‹ Traité des matières colorantes (volume 3)Chapitre 25 sur 124 · II. 1 o · texte numérisé non relu

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fois, par suite d’un abaissement de la température du bain, avec la garance ordinaire

Grâce à l’absence de principes solubles, on peut ajouter pendant la teinture même, une nouvelle dose de fleur, si l’on s’aperçoit que le bain n’est pas assez riche, ce qui ne peut se faire avec la garance. On évite ainsi une nouvelle teinture des mêmes pièces, qui entraîne toujours une perte de temps, de combustible et même de matière colorante.

Sous le rapport du transport et de sa conservation dans les magasins, la fleur de garance présente aussi des avantages, parce qu’elle fournit deux fois autant de matière colorante sous le même poids, et qu'on n’aura plus à craindre les avaries provenant de l’action de l’humidité sur les matières solubles. Le mode de préparation de la fleur et le but que l’on atteint, permettent de prévoir, ce que l’expérience vérifie pleinement, que dans l’emploi de ce produit on n’arrive à utiliser, pas plus que dans la garance, la quantité assez considérable de matière colorante qui se trouve en combinaison intime avec les diverses parties du ligneux.

D’après les expériences de H. Schlumberger, 100 parties de fleur, représentant 200 parties de garance, donnent par les résidus de teinture une perte nette de matière colorante qu’on doit estimer à 90 parties de garance, soit à 45 pour 100 de la matière colorante, sans compter ce qui a été emporté par les eaux de lavage. La perte avec la garance rosée est de 46,4 pour 100. Il y a donc, sous ce rapport, équivalence parfaite, et la fleur à côté des nombreux avantages que nous venons de signaler, ne compte malheureusement pas celui de mieux utiliser la matière colorante. Les résidus de teinture doivent donc être repris et traités pour garanceux.

Une médaille d’or a été décernée par la Société industrielle de Mulhouse à MM. Julian et Roquer pour leur belle innovation.

Garancine (ancienne fleur de garance de M. Lagier). — Le principe de la fabrication de la garancine repose sur

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l'action qu’exerce l’acide sulfurique, plus ou moins concentré, sur la garance lavée, ou non lavée ; non-seulement une partie des produits du ligneux sont rendus solubles et détruits paT cet agent énergique qui épargne les matières colorantes, ce qui enrichit le dérivé par concentration de la matière colorante, mais l’acide a de plus l’avantage de mettre en liberté le pigment combiné et inactif dans les conditions ordinaires, et provoque ainsi un gain réel trèssensible. C’est ce gain qui couvre et au delà les frais de manipulations et d’acide.

L'idée de purifier et de concentrer la garance par un traitement à l’acide sulfurique, se trouve formulée dans un mémoire présenté en 1828 à la Société industrielle, par Robiquet et Colin, ainsi que dans les travaux de MM. Gaultier de Claubry et Persoz.

Robiquct et Colin proposent d’abord de traiter la garance d’Avignon avec son poids ou plus d’acide sulfurique concentré. Rs obtiennent ainsi un charbon sulfurique riche en matière colorante et susceptible de teindre, après lavage et élimination complète de l’acide.

Ce premier produit n’a jamais été employé industriellement, ni proposé sérieusement. Il a tout au plus servi à la préparation d’extraits concentrés, soit par un traitement à l’alun bouillant, soit par l’alcool (colorine de MM. Lagier et Thomas).

Henri Schlumberger, après avoir teint avec le charbon sulfurique, a constaté que les nqances rouges, violettes et noires se développent très-bien et que le fond de la toile ne se charge presque pas. La teinture ne fait de progrès que lorsque la température approche de l’ébullition.

Le 2G mai 1828, Lagier, Robiquet et Colin, prirent un brevet dont la description prouve qu’ils ont cherché à régulariser l’emploi de l'acide sulfurique, de façon à obtenir un produit plus pratique et plus facile à préparer.

Ainsi ils enlèvent par un lavage préalable les principes

solubles de la garance, d’où il résulte, qu’on fabriquait de la fleur 'pour garancine longtemps avant de l’employer directement en teinture. La quantité d’acide sulfurique peut être diminuée, son effet, n’étant plus neutralisé en partie par les matières sucrées. Il est mélangé à la masse encore humide, ce qui l’étend déjà ; de plus, cet acide est mélangé d’avance à une certaine proportion d’eau, on brasse et on porte à 100° par un courant de vapeur.

