‹ Traité des matières colorantes (volume 3)Chapitre 72 sur 124 · AUX COULEURS DÉRIVÉES DES LICHENS · texte numérisé non relu

AUX COULEURS DÉRIVÉES DES LICHENS

La couleur rouge violacé, que l’on prépare avec les diverses sortes de lichens, n’est pas la seule que ces plantes sont susceptibles de donner.

M. Westring (1) a fait un grand nombre d’expériences de teinture, avec les lichens qui se rencontrent abondamment en Suède.

Voici la nomenclature des principales sortes sur lesquelles il a porté son attention :

Une seule espèce (le tartarens , Linnée, était un objet de commerce pour la Suède. On en expédiait (1791) plusieurs milliers de livres en Angleterre et en Hollande.

Lichens lépreux. — a) Pertusus ; croît sur les montagnes et sur les rochers, il est riche en parties colorantes. — b) Sangiiinarius ; croît sur les troncs des arbres. — c) Cinereus ; croît sur les pierres ; riche en matières colorantes. — d) Ragosus; attaché aux pierres. — é) Ventosus; croît sur les montagnes. — f) Hœmatoma ; croît sur des pierres. — g.) Subcorneus; montagnes. — h) Corallinns; montagnes près de Stockholm. — j) Pseudocorcillinus ; aux environs de Nordkôping ; très -riche. — k) Tartareus ; Nordkôping ; près de la mer, montagnes et bois; riche. — /) Parellus. — m) Subfuscus. — n) Impassus ; pierres. — p) Candelaris commun. — g) Carpineus , glauccscens montagnes.

Lichens imbriqués. — Très - nombreux et abondants. — a) Lichen auritus. — b) Centrofugus; croît sur presque toutes

(1) Annales de chimie, t. XII, p. 240.

LICHENS

les pierres. — c) Saxatilis. — d) Parietinus. — c) Microphylus. — f) Pulverulentus. — g) Omphalodes. — f)Alunensis , Stygius , Physodes , Saxicola , Crassus , Cartilagineuse Stillaris , Olivaceus. )

Pour teindre avec ces lichens, M. Westring emploie, comme dissolvant le plus actif, l’ammoniaque ou un mélange de chaux (10 parties), sel ammoniac (1/20), pour 1 partie de lichen. L’addition d’un peu de sel marin est quelquefois très-utile, surtout pour la soie qui prend plus de lustre. Les mordants sont plutôt nuisibles qu’utiles. Les couleurs obtenues varient selon le mode d’extraction, la température, la qualité de l’eau et la nature des sels employés.

On peut extraire la matière colorante de quelques lichens, par macération dans l’eau froide. Le jus obtenu est prêt à teindre. La macération dans l’eau tiède convient pour la plupart des lichens ; elle est d’une grande utilité, comme opération préliminaire, pour les lichens qui ne donnent leur couleur qu’à des températures plus élevées.

Par la macération dans l’eau chaude, on extrait souvent des lichens des couleurs claires et fortes qu’on ne saurait obtenir autrement. Les nuances obtenues par M. Westring avec les variétés et par les traitements susmentionnés sont : les carmélite, gris, noisette, cannelle plus ou moins foncé, feuille morte, brique, ventre de biche, chamois, paille, olive, brun, violet.

Certains lichens, tels que ceux appartenant au genre Usnea , le lichen des murailles, cèdent aux dissolvants des principes jaunes dont il sera question à propos des matières colorantes jaunes.

Bibliographie des couleurs dérivées des lichens. — Annales de physique et de chimie, ire série, XII, 249 ; XV, 209; XVII, 07 ; VI, 179; XXXII, 181 ; LXXXI, 258. 2e série, XLII, 236. 3e série, II, 5 et! 29; XXXIV, 320; VI, III. — Gélis, Bevue scientifique, VI, 50. — Journal de pharmacie, XIX, 538 ; XIV, 487. Annalen der Chemie und Pharmacie, LXVIII, 55-96; XXVII, 1 45 ; LXXXVIII, 227; LXX, 218; XLI,

