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CHAPITRE

FIBRES d'origine ANIMALE. ÉPAISSISSANTS d'oRIGINE ANIMALE.

La division des fibres, d'après leur origine ou leur source, a d'autant plus d'importance en pratique qu'elle s'appuie sur une différence profonde dans la composition et les propriétés chimiques.

Nous trouvons entre la laine et la soie sécrétées par des animaux un lien de parenté analogue à celui que nous ont offert le chanvre, le lin et le coton. Si ces derniers se rattachent aux principes immédiats neutres hydrocarbonés, la laine et la soie appartiennent à la classe des substances albuminoïdes, caractérisées par la présence constante de l'azote, et quelquefois du soufre, parmi leurs éléments constitutifs.

Nous commencerons donc par esquisser les propriétés générales des corps de ce groupe et nous passerons ensuite à ce qui concerne plus spécialement les deux seules substances filamenteuses animales employées par l'industrie.

L'analogie nous conduit à placer ici l'histoire de l'albumine, de la caséine, du gluten, de la fibrine et de la gélatine, corps qui jouent un rôle important dans la fixation et la préparation des couleurs d'impression.

SUBSTANCES ALBUMINOIDES (l).

Elles forment un groupe naturel de substances org-anîques très-voisînes de Talbumine par la composition, les caractères physico-chimiques et le rôle physiologique.

Toutes les matières azotées de l'économie animale appartiennent à cette classe de corps ou en dérivent par des altérations plus ou moins profondes. Dans les plantes leur importance est moindre, à n'en juger que par la quantité ; mais l'expérience prouve qu'elles interviennent aussi comme principes indispensables à leur développement.

Le nombre des substances albuminoïdes est très-considérable, si l'on admet toutes les espèces établies par les auteurs qui se sont occupés de cette question ; mais les différences observées sont souvent si faibles et si peu tranchées, qu'il est difficile, même après un examen approfondi, de se faire une opinion sur la réalité de ces divisions. Nous ne citerons ici que les espèces offrant de l'intérêt pour les questions que nous avons en vue. Ce sont : l'albumine, la fibrine (animale et végétale ou gluten), la caséine, la diastase de l'orge germée.

Les autres substances plastiques de l'organisme animal , telles que les productions épidermiques (laine), la fibroïne de la soie, la gélatine et les tissus à gélatine se rapprochent des matières albuminoïdes proprement dites, mais s'en distinguent cependant assez nettement pour qu'il soit utile d'en former des groupes séparés.

Le tableau suivant donne la composition comparée de ces corps, dont beaucoup, on le verra, ne représentent que des modifications moléculaires les uns des autres.

Carbone...

Hydrogène

Albumine Fibrine Caséine.

Productions épidermiques.

Tissus gélatine.

Fibroïu

( I) Voir, pour plus de détails, Gerhardl, Traité de chimie organique^ t. IX, p. 430 et suivantes.

FIBRES ANIMALES. — ÉPAISSISSANTS d'oRIGINR ANIMALE. 103

Azote • 15,8 17,8 17,6 18,0

Oxygène 19,8 22,6 26,5 24,5

Soufre 1,8 2,3 0,0' 0,0

Les substances âlbuminoide^ sont généralement solides et incristallisablea; on a cQpepidaat observé la cnstallisation du principe protéîque des globules du san^. Elles sont tantôt sdubles, tantôt insolubles dans Feau, mais très-souvent leur solubilité n'est qu'apparente et dépend uniqiipment dés alcalis, des sels minéraux ou des acides qui s'y trouvent mélangés ou combinés. Quelques-unes- subissent, sous TinfluencQ de la chaleur humide, des acides minéraux, des sels métalliques efetde certains. composés organiques, une miodification allotropique qui les fait passer de l'état soluble à l'état insoluble.

L'alcool, l'éther et^en général les liquides organiques volatils et aeutres ne les dissolvent pas.

A une température suffisamment élevée, les composés de cette classe se décomposent en fondant et en se boursouflant. Les produits de leur distillation sèche sont très-nombreux. Le soufre se dégage à l'état d'hydrogène sulfuré libre ou combiné à de l'ammoniaque ; l'azote prend la forme d'ammoniaque simple ou d'ammoniaques con^osées, telles que l'aniline, la picoline, la pyridine, la toluidine, le pyrrol, la méthylamine, la prqpylamine, la tétrylamine; une partie de l'azote reste combinée au carbone sous foripe de charbon azoté employé autrefois à la fabrication des cyanures ; en môme temps il se dégage de l'eavi, de l'acide carbonique, des produits neutres oxygénés et des hydrocarbures.

Les substances albuminoïdes se dissolvent plus ou moins bien dans les alcalis caustiques ; les acides reprécipitent généralement la matière organique altérée, une partie du soufre s'étant séparée à l'état de sulfate et d'hyposulflte.

