‹ Traité des matières colorantes (volume 2)Chapitre 7 sur 110 · DÉRIVES DE LA NAPHTALINE · texte numérisé non relu

DÉRIVES DE LA NAPHTALINE

Cet hydrogène carboné remarquable donne naissance à un grand nombre de produits dérivés, par rapport auxquels il joue tantôt le rôle de l'hydrure du radical C*®H'^ (naphtyle), c'est-à-dire qu'il est avec eux dans les mêmes degrés de parenté que la benzine (hydrure de phényle) avec l'acide phéiiique (hydrate d'oxide de phényle) et l'aniline (azoture de phényle et d'hydrogène). Tels sont l'alcool naphtalique obtenu récemment, la naphty lamine, la nitronaphtaline.

Les formules suivantes feront mieux ressortir encore ces analogies.

Naphtalins. Alcool n|iphtaliqu«. Naphty lamiae. Nitronaphtaline.

Rien n'est changé d'une série à l'autre si ce n'est le radical ; ajoutons que les réactions au moyen'desquelles on passe d'un terme à l'autre sont tout & fait parallèles. Ainsi :

CWH + ^'J' I 0-C«H».AzO« + J

Benziie. Acide «ntivie- N>t>*l>«<"i'>s- ^'■■

C«»H'.H 4- *'J* j 0 = C»»H'.AzO» + 2 j 0

Naphtaline. Âcid« azotique Nitronaphtaline. Eau.

C«P.AiO' + H«-.^'^| j Ai-f HW

NUrobcBsiiie. Hydrogène. AitiUne. E«iu.

C"HT.AzO» + H = ^'°J1 j Az + HH)»

NitronapktaUne. Hydrogène. Naphtylamine. Eau.

Dans d'autres circonstanœs, la naphtaline semble jouer le rôle d'un radical polyatomique, comme du reste la beiirzine aussi. C'est ainsi qu'elle s'unit directement à 2 ou à 4 atomes de chlore ; de même que la benzine s'unit & 6 ato* mes de chlore.

Si nous poussons les rapprochements plus loin, nous verrons que la naphtylamine donne naissance à des matières colorantes dans les mêmes circonstances que l'aniline et notamment sous l'influence des agents oxydants.

Une complication plus grande de la molécule naphtalique doit aussi nous faire prévoir des phénomènes et des réactions àpéciales dont nous ne trouverons pas les analogues dans le groupe phénylique. C'est, en effet, ce que l'expérience nous apprend.

Nitronaphtalines. — Sous l'influence plus ou moins énergique et prolongée de l'acide nitrique, la naphtaline peut fournir quatre dérivés de substitution nitreuse, savoir : la

monoaitronaphtaline, la binitronaphlaline, la trinitrofiaphta- Une et la quadrinitronaphtaline»

C^H'CAzO»). C*W(AzO«)». C^'^H^CAzO»)». Ci<>H*(AzOV.

Les deux premiers offrent seuls de Tîntérêt.

Mononitronaphtaline. — Ce corps se prépare facilement de la manière suivante (1) : on introduit dans un ballon de S litres 1 kîlog. de naphtaline ordinaire, avec 6 kilog. d'acide nitrique du commerce, et on chauffe au bain-marie à 100**. La naphtaline fond et reste à la surface du liquide. En remuant de temps à autre, on détermine la nitrification rapide de rhydrogène carboné, en même, temps qu'il se dégage quelques vapeurs rutilantes. La masse gagne le fond. On décante le liquide acide, tandis que la nitronaphtaline versée dans une terrine est refroidie et agitée afin d'obtenir sa division pendant la solidification. Une reste plus qu'à laver à grande eau pour enlever les dernières traces d'acide, à fondre et à couler en plaques que l'on soumet à une forte expression, dans le but d'en séparer une huile rougeâtre. Le pain jaune ainsi obtenu représente delà naphtaline mononitrée, sensiblement pure et propre à la préparation de la naphtylamine. Une dissolution dans Talcool bouillant laisse déposer le corps sous forme de longues et belles aiguilles jaunâtres tout à fait pures.