Telle est en résumé la méthode primitive de la fabrication de la garancine. Ce produit a trouvé beaucoup plus de difficultés et a mis plus de temps à se faire adopter que la fleur.

Pour préparer la garancine, de nos jours, on délaye la garance en poudre dans huit ou dix fois son poids d’eau acidulée par l’acide sulfurique ou chlorhydrique (1 ou 2 kilogrammes d’acide suffisent pour 100 kilogrammes de poudre de garance). Ce lavage, qui a pour but de dissoudre et d’entraîner les principes solubles, s’effectue comme pour la fleur dans de grands cuviers en bois recouverts à l’intérieur d’une chemise en laine servant de filtre, et reposant sur un grillage au fond de la cuve. Après une macération de sept à huit heures, on ouvre le robinet et on laisse couler le liquide. Les eaux sont utilisées, comme celles delà fleur, à la fabrication de l’alcool. La matière pâteuse, restée sur le filtre, est ensuite introduite dans une cuve en bois et additionnée d’une quantité d’eau suffisante pour en faire une bouillie un peu épaisse. On ajoute en outre, pour 100 kilogrammes de poudre de garance, 30 kilogrammes d’acide sulfurique à 60° llaumé, ou 40 kilogrammes d’acide chlorhydrique, on mélange bien, on recouvre la cuve de son couvercle, et on fait arriver dans la masse un jet de vapeur, capable de la maintenir pendant deux ou trois heures à la température de l’ébullition. Lorsque la cuite est terminée, on jette la matière encore chaude dans un grand bassin à demi rempli d’eau froide et recouvert d’une chemise en laine servant de filtre. En dessous du filtre est placé un grillage en bois qui

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sert à le supporter. Un robinet fixé au fond permet l’écoulement du liquide ; on verse alors sur le filtre une nouvelle quantité d’eau froide que l’on mêle bien à la masse, et on laisse écouler de nouveau. On procède ainsi à un troisième et à un quatrième lavage, c’est-à-dire jusqu’à ce que l’eau de lavage ait contracté une légère coloration rouge vineuse. Lorsque la matière est égouttée, on la soumet à l’action de la presse, on la sèche, et on la réduit en poudre par les procédés employés pour la fleur de garance.

Cent kilogrammes de poudre de garance fournissent do 34 à 37 kilogrammes de garancine, selon la nature des garances employées. Les qualités supérieures de garance donnent un rendement, en poids, inférieur à celui des garances ordinaires. Neuf à dix millions de kilogrammes de poudre de garance sont employés annuellement dans le département du Vaucluse à la fabrication de la garancine.

Quelques fabricants anglais remplacent l'acide sulfurique par de l’acide chlorhydrique, mais sans autre avantage que celui de l’économie de la matière première. Si, au lieu de laver préalablement la garance, on fait réagir l’acide sulfurique ou l’acide chlorhydrique bouillants et convenablement étendus sur la poudre brute, la garancine offrira une teinte noirâtre, beaucoup plus foncée et qu'on attribuait d'abord à une carbonisation, mais qui, en réalité, estdueà la formation de chlorrubine par la décomposition de la chlorogénine.

On a aussi proposé de faire une pâte avec de la garance lavée et une certaine proportion d’acide chlorhydrique, d’exprimer sans laver et de sécher les pains encore acides avant de les laver. M. Higgin recommande de laisser la garance en contact avec l’acide, à la température ordinaire plus longtemps qu’on ne le fait généralement.

La garancine d’Avignon, employée généralement à Mulhouse, offre l'apparence d’une poudre plus line que la fleur, d’une coi deurbrune plusou moins foncée; les parties ligneu-

ses ne sont nullement carbonisées comme on le croit généralement ; ainsi, en épuisant de la garancine par des traitements successifs à la soude et à l’acide, j’ai obtenu un résidu ligneux exempt de matières colorantes, à peine plus foncé que celui que donne la fleur. Cent parties de garancine ont donné 16 à 17 grammes d’acide pectique en grande partie libre, en partie combiné à la chaux, et 48 grammes de ligneux, et comme 100 grammes de garance, renfermant 20 de ligneux, donnent 40 de garancine, il en résulte que ce principe est fort peu attaqué par le traitement sulfurique.

