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LEUR COMPOSITION

MM. 6. Scliaeffer et Ch* Gros-Renaud ont observé la production d'une matière colorante bleue, très-belle, en faisant réagir sur le rouge d'aniline une dissolution alcaline de gomme-laque. Bien n'est connu sur la nature chimique de ce produit (1).

Les proportions employées sont les. suivantes : On prend 1 litre d'eau, 50 grammes de gomme-laque blanche en poudre, 18 grammes cristaux de soude; on dissout au bouillon et on ajoute 50 grammes d'une dissolution faite avec 18 grammes de rouge d'aniline dissous dans 1/2 litre d'eau et 1 /2 litre d'alcool. On fait bouillir pendant une heure. En variant les proportions, on peut obtenir du violet»

Lorsqu'on triture un mélange de chlorhydrate de rosani<- Une, de stannate de soude et d'acide chlorhydrique (Hugo Schiff)^ ou mieux, d'acide^acétique concentré (Shiffert), on voit la couleur rouge disparaître et faire place à du jaune que l'on peut séparer par l'alcool, de l'acide stannique devenu lihre. Ce jaune desséché se présente sous forme d'une masse résineuse foncée, insoluble dans l'eau, sohible dans l'alcool et teignant la laine et la soie en jaune.

BRUN d'aNILINÏ.

M. G. deLaire (2) prépare un brun d'aniline en fondant un mélange de 1 partie de violet ou de bleu de rosaniline avec 4 parties de chbrhydrate d'aniline see^ et en portant

(1) Bulletins de la Société industrielle de Mulhouse, t. XXXI, p. 38. (^] London Journal ofArts, décembre 1863, p. 348.

508 TRAITÉ DES tfATIÈRES COLORANTES.

à 240" ; au bout d'un certain temps la couleur passe subitement au brun, a\ec dégagement de \apeurs jaunes.

La matière colorante brune est soluble dans Teau, l'alcool et les acides. On peut la purifier en la précipitant de ses solutions aqueuses par addition de sel marin. On obtient la même matière colorante en traitant de l'arséniate d'aniline par du chlorhydrate d'aniline.

D'après les récentes expériences de M. Delvaux (1), on obtient par l'action de l'acide chromique étendu sur l'aniline, outre le violet Perkin qui est le produit principal, une matière colorante rouge, qui par ses réactions semble être distincte de la rosaniline. Pour arriver à ce résultat on dissout 1 partie d'acide chromique dans 18 à 20 parties d'eau et on ajoute à froid 2 parties d'aniline. On laisse digérer deux à trois jours. Il se forme un précipité brun foncé, qu'on sépare par filtration. Le dépôt lavé est traité encore humide par l'eau bouillante et on obtient une dissolution qui teint la soie et la laine en rouge légèrement violacé. En ajoutant à la liqueur refroidie du carbonate de soude on a, après avoir filtré, une dissolution qui teint la laine et la soie en rouge tirant un peu sur le jaune. Le résidu insoluble dans l'eau renferme du violet d'aniline. La propriété de cette matière colorante d'être soluble dans l'ammoniaque et le carbonate de soude, sans décoloration, conduit à penser qu'elle est différente de la rosaniline et de ses sels. Elle est de plus soluble dans la benzine du commerce, soluble en vert dans l'acide chlorhydrique concentré, l'eau fait reparaître la couleur rouge ; soluble dans l'acide chlorhydrique étendu. La solution conserve sa teinte rouge.

N. B. MM. Roquencourt et Dorot avaient fait breveter, en octobre 1858, la préparation de matières colorantes obtenues par l'action de l'acide chromique sur l'aniline.

(1) Bulletins de la Société chimique^ nouvelle série, t. IX; p. 4.

MATIÈRES COLORANTES DÉRIVÉES DE L'aNILINE. 509

MATIÈRES COLORANTES DÉRIVÉES DIRECTEMENT DE l'aniline par OXYDATION.

ÉMÉRALDINE OU AZURINE.

Dans son mémoire déjà cité sur le \iolet d'aniline, M. Willm rend compte d'une expérience intéressante : Lorsqu'on traite une solution de chlorhydrate d'aniline par une petite quantité de chlorate de potasse, il se produit un précipité vert et une liqueur brune. Une feuille de papier Joseph imprégnée de cette eau mère foncée et exposée à l'air à une température de 40 à S0°, se colore en vert foncé. En traitant l'aniline par le chlore , elle se colore en bleu intense et les parties du liquide exposées à l'air deviennent vertes.

MM. Grâce Calvert, Loweet Clift (1) ont fait breveter en Angleterre la génération de cette couleur verte sur tissu , comme moyen de teinture. Us lui donnent le nom d'éméraldine. Pour préparer l'éméraldine, on imprègne la fibre textile avec une solution de 113 grains de chlorate de potasse dans 4 litres et demi d'eau, on foularde, on sèche et on imprime une solution de tartrate ou de chlorhydrate d'aniline à 1 pour 100. Après 12 heures d'exposition à l'air la couleur est développée. On peut aussi imprimer directement une couleur toute faite préparée avec :

Tartrate ou chlorhydrate d'aniline 3 kilog.

Empois d^amidon 6 —

Chlorate de potasse 1 —

Le chlorate est ajouté à l'empois bouillant, et le sel d'aniline après refroidissement.