La nitronaphtaline se produit également à froid par l'action réciproque de l'acide nitrique concentré ou ordinaire, et de la naphtaline, qu'il faut avoir soin d'agiter et de diviser avec une spatule. En prenant 1 partie de naphtaline pour 5 à 6 parties d'acide nitrique d'une densité égale à 1,33, la transformation est complète au bout de huit jours, et l'on évite la production de l'huile rouge qui accompagne toujours la nitronaphtaline préparée à chaud.

(t) Procédé de Lnureni modifié par M, Roussin. Comptes rendus^ t. LU,

Ce corps est jaune clair, cristallisé en longues aiguilles cassantes (prismes à six pans). Il fond à 43% et se volatilise sans se décomposer si on ne le chauffe pas trop brusquement. Insoluble dans FeaUjla nitronaphtaline se dissout facilement dans l'alcool bouillant, Féther, l'huile de pétrole. Les agents réducteurs susceptibles de fournir de l'hydrogène naissant, tels que : sulfure ammonique, mélange d'acide acétique et de fer, d'acide chlorhydrique etd'étain, d'acide sulfurique et de fer, la convertissent en naphtylamine d'après l'équation donnée plus haut.

L'acide nitrique bouillant la transforme en binitro et trinitronaphtaline. Avec l'acide sulfurique en excès, on obtient à l'ébullition une matière colorante brune, d'une couleur très-intense, soluble dans l'eau et non précipitable par la chaux, en même temps il se dégage de l'acide sulfureux (E. Kopp).

Lorsqu'on chauffe la nitronaphtaline avec de l'acide sulfurique étendu d'un peu d'eau, il arrive un moment où l'acide est sufQsamment concentré pour agir ; le liquide prend une belle teinte rouge, et il se précipité une poudre noire semblable aux substances ulmiques. Cette poudre noire, insoluble dans tous les dissolvants neutres, soluble en rouge sale dans l'acide sulfurique concentré, et précipitable sans altération par l'eau, m'a donné à l'analyse des nombres qui conduisent à la formule C*^H*0* et qui sont les mêmes que ceux des corps rouges de M. Roussin (naphtazarine). La matière colorante rouge, engendrée en même temps, paraît être de la naphtazarine, obtenue d'abord aux dépens de la binitronaphtaline. L'eau mère sulfurique retient du sulfate d'ammoniaque. En opérant à pression, on arrive aux mêmes résultats avec l'acide sulfurique plus étendu, pourvu que l'on élève suffisamment la température.

Lorsqu'on dirige un courant d'air ou d'oxygène à travers un mélange de une partie de nitronaphtaline, de une partie de potasse caustique et de deux parties de chaux éteinte à la

température de 140**, la substance fixe peu à peu l'oxygène et les éléments de Teau, en se transformant "en un acide jaune, acide nitroxynaphtalique. Le mélange jaunit de plus en plus, et au bout de 10 à 12 heures l'opération est terminée. Le mélange retiré de la cornue cède à Teau un sel de potasse jaune rougeâtre, d'un grand pouvoir colorant. Les acides, ajoutés en petit excès à la solution, la font prendre en bouillie épaisse, formée d'un beau corps jaune, qu'on n'a qu'à laver à l'eau froide pour l'avoir pur (1).

La génération de l'acide nitroxynaphtalique s'exprime par l'équation :

2(C»»ir[AzO«]) 4- H«0 + 0 « 2{C*<>H«[AzO«]0)

Les nitroxynaphtalates sont représentés par la formule :

CioiFM(AzO*)0

Ce corps est soluble dans l'eau, l'alcool, l'esprit-de-bois et l'acide acétique. Il se dépose de ce dernier dissolvant en belles aiguilles jaunes. La saveur, d'abord fraîche, devient amère. Il fond à 100" et n'est pas volatil. II forme avec les alcalis des sels solubles, cristallisables, d'une coloration intense, précipitables par les sels métalliques.

Les agents réducteurs transforment l'acide nitroxynaphtalique en oxynaphtylamine C^^H^^AzO, base incolore dont nous dirons quelques mots tout à l'heure.

L'acide nitroxynaphtalique se comporte en teinture à peu près comme l'acide pîcrîque, se fixant sans mordant sur soie et sur laine et communiquant à ces tissus des nuances analogues.

