II. ' Sî
bixine. Pour Tisoler, on peut suivre le procédéde M. BoUey.
Le rocou de Cayenne, lavé à Teau et séché, est épuisé par Talcool concentré et bouillant. Le liquide filtré est évaporé au bain-marie. Le résidu est misa digérer dans Téther qui en dissout facilement une partie. Ce qui reste est une poudre rouge-cinabre, fusible à 100°, soluble dans Talcool, insoluble dans Teau, irfaltérablé à 14o° et sous l'influence de TébuUition avec Tacide sulfurique étendu, soluble en jaune ou en orangé dans les alcalis et l'eau de savon.
M. Bolley donne à ce corps la formule C*HW qui manque de contrôle. Il n'a pas étudié le produit soluble dans l'éther.
D'après KerndtJ^ on obtient, çn évaporant le liquide éthéré, un résidu fusible à lOO"*, qui répond à la formule C*^ H**0, mais M. Picard considère ce produit comme impur, et proposa de^e débarrasser,dematièr.es grasses et huileuses, par une solution dans la soude.
La bixine impure est dissoute dans l'alcool, on ajoute de la soude, et l'on chasse l'alcool par l'ébullition. Le liquide est agité avec de l'éther qui enlève une substance molle, saturé par l'acide carbonique qui précipite un savon sodique. Enfin on neutralise par l'acide acétique; le précipité est repris par l'éther qui donne à Tévaporation une poudre amorphe rouge de sang, peu soluble dans l'éther et Talcool froid, soluble dans l'acool bouillant et dans la benzine. Ce produit diffère de celui de M. Bjllèy pir son infusibilitô à 100°. Peut-être n'est-ce qu'un corps altéré.
D'après Kerhdt, lorelline dériverait elle-même de la bixine, par une altération subie au contact de l'air et de l'eau.
L'acide sulfurique concentré dissout la bixine et le rocou en se colorant en beau bleu foncé.
On voit, d'après ce peu de données certaines, que l'histoire chimique de cette matière colorante est encore bien incomplète.
Applications. — Le rocou sert à la teinture et à Tîmpression des tissus, pour colorer les huiles, les graisses, le beurre, le fromage, les vernis et le cirage. Les sauvages de l'Amérique l'emploient pour s'en frotter le corps et pour teindre.
Les nuances rocou sont belles et vives, elles résistent bien aux acides et au savon. Le chlore n'a pas beaucoup d'action sur elles, mais elles sont très-peu solides à l'air et à la lumière.
Employé seul, il donne des nuances aurore ou orangé ; on l'utilise quelquefois pour rehausser d'autres couleurs (rouge, jaune, orangé, ponceau).
Pour teindre le coton avec cette matière colorante, on commence par la dissoudre dans le carbonate de potasse ou de soude. Le bain est porté à l'ébullition ou à 60"", et l'on y maintient le tissu ou les écheveaux pendant un quart d'heure, on exprime et on lave à l'eau légèrement acidulée.
On arrive à de meilleurs résultats en opérant avec du tissu stannaté et passé en sumac, et en neutralisant 1^ bain alcalin par l'acide sulfurique, de façon que la matière colorante, sans être précipitée, soit prête à céder à la moindre attraction émanée de la ûbre, et à abandonner son dissolvant.
Le rocou peut être fixé par impression.
La dissolution alcaline, dans la potasse caustique, est imprimée, le tissu est exposé à Tair, puis passé en acide faible, ou dans un bain faible d'alun ou de chlorure stannique.
Pour couleur vapeur, on peut se servir de la préparation suivante ou de toute autre analogue.
Lessive de soude caustique à i2<>. 8 litres. 6 lîfres.
Rocou en p&te 750 grammes. 5 kilogr.
Cuire pendant 10 minutes et ajouter :
Acide tartrique 90 grammes. 70 grammes.
Alun 350 — 1 kilogp.
Cette préparation s'épaissit à la gomme ou à Teau de farine. On imprime, on vaporise et on lave.