La couleur verte passe au bleu par l'ébuUition du tissu avec de l'eau de savon ou une eau alcaline.

(1) Brevet da il jain 1860, n*" 1436. — E. Kopp, Examen des mat, color. dérivées du goudron de bouille, V* part., p. 64 et 77. — Repertory ofPat, Inv.^ novembre 1861, p. 384.

8tO TRAITÉ DES MATIÈRES COLORANTES.

Si Ton fait, passer une toile imprégnée d'un sel d'aniline en bichromate de potasse, elle devient verte et la couleur passe au violet en bain de savon. La matière verte et le bleu ne sont qu'un seul et même corps, qui est bleu à l'état neutre et qui passe au vert sous l'influence des acides. Ce produit peut se préparer en dehors du tissu, d'après M. Kopp, en mélangeant, par exemple, 10 parties d'aniline. S© partie d'eau, 4 parties de sucre et 1 1/2 à 3 parties de chlorate de potasse. On laisse la réaction s'accomplir lentement à la température ordinaire. Le précipité est lavé à l'eau. L'azurine ou éméraldine est insoluble dans l'eau , l'alcool , les acides et les alcalis; elle est très-stable et résiste à l'action de la lumière. Les agents réducteurs ne la modifient pas; elle est soluble en bleu dans l'acide sulfurique concentré.

M. Kopp obtient aussi l'éméraldine par l'intervention du perchlorure de fer, mis en présence du nitrate d'aniline. M. FritzsctM(l) ajoute à une solution aqueuse d'un sel d'a-> niline un égal volume d'aloool et ensuite une solution de chlorate de potasse dans l'acide chlorhydrique, il se forme un a1x)ndant précipité bleu d'indigo qui, lavé à l'alcool, finit par prendre une teinte verte. M. Hofinann fait agir l'acide chloreux sur le chlorhydrate d'aniline. M. Lauth pr^are le même composé bleu par l'addition du bioxyde de baryum à une solution chlorhydrique d'aniline. Au bout de quelque temps il se forme un abondant précipité bleu qu'il suffit de laver à l'eau bouillante. La composition de ce corps n'est pas connue; d'après M. Fritzsche, il renfermerait du chlore, au moins lorsqu'il a été obtenu avec un produit chloré, et tîorrespondrait à la formule C^^H^^Az^Cl^O.

{1) Journal prackU Chem.,XKVni, p. 202. — Hofmann,, Armai. Chem, undPharm.y XUU, p. 66«

MATIÈRES COLORANTES DÉRIVÉES DE l'aNILINE. 511

NOIR d'aniline (i).

Le noir d*anilîne se forme directement sur tissus de coton par Toxydation d'un sel d'aniline dans des conditions spéciales se rapprochant beaucoup de celles qui donnent l'éméraldine ou azurine.

La découverte de cette nouvelle couleur a, dès son apparition, vivement fixé l'attention des fabricants d'indienne. Elle est due à M. John Lightfoot, d'Accrington. Son procédé fut breveté en Finance eii janvier 1863, et l'exploitation en fut cédée à la maison J.-J. Mtiller et C*% de Bâle. Les éléments essentiels de la préparation à imprimer ou à plaquer, pour noir, sont le chlorhydrate d'aniline, le chlorate de potassium, le chlorure ou le sulfate de cuivre et un acide organique ou mieux du sel ammoniac. La couleur n'existe pas au moment de l'impression, mais elle se développe peu à peu sur le tissu même, dans la chambre d'oxydation, sous la triple influence oxydante , du chlorate de potassium , du sel de cuivre et de Toxygène de l'air. Ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'un seul de ces agents ne suffit pas ; la génération du noir exige leur concours simultané.

Pour l'impression on commence par préparer de Fempois d'amidon à 120 grammes par litre; on y dissout à chaud le chlorate de potasse et le sel de cuivre ; puis, après refroidissement, on ajoute le chlorhydrate d'aniline et l'acide acétique ou tartrique.

Voici quelques recettes pour noir qui se rapportent au procédé primitif de Lightfoot.

(1) Cet article résume une longue discussion ouverte au sein du comité de chimie de la Société industrielle. — Bulletins de la Société industrielle de Mulhouse^ t. XXXT, p. IT6-235. — Répertoire de chimie appliquée y t. V, p. 119. — Moniteur scientifique, t. V, p. 630^ t. VI^ p. 433; t. VI, p. 568. — Bulletin de la Société chimique [2J,1864, t. Il, p. 416, et Moniteur scient,^ t. VI, p. 68. .Le beau mémoire de M. Cam. Koechlin {Moniteur scientifique, t. IV, p. 769) nous a fourni un grand nombre de matériaux.

î. Eau 2230 cent. cub. j Cuire pour empois et y

Amidon 275 grammes. ) dissoudre à chaud .

Sulfate de cuivre. ... 56 —

Chlorate de potasse.. 56

Remuer jusqu'à complet refroidissement, puis ajouter

Chlorhydrate d'aniline cristallisé 175 grammes.

Imprimer, sécher à une douce température et exposer pendant trente-six à quarante-huit heures dans une chambre humide chauffée à 30"* centigr. environ (chambre d'oxydation, ageing room). Passer dans un bain de bichromate à 6 pour 100, laver à Teau courante. On peut à la rigueur se passer du bain de bichromate.

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