‹ Traité des matières colorantes (volume 3)Chapitre 18 sur 124 · C-°Hl20° -f 1LO- = 2Cdl20» -f- 2C8H · texte numérisé non relu

C-°Hl20° -f 1LO- = 2Cdl20» -f- 2C8H

Ac. oxalique. Ac. phtalique.

(1) Bulletins de la Soc. chimique de Pai ‘ist 2e série, t. IV, p, 12.

c \n \Ni:r.

Agents réducteurs. — L’action des agents réducteurs sur l'alizarine n’est pas étudiée : tout ce que l’on peut dire, c’est qu’elle peut être réduite.

Ainsi, en chauffant une solution alcaline d’alizarine avec de l’aldéhyde, le liquide passe du violet à l'orange, et les acides en séparent des flocons jaunes. L’hydrogène naissant décolore jusqu’à un certain point les solutions d’alizarine.

Préparation. — La préparation de l’alizarine pure est une opération longue et ennuyeuse, lorsqu’il s’agit d’en obtenir des quantités un peu notables.

Les méthodes indiquées par Robiquet, Runge, Debus, Schunck, Wolffet Strecker, Higgin, etc., sont très-pénibles et ne donnent qu’une proportion minime de produit, comparativement à ce que l’on peut extraire de la garance. Elles ont, du reste, été inspirées à leurs auteurs par l’idée d’éviter l’emploi de tout agent capable de modifier les principes immédiats, et de démontrer parla la préexistence de l’alizarine dans la garance. Maintenant que le doute n’est plus possible à cet égard, ces procédés n’ont plus qu’un intérêt historique, et le chimiste, désireux de se procurer de l’alizarine, saura choisir des voies plus rapides.

D’après cela, nous donnerons en note les procédés cités plus haut, et nous nous contenterons de détailler ceux qui offrent le plus d’avantages.

Procédé de Robiqoet et Colin (i). — La méthode par laquelle ces chimistes ont obtenu pour la première lois l’alizarine pure, consiste à épuiser par l’alcool absolu et bouillant la gelée pec tique bien lavée à l’eau, formée spontanément clans une infusion froide de garance d’Alsace. Les teintures alcooliques fortement concentrées et acidulées par de l’acide chlorhydrique sont versées dans de l’eau. Il se forme un abondant précipité jaune fauve, qu’on lave par décantation ; il est ensuite filtré et séché. Le résidu se présente avec 1 apparence d’une poudre couleur tabac d’Espagne. Celle-ci fournit des cristaux d alizarine, soit par la sublimation lente, soit par dissolution dans

(I) Annales de chimie et de physique [2], t. XXXI X, p, 225.

l'éther, qui abandonne l’alizarine en plaques minces, d'un jaune dore, et en petites aiguilles brillantes.

Si, au lieu de préparer la gelée avec de l’eau à 15 ou 20°, on emploie de l’eau à 4°, son extrait alcoolique ne fournira à la sublimation que très-peu d’alizarine d’un ton sale.

Procédé de Runge (1). — Runge épuise la garance bien lavée à l’eau froide, par une solution bouillante d’alun (12 parties d’alun pour 70 parties d’eau et 4 parties de garance sèche). Les liquides filtrés bouillants abandonnent, en se refroidissant, l’alizarine encore impure. Ce dépôt est chauffé à plusieurs reprises avec de l’acide chlorhydrique, afin d’enlever l’alumine. Le résidu est dissous dans l'alcool bouillant ; la solution filtrée est évaporée jusqu’à pellicule; elle fournit l’alizarine sous forme d’une poudre jauneorangé; on lave à l’alcool froid, on fait bouillir avec de l’alun afin d’enlever les dernières traces de purpurine; enfin on fait cristalliser le produit dans l’éther.