La soie se teint sans mordant, dans un bain chaud à SO", monté avec parties égales de rocou et de cristaux de soude, ou de cristaux de soude et de savon ; après Ty avoir manœuvrée un quart d'heure, la teinte aurore est virée à Torangé par un passage en jus de citron ou acide tartrique.
Vert de Chine. Lo-kao (1).
En 1848, M. Daniel Kœchlin Schouch signala, dans une toile de coton chinoise, une nouvelle matière colorante verte, ayant servi à teindre des fonds verts, d'une nature toute particulière et inconnue en Europe (2).
M. Persoz, ayant examiné un échantillon de cette toile qui lui avait été remise par M. Kœchlin, arrive aux mêmes conclusions. Il reconnaît que la couleur est d'origine organique, et qu'elle diffère de toutes celles connues en Europe.
Le premier échantillon de matière colorante, venu en Eu-
W) mTtgler*sPo/yicckn,Journ., CXXVI,238; CXLVI.CXLIX, 140; CLXV, 397. — Comptes rendus de CAca'fëmie des sciencesy XXXV, 558. — Bulletins de la Société (fencouragemetif^ LIV, 4l5 ; LV, 290. — Képertoire de chimie appliquée, I, 1 1, 75, 78, 370; II. 53; IV, 405. — Buehner's Kepertorium^ VIll, 69. — Bulletins de la Société industrielle de Mulh,, XXV, 96. — Notice du vert de Chine et de la teinture en vert chez les Chinois, par M. Natalis Rondot, suivie d'une Étude des propfiétés chimiques et tinctoriales du lokao, par M. J. Venoi et de Recherches sur la matière colorante dts nerpruns indigènes, par M. A.-F.Micbel. Paris, chez Lahureet O", 1858.
(2) Lettre de la chan.bre de commerce de Mu^liouse à M. le ministre da commerce, le 27 avril 1850.
rope, a été expédié à M. Persoz par M. Forbes, consul des États-Unis à Canton.
Bientôt, l'attention des teinturiers de Lyon et des Pays- Bas étant fixée sur ce nouveau produit, on ne tarda pas à en recevoir des quantités assez considérables, au prix de S33 francs le kilogramme.
Propriétés physiques (1).
Il est expédié sous forme de lames minces, voilées, de 0",001 à 6^,004 d'épaisseur, et de 0"',02 à 0"»,05 de côté. Elles sont bleues, avec reflets violacés ou verts, fragiles et difQciles à pulvériser, faisant pâte sous le pilon.
Propriétés chimiques.
Le lo-kaoou vert de Chine renferme de 21,8 à 33 p. 100 de cendres, composées en grande partie d'oxyde de fer, de chaux et d'alumine, 9,3 d'eau et 61,9 de matière colorante.
Il se décompose par la chaleur sans donner de sublimé.
L'alcool, l'éther, l'esprit de bois, le sulfure de carbone, sont sans action.
L'eau ne le dissout que partiellement, ou pas du tout, suivant la proportion de substances minérales qu'il contient. Dans tous les cas, il s'y gonfle et s'y délaye.
Action des acides, — L'acide acétique, les acides chlorhydrique, sulfurique, tartrique, étendus et froids, favorisent sa dissolution.
Sous l'influence de la chaleur, les acides énergiques font passer au brun-olive les dissolutions de lo-kao, en même temps qu'il se forme un dépôt gris de fer ; le liquide surnageant est alors jaune, et vire àl'orangépar les alcalis. L'acide sulfurique concentré le dissout en brun vineux.
Action des alcalis et des carbonates alcalins. — Les alcalis
U-) D*après H. Persoz, voir la Notice de M. Natalis Roûdot.
favorisent d'abord la dissolution de la matière verte ; mais, par un contact prolongé ou, plus rapidement, par rébullition, la couleur passe subitement au brun, en formant une nouvelle matière colorante, qu'on ne peut plus ramener au vert et qui se fixe sur coton mordancè. Les carbonates alcalins détruisent de même la couleur verte, si Ton opère à une pression de deux ou trois atmosphères.
