UES DIFFÉRENCES QUE L’ON OBSERVE ENTRE LES ESPÈCES DE GARANCE
Les garances peuvent varier dans leur composition qualitative et quantitative, suivant une foule de circonstances, telles que 1 âge, l’espèce, le climat, la nature du terrain, la culture, la préparation et la plus ou moins bonne conservation.
Nous n'envisagerons ici que les différences qui se révèlent au point de vue pratique par la solidité et l’intensité des nuances qu’elles peuvent fournir, en rattachant ces caractères à des différences de composition, lorsque les documents ne nous feront pas défaut.
Nous trouvons les éléments de cette étude comparée dans les travaux de MM. D. Koechlin Schoueh, Persoz et surtout dans les recherches persévérantes de H. Sclil limbe rger.
lu Influence de la culture , du terrain et du climat. —
Notre pays fournit deux garances très-distinctes par leurs propriétés tinctoriales : la garance d’Avignon palud et la garance d’Alsace. Nous étudierons avec détails les divergences offertes par ces deux produits. Les garances des autres pays peuvent, en effet, être rattachées à l’un ou à l’autre de ces deux types extrêmes, ou viennent prendre une place intermédiaire.
Lorsqu’on teint des échantillons mordancés en alumine et en peroxyde de fer avec la garance d’Alsace et celle d'Avignon, sans aucune addition, on ne remarque pas au sortir du bain des différences sensibles au point de vue de la couleur et de l’intensité. Par un passage en savon bouillant, les tissus teints avec le produit d’Alsace deviennent plus clairs et plus ternes que les autres ; exposés ensuite sur pré, ils ternissent et pâlissent chaque jour davantage, et, après quatre jours d’exposition, et au second savonnage, les rouges ont viré à l’orange, et les violets au gris sale ; les lilas sont presque détruits. Les couleurs faites avec la garance d’Avignon, au contraire, prennent plus de vivacité et d’éclat. Le noir est la seule couleur qui résiste aussi bien et même un peu mieux que celui de la garance d’Avignon. On arrive au même résultat, mais beaucoup plus vite, en remplaçant l’exposition sur pré par un passage en nitromuriate d’étain faible et tiède, ou encore en acide azotique étendu ; les mêmes différences se produisent.
M. H. Schlumberger a confirmé ce fait capital par l'essai d’un grand nombre de variétés de produits préparés en Alsace et à Avignon.
Si, au lieu d’employer la garance d’Alsace pure, on ajoute au bain de la craie, 1/12 à 1/5 du poids de la garance, on obtient des teintes qui ne diffèrent plus en rien de celles fournies par la garance d’Avignon employée avec ou sans craie.
En prenant 1 /50 de craie seulement, les nuances sont aussi foncées, mais moins belles qu’avec 1/5. Les doses
GARANCE
intermédiaires rendent des nuances d’autant plus belles que la proportion est plus forte. On peut remplacer la craie par 1 /75 de chaux, 1/60 de carbonate de soude ou de potasse, ou encore 1/80 de potasse caustique.
L’influence avantageuse de la craie, dans la teinture en garance d’Alsace, a été signalée pour la première fois par M. Haussmann ; il rendit par là un immense service à l’industrie, à une époque où la garance d’Alsace n’avait pas encore été détrônée par celle d’Avignon. Ces deux faits capitaux, instabilité des nuances avec la garance d’Alsace pure, amélioration considérable après addition de craie, s’expliquent très-facilement, si nous jetons un coup d’œil sur l'analyse comparée des cendres de ces deux produits.
On a en effet :
Garance d’Avignon.
Garance d’Alsace.
Poids total des cendres pour 100. ..