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Échantillon de pourpre française

L'orseille teint directement la soie, sans mordant, en nuances analogues à celles que prend la laine. La pourpre française, préparée comme nous l'avons déjà dit, lui commu- . nique des nuances mauve ou dahlia très-pures ; associée au au carmin d'indigo, elle donne un beau violet, et avec cochenille des nuances fleur de pêcher, groseille et rose des Alpes.

Tournesol,

En variant les conditions de coloration des lichens qui donnent l'orseille j on obtient un produit connu sous le nom de tournesol. Il ne sert guère en teinture. Ses principales applications sont : le bleuissage du linge, pour colorer le vin et le vinaigre et surtout pour la préparation du papier et de la teinture du tournesol si usités par les chimistes comme réactife des acides et des alcalis. Le tournesol ordinaire se prépare avec les lichens Roccella, lecanora et variolarîa, recueillis sur les côtes de la Méditerranée, de la Suède, de la Norwége, des îles Canaries et expédiés en Hollande. On ajoute, à cet effet, à la plante moulue, outre l'ammoniaque, de la potasse du commerce (carbonate de potasse). Le mélange est abandonné à la fermentation jusqu'à ce qu'il ait pris une teinte violette, puis on ajoute de nouveau de la chaux, de la potasse et de l'urine et on laisse macérer pendant deux à trois semaines. Il s'est alors développé une couleur bleue. La bouillie est -épaissie aveô de la craie et du plâtre et filtrée sur des tamis de crin. Lorsque la masse a pris de la consistance, on la façonne en tablettes, que Ton sèche, et qui sont livrées au commerce avec divers numéros d'ordre. Le n* 1 renferme le plus de craie et de gypse, le n** 7 en contient le moins.

Le tournesol se présente sous forme de masse sèche et légère, de couleur bleue. Les meilleures qualités laissent le moins de résidu lorsqu'on les traite par l'eau.

L'orseille ordinaire, violette, obtenue par l'action seule de

rammoDiaque sur le lichen colorable ne vire pas au rouge franc, sous Tinfluence des acides, et ne passe pas au bleu au contact de l'ammoniaque et des alcalis. La présence du carbonate de potasse, pendant la macération, détermine donc une modification dans la marche de l'oxydation et la production d'un acide rouge susceptible de former avec les alcalis des sels bleus. La couleur bleue du tournesol est donc un sel de potasse d'un acide rouge. Sous l'influence des acides forts, l'acide devient libre et apparaît avec sa couleur propre. Telle est la théorie très-simple, on le voit, des effets et des applications du tournesol, comme réactif.

Les solutions préparées avec le touf nesol contiennent un excès d'alcali, qui use en pure perte une portion d'acide, avant de virer. Pour avoir un réactif sensible, il convient d'ajouter à la liqueur un petit excès d'acide acétique, puis de neutraliser avec l'ammoniaque et de faire bouillir longtemps jusqu'à expulsion des dernières traces d'alcali volatil libre.

Tous les chimistes savent que les teintures de tournesol, abandonnées à elles-mêmes dans un flacon bouché, subissent une espèce de fermentation réductrice, et qu'elles se décolorent ; mais il suffit de donner accès à l'oxygène de l'air, pour voir la nuance reparaître avec toute son intensité primitive. Un phénomène semblable s'observe avec l'orseille violette. Du reste, les agents réducteurs, en général, produisent le même effet. L'étude chimique du tournesol bleu du lichen a été faite par R. Kane et M. Gélis.

Le premier chimiste y signale la présence de trois à quatre matières colorantes distinctes, qu'il isole de la manière suivante :