Agents réducteurs. — Les acides réducteurs, tels que : phosphatîque, arsénieux,hyposulfureux, oxalique, formique, altèrent les solutions delo-kao, en donnant lieu à la formation d'un précipité pourpre violacé. L'acide sulfhydrique lui donne une couleur rouge sanguine intense. Sous l'influence de l'air, le liquide revient au vert primitif, en passant par une série de nuances intermédiaires.
Le sulfure ammonique réduit et dissout énergiquement le lo-kao. Le chlorure stanneux acide le dissout en fortes . proportions et fait passer sa couleur au rouge sanguin. Cette dissolution n'a besoin que d'être saturée par une base puissante ou par un acétate alcalin, pour qu'après une expositition à l'air, le vert se trouve régénéré.
Agents oxydants. — Les acides oxydants (nitrique, cblorîque, iodique, chromique, etc.)détrui$entle vert de Chine. Le liquide passe par une série de teintes intermédiaires, jusqu'au rouge ou au rose.
Le rouge, ainsi formé par oxydation, n'est pas le même que celui que donnent les réducteurs ; car il ne peut plus régénérer le vert comme ce dernier.
Sels. — Un certain nombre de sels, phosphates, pyrophosphates, borates, margarales, oléates, stéarates alcalins, favorisent la dissolution du lo-kao. Les sels de zinc et de magnésium font passer au bleu pur la couleur verte de ce produit.
Le nitrate d'argent, le cyanure rouge, en présence d*un alcali, oxydent la matière colorante.
Celle-ci possède, à l'égard de certains oxydes métalliques
MATIÈIUBS COLORAKTES VERTES. 50 3
(chaui, oxyde de fer, etc.), un tel pouvoir masquant^ que Ton n'arrive à déceler leur présence qu'en détruisant la matière organique par Tincinératlon.
M. Persoz considère le lo-kao comme une laque calcaire, magnésienne et ferrugineuse, mélangée à du phosphate d'alumine, partiellement soluble dans Teau. INonne le nom de cyanine à lu matière colorante pure, débarrassée, par un traitement convenable, des substances minérales qui Tac-* compagnent. Ce principe est bleu et ne contient pas dfazote.
M. Persoz propose de purifier la laque comnjieifciâle, avant de remployer, par l'un des deux procédés feuivaitts : -
l"" On dissout le lo-kao dans une solution satutée de car^ bbnate de potasse. On laisse éclaircir, et Ton ajoute de Tëâu à la partie limpide. Au bout d'un certain temps, il se forme un précipité verl' qui, lavé et égoutté, peut être employé avec- succès à la teinture et à Timpression. .
2* Le lokao gonflé à l'eau est broyé avec une fois et demi son poids d'acide acétique. On étend de cinq partksd'eàù, on filtre et on ajoute de l'ammoniaque qui'pfécipite une laque plus riche que le produit primitifi
On peut préparer une laque alumineufie en- précipitant, par un carbonate alcalin, une solution delo-kao additionnée d'alun ; ou bien en ajoutant un sel d'alumineiàune solutiosi de lo-kao dans le carbonate de soude.
Ou bien encore, en chauffant une solution alunée rendue basique par l'un des moyens conçus.
Le chlîôrui^e double d'étain (maximum) et d'ammoniaque donne avec une solution aqueuse ou acétique de lo-kao. un beau précipité bleu, si l'on a soin d'ajouter de l'acétatp de sôude^
Le précipité pourpre violacé, obtenu par l'action des acides réducteurs (arsénieux, formîque, etc.), se dissout dans l'acétate de chaux, et la dissolution dépose, au bout d'un certain temps, une poudre bleu foncé, virant au 'violet.