157; XLVIII, 1, 8, 12. — Comptes rendus de l’Académie des sciences, XI, 1231; XLVIl, 21 4, 63; XLVIII, 879. — Bulletins de la Société d’encouragement, III, 116; XIII, 136, 138; XIV, 169 ; XXIV, 265 ; XXVI, 410; XLVf, 105, 487; XLVIl, 321; LII, 658 ; LIX, 686; LXI, 510, 270, 637; LXII, 379'. — Dingler’s Polytechnisches Journal, XXX, 54; XXXIII, 249-442 ; XXXI, 341; XXXVI, 326, 153 ; LIV, 359; LII, 142; L VII, 215, 221 ; LXXXII, 50; LXXXVII, 29; XCIII, 126; CX1V, 80; CXV1I, 307; CXVI,248; CXIX, 60 ; CXLV, 156 ; CLI1I, 208. — Répertoire de chimie appliquée, I, 189, 190, 191, 253; III, 318 ; V,233. — Répertoire de chimie pure, IV, 121, 438 ; V, 567, 469, 504. — Bulletins delà Société chimique, 2e série, I, 11; II, 145; III, 410.

RACINE D’ALKANNA-ORCANETTE.

La matière tinctoriale, peu usitée de nos jours, connue sous le nom d’Orcanette, est la racine d’une plante de la famille des Borraginées, Y Alkanna tmctoria ou YAnchusa tinctoria. On la trouve à l’état sauvage, en Grèce, en Asie Mineure, en Italie, dans l’Allemagne méridionale.

La racine d’orcanette est ronde, va en s’amincissant vers le bas, et se termine en pointe ; à la partie supérieure, elle se partage en plusieurs sommets. L’écorce est rugueuse, écailleuse, très-friable, et renferme seule un pigment violet, qui lui communique une teinte d’un violet foncé.

Le principe immédiat colorant a été isolé par Pelletier, qui lui donna le nom d’anchusine ou d’acide anchusique.

RACINE D’ALKANNA-OHC ANETTE.

MM. Bolley et Wydler la préparèrent plus tard (1847), h l’état de plus grande pureté, et la désignèrent sous la dénomination de rouge d’Alkanna.

Ces chimistes épuisent la racine découpée par l’eau, qui dissout les principes étrangers; le résidu desséché est traité par l'alcool. Les solutions alcooliques, ■violettes, sont acidifiées avec un peu d’acide chlorhydrique et évaporées à sec. L'extrait est traité par l’éther qui dissout la matière colorante. On agite le liquide éthéré avec de l’eau, puis on le décante et on le sèche.

Lepage remplace l’alcool par le sulfure de carbone. Après avoir chassé par distillation le dissolvant, il traite le résidu par de la soude à 2 pour 100, et précipite, par un léger excès d'acide chlorhydrique, le rouge d’Alkanna dissous à la faveur de l’alcali. Le précipité est ensuite filtré au bout de vingt-quatre heures, lavé à l’eau et séché.

Il se présente sous forme d’une masse cassante, résineuse, d'un rouge foncé, insoluble dans l’eau, soluble dans l’alcool et l’éther qu’il colore en beau violet.

La solution alcoolique se colore en bleu par les alcalis, et précipite en violet par le bichlorure d’étain, en gris bleuâtre par le sous-acétate de plomb, en bleu violet par l’acétate d’alumine, lorsqu’on porte à l’ébullition. Le rouge d’Alkanna pur, ne s’altère pas par l’ébullition de sa solution alcoolique, tandis que l’extrait alcoolique de racine d’orcanette, évaporé à sec, sans être acidulé par l’acide chlorhydrique, laisse un résidu partiellement soluble dans l’eau, avec une couleur brune. Ce qui ne se dissout pas dans l’eau communique à l’éther une coloration verte. Le pigment vert se formerait, d’après M. Bolley, aux dépens de l’anchusine, par fixation d’eau et élimination d’acide carbonique.

La composition du rouge d’orcanette n’est pas connue exactement.

M. Bolley lui assigne la formule G35Hi008, qui est peu probable et manque de contrôle.

L’anchusine paraît douée de propriétés faiblement acides. En solution alcoolique chaude, elle teint en violet le coton mordancé en alumine, et en gris le mordant de fer.

On emploie 62 grammes d’orcanette pour 1 litre d’alcool à 35°. Les couleurs sont peu solides et virent facilement sous l'influence des acides et des alcalis.

C’est à Hausmann que l’on doit son introduction dans l’impression des tissus. Elle n’y a jamais joué un grand rôle, et elle est aujourd’hui complètement abandonnée. Les parfumeurs l’utilisent encore pour colorer leurs graisses.

