violets tout aussi beaux que l'alizarine commerciale. Ce fait n'a aucun intérêt pratique, mais il prouve que pour avoir des laques de peroxyde de fer bien belles, il convient de détruire un principe fauve, étranger aux matières colorantes, se fixant comme elles aux mordant» ferrugineux et qui résiste à l'action de l'acide sulfîi-

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rique étendu et bouillant, mais non à celle d'une température de 200% ou du fluorure de bore.

Carmin de garance. — M. Ed. Schwartz a proposé de substituer à la garancine une préparation obtenue en délayant^ peu à peu et à froid^ de la fleur de garance dans 4 à 5 fois son poids d'acide sulfurique à 60\ Lb ligneux et les produits pectiques se dissolvent en partie et devienpent solubles dans Teau» En versant le tout dans une grande quantité d'eau, il se forme un dépôt qui, lavé^ séché et réduit en poudre, se présente sous forme d'une poudre d'un rouge brique asse2 beau.

Le carmin de garance a un pouvoir tinctorial égal à 7 ou 8 fois celui de la garance.

Dans ce traitement, comme dans celui pour garancine, on gagne tout le colorant combiné et fixé au ligneux ; de plus, à cause de l'altération plus profonde éprouvée par ce ligneux, les lavages sont plus complets, et le produit donne des teintes aussi solides que celles de la fleur et propres, comme elles, à l'avivage pour roses et violets.

A cause des frais et des difficultés pratiques de sa préparation, le carmin n'a pu être adopté par l'industrie. Des essais sur une grande échelle avaient été tentés.

M. E. Schwartz a ensuite cherché la limite minimum d'acide sulfurique à 60** nécessaire pour détruire tout le ligneux, en laissant intactes les matières colorantes et résineuses, c'est-à-dire les parties qui constituent les extraits alcooliques de fleur.

11 a trouvé qu'on atteint le but en délayant peu à peu 200 grammes de fleur, équivalant à 400 grammes de garance, dans 3,500 grammes d'acide sulfurique du commerce, réduit à 60 degrés Baume. Il convient d'éviter toute élévation de température. Apj*ès une demi-heure de macération, la masse filtrée sur une flanelle grossière, a laissé un résidu de 90 grammes, teignant, après lavage, comme deux fois son poids de garance. Le liquide orangé, versé dans deux litres

d'eau, a donné un précipité et une solution presque incolore d'acide sulfurique marquant 35** Baume. Le précipité lavé et séché représentait un poids de 12 grammes d'extrait teignant comme 30 fois son poids de garance.

On peut donc préparer un extrait très-riche par l'emploi exclusif de l'acide sulfurique concentré (17 fois le poids de la fleur, 8,5 fois le poids de la garance en acide).

M. E. Schwartz juge cette méthode susceptible d'applications industrielles, si toutefois les frais de concentration de l'acide sulfurique de 35 à 60° Baume, ne sont pas trop onéreux, car alors le même acide servirait indéfiniment, sauf les pertes inévitables.

Garanceux. — C'est une garancine faible, équivalant à -f ou J de son poids de bonne garancine, obtenue par le traitement sulfurique des résidus des bains de teinture en garance ou en fleur.

En partant de ces résidus en pâte que les fabricants d'indiennes ont soin de laisser s'accumuler et égoutter dans de grands bassins en bois, disposés près des ateliers de garançage, on opère absolument, comme avec la garance lavée ; c'est-à-dire que l'on fait bouillir avec de l'acide sulfurique et on lave. On a soin généralement d'aciduler le bain épuisé afin de permettre une filtration plus rapide.

La fabrication du garanceux a été brevetée en 1843 par M. Léonard Schwartz. L'emploi de ce produit présente tous les inconvénients de la garancine sans en offrir les avantages et la richesse. Les teintes sont moins belles et moins stables. Il sert à la fabrication d'indiennes grossières et d'un article connu sous le nom d'article garanceux. On utilise ainsi la matière colorante qui se déversait autrefois en abondance, dans les rivières où on lâche les résidus des bains de teinture.

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