ANCIENS PROCÉDÉS USITÉS POUR LA FABRICATION DE L’ORSEILLE
Nous avons déjà dit que les lichens colorants n’offrent qu’une teinte grise, et que la belle couleur rouge violacé ne se développe que sous des influences chimiques, par l’altération progressive de certains principes immédiats. Or, aune époque où la chimie était encore à créer, il n’est pas étonnant que cette idée de principes spéciaux colorables, indépendants de la masse ligneuse dominante, n’ait pu venir à l’esprit, des expérimentateurs. La plante tout entière était donc mise en œuvre.
M. Cocq donne les renseignements suivants, sur la fabrication de i’orseille en 1812.
Le lichen qui produit l’orseille se trouve principalement dans les cheyres volcaniques, où toutes les pierres bouleversées présentent des surfaces diversement orientées, et per-
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mettent au lichen de choisir la position la plus convenable, tandis que les sels des laves contribuent au développement de ses parties. Tous ces lichens, semblables en apparence, ne possèdent pas les mêmes principes colorants. L’art de l’ouvrier consiste à distinguer le véritable. Sous le nom de verdelet, les ouvriers confondent deux lichens bien différents, savoir, le geographicus et le sulfureus de Hoffmann. Ce qu’ils nomment la grise blanche et la grise noire est un seul et même lichen, dans deux états différents, le scruposus de Linné. Ils appellent barbe-fine le lichen corallinus.
Le chagrin paraît être le variolaria aspergilla. La pommelée est le véritable lichen parellus de Linné, et ce lichen parellus n’est pas la parelle d’Auvergne; bien loin de l’employer, on la rejette.
La parelle des teinturiers de Clermont n’a aucun rapport avec le parellus de Linné et n’appartient pas à la même section ; c’est une variolaria d’Acharius, analogue au variolaria aspergilla et lactea de cet auteur.
En comparant les divers échantillons recueillis sur le granit, la lave dure et la lave poreuse, on reconnaît la variolaria orcina qui, au rapport de Werling, donne une couleur rouge superbe. La variolaria asperulla ne produit qu’une mauvaise teinte rougeâtre. Le lichen corallinus donne un jaune ocreux rougeâtre; le parellus de Linné, un chamois rougeâtre. La variolaria orcina donne une belle couleur rouge-amarante. Ce lichen, constamment et exclusivement appelé parelle, reçoit plusieurs surnoms : varenne, sur le granit; pucelle, sur les laves et recueillie la première lois. Les ouvriers enlèvent le lichen au moyen de petites lames de fer servant de grattoirs, et le reçoivent dans une poche dont l’ouverture est armée d’une lame de fer qui s’applique à la pierre. Un demi-cercle en bois tient l’autre partie ouverte. En hiver, et par les temps de pluie, un ouvrier habile peut recueillir 2 kilogrammes de produit par jour.
Pour essayer la parelle, on met un peu de lichen dans un II. '2 4
verre et on l’arrose avec de l’ammoniaque, le bon se rembrunit, tandis que le mauvais prend une teinte jaune ou verte.
On sèche la plante dans un grenier bien aéré, et on la remue au printemps pour éviter la fermentation ; enfin on la débarrasse de la mousse.
Pour colorer, on prend 100 kilogrammes de lichen que l’on met dans une auge en bois, évasée par le haut, de 2 mètres de long, sur 0m,06 à 0m,07 de profondeur et se réduisant par le bas à 0m,04. Cette auge est fermée hermétiquement par un couvercle. On arrose avec 240 litres d’urine, en brassant le tout, de trois en trois heures, pendant deux jours et deux nuits. Le troisième jour on ajoute 5 kilogrammes de chaux éteinte passée au tamis, un quart de livre d’arsenic blanc pilé et un quart de livre d’alun de roche, et l’on brasse souvent. La fermentation s’établit. Au bout de deux fois vingt-quatre heures, on peut ajouter encore 1 kilogramme de chaux. On ralentit peu à peu le nombre des brassages. Après un mois le travail est terminé et le produit est embarillé; il s’améliore avec le temps.
L’urine putréfiée doit son activité, dans ce cas, à la présence d’une forte proportion de carbonate d'ammoniaque, formé par l’hydratation de l’urée, ou principe cristallisable de l’urine.
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La chaux éteinte ou l’alcali fixe réagissent sur le carbonate d’ammoniaque et mettent en liberté de l’ammoniaque caustique.
L’orseille d’herbe, ainsi fabriquée, peut donner diverses couleurs ; ainsi, par un simple bouillon, on obtient un amarante, ensuite un amarante foncé, et enfin, un brun dont l’intensité est déterminée par le temps qu'on laisse l’étoffe plongée dans la dissolution.
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Un des premiers progrès que l’intervention de la chimie fit faire à cette industrie, tout empirique au début, fut de conduire à l’emploi exclusif de l’ammoniaque.
Le fabricant d’orseille trouva ainsi, outre l’avantage de remplacer une matière d’un emploi désagréable et répugnant, celui de mieux pouvoir régler et graduer l’intervention de l’agent actif et de se débarrasser de l’action plus ou moins défavorable de la chaux. La pâte rouge obtenue de cette manière fut vendue sous le nom d’orseille épurée, d’orseille violette, ou orseille d’herbe.
Le cubear et le persio ou persico sont des orseilles épurées, sous forme de pâtes plus ou moins molles.
Comme la matière colorante de l’orseille est soluble dans
l’eau, on a cherché à l’extraire et à la séparer des parties ligneuses qui l’accompagnent, en épuisant l’orseille d’herbe par l’eau et en concentrant plus ou moins le liquide. Cette méthode rappelle la manière de procéder dans la fabrication des extraits bois. La seule différence, c’est que dans ces derniers la couleur est naturellement formée, tandis que dans dans la première on commence par la développer. On obtient ainsi les extraits simples et doubles d’orseillc, le carmin d'orseille, etc.
La matière colorable des lichens n’imprègne pas uniformément la plante, elle se trouve déposée à la surface sous forme d’une poudre grise, facile à détacher, au moins en grande partie, par des opérations mécaniques.
Cette observation a donné lieu à l’exploitation d'un procédé intéressant, imaginé par M. Frezon. Les lichens sont broyés dans de l’eau et soumis à une espèce de friction sur des cribles. On sépare ainsi une fécule blanche, représentant la presque totalité du pouvoir colorable des lichens. Cette poudre est mise à colorer séparément avec de l’ammoniaque, et fournit une couleur incomparablement plus pure et plus riche que toutes celles que l’on peut obteniren laissant l'herbe dans la macération.
Mais les progrès les plus remarquables, accomplis dans l’industrie del’orseille, sont dus à l’intervention de la chimie et à l’étude approfondie et raisonnée des principes immédiats des lichens. Nous ne pouvons donc en parler, qu’après avoir passé en revue les résultats acquis dans cette voie.