Procédé de Debus (2) . — Ce chimiste prescrit d’opérer sur la décoction aqueuse de la garance de Hollande. 11 en sépare les principes colorants par l’hydrate de plomb qui s’en empare à chaud. La combinaison est traitée par l’acide sulfurique, et le mélange de sulfate de plomb et de matière colorante est lavé, puis épuisé par l’alcool. La teinture alcoolique est agitée et bouillie avec de l’oxvde de zinc qui s’empare de l’alizarine. La combinaison zincique est décomposée, par l’acide sulfurique, et la matière colorante est enlevée par l’éther. On répète plusieurs fois le traitement à l’oxyde de zinc; enfin les matières colorantes, séparées une dernière fois par l’acide sulfurique, sont traitées par l’alun bouillant. Par le refroidissement, l’alizarine se sépare, tandis que la purpurine reste en solution.

Procédé de IIiggin (3). — 11 précipite par un acide l'infusion aqueuse de garance. Le précipité lavé est digéra avec son poids de craie, et le mélange est épuisé par l’eau bouillante. L’alizarine reste insoluble sous forme de combinaison calcaire. Celle-ci est décomposée par l’acide chlorhydrique, et la matière colorante est cristallisée dans l’alcool.

Procédé Schunck (4). — Le rubian est décomposé par une ébulli-

(1) Journ. fur prakt. Chem. , V, 363.

(2) Ann. cler Chem, und Pharm LXVI, 351.

(3) Journ. fur prakt . Chem., XLVt, 1.

(4) Ann. der Chem, und Pharm., LXXXI, 336, LXXXVII, 344, LXVI, 175.

lion suffisamment prolongée avec l’acide chlorhydrique. Les flocons oranges qui se séparent sont traités par l’alcool bouillant. Par le refroidissement il se dépose des cristaux jaunes de rubianine ; l’eau mère est additionnée d’acétate d’alumine. Le précipité formé est lavé à l’alcool, décomposé par l’acide chlorhydrique. Les flocons sont redissous dans l’alcool; on ajoute de l’acétate de cuivre pour précipiter une résine (vérantine); enfin on précipite l’alizarine par l’acide chlorhydrique, et on la purifie par des cristallisations répétées dans l’alcool. On peut aussi dissoudre dans l’alcool les flocons orangés, séparés pendant la décomposition du rubian ; faire digérer le liquide avec de l’hydrate d’alumine; laver lalaque avec du carbonate de soude, la décomposer par l’acidechlorhydrique et faire cristalliser.

Le rubian peut se remplacer avec avantage, au point de vue économique, par une décoction aqueuse de garance.

Procédé de Rochleder (I). — •. Rochledcr précipite par l’acétate neutre de plomb une décoction aqueuse de garance du Levant. Le précipité violet est lavé et mis en suspension dans l’eau, puis décomposé par l’hydrogène sulfuré. On filtre et on lave le sulfure de plomb qui retient l’alizarine, la purpurine et une matière jaune. On épuise le sulfure par l’alcool. La solution jaune foncé est précipitée par l’eau. Les flocons desséchés sont lavés à l’éther froid, puis dissous dans l’éther bouillant, qui abandonne l'alizarine par évaporation spontanée sous forme de feuillets brillants orangés.

Procédé de Woeff et Strecker (2). — Une décoction aqueuse de garance d’Avignon est précipitée par l’acide sulfurique. Le précipité lavé et encore humide est bouilli avec une solution concentrée de chlorure d’aluminium. Les matières colorantes se dissolvent, tandis qu’il reste des matières brunes insolubles. L’acide chlorhydrique détermine dans le liquide filtré un dépôt floconneux, quelquefois cristallin, formé d’alizarine et de purpurine. Le précipité est dissous dans l’alcool, et le liquide est digéré avec de l’hydrate d’alumine.

L’oxyde métallique s’empare des matières colorantes. La laque est bouillie avec une solution concentrée de carbonate de soude. La purpurine se dissout en rouge foncé ; l'alizarine reste combinée à l’alumine. Cette dernière laque est décomposée par l’acide chlorhydrique; l’alizarine, devenue libre, est lavée et cristallisée plusieurs fois dans l’alcool.

(1) Journ. fur prakt. Chem., LV, 3S5 , LVI, 85.

(2) Ann. der Chem, und Pharm., LXXV, ! .

Do tous ces procédés, le meilleur est, sans aucun doute, celui de Runge.

