‹ Traité des matières colorantes (volume 2)Chapitre 93 sur 110 · II. 3 S · texte numérisé non relu

II. 3 S

su TRAITÉ DES MATIÈRES COLORANTES.

tité de fer, dans un état analogue à celui que l'on a signalé dans rhématine (matière rouge du sang).

Suivant Mulder, la chlorophylle renferme de l'azote, mais cette assertion n'est pas suffisamment établie. Il se pourrait que le produit de Mulder n'ait pas été convenablement débarrassé de matières protéiques.

En mettant de la gelée d'alumine en présence d'une solution alcoolique de chlorophylle, convenablement étendue d'eau, il se forme une laque d'un vert foncé, tandis que le liquide surnageant est coloré en jaune. Cette expérience semble prouver que la chlorophylle a une tendance à se dédoubler en jaune et en un produit plus riche en bleu. Elle a suggéré à M. Frémy la pensée d'arriver à une séparation plus complète par d'autres méthodes. Le procédé, qui lui a donné les meilleurs résultats, consiste à introduire, dans un flacon bouché à l'émeri, un mélange de 2 parties d'éther et d'une partie d'acide chlorhydrique étendu d'une petite quantité d'eau ; oii agite fortement, de manière à saturer l'acide chlorhydrique d'éther.

D'un autre côté, on décolore la chlorophylle par l'action des alcalis qui la transforment en un beau corps jaune, soluble dans l'alcool, l'éther, le sulfure de carbone et susceptible de s'unir à l'alumine et de former une laque jaune. Celle-ci, décomposée par un acide, cède la nouvelle substance à l'un des dissolvants précédents.

En agitant avec le liquide binaire précédent (éther et acide chlorhydrique) le produit jaune dérivé de la chlorophylle, on voit se développer un phénomène remarquable.

L'éther reste coloré en jaune pur, tandis que la couche d'acide chlorhydrique sous-jacente prend une belle teinte bleue.

Voici l'interprétation donnée par M. Frémy à ce résultat.

La chlorophylle est un mélange de jaune et de bleu. Les alcalis décolorent momentanément le bleu. Le corps jaune engendré par eux, aux dépens du vert végétal, est donc un

CffLOROPHYLLE. — CHROMULE, ETC. 515^

mélange du jaune primitif et du produit incolore formé par la cyanine. Ce?lui-ci, agité avec de Téther et de Facide chlorhydrique, cède le jaune à Téther et la cyanine régénérée se dissout en bteu dans Tacide chlorhydrique.

Cette expérience peut être faite avec de la chlorophylle ou des feuilles desséôhées.

M- Frémy. appelle phylloxanthihe le jaune constitutif de la chlorophylle, etphylloxanthéine le corps jaune qui résulte de l'altération passagère du corps bleu (phyllocyanine).

La régénération de la phyllocyanine parles acides n'exige pas le concours de l'airi

Les feuilles jaunes, étiolées et poussées dans l'obscurité, contiennent à la fois de la phylloxanthine et de la phylloxanthéine; en effet, elles passent rapidement au vert sous l'influence des vapeurs acides.

Les feuilles jaunies en automne ne renferment plus que de la phylloxanthine. Leur extrait alcoolique, agité avec l'éther et l'acide chlorhydrique, ne produit plus le phénomène caractéristique. On s'expliquerait ainsi les changements de teinte des feuilles en automne ; la phylloxanthine, beaucoup plus stable, reste seule, tandis que la cyanine s'oxyde et se décompose d'une manière irrévocable. Ces faits intéressants viennent à l'appui des données de la pratique ; celle-ci n'a pas pu, en effet, utiliser jusqu'à présent le vert végétal si richement offert par la nature.

Nous donnons ici quelques détails sur les efforts tentés pour fixer le vert d'herbe ou le vert végétal. M. Verdeil (1) extrait de la partie charnue des capitules des fleurs, non encore développées, du chardon ou de l'artichaut, une couleur verte, différente en apparence de la chlorophylle et du lokao.