Origine et préparation du lokao en Chine. — Il résulte
de renseignements fournis sur les lieux mêmes de la fabrication, et recueillis par le P. Hélot, MM. Montigny, Edan, Ârnaudtizon, Fortune, Rémi, Edkins, etc., et des études botaniques faites par M. Decaisne, d'après des dessins et des échantillons envoyés,que le lo-kao exige,pour sa préparation, le concours de deux plantes ; Tune est le rhamnus utilis ou hong^pi-lo-chou; l'autre le Rhamnus cklorophorus ou pé'pi'-lo^chou. De ces deux variétés de nerpruns, Tune serait cultivée et l'autre sauvage ; mais on n'est pas d'accord pour savoir laquelle des deux est cultivée. Le hong-pi-lo-chou ou hom-bi-lo-za donnerait une teinte plus forte et plus ferme, mais sans lustre ni reflet, tandis que le pé-pi-lo-chou ou pabi-lo-za donne une teinte faible, mais d'un reflet magnifique.
On trouvera dans la notice citée de M. Natalis Rondot deux dessins représentant, en grandeur naturelle, les rameaux des rhamntis utilis et cklorophorus^ ainsi qu'un tissu chinois teint en vert de nerprun.
Pour faire comprendre la préparation dulo^kao, nous devons d'abord dire comment on pratique, en Chine, la teinture de la toile au moyen des nerpruns. C'est, en effet, en détachant mécaniquement l'excès, la surcharge de matière colorante fixée, que l'on obtient la substance.
Procédé usité à A-zé^ d après le P. Hélot.
L'écorce fraîche de hong-pi-lo-chou, d'abord bouillie, reste infusée pendant deux jours ; l'infusion de l'écorce fraîche de pé-pi-lo-chou dure dix jours. On opère avec deux bains séparés, on ajoute de l'eau de chaux à l'un et à l'autre. On plonge les toiles sept à dix fois dans le bain de hong*pi, ensuite trois fois dans celui de pé-pi ; on fait sécher après chaque immersion. On étend la toile à la tombée de la nuit, mais l'action du soleil est indispensable. La toile n'est teinte que du côté qui a été exposé au soleil. Ce qu'il y a de remai^
quable, en effet, dans les toiles teintes en Chine, c'est qu'elles offrent un endroit d'un vert intense et un côté opposé trèsfaiblement coloré.
Cette apparence^taît de nature à dérouter même des observateurs aussi perspicaces et aussi habiles que M. Persoz.
« Les Chinois, dit-il, font croire au P. Hélot que c'est par de nombreuses immersions dans les infusions d'écorces qu'on parvient à teindre le calicot en vert. Or., tous les spécimens ont un endroit et un envers, caractères qui démontrent clairement que la couleur a été déposée d'un seul côté, soit par le couteau, soit par la brosse ou tout autre moyen mécanique. »
Et plus loin : « Il suffit d'exposer ces calicots verts au soleil pour se convaincre, par l'altération qui se manifeste dans la couleur, qu'elle n'a pu être formée et fixée dans de pareilles conditions. » Nous verrons, tout à l'heure, que les travaux de M. Michel sur les nerpruns indigènes, expliquent parfai-r tement ce que les données du P. Hélot semblaient offrir d'extraordinaire et de contradictoire avec les faits observés.
Quoi qu'il en soit, une toile de coton, ayant été teinte par une série d'immersions dans les infusions d'écorce et séchée sans avoir été passée à l'eau claire, on la plonge et on l'agite à plusieurs reprises dans l'eau froide.
Les eaux de lavage sont réunies dans une chaudière. On étend un lit de fils de coton à la surface de l'eau, et l'on porte à l'ébuUition. Durant TébuUition, la matière colorante en suspension se dépose sur les fils. On continue, en mettant dans la chaudière de nouvelle eau de lavage, jusqu'à ce que les fils soient suffisamment chargés. Oii les lave alors dans l'eau claire et froide, en les frottant dans les mains. Le lo-kao se détache et se précipite. Le précipité bien lavé, et à l'état de pâte très-fine, est étendu sur une feuille de papier fin qui repose sur de la cendre ; on le fait sécher d'abord à l'ombre, puis au soleil. La couche de lo-kao se détache du papier, se bossue en séchant, et se brise en petites lames ir-
régulières, minces, légères, dures, ayant un beau reflet.