Pour se procurer le plus rapidement possible de l’alizarine pure, il faut, avant tout, disposer d’un extrait de garance convenable, riche en alizarine. Les plus avantageux sont : les extraits alcooliques ou méthyliques de bonnes et fortes garancines d’Avignon. Ces extraits se préparent facilement au moyen d’un appareil d’épuisement continu. Lorsque les solutions alcooliques sont suffisamment concentrées, elles déposent, en se refroidissant, des grains rouges qu’il convient de séparer d’une résine fluide qui se dépose après addition d’eau. Ces grains sont très-propres à la préparation de l’ alizarine.

On emploie aussi avec succès l'alizarine jaune du commerce, obtenue par le traitement industriel de l’alizarine verte (voir plus loin); ou bien encore la matière colorante extraite d’un tissu teint en rouge d’Andrinople et avivé. A cet effet, quelques mètres de rouge turc sont découpés en lanières et épuisés par de l’alcool à 85° centésimaux, additionné d’une quantité suffisante d’acide sulfurique. On dissout simultanément la graisse, l’alumine et la matière colorante. En saturant exactement par l’ammoniaque, il se précipite des cristaux blancs, formés d’un mélange d’alun ammoniacal et de sulfate d’ammoniaque. Le liquide filtré et concentré est précipité par l’eau ; on obtient ainsi un mélange de graisse et de matière colorante. On dessèche et on épuise à froid par le sulfure de carbone. La matière grasse est ainsi promptement éliminée; ce qui reste représente de l’alizarine presque pure.

Tous ces produits se purifient facilement, soit par sublimation dans un creuset en porcelaine, soit par cristallisation dans l’eau surchauffée ou dans un mélange surchauffé d’eau et d’alcool (1/10 d’alcool).

La matière colorante du rouge turc est si pure qu’elle se

GARANCE

sublime presque sans déchet; il n’en est pas de même des autres extraits mentionnés plus haut. Moins ils sont riches et plus il reste de charbon ; l’alizarine est en outre souillée de matières empyreumatiques, dont on la débarrasse par un lavage à l’alcool froid et par une cristallisation dans l’alcool bouillant (pour les détails, voir les moyens de faire cristalliser l’alizarine).

Usages de l'alizarine. —En raison de ses tendances acides et de la propriété de s’unir à divers oxydes pour donner des laques colorées, notamment avec l’alumine et l’oxyde de fer, l’alizarine entre dans la composition des couleurs garancées et des laques de garance.

Elle teint les mordants d’alumine en rouge et en rose, ces nuances sont très-solides à la lumière, résistent au savon bouillant et à un passage en acide nitrique étendu. Après ces passages, dont l’ensemble constitue l’avivage des tissus garancés, les couleurs fournies par l’alizarine offrent une teinte rouge très-vive, ou rose légèrement bleuté. Les mordants de fer se teignent en noir ou en violet également solide.

L’alizarine pure a un pouvoir tinctorial égal à environ quatre-vingt-dix fois celui d’une bonne garance. Pour réussir les teintures avec l’alizarine cristallisée, il convient de la broyer au mortier avec un peu d’alcool et de verser le tout dans l’eau pure à laquelle on ajoutera une petite quantité de craie.

Ce n’est que vers 70 à 80° que l’alizarine commence à se dissoudre sensiblement dans l’eau, aussi n’observe-t-on aucune teinture avant ce degré. Pour épuiser ce bain, il convient : 1° de ne pas employer une trop forte proportion d’eau (pour 0,1 o gr. d’alizarine, 250 centim. cubes) ; 2° de maintenir le liquide au bain-marie à une température voisine de l’ébullition et de le concentrer presque jusqu’à siccité, en présence de l’échantillon. C’est à ces conditions seulement que l’on peut évaluer rigoureusement le pouvoir tinctorial de l’alizarine.

TRAITÉ r»KS MATIÈRES COLORANTES.

D’après mes expériences, ce qui reste sur le tissu teint en garance pour rouge, rose, violet et pour rouge turc, après les opérations de l’avivage, représente une laque d’alizarine avec des traces seulement de purpurine. On peut en conclure que l’alizarine est la matière colorante la plus importante de la garance, comme nous l’avons annoncé en tête de son histoire.

Page 1