(1) M. Divart, Comptes rendus, t. UI, p. 1183, 1861.

3 s TRAITÉ DBS MATIÈRES COLORANTES.

NAPHTYLAMINE OU NAPHTALYDAM. — AZOTURE DE NAPHTYLE ET d'hydrogène.

Jusqu'à présent on ne Ta obtenu que par réduction de la nitronaphtaline. On utilise soit la méthode de M. Béchamp, soit celle de M. Roussin. Dans le premier cas, on mélange, dans un vase en terre ou en fonte, du fer en limaille, de la nitronaphtaline et de l'acide acétique. La réaction commence^ dès que la nitronaphtaline est fondue, elle est très^vive; la masse introduite dans une cornue est distillée au bain de sable à une température supérieure à 300*. L'on obtient deux couches, l'une aqueuse renfermant de l'acide acétique, l'autre huileuse dense et principalement formée de naphtylamine impure et noire et d'un autre alcali dont la composition est représentée parla formule C*H^AzO^ (phtalamine) (Schûtzenberger et Willm) (1).

La naphtylamîne brute doit être desséchée et distillée dans un courant d'hydrogène. Elle se concrète alors sous forme d'une masse cristalline composée d'aiguilles blanches très-altérables au contact de l'air.

Le procédé de M. Roussin est plus avantageux. On introduit dans un ballon 6 parties d'acide chlorhydriqueetl partie de nitronaphtaline et l'on ajoute une quantité de grenaille d'étain telle qu'elle atteigne la surface du mélange.. Le liquide ne doit occuper que la moitié de la capacité du ballon. On chauffe au bain-marie. La nitronaphtaline disparaît très-vite sous l'influence d'une réaction énergique.

Le liquide décanté est étendu de la moitié de son volume

(1) D'après MM. Béchamp et Drion, on prend 3 parties de nitronaphtaline qu'on fond dans utie grande capsule de porcelaine, et on y mélange 2 parties de limaille de fer, aussi pure et divisée que possible. Le mélange est alors retiré du feu et traité par 2 parties d'acide acétique concentré du commerce. Quand la réaction trësvi?e qui se manifeste est calmée , ou mélange à 1 partie 1/2 de chaux vive, et on distille dans une cornue.

MATIÈRES G0L0RA2ITES ORGANIQUES ARTITIGIELLES. 39

d'eau et se prend presque en masse par refroidissement, par suite de la cristallisation du chlortiydrate de naphtyiamine. On exprime, on redissout dans Teau bouillante, l'étain est précipité par du sulfure de sodium ajouté en quantité suiSsante. Par la filtration on enlève encore une matièare goudronneuse. Enfin la solution abandonne par le refroidissement des cristaux assea purs de chlorhydrate qu'on exprime et qu'on sèche. Ce sel distillé avec de la chafux vive fournit la naphtyiamine; si Ton employait de la chaux ^inte, une partie de la naphtyiamine repasserait à l'état de naphtaline. La naphtyiamine se présente sous forme de fines aiguilles incolores. Elle fond h SO*" et bout sans décomposition h 300^; eUe se sublime d^à à une douce chaleur en longues aiguilles • Son odeur est désagréable et persistante, sa saveur brûlante et amère. Très-peu soluble dans l'eau, elle se dissout facilement dans l'alcool et l'éther.

Elle se combine facilement aux acides, en donnant des sels blancs, généralement solubles et cristallisables. Ces sels se colorent assez vite en rouge violacé, au contact de Tair, surtout lorsqu'ils sont humides.

Oxy naphtyiamine de M. Dtésari. — Ce corps, formé par l'action des agents réducteurs énergiques sur l'acide ni-r troxynaphtalique est une base faible qui ne peut exister en liberté sans se colorer rapidement. Au contact des alcaUs en excès, elle prend une couleur noir-verdètre. Elle se combine avec les acides énei^ques, et forme des sels, souvent cristallins, qui se colorent à l'air.