Il faut, généralement, un Ut de fils de coton du poids de 3^,620, pour épuiser les eaux de lavage de 300 pièces de toile. Quarante pièces donnent 37^',8 de lo-kao. Chaque kilogramme représente 1060 pièces de toile teinte. On comprend, d'après cela, le prix élevé de ce produit. En effet, suivant le Pt Hélot, les cinq fabriques d' A-Zé n'ont pu arriver h livrer ensemble plus de 18 à 24 kilogrammes par an.
M. Michel de' Lyon a appliqué le procédé ohiDois décrit par le P. Hélot, en se servant de Técorce de nerpruns indigènes. G^est le nerprun purgatif ou catharticùs qui lui a donné les meilleurs résultats. Par des immersions successives dans une infusion d'écoree^ suivies; d'une exposition sur pré pendant la niiitet une partie de la matinée, jusqu'à ce que l'étofleait été sèche, il est arrivé à .réaliser une nuance violetée assez intense qui passe au vert dans uâe dissolution bouillante, et faible d'alun. Ge <bain dissout le jaune et le fauve qui altéraient la nuance. Le vert ainsi formé, sans jouir de l'éclat et de l'intensité de ceux teints en Chine, en offre cependant toutes les réactions* Il n'est donc pas possible de nier la similitude ou plutôt l'identité de ces deux couleurs. Ce qui les rapproche encore, c'est le caractère commun aux deux tissus de présenter un envers peu coloré.
Les étoffes teintes par M. Michri ne l'étaient que du côté exposé à la lumière diffuse.
Il existe donc dans ces nerpruns une substance, non encore isolée, incolore et jouissant de la remarquable propriété de se colorer en vert, sous, l'influence de la lumière blanche du ciel.
Il est inutile de dire que ce phénomème industriel rappelle les colorations vertes des plantes elles-mêmes. Tout le monde sait, en effet, que les bourgeons formés danà l'obscurité d'une cave, sont blancs et se colorent assez rapidement en vert, lorsqu'on donne accès aux rayons solaires, ou
à la lumière diffuse. Le concours de Toxygène est-il indispensable dans cette transformation, c'est ce qu'il est impossible de décider dans l'état actuel de la science.
i" Procédés chinois. — Les Chinois développent la nuance verte sur tissu, soit en partant des nerpruns eux-mêmes ; dans ce cas, le tissu offre, comme nous l'avons déjà dit, un envers et un endroit; soit eh se servant de la préparation connue sous le nom de lo-kao ; la piëee est alors également teinte sur ses deux surfaces. Cette différence s'explique facilement d'après les recherches de M. MieheL Dans le premier cas, en effet, on fixe une matière incolore ettolorable qui n'acquiert une nuance que du côté exposé à la lumière ; dans le second, au contraire, le bain est monté avec une matière colorante toute forméet et qui n'aura pas plus de tendance à se porter d'un côté ou de l!autre.
a. Sur coton. — Nous avons déjà donné la méthode suivie à A-Zé pour les toiles spécialement destinées à la préparation du lo-kao.
Si Ton n'a en vue que la teinture avecl'écorce de nerprun, on peut suivre les procédés que voici :
a. Procédé de Khia-tchéoufou. — On fait bouillir l'écorce fraîche de pé-pi-lo-choo, on ajoute 63 grammes de potasse chinoise par 100 kilogrammes de liquide, et Ton plonge les toiles deux ou trois fois dans le bain ; on fait sécher au soleil après chaque immersion. Dans le Chan*toung, on emploie l'alun, au lieu de chaux ou dépotasse.
ô. Procédé dEmou-ï^ daprès M. Sinclair. — On met l'écorce de lo-tsé dans l'eau chaude, on fait bouillir pendant une heure, on ajoute de la potasse et de l'alun, on décante et l'on filtre; on laisse reposer pendant la nuit; on plonge les pièces dans le bain, on les étend sur le sol, à l'air libre, pour les faire sécher, mais le matin, aux heures où le soleil
est le moins ardent. On a soin de mettre Tenvers de l'étoffe sur le sol. II faut souvent faire passer dans le bain et faire sécher l'étoffe une vingtaine de fois, avant d'arriver à la nuance voulue.
