‹ Traité des matières colorantes (volume 3)Chapitre 80 sur 124 · MATIÈRES COLORANTES JAUNES DES PLANTES · texte numérisé non relu

MATIÈRES COLORANTES JAUNES DES PLANTES

Le pigment jaune est un des plus répandus dans l’organisme végétal, on peut même dire qu’on le rencontre preste Dingler’s Polytechnisches Journal, XVI, 2G8.

(2) Dinyler's Polytechnisches Journal, XXII, 271.

(3) Journ. de pharm., XVII, 225. — Annalen der Chemie und Phann., XLIV, 328. — Comptes rendus, XVII, 503; XIX, 505.

(I) Répertoire de chimie appliquée, 1, 20!). — Archiv der Phann., CXLVI,

que dans toutes les plantes, en proportions plus ou moins grandes.

En ne citant que les végétaux où il est accumulé à doses assez fortes pour que l’on ait songé à l’appliquer en teinture, nous avons :

1° L’écorce de quercitron ( quercus tinctoria).

2° Les diverses espèces de bois jaunes ( morus tinctoria ou broussonetia tinctoria ) .

3° Le fustel ou fustet, bois du rhus cotinus, sumac à perruque.

4°. Écorce, figes et fruits ou baies des nerpruns, rhamnus alaternus, frangula, cathartica, amygdalinus, oleoides, saxa- Ulis, infectoria).

5° Les gousses de Chine ( gardénia grandiflora).

6° Fleurs de safran ( crocus sativus ).

7° Fleurs du carthame ( carthamus tinctoria).

8° Fruits et feuilles du bixa orellana (rocou, pâte).

9° Rhubarbe (racine).

10° Lichens des murailles ( parmelia parietina, etc.).

1 1° Gaude ou lutéola réséda (plante entière).

12° Épine-vinette (racine) [berberis vulgaris).

13° Curcuma (racine).

) 4° Aloès (suc).

!5° Fleurs de genêt, de camomille, fenugrec, sarrette, etc.; fleurs jaunes en général, salvia colorans, fleurs de pomme de terre, racine de carotte, mûrier, coquilles de noix, morinda citri folia, marronnier, peuplier, thuya , sorgho, racine de grenadier.

Envisagé comme principe immédiat pur, le pigment jaune, extrait de ces diverses plantes, ne se montre pas avec des caractères et une composition identiques.

Il ne faut pas croire, non plus, qu’à chaque espèce végétale correspond une matière colorante spéciale.

Les progrès de la chimie ont démontré que beaucoup de ces corps extraits de diverses plantes doivent être fondus ensemble, au point de vue chimique, et que d’autres, tout en différant par quelques caractères physiques et par leur com-

JAUNES QUERCÉT1QUES.

'position centésimale, se rapprochent assez pour que l’on puisse en former des familles naturelles. Cette parenté repose, comme nous le verrons plus loin, sur tout un ensemble de propriétés et de réactions qui décèlent une constitution intime analogue.

Ainsi les matières colorantes jaunes de l’écorce de quercitron, des graines de nerpruns, du fustel, des bois jaunes, de la gaude et de quelques autres plantes encore, offrent la plus grande similitude, sous ce rapport.

De là résulte, pour les produits qui les contiennent, une analogie d’allures dans les opérations pratiques où elles sont utilisées. Les procédés de fixation sur fibres sont à peu de chose près les mêmes, et les teintes dérivées ne se distinguent que par des nuances plus ou moins vives, virant plus ou moins à l’orange, ou par la solidité.

Nous simplifierons donc beaucoup notre tâche, tant sous le rapport de l'histoire chimique que dans l’étude des applications industrielles, en tenant compte de ces ressemblances, et en groupant les matières colorantes citées plus haut sous le nom de jaunes quercétiques.

Jaunes quercétiques.

Tels qu’on les trouve dans les plantes, elles sont fréquemment à l’état de glucosides solubles, cristallisables, susceptibles de se dédoubler, par l’ébullition avec les acides minéraux étendus, en glucose ou en un corps analogue et en un nouveau principe, d’une teinte généralement plus intense et beaucoup moins soluble dans l’eau, très-soluble dans l’alcool et eristallisable.

Ce dérivé qui, dans la molécule glucosique, doit être considéré comme la cause efficiente de la couleur, peut aussi se rencontrer en liberté. 11 n’est pas toujours le même d’une plante à l’autre.

Ses allures chimiques sont à la fois celles d’un acide fai-

ble se combinant aux alcalis et aux bases métalliques, et d’un alcool polyatomique ; c’est-à-dire qu’il se rapproche des phénols.

Les solutions alcalines sont orangées ou brunes et ne s’altèrent pas beaucoup au contact de l’air.