Chauffée avec un excès de potasse caustique, elle dégage de l'ammoniaque en se dissolvant, et donne une liqueur colorée en vert intense; les acides en précipitent un acide rouge violacé. Les nitrites alcalins, en contact avec la solution de chlorhydrate d'oxynaphtylamine, déterminent un abondant dégagement d'azote et la séparation de cristaux incolores.

Dérivés colorés de la naphtyiamine, — Les sels de naph-

tylamine sont très-sensibles à Taction des agents oxydants. M. Piria (1) a obtenu le premier, en soumettant leurs solutions à l'influence du perchlorure de fer, du chlorure d'or; du nitrate d'argent, du bichromate ou du manganate de potassium, une matière colorante dont la ,teinte varie du bleu indigo au pourpre, suivant le mode de préparation. Celle-ci se précipite et peut être séparée des substances étrangères par un simple lavage à l'eau. Ainsi par l'action du chlorure ferrique sur une solution aqueuse de chlorhydrate de naphtylamine, on forme une naphtaméine, c'est le nom donné par M. Piria à ce produit, légère, amorphe, d'une couleur pourpre foncé, semblable à l'orcéine.

La naphtaméine est insoluble dans l'eau, les acides et les alcalis caustiques, peu soluble dans l'alcool, facilement §oluble dansl'éther. La solution éthérée est pourpre intense et dépose la matière colorante, par évaporation spontanée, à l'état d'une poudre amorphe.

L'acide sulfurique concentré et froid dissout la naphtaméine avec production d'un liquide bleu indigo très-foncé. L*eau reprécipite la matière colorante. Elle «e dissout également en violet dans l'acide acétique. Cette solution, qui h*est pas troublée par l'eau, peut servir à la teinture et à l'impression, mais les nuances sont médiocres et manquent de vivacité et de brillant (2).

La solution acétique de naphtaméine est précipitée par presque tous les acides, les alcalis, les sels alcalins, terreux et métalliques. L'acide tartrique ne la précipite pas.

La composition de la naphtaméine n'est pas encore établie d'une manière certaine. M. Piria n'a pu obtenir de résultats concordants à l'analyse. M. H. Schiffl (3) la représente par la formule C'^H^AzO, tandis que M. Piria admet la perte d'hydrogène et l'élimination d'ammoniaque.

(1) Ann, de phys, et de chimie [3], XXXI, p. 217.

(2) PerkÎD, Chem. News, 1861, n» 79, p. 35?.

(3) Cfiemic. Gaz., 1859. p. 211.

MATIÈRES COLORANTES ORGANIQUES ARTIFICrELLES. 4 1

La naphtaméine est réduite par les agents désoxydants et le dérivé se réoxyde au contact de Tair (1).

Un mélange de chlorhydrate de naphtylamine et d'azotite de potasse donne immédiatement un précipité rouge-brun qui, lavé, séché' et dissous dans l'alcool, se présente, après évaporation à siccité, sous forme d'une poudre cristalline rouge foncé avec des reflets verts métalliques.

La nitrosonaphtyline formée ainsi a été découverte et étudiée par MM. Perkin et Church (2), elle représente de la naphtylamine dans laquelle l'atome d'hydrogène est remplacé par AzO.

C*<>H«Az 4- ^^^ \ O^CioH«Az«0 + Jj jo

Naphtylamine. Ac. azoteux hydraté.

La nitrosonaphtyline se dissout dans l'alcool et la benzine en rouge orange; l'eau la précipite de sa solution alcoolique en flocons de couleur écarlate. Elle est insoluble dans l'eau et les acides étendus, soluble en pourpre bleuâtre dans l'acide sulfurique concentré. Les alcalis ne l'altèrent pas.

Lorsqu'on ajoute un acide à la solution alcoolique, celle-ci acquiert immédiatement une coloration violette magnifique, pouvant rivaliser avec les plus beaux violets d'aniline ; mais l'addition d'un alcali ramène la teinte orange primitive.

On peut former la nitrosonaphtyline sur tissu, en imprimant une solution aqueuse épaissie de chlorhydrate de naphtylamine et en passant après dessiccation dans un bain de nitrite alcalin. La teinte rouge-orange obtenue ainsi ne résiste pas au savon bouillant.

Une solution alcoolique teint le lin et le coton en orange.