Bibliographie. — Dingler’s Polytechnisches Journal, LUI, 111; LIV, 373; CXX, 203. — Répertoire de chimie appliquée, 1, 304. — Journal des connaissances médicales et pharmaceutiques, XXVI, 315. — Répertoire de chimie pure, \, 474. — Polytechnisches Centralblatt, 1859,751.

CARTIIAME OU SAFLOR.

Faux safran. Safran bâtard. Safran d' Allemagne (1).

La carthamine ou acide carthamique, extraite des fleurs d’une variété de chardon, le Carthamus tinctorius , est aussi remarquable par la beauté des couleurs rose et rouge tendre qu’elle communique au coton, à la laine, et à la soie, que par son extrême fugacité. Il suffit en effet de peu d'heures d’insolation, pour la détruire.

Le Carthame est une plante annuelle , originaire du Levant et de l’Égypte. Il est cultivé en Espagne (Valence, Grenade, Andalousie), dans l’Allemagne centrale, en Italie (Romagnes), en Hongrie près de Debreczin, en Russie (Astrakan, Tauride et Caucase), en Thuringe, aux Indes orientales (Rengale, Chine, Perse, îles de l’Archipel indien), dans l’Amérique du Sud (Caracas, Mexique).

(I) Dingler's Polytechnisches Journal , LIV, 374 ; XCIII, 112; CXII, 78. — Rul/etins de la Société d’encouragement , I, 141 ; III, 18 ; XXIII, 96. — Annales de chimie [1], XXVIII, 312; XXX, 156; XLVIII, 283.

CAKTHAME OU SAFLOR.

La tige atteint 1 mètre à 1 mètre 3 de hauteur, elle porte plusieurs branches sur lesquelles sont fixées à plat, des feuilles raides, munies de dents. La fleur se développe aux mois de juillet et d’août, à l’extrémité des tiges secondaires. Elle ressemble aux fleurs des chardons en général , et se compose, parconséquent, de l’agglomération d’une multitude de petites fleurs tubulaires, évasées en entonnoirs. Au début, la couleur est jaune foncé, elle passe plus tard au jaune orangé feu. On recueille les sommités fleuries, lorsqu’elles commencent à se faner, et on les sèche à l’ombre. En Égypte, on commence par les exprimer, puis on les expose sur des tamis à l’eau courante, on les presse de nouveau , enfin on les sèche à l’ombre sur des nattes.

On trouve dans le commerce :

1° Le saflor d’Égypte, préparé comme nous venons de le dire. Il est cultivé près du Caire et dans la haute Égypte, et se présente sous forme de masses légèrement humides, fortement comprimées, de couleur rouge brun, foncée et uniforme et d’odeur spéciale. Il arrive, par voie d’Alexandrie, à Livourne, Marseille, Trieste et Venise. L’emballage est en toile bleue entourée d’une cage de roseaux; le tout est enveloppé d’une grosse toile et serré avec une corde d’écorce d’arbre. Les ballots pèsent de 320 à 330 kilogrammes.

2° Saflor d’Espagne. Fleurs très-odorantes, peu serrées, d'un rouge foncé.

3° Saflor indien. Il présente la forme de petits tourteaux, ou galettes aplaties et circulaires, d’un rouge rosé à l’intérieur. Il est emballé dans une toile fine avec une enveloppe de roseaux. Les balles pèsent de 73 à 130 kilogrammes.

4° Saflor de Batavia. Fleurs bien nourries, pressées dans des balles, d’un rouge foncé.

Le carthame d’Égypte est le plus riche ; il contient près de deux fois plus de matière colorante que les autres ; celui de l’Inde et de Chine est aussi très-estimé.

On peut déjà juger de la qualité par la nuance du produit;

il doit être d’une belle couleur feu. Si la couleur est terne, c’est un indice d'une mauvaise préparation.

Composition du carthame.

Le carthame contient trois matières colorantes, savoir :

1° Deux jaunes, dont l’une est soluble dans l’eau pure et l’eau acidulée, la seconde soluble seulement dans une liqueur alcaline.

2° Une matière colorante rouge, acide carthamique. C'est le principe intéressant et utile.

La proportion du principe jaune, insoluble dans l’eau, varie en raison inverse de celle de la carthamine.

M. Salvétat a trouvé, à l’analyse immédiate, les résultats suivants •

1° Matière colorante jaune soluble

dans l’eau

de

2° Carthamine

3° Matière extractive

4° Albumine

5° Matière cireuse

6° Cellulose

de

On doit ajouter à cette liste une certaine proportion de produits pectiques.