Le lo-kao sert, en Chine, à la teinture de toiles de coton communes, mais en couleurs claires seulement. A cet effet, il est dissous à chaud dans la potasse. La toile, bien lavée, est plongée dans le bain, à la température de 50 à 60 degrés, tordue à la cheville, plongée une seconde fois, tordue de nouveau, rincée dans l'eau claire et séchée à l'air.
b. Sursoie. — Il est certain que les Chinois teignent la soie, avec l'écorce de leurs nerpruns et avec le lo-kao luimême, mais on manque de renseignements exacts sur leur manière de procéder. Madame de Montigny possédait une robe de soie chinoise teinte avec cette matière.
Les recherches de M. Stanislas Julien semblent prouver, que l'usage du vert de Chine ne date que de 30 ans au plus. Il n'en est fait nulle mention dans les traités de, botanique et d'agriculture chinois, au milieu du siècle dernier.
2* Procédés français.
M. A. E. Michel, de Lyon, est arrivé à teindre la soie en très-beau vert lumière,- au moyen du lo-kao. Il prépare une dissolution d'alun à S" Baume, et laisse macérer, pendant trois jours, 5 grammes de vert de Chine avec 30 grammes de ce liquide. Au bout de ce temps, il broie et délaye la matière avec une baguette, en ajoutant 2S0 grammes de solution aluminique. Le lendemain on décante, avec précaution, le liquide qui est vert foncé, presque noir. On répète cette opération jusqu'à ce que l'on ait un litre de dissolution. Celle-ci se conserve bien sans altération.
Si l'on ajoute de l'eau de puits calcaire, en proportion suffisante, il se forme peu à peu une laque calcaire et alumineuse qui se précipite. M. Michel a déterminé la proportion d'eau calcaire convenable pour que l'on ait un liquide susceptible de se conserver quelque temps, sans déposer son
TEINTURE EN VEHT. 509
colorant, mais dans lequel, cependant, celui-ci est assez faiblement retenu pour se séparer sous Tinfluence d'une attraction émanée de la fibre. Dans cet état, le bain teint directement la soie immergée à une douce température. Ces proportions sont, pour Teau de puits de Lyon : 15 litres eau, pour un litre de dissolution alumineuse de vert.
Les nuances plus foncées s'obtiennent en répétaiit les immersions dans de nouveaux bains.
Les soies cuites et lavées contiennent une certaine quantité de calcaire qui leur sert de mordant, aussi le premier bain est-il rapidement épuisé. On peut utiliser cette observation et donner à la soie un passage en eau calcaire, avant chaque immersion dans un nouveau bain colorant. Au lieu de lo-kao brut, on se servira avec avantage du vert purifié de M. Persoz.
Autre méthode (1). — On dissout le lo-kao dans le sel d'étain faiblement acidulé et convenablement étendu. La soie est manœuvrée dans ce bain, à la température ordinaire. Elle se charge d'une couleur rouge^saumon pâle. On lave dans un bain alcalin d'ammoniaque, de potasse ou d'acétate de chaux, la couleur passe au pourpre, puis au bleu pur. Après avoir oxydé, on rince, et Ton passe, à froid, dans une infusion de graine de Perse, afin de donner au bleu la quantité de jaune nécessaire pour faire un vert harmonique. Ce procédé sert également à Timpression.
On peut aussi teindre la soie en Talunant préalablement, puis en la manœuvrant dans un bain formé de lo-kao dissous dans le sulfhydrate d'ammoniaque. On répète les immersions en faisant suivre chacune d'une oxydation à Tair.
Enfin, le lo-kao est gonflé et délayé dans une lessive alcaline faible, saturée de protoxyde d'étain hydraté.