La soie se teint en très-beau violet dans un bain de nitrosonaphtyline acidulé avec un acide énergique (sulfurique,

(1) Béperf. de chim. appliq,, t. IH, p. 345.

{2) The Quart Joum, ofChem. Soc.^ avril 1856, p. 1.

chlorhydriquc), mais la nuance passe au rouge-orange par un simple lavage à l'eau.

D'un autre côté, on ne peut sécher la soie sans la later, car elle serait in&îUiblement brûlée ou affaiblie par Tacide libre.

Tous les essais tentés jusqu'à présent, pour utiliser cette matière colorante si facile à préparer, ont échoué.

Si, au lieu de mélanger à froid le sel de naphlylamine et le nitrite, an chauffe le liquide, il se dégage beaucoup d'azote et l'on obtient une masse poreuse, légère, brune, insoluble dans l'eau. Celle-ci cède à l'alcool ou à l'éther une certaine quantité de nitrosonaphtyline, et il reste un résidu volumineux, brun-noirâtre, semblable à de Fulmine, insoluble dans tous les dissolvants, dans les acides et dans les alcalis.

L'acide sulfurique concentré seul la dissout, avec une coloration bleu indigo foncé ; l'eau précipite de nouveau le produit non altéré. Convenablement purifié par des disselutions'dans Tacîde sulfurique concentré et des précipitations par l'eau, le corps a fourni à Tanalyse des nombres qui conduisent à la formule C*^H^O*. Ce serait d'après cela un isomère ou un polymère de Fhydrure d'^oxynaphtyle (1).

On a en effet :

NaphtuLmJae. Ac. oxysaphtalique.

Malgré de nombreux efforts tentés dans cette direction, on n'est pas arrivé à transformer la naphtulmine, par voie d'oxydation, en un dérivé intéressant.

Cette matière colorante brune peut être formée directement sur tissu, mais les teintes obtenues ne sont pas assez belles, ni les procédés de fixation assez commodes, pour que l'on ait cherché à l'appliquer.

(Ij Schûtzenberger et Willm, Comptes rendus, t. XLVI, p. 8d4^ 1»58.

MM. Scheorer-^Kestmar et P. Richard (1) ont étudié, dès 1860, Tactioiï caercée sur la naphtylamine sèche, par les agents qui transforment l'aniline en rouge^ tekquedeutocMorure d'étaîn, acide azotique, azotates, acide arsénique. Ces réaclife appliqués à la naphtylamine produisant des matièrescoloraûtes plus ou moinsrouges, plus ou moins bleutées .

Nnphtylamme et deutochlorure (Tétain. — On fond un mélange de 8 à 10 parties de naphtylamine et de 3 à 4 parties de deutochlorure d'étain anhydre, on le maintient en ébuUition pendant quelques minutes. On obtient ainsi une masse fortement colorée qui se solidifie par le refroidissement.

En traitant par Teau bouillante alcoolisée la matière ainsi formée, il s'en sépare une résine brune et le liquide se colore en rouge; il suffit d'y ajouter un peu de carbonate de soude ou de sel marin pour précipiter la matière colorante à l'étet de pâte.

Cette matière redissoute dans l'eau bouillante, teint la laine et la soie en yiolet rouge.

Naphtylamine et acide azotique ou azotates, t— Lorsqu'on mélange la naphtylamine avec de l'acide azotique ayant une densité de 1,35 à i,40 et qu'on chauffe au bainmarie, une belle coloration bleue se forme ; celle-ci disparaît en grande partie pendant le refroidissement ; mais si l'on a soin d'élever le mélange à 140 ou 150% il prend une couleur de plus en plus foncée, et^ on obtient une masse pâteuse, qui abandonne à l'eau bouillante acidifiée par un peu d'acide acétique une matière d'un rouge violet, en même temps qu'il s'en sépare un corps brun d'un aspect résineux. On filtre la dissolution et on la précipite par le sel marin ; il s'en sépare ainsi une matière floconneuse, violette,' soluble dans l'alcool et l'acide acétique et que les alcalis concentrés paraissent détruire.