Les pains de tournesol, broyés, sont épuisés par l'eau bouillante. Le résidu insoluble, bleu pâle, est traité par un léger excès d'acide chlorhydrique. Les flocons rouges qui se séparent ainsi sont lavés et séchés, puis épuisés par l'alcool bouillant. La solution alcoolique évaporée à sec donne un résidu qui cède à l'alcool une matière d'un beau rouge, semi-fluide,

soluble en pourpre dans Tammoniaque (érythroléine). La' partie soliible dans Talcool, que Téther n'attaque pas, constitue une autre matière d'un rouge foncé, en grains cristallins, et se colorant en bleu par la potasse. Elle forme avec Tammoniaque une combinaison bleue insoluble (érythrolitmîne). Après le premier traitement alcoolique, il reste une matière colorante brun rouge, amorphe, insoluble dans l'alcool et l'éther, soluble dans l'eau, et formant avec l'ammoniaque et les alcalis des dissolutions bleues. C'est le principe le plus important du tournesol, et celui qui se dissout en partie dans l'eau, à l'état de sel de potasse bleu, lorsqu'on traite le produit commercial par ce véhicule. Il renferme de l'azote, tandis que l'érythroléine et l'érythrolitmine en sont dépourvues.

L'azolitmine de M. Kane aurait une composition représentée par la formule

CWAzO*.

Elle se formerait donc aux dépens de l'orcine suivant l'équation

CH«0« + AzH» + 0« = C^AzO* + H«0.

Si cette interprétation se confirme, on est conduit à admettre que l'intervention du carbonate alcalin détermine une oxydation plus énergique de l'orcine.

M. Gélis épuise le tournesol par l'eau bouillante; le résidu est bouilli avec une lessive faible de potasse. Les deux liqueurs réunies sont précipitées par le sous-acétate de plomb, et le précipité, lavé et mis en suspension dans l'eau, est décomposé par un courant d'hydrogène sulfuré. Le dépôt, contenant le sulfure de plomb et la matière colorante, est épuisé par l'eau ammoniacale. Celle-ci est précipitée par l'acide chlorhydrique, qui détermine la séparation de flocons, en même temps qu'il reste en solution une faible proportion de matière colorante.

Ces flocons cèdentàl'étherun principe rouge susceptible de cristalliser partiellement en aiguilles, soluble en violet dans les alcalis.

La partie insoluble dans l'éther donne avec l'alcool un liquide rouge de sang qui, évaporé, fournit en grande quantité un produit rouge pourpré à reflet doré. C'est la matière la plus abondante du tournesol. Enfin, il reste une substance insoluble dans l'eau, l'alcool et l'éther, soluble dans les alcalis.

On voit, d'après ces données, qu'il reste encore beaucoup à faire pour éclaircir Thistoire des matières colorantes du tournesol.

Le tournesol en drapeaux, employé surtout pour colorer les fromages de Hollande, se prépare dans le midi de la France (Grand-Gallargues, dans le Gard) avec une espèce d'euphorbiacée, la maurelle ou croton tinctorium de Linnée. On exprime le suc des fruits et des sommités de la plante, on y trempe des lambeaux de toile grossière. Ceux-ci ne se colorent, comme l'orseille, que sous l'influence de Tammoniaque. A cet effet, on les suspend, après les avoir fait sécher, au-dessus de cuves remplies d'urine putréfiée et additionnée de chaux et d'alun, ou bien encore on les expose aux émanations du fumier de cheval.

Cette opération porte le nom d'aluminadou. On retourne de temps à autre les drapeaux, pour déterminer une action régulière de Tammoniaque et une coloration égale. Il faut aussi éviter une trop longue influence de Talcali volatil, qui détruirait la couleur. Après cette première période, on sèche, on imbibe une seconde fois de suc mélangé à de l'urine, et on étend dans un endroit exposé au soleil et au vent. '

D'après M. Joly, le principe colorant de la maurelle se rencontre dans toutes les parties de la plante et à tous les âges ; il a son si^e immédiat dans le tissu cellulaire. Il se trouve dans ces tissus à l'état colorable. L'action de

l'oxygène de Tair et d'une prompte dessiccation développe la nuance bleue.

Lorsqu'on chauffe à 50** ou 60** le fruit de la maurelle, plongé dans le double de son volume d'eau, le liquide prend une coloration bleu violacé assez intense, et laisse déposer, parl'évaporation, une substance résineuse d'un beau bleu d'azur. Les acides font passer la solution au rouge jaunâtre, les alcalis ne la ramènent pas w. bleu, mais la font un peu virer au vert. Cette réaction établit une distinction nette entre le tournesol en pains et le tournesol en drapeaux (1).

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