La bonne garancine teint environ 4 à 4,5 fois plus, quelquefois 5 fois plus que la garance d’où elle dérive. D’un autre côté, 100 parties de garance donnent 34 à 37 ou 40 parties de garancine.

S’il n’y avait aucun gain en matière colorante et seulement concentration, par départ de principes solubles ou susceptibles de le devenir sous l’influence de l’acide, 100 grammes de garancine teindraient au maximum, autant que 294 de garance, et au minimum autant que 250 de garance. Or, on trouve que 100 de garancine, valent au minimum 400 de garance, et au maximum 500.

11 y a donc, comme nous le disions, un gain minimum de 106, et maximum de 250 pour 100 de garancine faite, ou bien encore un gain minimum de 40 pour 100 de garance,

- — maximum de 100 —

En moyenne, on peut compter sur un gain de 70 à 80 pour 100. Il résulte de la mise en liberté de la matière colorante combinée aux principes insolubles de la garance. Ce gain représente un des avantages les plus importants de la fabrication de ce produit. Ajoutons que la matière colorante est plus pure et débarrassée de matières fauves. Aussi les fonds sortent beaucoup plus blancs des bains. Un léger savonnage et un chlorage suffisent pour les amener au degré de pureté convenable.

Les couleurs, au sortir de la cuve de teinture, quoique

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moins belles et d’une nuance différente de celles que l’on obtient, après avivage, avec la fleur, sont cependant assez vives et assez brillantes pour pouvoir se passer de cet avivage dans la fabrication de certains articles connus sous le nom d’articles garancine.

A côté de ces avantages réels viennent se placer des inconvénients graves qui limitent l’emploi de la garancine en s'opposant à sa substitution complète à la garance dans tous les genres.

Les couleurs garancine sont moins solides et moins stables que celles de la garance et de la fleur. Les violets ne deviennent jamais aussi beaux, et il est très-difficile d’obtenir les roses bleutés et purs de la fleur.

On obvie, il est vrai, à ces difficultés en ajoutant au bain de garancine une quantité suffisante de craie, mais alors on perd de nouveau, en partie, le gain réalisé parle traitement acide.

On attribue, généralement, les inconvénients pratiques offerts par la garancine, à la présence d’une petite quantité d’acide sulfurique qui reste combiné au ligneux et que les lavages ne parviennent pas à éliminer. Cette manière de voir semble confirmée par les observations de M. E. Schwartz, qui a reconnu que les teintures faites avec un extrait huileux de garancine, donnent des couleurs supportant aussi bien l’avivage que celles de. la fleur, tandis qu’en ajoutant au bain le résidu ligneux, on peut reproduire les mêmes caractères d’instabilité que l’on observe avec la garancine elle-même. C’est dans le but de neutraliser ces dernières traces d’acidité que certains fabricants ajoutent pendant la pulvérisation un peu de chaux, de craie ou de carbonate de chaux.

On a aussi cherché à améliorer la garancine en la soumettant à l’action des vapeurs ammoniacales et en la vaporisant ensuite.

Alizarine (G. Schœffer) commerciale ou pincof fine. —

MM. Pincoff, Schunck et Cie, de Manchester, livrent au commerce depuis 18o4 une variété de garancine, connue sous le nom d’alizarine commerciale. Ce produit se présente sous forme d’une poudre fine, couleur de chocolat. Il est remarquable par la beauté et l’éclat, des violets qu’il donne en présence d’un peu de craie ou avec une eau calcaire. Ces violets n’ont pas besoin d’avivage et l’emportent de beaucoup sur ceux de la garance ou de la fleur. Aussi peut-on l’employer concurremment avec le cachou qu’altérerait le savonnage. Les autres nuances que donne l’alizarine commerciale, sont aussi satisfaisantes quoique moins avantageuses.

On prépare la pincoffine en soumettant à l’action de la vapeur d’eau surchauffée, de la bonne garancine, bien lavée et aussi neutre que possible. L’expérience réussit aussi avec la garance ou la fleur. On peut également chauffer les garancines au bain d’huile ou au bain de sable, vers 200°.

Il est très-probable que dans ces conditions la matière fauve résineuse, qui accompagne l’alizarine, est détruite, comme cela arrive dans la sublimation, et qu’elle ne peut peut plus ternir les violets à base d’oxyde de fer.

Relativement à son pouvoir tinctorial qui est un peu plus faible que celui de la garancine (il en faut un quart de plus en poids pour saturer un mordant de violet), l’alizarine commerciale est une matière première d'un prix élevé. Elle doit son succès à l’éclat du violet qu’elle donne en teinture.

