‹ Traité des matières colorantes (volume 2)Chapitre 91 sur 110 · MATIÈRES COLORANTES JAUNES DES LICHENS · texte numérisé non relu

MATIÈRES COLORANTES JAUNES DES LICHENS

MATIÈRES COLORANTES JAUNES DES LICHENS (l).

Acides chrysophanîque, ^ulpique (chrysopîcriTie),usnique.

Nous avons vu plus haut que certains lichens renferment des acides incolores, susceptibles de.se colorer en pourpre sous la double influence de l'ammoniaque et de Taii*. D'autres lichens contiennent des matières colorantes jaunes toutes formées.

Ainsi Herberger, Rochleder et Heldt ont extrait du lichen des murailles [Parmelia parietina) un acide jaune, l'acide chrysophanique, qui se rencontre aussi en abondance dans la racine de rhubarbe {rheum palmatum)^ ainsi que dans le rumex patientiœ et le rumex obtusifolius.

Ce même parmelia parietina a fourni à Stein un principe jaune (chrysopicrine), identique avec l'acide vulpique retiré par Mueller et Strecker du lichen de Norwége [cetraria vulpina^ evernia vulpina), et par MM. BoUey et Kinkelynde ïevemia vulpina des Alpes.

Enfin l'acide usnique trouvé par Knop, Rochleder et Heldt dans Vusnea florida^ Vusnea hirta^ Yusnea plicata^ Vusnea barbata^ le cladonia rangiferina^ le parmelia purpuracea^ le ramolina cahcaris^ etc., complète la liste des substances jaunes, assez voisines les unes des autres, fournies par les lichens.

La matière jaune que M. Picard (2) retire des bourgeons de peupliers {populvs nigra, popuhis pyramidalis)^ V acide chrysiniqne^ se rapproche de l'acide vulpique.

Les acides jaunes des lichens étant très-peu solubles dans l'eau, solubles dans les alcalis, dans l'alcool et dansl'éther, au sein desquels ils peuvent cristalliser, le procédé d'extraction

{\)Ânnalendev Chem, vnd Pharm,, XLVIII, 12, 97 ; L, 215; XLIX, 103; LUI, 262; CXIII, 50. — Journ, fur prakL Chem., XGI, 100; XCIII, 366. — Schweitz, Polytech. Zeitsch,, IX, 134. — Bulletins de la Société chimique, 11, 145; III, 142,21)8.

(2; Journal fur praktische Chemie, XCIII, 369.

est tout tracé. On traite le lichen par une eau alcaline, on précipite par un acide. Le précipité est dissous dans Talcool ou Téther, et le liquide est abandonné à cristallisation.

Acide chrysophanique^ rumicine^ acide rhubarbarique^ lapathine {{). Formule C*®HW. Aiguilles jaunes; se colore en rouge par Tacide nitrique, — soluble en rouge dans Tacide sulfurique concentré. La solution potassique, qui est rouge, évaporée jusqu'à un certain degré, dépose des flocons bleus, solubles en rouge dans Teau. La chaleur le décompose avec production d'un sublimé jaune floconneux. Avec le chlorure d'acétyle, il donne un dérivé acétique, C^

Acide vulpique-chrysopicrine. Peu soluble dans Teau froide ou chaude, soluble dans 588 parties d'alcool froid, et 88,3 parties d'alcool bouillant, soluble dans l'éther, fusible à 110% se sublime à 120" en paillettes brillantes, soluble en jaune d'or dans les alcalis ; cette liqueur est inaltérable à l'air. Le chlorure de chaux donne une matière huileuse et une résine rouge. Il cristallise en aiguilles.

Formule, d'après M. BoUey, Ci^H^W.

Il ne donne pas de bons résultats en teinture.

Acide usnique. Paillettes jaunes, insolubles dans l'eau, peu solubles dans l'alcool bouillant, solubles dans l'éther et les alcalis. Les liqueurs alcalines se colorent, à l'air, en cramoisi et en noir. Il donne de la bêta-orcine, par la distillation sèche et par l'action des alcalis fixes.

Composition probable Ca^H^^O^.

L'acide chrysiniquCy signalé plus haut, n'offre pas d'intérêt.

Jusqu'à présent, l'industrie ne tire aucun parti de ces matières colorantes.

(1) Ann. ffer Cfiewie, CVU, 324. — Répertoire de chimie pure, IV, . — Journal fùrprakt. C hernie, LXXXIV, 430*.

IIOCOU. 495

Acide gentianigue.

La racine de gentiane {{) renferme un acide jaune, cristallisable en aiguilles, très-peu soluble dans Teau, soluble dans Talcool et Téther. Il forme avec les alcalis des sels jaune d'or, cristallisables. L'acide nitrique le transforme en une substance verte, insoluble, qui semble être l'acide nitro-gentîanique.