On immerge la soie et on expose à l'air. La soie se colore par là en bleu qu'une addition de jaune fait virer au vert.
(i) Penoz.
SiO TRAITÉ DES MATIÈRES COLORANTES.
Dans les méthodes de M. Persoz^ où le vert est réduit préalablement par Toxyde d*étain, on obtient du bleu et non du vert. Celui-ci n'est alors plus que le résultat d'une superposition de jaune, et non d'une teinture directe. Du reste, dans l'opinion de M. Persoz, le vert teint en Chine sur calicot est, comme tous les autres verts d'origine organique obtenus par teinture {le vert (T aniline excepté)^ le résultat de la combinaison d'un bleu et 'd'un jaune. Il n'y aurait pas non plus identité entre la couleur verte fixée sur les calicots, et celle qui fait la base de la laque connue sous le nom de lo*kao.
Dans la première» le jaune domine; dans la seconde, c'est au contraire le bleu.
Le procédé de M. Michel ne donne, en effet, sursoie, qu'une couleur dont la position, dans le cercle chromatique de M. Chevreul, correspond à l'un des verts-bleus (voir les échantillons de la notice de M. Natalis Rondot). Pour arriver à !m vert franc, M. Michel associe l'acide picrique au lo-kao.
Teinture du coton. — M. Persoz recommande particulièrement le procédé suivant.
Dans 10 litres d'eau, on peut dissoudre SO à 60 grammes de savon blanc, et Ion y délaye une quantité convenable de lo-kao, préalablement gonflé ou purifié ; on chauffe ce bain, et il suffit d'y plonger le coton pour qu'il se teigne immédiatement.
Pour rîmpression , on fait usage d'une toile alunée ou non. La couleur se compose d'eau de gomme dans laquelle on a délayé du lo-kaopur,préalablementgonflé,ou des laques alumineuses, avec ou sans addition d'acétate d'alumine.
Ou bien ou imprime une solution épaissie de lo-kao dans le sel d'étain acide, on sèche, et on passe en acétate de chaux avec excès de chaux. Le coton se teint également bien dans une dissolution de lo-kao dans le sulthydrate d'ammoniaque, mais il faut exposer à l'air, après l'immersion.
Laine. — M. Persoz est arrivé à fixer le vert de Chine
sur laine, en préparant d'abord une laque à Tétaîn. Celle-ci est délayée dans Teau. On chauffe et on ajoute de temps en temps quelques gouttes d'acide oxalique. La laine immergée dans ce bain en' sort parfaitement teinte.
Cette même laque, épaissie à Peau de gomme acidulée à Tacideoxalique et imprimée sur laine,donne après vaporisage une belle couleur verte.
De quelqms matières colorantes vertes^ signalées^ à diverses époques, et pouvant être identiques a\iec^ le vert de Chine ou analogues (Notice de M. Natalis Rondot, p. 20 et suivantes).
1* M. Ppivre, ministre de France en Cochinchine (1749), et le P. Horta (1766) parlent d'une plante nommée tsaï^ x;ultivée en Cochinchine et chez les Tonkinois, qui, étant mise en fermentation comme celle de l'indigo, fournit une fleur de couleur verte qui, seule, donne en teinture un vert d'émeraude très-solide. Depuis cette époque, on n'a plus rien appris sur la nature et l'existence de cette plante.
2* Dinh'xanh de Cochinchinç, signalé par M. Charpentier de Cossigny (1770).
« Les Cochînchinois ont une plante qu'ils nomment dinaxang^ ressemblant assez à notre mélisse, dont ils retirent, au moyen de la macération dans l'eau, une fécule verte, avec laquelle ils teignent en vert toutes les étoffes, dans toutes les nuances possibles. »
La fécule de dina-xang pourrait bien être la fécule de tsat de Poivre. La plante appartiendrait au genre mélisse ou seraitle mercitrialis perennis^ ou, d'après Correa, lejusticia tinctoria^ de la famille des Acanthées.