Le suc exprimé de ces parties végétales est incolore. Sous l'influence de l'air et d'une addition de carbonate de soude, il prend une teinte vert-jaune, passant au vert-bleu

(I) Comptes rendus de l* Académie, XLVII, 44J.

après neutralisation par Facide acétique. La nouvelle matière colorante est précipitée par Tacétate de plomb. Ce précipité est décomposé par Tacide sulfiirique étendu d'alcool à 40°. La solution alcoolique se colore en jaune brun, on filtre pour séparer le sulfate de plomb et on précipite la matière colorante par une addition d'éther. Le dépôt est filtré, lavé à Tétheretàreau. Il est insoluble dansreau,rétheret les acides, soluble dans l'alcool et les alcalis, et forme, avec les oxydes d'aluminium et d'étain, des laques d'un vert foncé qui résistent à la lumière. Ces laques pourraient être utilisées en peinture et dans l'impression. On arriverait aussi à les former directement sur tissu. Les teintes ne sont pas assez belles et n'ont pas permis des applications.

M. Hartmann (1) a fait des essais pour colorer les fibres avec le vert d'herbe.

Il prépare la chlorophylle, en laissant macérer de l'herbe, préalablement lavée à l'eau chaude légèrement alcaline, avec une lessive de soude, à 10** Baume, pendant 24 heures. Le liquide fortement coloré est précipité par l'acide chlorhydrique et le dépôt vert floconneux est filtré et lavé. Il est peu abondant (1/100 du poids de l'herbe).

Épaissi à l'eau de gomme additionnée d'eau de chaux ou d'ammoniaque, imprimé et vaporisé, il donne des teintes qui, sans être belles, prouvent au moins la possibilité de fixer la chlorophylle sur tissu, fait qui n'avait pas encore été signalé.

M. Cordillot, rapporteur du comité de chimie, préfère le procédé suivant :

L'herbe est épuisée par l'eau bouillante, puis par une solution de soude caustique à 2% contenant des phosphates d'alumine et de chaux. Le liquide vert étant neutralisé par l'acide chlorhydrique, il se précipite des flocons verts, faciles à filtrer, d'une laque de chlorophylle.

Pour l'impression, il prend 250 grammes de soude à SS**

(1) Bulletins de la Société industrielle de Mulhouse, XXVI^ 283.

HOAl-BOA. 617

pour 1 kilogramme de laque en pâte.' Cette dissolution marque 10* Baume. 100 kilogrammes d'herbe donnent environ 8 litres d'extrait.

On imprime cet extrait épaissi à Teau de gomme, et on vaporise.

On peut aussi ajouter à la couleur du phosphate de soude, du phosphate de soude et du bioxyde d'étain en p&te, du biarséniate de potasse, du biarséniate de potasse et du bioxyde d'étain. En teignant de la laine et de la soie dans un bain composé d'extrait de chlorophylle à 10*, de phesphatede soude et d'oxyde stannique, on obtient des nuances trèsfoncées.

Le bois mort paraît souvent coloré vert ; il cède, dans ce cas, au chloroforme, une belle matière colorante d'un vert bleuâtre, différente de la chlorophylle par ses caractères chimiques (acide xylochl'oréique) (1).

HOAÏ-HOA.

Le hwae ou hoaï est le Sophorajaponicaj grand arbre de la famille des Légumineuses, acclimaté en France depuis plus d'un siècle. Il est aussi abondant au nord qu'au midi de la Chine. C'est celuidu nordquiestleplus estimé. Lafleur fournit une teinture jaune ou une teinture verte. Le professeur Stein, de Dresde, en a retiré un pigment jaune, identique avec l'acide rutinique (C^H^O*) , extrait des boutons de fleurs du Capparis spinosa et trouvé dans le Ruta graveolens. Les fleurs jaunes du hoaï sont recueiUies au moment oîi elles vont s'épanouir, séchées au soleil, humectées avec le suc d'autres fleurs pilées avec du sel, et travaillées en boules que l'on sèche à l'ombre. Pour teindre la soie en jaune, on la trempe pen- (dant douze heures dans un bain d'alun, puis on la porte dans une décoction bouillante de hoaï. D'après MM. Michel et Guinon, la matière colorante n'existe que dans les fleurs.

(t) Fordos, Répertoire de chimie appliquée, V, 33l, 1863.

Les alcalis rougissent la nuance, les acides la décolorent. Le bichromate pousse à la couleur acajou clair.

Pour teindre en vert, avec le même produit, les Chinois font intervenir la lumière du soleil.

D'après les renseignements de M. Madows, le cotoiï est plongé, à plusieurs reprises, dans un bain bouillant de hoaï additionné d*alun, et séché chaque fois au soleil. Cette méthode n'a fourni à M. Walter-Crum que des indices de vert ; œ qu'il attribue à la moindre intensité de la lumière solaire dont il disposait.

La soie peut être également teinte en vert par le hoaï-hoa seul.

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