ROCOU. r^ BIXINE. — ORLÉANS. — ANNOTTE.

Le produit commercial est préparé avec la pulpe qui entoure les fruits du bixa orellana, (rocowjer), arbuste de la famille des Bixinées. Le rocouyer est exploité dans l'Amérique du Sud, dans la Guyane française, les îles des Indes Orientales (Antilles — Gayenne), au Mexique et au Brésil. La même tige fleurit deux fois dans l'année.

Le fruit est une capsule bivalve, munie de pointes molles. Lorsqu'elles ont atteint leur maturité, les capsules s'ouvrent sous la pression du doigt, avec une sorte d'explosion. Elles renferment des semences anguleuses au milieu d'une pulpe rouge, gluante.

A ce moment, on détache les graines de leur capsule, on les broyé grossièrement avec de l'eau, et l'on abandonne quelque temps à la fermentation ; au bout de plusieurs semaines, on passe au tamis. La matière colorante, d'abord en suspension, se dépose. La pâte épaissie par évaporation est mise dans des caisses, qu'on laisse encore sécher à .l'air.

Le rocou arrive en Europe sous forme de gâteaux, de 5 à 8 kilogr., enveloppés de feuilles de banane (rocou de Guyane), ou en pains entassés dans des fûts (rocou de Brésil), ou dans des boîtes en fer-blanc (rocou de Gayenne).

(1) Henry et Caven ton, Jourrii de pharm, tVll, 173. — haumert, Ann, der Chem. und Pharm., LXIÏ, 106.

Ce dernier produit est environ deux fois plus riche que le rocou ordinaire. Sa couleur est belle et son odeur agréable; il contient S pour 100 de matières minérales, et 67 à 70 pour iOO d'eau. (1). U est fabriqué à Gayenne depuis 1857 par M. Daubriac.

Dès 1848, M. Dumontel préparait avec beaucoup de soins, en remplaçant l'écrasement par le lavage, et en évitant toute fermentation, un produit très-pur, valant S à 6 fois la pâte ordinaire et donnant des nuances plus pures. U est vendu en forme de tablettes sous le nom de bixine.

Le rocou ordinaire a l'appparence d'une pâte homogène, grasse et onctueuse au toucher, d'une couleur rouge terne, plus vive à l'intérieur qu'à l'extérieur, d'une odeur désagréable, urineuse.

Il contient en moyenne :

Eau 72

Feuilles et subâtances étrangères diverses Tl

Matière colorante 6

Le rocou en pâte du commerce est souvent mélangé à des substances minérales rouges (ocres, colcothar, brique pilée). L'incinération donne les meilleurs renseignements à cet égard. A cet effet, on dessèche la pâte à 100*, puis on la brûle dans un creuset de platine. Les bons rocous ne donnent pas plus de 8 à 13 pour 100 de cendres jaunâtres.

D'un autre côté, le rocou peut être plus ou moins riche en matière colorante, suivant les soins apportés à sa préparation, et la quantité d'eau qu'il renferme. On apprécie celle-ci en desséchant à 100* un échantillon de 10 granmies et en déterminant la perte.

(I) Girardin, Mémoire sur la bixine, — Journ, de pharm. et de chimie, Wk, 174 [3). — Girardia, Mémoire sur les falsifications du rocou, -^ Journ. de pharmacie, caiiier de mars 1836.

La matière colorante se dose par, un essai de teinture sur coton ou sursoie. M. Girardin propose la marche suivante. Pour coton on prend :

Rocou séché à dOO"" et broyé . . • 5 grammes.

Sel de tartre (carbonate de potasse). ... 10 — Eau .^ 400 —

Pour soie on prend :

Rocou CjB

Sel de tartre 1 gramme.

Eau 200 grammes.

On chauffe les bains àrébullition, après y avoir plongé des éche veaux de 12 grammes, pour le coton, et 2 grammes pour la soie. Après 15 minutes d'ébuUition, on retire du feu, on laisse reposer une heure, on retire les écheveaux, on les tord et on les lave à grande eau, puis on les sèche à l'ombre. Cet essai, fait comparativement avec un type, permet de juger de la richesse.

Le rocou a été étudié chimiquement par MM. Chevreul(l), Boussingault (2), Kerndt (3), Picard (4), Bolley et Mylius (5).

Cette substance cède à Teau un principe jaune soluble dans ce véhicule et dans Talcool, insoluble dans Télher et susceptible de teindre en jaune les tissus mordancés àl'alun (orelline).

Le résidu renferme la principale matière colorante, la

(1) Leçons de chimie appliquée à la teinture»

(2) Anna/es de chimie et de physique [2], XXVHI, 440. (8) Jahresbericht de Liebig, et Kopp, 1849, p. 457.

(4) Schvoeitzerische Polytechnische Zeiischrifty ISSi. — Répert, de chimie appliquée, 1861,419.

(5) /rf^m.IX. 134.

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