7° Acide silicique de 1,0 à 8,4

8° Oxydes de fer et d’aluminium., de 0,4 à 1,0

9° Oxyde de manganèse de 0,1 à 0,5

En traitant par l’eau, on élimine la matière jaune, assez abondante comme on le voit, des sels et de l’albumine.

On obtient la matière jaune, en précipitant, par de l’acétate de plomb, l’extrait aqueux acidulé avec de l’acide acétique ; le liquide filtré est additionné d’ammoniaque, le précipité ainsi formé est lavé, décomposé par l'acide sulfurique étendu ; enfin le liquide, filtré et séparé du sulfate de plomb, est éva-

CARTHAME OU SAFLOR.

poré dans une cornue, à l’abri de l’air ; on reprend par l'alcool ; la solution est évaporée dans le vide. Il reste une masse qui cède à l’eau le principe jaune. La solution est acide, possède une saveur amère et s’altère rapidement, à chaud, au contact de l’air.

La matière jaune n’a pas d’intérêt pratique ; si nous en parlons, c’est pour bien rendre attentif à sa présence dans le saflor. Il convienten effet de l’éliminer aussi complètement que possible, avant de faire usage du carthame en teinture; l’oubli de cette précaution causerait inévitablement l’altération de la pureté des nuances, surtout quand il s’agit de fibres animales.

La carthamine ou l’acide cartliamique se prépare, à l’état de pureté, en utilisant sa solubilité dans une solution alcaline (carbonate de soude, borate, phosphate) et son insolubilité dans l’eau.

On traite le carthame, débarrassé du jaune par un lavage suffisamment prolongé par l’eau acidulée, par une solution froide et étendue de cristaux de soude (15 p. 100), puis on exprime. Si l’on acidulé le liquide clair et jaune, ainsi obtenu, l’acide carthamique se précipite, en mélange avec une assez forte proportion de substances étrangères (acide pectique) dont il serait difficile de le débarrasser.

Ce résultat s’obtient, au contraire, très-facilement, si l’on immerge des écheveaux de coton dans le bain alcalin, avant la saturation. L’acide carthamique, au moment de sa mise en liberté, est enlevé au bain par la cellulose, en vertu d’une attraction spéciale. Pourvu que la dose de coton soit assez forte, toute la matière colorante se précipitera sur lui et le teindra en rose foncé. Les écheveaux, bien lavés à l’eau acidulée, sont immergés dans une solution faible de carbonate de soude. L’acide carthamique se dissout de nouveau. Le bain qui renferme maintenant du carthamate pur, étant acidulé avec de l’acide sulfurique étendu ou de l’acide tartrique, donne un précipité floconneux d'un beau rose foncé, qu'on

recueille sur un filtre et qu’on lave. Pour arriver à une pureté plus grande encore, on dissout dans l’alcool. La solution alcoolique, fortement concentrée, est versée dans beaucoup d’eau, et le dépôt est filtré et lavé.

Dans cette préparation il faut avoir soin de ne pas employer des lessives alcalines trop fortes, et de ne pas les abandonner trop longtemps à elles-mêmes. La matière colorante se trouverait, sans ces précautions, complètement modifiée et altérée.

L’acide carthamique en pâte, obtenu par les procédés cidessus décrits, est livré au commerce en suspension dans une quantité convenable d’eau. Cette préparation est trèscommode pour le montage' des bains de teinture et donne de bons résultats.

En séchant la pâte sur des assiettes, des plaques de porcelaine vernies, des feuilles de carton ou toute autre surface polie, la matière colorante se dessèche en écailles douées d’un reflet vert cantharide très-beau, qui rappelle celui delà fuchsine. La poudre est d’un beau rouge; broyée avec de l’eau et du talc très-fin et séchée sur des vases en porcelaine, elle donne le rouge végétal utilisé comme fard.

L’acide carthamique est insoluble dans l’éther, très-peu soluble dans l’eau, soluble dans l’alcool qu’il colore en rouge cerise. La dissolution alcoolique teint directement la soie.

L’ébullition avec l'eau et l’alcool le modifie. Il est soluble en rouge, dans l’acide sulfurique concentré ; l’eau ne le précipite plus de cette liqueur. L’acide nitrique et l’acide sulfureux aqueux le dissolvent en jaune.