Chauffé axec l’ammoniaque caustique, à l’abri de l’air, il s’unit intimement à elle et fournit une amide, remarquable par son oxydabilité au contact de l’air.

M. Hlasiwetz a démontré que tapotasse en fusion ou l’amalgame de sodium agissant sur une solution alcaline le transforment en une matière sucrée, la phloroglucine (C6H603) accompagnée, le plus souvent, d’un acide incolore.

L’amalgame de sodium en présence d'une solution alcoolique acide le modifie moléculairement et le convertit en principe rouge isomère.

L’acide acétique anhydre l’attaque, à 140°, et fournit un dérivé acétique dans lequel l’hydrogène est partiellement remplacé par de î’acétyle.

Les glucosides quercétiques ou leur dérivé coloré ne se fixent aux fibres textiles que par l’intermédiaire de mordants métalliques. Avec l’hydrate d’alumine ils donnent du jaune, avec le mordant de fer des nuances olives ; avec l’oxyde d’étain, du jaune ou de l’orange.

QUERCITRON.

Le produit commercial qui porte ce nom est l’écorce broyée du quercus nigra , digitata ou trifida ou quercus tinctoria, arbre de la famille des Amentacées. Il se présente sous forme de poudre fine, ou, plus ordinairement, de filaments fibreux, d’une couleur jaune ou chamois.

Le quercus nigra ou chêne noir atteint de 2o à 30 mètres de hauteur, son écorce est noire extérieurement.

Cette coloration est due à la pellicule épidermique que l’on a soin d’éliminer dans la préparation industrielle.

QUERCITRON.

11 est originaire de l’Amérique, dont les forêts le renferment en abondance (Pensylvanie, Géorgie, Caroline), et a été importé en France et en Allemagne (Bavière) où il réussit très-bien (plantations du bois de Boulogne à Paris et dans la Seine-Inférieure).

La préparation du quercitron est très-simple. L’écorce débarrassée d’épiderme est broyée sous des meules, et la poudre est séparée des fibres. Celles-ci sont environ moitié

moins riches.

Les diverses espèces de quercitron sont (!) :

Le quercitron de Philadelphie ;

— de New-York ;

— de Baltimore.

On doit à Bancroft (1775) les premières applications de ce produit, aujourd’hui si utile aux teinturiers et aux fabricants d’indienne. Bunel de Rouen en Introduisit l’usage en

France.

Une décoction de quercitron offre une couleur rouge orangé, elle s’altère peu à peu, dépose sa matière colorante (quercitrin, quercine) à l’état de cristaux, puis finit par se colorer à l’air , en brun rouge, et par se prendre en une espèce

de caillot.

Elle offre les caractères suivants : odeur d’écorce de chêne, saveur amère et astringente, réaction acide.

Les alcalis et les terres alcalines foncent sa teinte, les derniers précipitent en outre des flocons roux.

Alun, très-léger précipité.

Proto et bichlorures d’étain. \ •

Acétate de plomb I précipités jaunes plus ou

Acétate de cuivre > moins roux ou virant au

Chlorure de baryum I vert olive.

Nitrate d’argent ;

(1) Gfirardin, Chimie appliquée , t. II, 4° édit., p. 583.

Sels de fer, coloration verte, précipité olive.

Acides minéraux, éclaircissent la ligueur et précipitent des flocons.

Acide acétique, éclaircit la liqueur

Gélatine, précipité floconneux.

Les principes les plus intéressants de cette décoction sont : 1° une variété de tannin, acide quercitannique , qui colore les sels ferriques comme le tannin ordinaire, mais ne peut donner d’acide gallique.

2° Le quercitrin ou principe actif.

On évalue la richesse d’un quercitron, en teignant un tissu de coton mordancé, comme ceux qui servent à la garance, et comparativement à un type.

Une nuance jaune pâle est du reste déjà un indice de bonne qualité.

L’incinération de quelques grammes de produit permet de reconnaître la présence de substances minérales.

11 convient aussi de déterminer la quantité d’eau renfermée dans le produit.

Matières colorantes du quercitron.

Une partie de quercitron bouilli, durant quinze minutes, avec dix parties d’eau donne une liqueur jaune brunâtre, laissant déposer, au bout de quelques jours, une substance cristalline à laquelle M. Chevreul donne le nom de quercitrin (1).

M. Bolley, qui a repris, après M. Chevreul, l’étude de cette substance, la décrit sous le nom d'acide quercitrique. Pour le préparer, il épuise le quercitron du commerce par de l'alcool à 84° centésimaux, dans un appareil de déplacement.

Le tannin contenu dans cette liqueur est éliminé par la gélatine. La solution est évaporée, et donne un résidu formé

(I) Chevreul, Leçons de chimie appliquée à la teinture.

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