Cette matière colorante, dissoute dans de l'eau aiguisée

(1) Bulletins de la Société industHeiie de MuUmue^U XXXI, p. ^24.

d'acide acétique, donne sur la soie et la laine une nuance analogue à celle obtenue par Faction du bichlorure d'étain sur la naphtylamine.

La préparation de cette matière colorante au moyen de l'acide azotique est difficile à diriger, vu qu'une décomposition complète survient à une température peu au-dessus de celle qui est nécessaire pour développer la couleur.

L'opération est beaucoup plus facile avec le nitrate de mercure, la réaction s'opère déjà au bain-marie ; le sel de mercure est réduit, et du mercure métallique se retrouve au fond de la capsule dans laquelle on opère. Au bout de quelques minutes la transformation est faite, on obtient une masse noire qui, traitée par l'eau alcoolisée ou par l'acide acétique bouillant, cède à ces véhicules la matière colorante.

Ces différentes méthodes donnent, avec la naphtylamine, des nuances plus ou moins bleutées. En employant un excès de naphtylamine ou en faisant bouillir le violet avec cet alcaloïde, on peut faire varier les nuances du rouge violet au bleu gris, comme pour Taniline.

Les acides énergiques n'exercent pas d'action sur les rouges de naphtylamine. Ceux-ci se dissolvent dans l'acide sulfurique monohydraté , en produisant une dissolution vert-émeraude ; l'eau les en précipite sans altération.

Cette réaction permet de distinguer les rouges de naphtylamine des rouges et violets d'aniline. Il suffit, à cet effet, de dissoudre la matière colorante dans l'alcool, et d'y ajouter un peu d'acide sulfurique ou chlorhydrique.

Ces deux acides bleuissent le violet d'aniline et jaunissent les rouges de rosaniline, tandis qu'ils sont sans action sur ceux de naphtylamine.

M. du Wildes(l) a également signalé la formation d'un violet par l'action du nitrate de mercure sur la naphtyla-

(1) Répertoire de chimie appliquée^ 1861, p. 172.

mine. Il est soluble dans Talcool, Téther et Tesprit-de-bois, insoluble dans Teau et les huiles de houille.

En chauffant entre 230 et 280*" un mélange de chlorure d'étain et de chlorhydrate de naphtylamine, M. Roussin obtient une masse foncée, qui, épuisée par Teau bouillante, cède à Talcool une matière colorante rouge violacé très- Intense, avec laquelle on peut teindrela laine et la soie. Cette couleur, d'après Fauteur, est inaltérable h l'air, à la lumière, aux acides et aux alcalis,

M. E. Kopp donne, en général, le nom de naphtaméines aux dérivés colorés de la naphtylamine. L'histoire chimique de ces corps est encore à faire.

Ce sont là des questions un peu délicates, et qui méritent d'exercer la sagacitédes jeunes chimistes désireux d'entrer dans la voie des travaux originaux.

Ces couleurs offrent une grande analogie avec celles qui dérivent de Taniline, et peuvent, par conséquent, être appliquées par des procédés semblables. D convient, cependant, d'observer que leur solubilité, surtout celle dans l'eau, est beaucoup moindre. La fixation sur laine ou soie est facile ; pour le coton, on fera intervenir l'albumine ou ses congénères.

BINITRONAPHTALINE. •

Ce corps offre beaucoup d'intérêt à cause des matières colorantes, assez remarquables, qui en dérivent.

Laurent (1) le prépare par l'ébuUition de la naphtaline avec de l'acide nitrique concentré. On ajoute la matière organique par petites portions et tant qu'elle se dissout. Par le refroidissement, on obtient des aiguilles qu'on lave à l'acide nitrique et à l'eau.

M. Roussin (2) opère à peu près de même, en employant

(1) Annales de physique et de chimie 1 1. LIX, p. 381.

(2) Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. LU, p. ,698.

46 TRAITÉ DES MATIÈRES CXKjOftANTES.

1 partie de naphtaline pour 3 à 4 parties d'acide azotique fumant. Par le refroidissement, le liquide se prend en masse. Ou laisse égoutter et on lave. Le produit ainsi préparé est presque pur.