Ses tendances sont franchement acides. Les carthamates alcalins sont jaunes ou jaune orange, et précipitent de l’acide carthamique par les acides.

Le carthamate d’ammoniaque donne avec :

Le bichlorure d’étain un précipité jaune brun.

Le perchlorure de fer — brun rouge.

Le bichlorure de mercure — rouge.

CAUTHAME OU SAFLOli.

D’après M. Schlieper, la matière jaune soluble aune composition représentée par la formule G16H20010 ; celle de l’acide carthamique répond à CuH16014. Ces nombres manquent de contrôle.

Avant la découverte des couleurs d’aniline, le saflor servait fréquemment à la teinture de la soie, de la laine et môme du coton.

La beauté des teintes cerise, rose, nacarat et ponceau que l'on pouvait réaliser avec lui, compensait, en partie, le peu de solidité.

Dans les teintures de coton on suit la marche indiquée dans le procédé de préparation de l’acide carthamique. (Le saflor introduit dans un sac en toile est lavé à l’eau acidulée, jusqu’à élimination de la matière jaune, puis traité par une solution de cristaux de soude, 15 pour 100 ; on immerge le tissu ou les écheveaux dans le bain, et on ajoute un léger excès de jus de citron. La nuance rose devient plus pure par le lavage à l’eau acidulée). La soie et la laine sont susceptibles d’attirer, non-seulement le rouge, mais encore le jaune. Il est donc important, dans ce cas, d’opérer sur un produit complètement débarrassé de pigment jaune. Aussi les préparations d’acide carthamique, déjà purifié par une première précipitation sur le coton, sont-elles plus avantageuses pour la beauté des nuances. On donne quelquefois aux tissus un pied de rocou ou l’on ajoute au bain 1/5 d’orseille.

La richesse du carthame s’apprécie par un essai comparatif de teinture, avec un poids connu de coton.

Rien n’est plus facile que de reconnaître le carthame sur étoffe. La couleur rose passe au jaune sous l’influence d’une goutte de solution alcaline et disparaît complètement par un lavage ultérieur. Cet effet est si net qu’on peut l’utiliser pour obtenir des impressions enlevage sur fond rose. Les acides étendus n’altèrent pas la teinte. Le chlore, ainsi que l’acide sulfureux, la détruisent instantanément.

CBICA OU CARAGURU. CARUCURU.

On donne ce nom à une matière colorante rouge, employée par les Indiens du Rio Meta et de l’Orénoque, pour se peindre le corps en rouge (1). Les sauvages font usage, dans ce but, de deux matières colorantes : 1° L’une extraite du Bixa orellana, dont il sera question à l’article Rocou. 2° L’autre le chic a se retire des feuilles d’une plante de la famille des bignoniacées, le Bignonia chica. Cette plante grimpe sur les arbres les plus élevés, et s’y attache à l’aide de vrilles. Les fleurs sont bilabiées, d’un pouce de long et d’une belle teinte violette. Les feuilles sont bipennées, d’un beau vert; elles deviennent rougeâtres par la dessiccation et communiquent une couleur rouge à la salive, lorsqu'on les mâche.

Les Indiens font bouillir ces feuilles, pendant longtemps, avec de l’eau, passent la liqueur qui tient en suspension la fécule rouge et y ajoutent quelques morceaux de l’écorce d’un arbre appelé arayane. La précipitation se fait. La fécule est lavée, mise en gâteau et séchée.

Elle se présente sous forme d’une masse rouge de cinabre, sans saveur ni odeur, elle est plus dense que l’eau, tache les doigts et prend un poli métallique par le frottement.

Elle se décompose par la chaleur, sans fondre.

Le chica est insoluble dans l’eau; l’alcool à 36° le dissout, à chaud, en se colorant en beau rouge rubis. Il est soluble dans l’éther. La solution alcoolique ne précipite pas par l’eau, à moins que l’on ne chauffe.

Les alcalis le dissolvent avec une couleur lie de vin; la solution précipite par les acides. Il est solubledansla potasse, l’ammoniaque, le carbonate de potasse, avec une couleur orange ou rouge orangé ; l’acide acétique concentré et l'acide

(1) Boussingault, Annales de chimie et de physique [2], XXVII, 315. — Dingler’s Polylechnisches Journal , CXLV1I, 4GG; XCI, 402; XVI, 139.

Page 1