GhauSées. avec de$ alcalis caustiques concentrés, elles donnent de l'ammoniaque et divprs. alcalis organiques, de l'acide carbonique, de l'acide formique, de la leucine, de la

tyrosine, du sucre de gélatine ; par la fusion on obtient en outre du cyanure alcalin. Les matières protéîques peuvent s'unir indifféremment aux acides et aux alcalis ; elles forment avec les premiers des composés insolubles dans une eau chargée d'acide, mais solubles dans Teau pure.

L'acide acétique concentré ainsi que d'autres acides organiques et l'acide phosphorique trihydraté les dissolvent ; la solution précijrite par le cyanure jaune, ce qui n'arrive pas pour la gélatine et les tissus à gélatine.

L'acide chlorhydrique concentré et chaud, en présence de l'air, les dissout en se colorant en bleu pourpré. L'acide azotique leur communique une teinte jaune intense qui vire à l'orangé sous l'influence de l'ammoniaque et des alcalis. On utilise cette réaction pour obtenir des impressions jaunes et oranges solides, sur tissus de laine et de soie, et pour teindre les plumes en jaune ; elle est due à la formation d'un acide nitré insoluble, l'acide xanthoprotéique : une solution de mercure dans l'acide nitrique (1 p. mercure, 2 p. acide nitrique à 36**) colore, à chaud, les matières albuminoïdes, en rouge intense ; avec l'iode, elles deviennent brunes.

Les oxydants énergiques, tels que l'acide chromique, l'acide hypermanganique, un mélange d'acide sulfurique et de bioxyde de manganèse, les attaquent fortement ; on obtient les acides homologues de la série des acides gras (C"H*"0*) depuis l'acide formique jusqu'à l'acide caproïque, ainsi que les aldéhydes correspondantes, l'acide benzoïque et l'essence d'amandes amères, l'acide cyanhydrique et les cyanures deméthyle, d'éthyle, etc.

L'ozone agit également sur un certain nombre d'entre elles.

Abandonnées humides au contact de l'air, à une température modérée, les substances albuminoïdes subissent une décomposition lente, accompagnée de dégagement de gaz fétides ; ce phénomène est connu sous le nom de putréfaction ;

il est dû, d'après les travaux de M. Pasteur (1) qui ont confirmé les recherches antérieures d'autres savants, au développement d'infiisoires et de vibrions dont les germes sont apportés par l'air. Les animaux-ferments entraînent la décomposition des matières protéiques, comme conséquence de l'activité de leurs fonctions physiologiques.

Le fpoid, l'absence d'eau, la privation complète du contact de l'air après la destruction préalable, par la chaleur,' des germes préexistants, enfin la présence de certaines substances dites antiseptiques, telles que les sels de cuivre, de mercure, le tannin, l'acide phénique, les sulfites, sont des conditions défavorables à la putréfaction.

Les productions épidermiques, la soie et les tissus à gélatine résistent à ce genre d'altération avec plus ou moins d'énergie, selon leur état d'agrégation ; la gélatine au contraire est très-putréfiable.

La constitution chimique des matières albuminoïdes est encore peu connue et ne peut se résumer par une formule rationnelle. Suivant Hunt, elles représenteraient des combinaisons des substances hydrocarbonées (cellulose, sucres, etc.) avec l'ammoniaque, moins les éléments de l'eau.

MM. Dusart, Schoonbrodt, P. Thénard, P. Schûtzenberger et Guignet (2) ont obtenu des composés azotés qui pour leurs caractères se rapprochent des corps azotés de

(1) Pasteur, Mémoires sur la putréfaction. Comptes rendus de V Académie des sciences^ t. LVI, p. ï 189 ; 1863.

(2) Schoonbrodt, Sur la transformation du sucre en substances albumin<ndes. Comptes rendus de l'Académie des sciences^ t. L, p. 866, 1860, et Journal de pharmacologie de la Société des sciences médicales et naturelles de Bruxelles, août 1860. — Schûtzenberger (P.), De V action de l'ammoniaque caustique sur certaines matières organiques. Bulletins de la Société chimique^ 1861, p. 16. — ThéDard (P.), Considérations sur la formation de certaines matières azotées. Comptes rendus de l'Académie des sciences, i. LU, p. 444 ; 1861. — Dnsart, Sur la question relative au mode de formation de certaines matièt^s azotées. Comptes rendus de F Académie^ t. LU, p. 9T4; 1861. — Guignet (E.), Action de rammoniague sur la poudre-coton. Comptes rendus de l'Académie des sciences^ t. LVI, p. 358; 1868.

106 TRAITÉ DES MATJÉtES COLORANTES.

Téconomie . animale, en mettant Tammoniaîque caustique en présence du sucre ou de la cellulose dans des conditions convenables de température (4B0* pendant plusieurs heures). Ces expériences confinnent jusqu'à un certain point l'opinion deHunt. I .

Les productions épidermiques, la soie et les tissus chondrogènes (à gélatine) se comportent comme lès substances albuminoïdes dans toutes les réactions qui intéressent profondément la molécule organique (action de la chaleur, des alcalis, des oxydants, des acides chlorhydrique, nitrique ; du nitrate de mercure).

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