3° Indigo vert. — Charpentier dç Cossigny annonce que Tanil {indigofera tinctoria) peut fournir une fécule verte, lorsqu'il est traité par des procédés convenables. A cet effet, les feuilles fraîches sont mises à tremper dans Teau pure ou
Teau de chaux, pendant une heure, puis exprimées. Cette opération est répétée encore une fois.
Les liquides réunis sont filtrés , additionnés d'eau de chaux et agités à l'air. Il se dépose alors une fécule verte qu'on lave à l'eau de chaux, puis à l'eau pure.
6" là' indigo vertà^ llndê, rapporté en 1790 par Prinsep, paraît être un mélange d'une substance verte, analogue à la chlorophylle, soluble dans l'alcool et d'indigo ordinaire (Bancroft, Persoz).
V Vert Barasat de l'Inde. Extrait de VAsclepias tinctoria et envoyé, en 1793, de Calcutta.
Dans l'opinion de M. Persoz, ce ne serait, comme le vert précédent, qu'un indigo impur. En effet, Yasclepias sert dans la teinture en bleu et peut fournir de l'indigo (1).-
Il en est de même de l'indigo vert, étudié par Kurer (1 801); du vert végétal de Chine ou de Java, envoyé par M. Cézard (1837) (2), et qui contenait, suivant M. Schwartz :
Matière jaune 10,40
Gluten et sels 35,30
Brun d'indigo 39,20
Matière mucilagineuse 5 J 0
Indigo bleu 10,00
8* Le whi-mei de Chine, exposé à Londres en 1851, provient du sophora japonica, dont les fleurs portent le nom de hoaî-hoa et seraient susceptibles de teindre en vert.
' (l) Dingfer*s Poiytechn, Joum., LXVH, 213.
{2} Bulletin de la Sociélé industrielle de Mulhouse^ XI, 27.
CHLOROPHYLLE. — CHROMULE, ETC. 5 I i)
CHLOROPHYLLE. — CHROMULE. — MATIÈRE COLORANTE VERTE DES FEUILLES ET DES VÉGÉTAUX (1).
La matière verte des plantes, si répandue dans l'organisme végétal, est encore peu connue, dans sa constitution chimique et sa composition, malgré de nombreux travaux publiés à son sujet. Les uns y voient un principe immédiat vert, d'autres observateurs (Frémy) la considèrent comme un mélangede jaune (phylloxanthine) et de bleu(phyllocyanine) ; mais les agents employés pour opérer la séparation des deux couleurs ne sont pas assez inoffensifs, chimiquement parlant, pour que Ton ne puisse craindre, dans leur emploi, une action décomposante, surtout lorsqu'il s'agit de corps aussi altérables.
M. Verdeil isole la chlorophylle en épuisant la plante par l'alcool. La solution alcoolique verte est précipitée par la chaux, et la laque calcaire lavée est décomposée par l'acide chlorhydrique, puis agitée avec de l'éther qui s'empare de la substance verte. L'évaporation de cette solution fournit la chlorophylle à l'état de pureté.
Obtenue ainsi, elle constitue une poudre vert foncé, inaltérable à l'air, indécomposable à 200% infusible à cette température, insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool, l'éther, les acides et les alcalis. L'hydrate d'alumine se combine avec elle, et l'enlève à ses solutions alcooliques convenablement étendues d'eau.
L'hydrogène naissant la réduit et la décolore. M. Verdeil admet, dans la chlorophylle, la présence d'une grande quan-
(1) Dingler's Polytechn, Journ., CXXII, 67; CL, 118. •— Comptes rendus âeVAcad., VI, 642; XXXHI, 039; XLI, 588; XLVn,442; L, 405, 113. — Bulletins de la Société d'encouragement, LVII, 183. — Répertoire de chimie appliquée, I, 13, 339; U, 71, 386. — Répertoire de chimie pure, III, 28. — Annalen der Chemie und Pharmacie^ CXV, 37. — Cnemisches Centralblatt, n« 10, 145. — Bulletins de la Société industrielle, XXVI, 283.