M. Troost (1) commence par former la mononitronaphta- Une, en traitantla naphtaline par de Tacide nitrique à 44'' Baume et refroidi. La matière cristalline égouttée est traitée par Tacide azotique fumant à SO"» Baume et froid. Elle s'y délite comme la chaux vive dans Teau «t se prend comioe en une niasse cristalline homogène, jaune-citron pâle.

On peut aussi, d'après M. Persoz, mélanger 2 équivalents d'acide nitrique concentré avec un excès d'acide sulfurique; y introduire 1 équivalent de naphtaline et chauffer.

La binitronaphtalineest solide, jaun&tre , fusible à iSS**, difficilement volatile, insoluble dans Teau, peu soluble dans l'alcool et Téther. Une élévation, brusque de température la décompose. Elle se dissout dans une solution alcoolique de soude; la liqueur devient rouge, puis brune lorsqu'on chauffe, et dégage de l'ammoniaque. En saturant la potasse par l'acide nitrique, on précipite un acide bruiae-noirfttre, floconneux, insoluble dans l'alcool et l'éther, et dont les eeb bruns font explosion par la chaleur (acide nitronajAitalôsique).

La binitronaphtaline se dissout dans l'alcool saturé d'ammoniaque, en formant un liquide cramoisi foncé qui, traité par l'hydrogène sulftiré, donne deux produits ; la ninaphtylamine C*oH«Az^, et l'azonaphtylamine C^-^^H^^Ae^

La nînaphtylamine s'obtient le mieux (2), en faisant passer un courant d^hydrogène sulfuré à travers une solution de binitronaphtaline dans de l'alcool ammoniacal concentré et bouillant. Au bout de deux à trois heures, on acidifie par l'acide sulfurique étendu , on fait bouillir et on filtre. Le sulfate de nînaphtylamine cristallise par refroidisse-

(1) Bulletin de la Société chimique de l'aris^ 1861 , p. 74.

(2) Gh. V^^ood et Hofmann. Réperf, de chimie pure, t. I, 1869, p. &lâ.

MATIÈRES Cûli»ANTES ORGATilQUES ARTIFICIELLES. 47

ment et se purifie par plusieurs cristallisations. L'ammoniaque fiait virer sa soiuiion au louge caramin et précipite la base.

Elle se présente sous la forme d'une masse légère, floconneuse, formée de petits crisiaux aciculaires. Peu soluble dans l'eau bouillanlie, fadtement soluble dans Taioool et Téther , elle donne les liquides oranges qui communiquent à la soie une couleur rocou.

Des essais de teintures n'ont pas donné à M. Perkin (1), de résultats intéinessants. La solution de •dinijf3'onaphtaline dans l'alcool ammoniacal chauffée avec du sulfate d'ammonium passe au rose fenoé trè&*riehe et très-brillant (2).

M. Troost a étudié, en 1660, l'action des rédudeurs al^ câlins sur la bînitponaphtaliine. Il est arrivé à des irésultats intéressants, mais dont la pratique n'a pas encore tiré parti, malgré de nombreux essais tentés à Mulhouse (3). Ainsi par les sulfures, poly sulfures, sulfhydrates de sulfares, cyanures, sulfocyanures alcalins, ce chimiste a produit des couleurs rouges, violettes et bleues ; l'une de ces couleurs, obtenue par l'action des sulfhydrates de sulfures alcalins sur la binitronaphlialine, est Yiolette, précipitable sans altération parles acides étendus, soluble -dans les akatis, les sulfures et les carbonates alcalins. Elle prend sur des étoffa sans mordants et se dédouble, par des opérations convenables, en rouge et en bleu. 11 oonvieiiit de ne pas laisser agir l'akali libre sur la binitronaphtsdine, ava«it le réducteur, il se produirait une matière brune qui souilterait le vioJet.

Les protosels d'étain, dissous dans la soude, réagissent aussi facilement que les sulfures (4)« A froid, la transformation exige quelques heures; au bain-marie, dfes que la température atteint 80% l'opération est terminée. Le liquide est

(1) Cheminai News, 1861, p. 362.

(2) Carey-Léa, Amer, Joum,, 1861, t. XXXH.p. 213.

(3) Bulletin dt la Société chimique, 1861, p. 74.