Je dirais, à cette occasion, qu’en soumettant la fleur de garance, séchée à 100°, à l’action du fluorure de bore, on obtient, un charbon qui, lavé à l’eau, cède à l’alcool un principe colorant donnant des violets tout, aussi beaux que l’alizarine commerciale. Ce fait n’a aucun intérêt pratique, mais i! prouve que pour avoir des laques de peroxyde de fer bien belles, il convient de détruire un principe fauve, étranger aux matières colorantes, se fixant comme elles aux mordants ferrugineux et qui résiste à l’action de l’acide sulfu-

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rique étendu et bouillant, mais non à celle d’une température de 200°, ou du fluorure de bore.

Carmin de garance. — M.Ed. Schwartz a proposé de substituer à la garancine une préparation obtenue en délayant, peu à peu et à froid, de la fleur de garance dans 4 à o fois son poids d’acide sulfurique à 60°. Le ligneux et les produits pectiques se dissolvent en partie et deviennent solubles dans l’eau. En versant le tout dans une grande quantité d’eau, il se forme un dépôt qui, lavé, séché et réduit en poudre, se présente sous forme d’une poudre d’un rouge brique assez beau.

Le carmin de garance a un pouvoir tinctorial égal à 7 ou 8 fois celui de la garance.

Dans ce traitement, comme dans celui pour garancine, on gagne tout le colorant combiné et fixé au ligneux ; de plus, à cause de l’altération plus profonde éprouvée par ce ligneux, les lavages sont plus complets, et le produit donne des teintes aussi solides que celles de la fleur et propres, comme elles, à l’avivage pour roses et violets.

A cause des frais et des difficultés pratiques de sa préparation, le carmin n’a pu être adopté par l’industrie. Des essais sur une grande échelle avaient été tentés.

M. E. Schwartz a ensuite cherché la limite minimum d’acide sulfurique à 60° nécessaire pour détruire tout le ligneux, en laissant intactes les matières colorantes et résineuses, c’est-à-dire les parties qui constituent les extraits alcooliques de fleur.

Il a trouvé qu’on atteint le but en délayant peu à peu 200 grammes de fleur, équivalant à 400 grammes de garance, dans 3.500 grammes d’acide sulfurique du commerce, réduit à 60 degrés Baumé. Il convient d’éviter toute élévation de température. Après une demi-heure de macération, la masse filtrée sur une flanelle grossière, a laissé un résidu de 90 grammes, teignant, après lavage, comme deux fois son poids de garance. Le liquide orangé, versé dans deux litres

d’eau, a donné un précipité et une solution presque incolore d’acide sulfurique marquant 35° Baumé. Le précipité lavé et séché représentait un poids de 12 grammes d’extrait teignant comme 30 fois son poids de garance.

On peut donc préparer un extrait très-riche par l’emploi exclusif de l’acide sulfurique concentré (17 fois le poids de la fleur, 8,3 fois le poids de la garance en acide).

M. E. Schwartz juge cette méthode susceptible d’applications industrielles, si toutefois les frais de concentration de l’acide sulfurique de 33 à 60° Baumé, ne sont pas trop onéreux, car alors le même acide servirait indéfiniment, sauf les pertes inévitables.

Garanceux. — C’est une garancine faible, équivalant à -h ou \ de son poids de bonne garancine, obtenue par le traitement sulfurique des résidus des bains de teinture en garance ou en fleur.

En partant de ces résidus en pâte que les fabricants d'indiennes ont soin de laisser s’accumuler et égoutter dans de grands bassins en bois, disposés près des ateliers de garançage, on opère absolument, comme avec la garance lavée ; c’est-à-dire que l’on fait bouillir avec de l’acide sulfurique et on lave. On a soin généralement d'aciduler le bain épuisé afin de permettre une filtration plus rapide.

La fabrication du garanceux a été brevetée en 1843 par M. Léonard Schwartz. L’emploi de ce produit présente tous les inconvénients de la garancine sans en offrir les avantages et la richesse. Les teintes sont moins belles et moins stables. Il sert à la fabrication d'indiennes grossières et d’un article connu sous le nom d 'article garanceux. On utilise ainsi la matière colorante qui se déversait autrefois en abondance, dans les rivières où on lâche les résidus des bains de teinture.

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