(4) Oomptes rendus "de fAcadémie des sciences^ LU, p. 96|. M. Rottssin.

jeté sur un filtre et le précipité lavé jusqu'à épuisement de toute matière soluble. Il reste sur le filtre une poudre bleueviolette qui se dissout facilement dans l'alcool. La solution d'un violet très-riche teint les fibres animales. Cette couleur résiste à l'eau, aux solutions alcalines et aux acides même énergiques ; elle ne paraît pas être altérable à la lumière.

D'après M. Tichborne, on peut remplacer le sel stanneux par un sel ferreux. Une dissolution concentrée et bouillante de cyanure de potassium réagit énergiquement. La liqueur devient d'un rouge brunâtre. On délaye la masse dans l'eau et on lave. Il reste une poudre soluble dans l'eau bouillante et dans l'alcool, qu'elle colore en bleu foncé teinté de vert. Ces liquides peuvent servir à la teinture. Le bleu associé à la binitronaphtalinequi est jaune donne de brillantes teintures vertes.

De toutes les réactions colorées fournies par la binitronaphtaline , la plus remarquable est celle qu'a observée M. Roussin, en réduisant le corps par le zinc en présence de l'acide sulfurique concentré et porté à une température de 200"" ; dans ces conditions on donne naissance à une matière colorante rouge, non azotée, qui, par ses allures générales, se rapproche beaucoup de l'alizarine et des pigments de la garance.

Cette analogie lui a valu le nom de naphtazarine, qui rappelle en même temps l'origine du corps.

Voici comment M. Roussin prescrit d'opérer (1) :

On fait un mélange de binitronaphtaline et d'acide sulfurique concentré, dans une- capsule en porcelaine spacieuse, chauffée au bain de sable. Lorsque le liquide atteint 200° et que la binitronaphtaline est dissoute, on y projette de la grenaille de zinc. Il se dégage de l'acide sulfureux et la masse prend une teinte de plus en plus rouge. Lorsqu'une

(1) Comptes rendus de V Académie des sciences^ t. LU, p. 1034.

goutte du liquide versée dans l'eau y développe une belle couleur rouge violacé, on peut arrêter la réaction. Celle-ci est quelquefois très-énergique, si l'on emploie trop de zinc à la fois, et si l'on ne surveille pas bien la marche du thermomètre; l'acide sulfurique entre alors en ébullition, des torrents de vapeurs blanches s'échappent de la masse qui déborde, et le rendement en matière colorante est notablement diminué. M. Tichborne(l) recommande de chauffer l'acide sulfurique seul à 200**, avant d'y ajouter la binitronaphtaline, on évite ainsi une perte par volatilisation. Le zinc est ajouté au mélange par petites portions et dans un grand état de division. La réaction qu'il provoque suffit pour entretenir la température à 200**, il convient donc d'enlever le feu. Le liquide rouge est versé dans 8 à 10 fois son volume d'eau, l'on porte à l'ébuUition et l'on filtre. La solution rouge dépose la matière colorante par refroidissement,, sous forme d'une gelée rouge, quelquefois adhérente au vase, quelquefois en suspension dans le liquide. Cette gelée est formée de cristaux aiguillés filiformes. L'eau mère est encore fortement teintée de rouge.

Outre la matière colorante rouge, soluble dans l'acide sulfurique étendu et bouillaiit, il reste une quantité plus ou moins abondante d'une subst^ince pulvérulente noire, ulmique. M. Tichborne isole la naphtazarine en extrayant le produit de la réaction par l'eau bouillante, filtrant, saturant exactement par une solution de soude. Le précipité bien égoutté est épuisé par l'esprit-de-bois.

Dans l'expérience de M. Roussin, on peut remplacer le zinc par une foule d'autres réducteurs, tels que : fer, étain, soufre, charbon, etc. M. J. Persoz (2) a même feit remarquer qu'il est possible d'arriver au même résultat sans réducteurs. Il suffit de chauffer à 300** le mélange d'acide sulfurique et de binitronaphtaline ; on peut facilement suivre la marche de

(1) Chem. news, 1861, p. 197.

(2) Comptes rendus de V Académie, t. LH, p. 1 178.

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